Kubilai Khan

souverain de la dynastie Yuan

Kubilai Khan, Koubilaï Khan[1] ou Kūbilaï Khān[2] (mongol bitchig : Qubilai qaghan.svg, ᠬᠤᠪᠢᠯᠠᠢ ᠬᠠᠭᠠᠨ,translittération : Qubilai qaγan ; mongol cyrillique : Хубилай хаан, translittération : Khubilai khaan, [ xubilaj] ; chinois : 忽必烈 ; pinyin : Hūbìliè), né le et mort le [3], est un khagan mongol puis un empereur de Chine[4] de la dynastie Yuan qu'il fonda.

Kubilai Khan
Image dans Infobox.
Fonctions
Empereur de Chine
Dynastie Yuan
-
Khagan
Empire mongol
-
Khan
Biographie
Naissance
Décès
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
ᠬᠦᠪᠢᠯᠠᠢ et ХубилайVoir et modifier les données sur Wikidata
Noms posthumes
ᠰᠡᠴᠡᠨ ᠬᠠᠭᠠᠠᠨ, Сэцэн хаан, 聖德神功文武皇帝Voir et modifier les données sur Wikidata
Nom de temple
世祖Voir et modifier les données sur Wikidata
Activité
MilitaireVoir et modifier les données sur Wikidata
Famille
Père
Mère
Fratrie
Dumugan (d)
Moge (d)
Bochuo (d)
Hududu (en)
Ariq Boqa
Suigedu (d)
Houlagou Khan
Xuebietai (d)
Yesubuhua (d)
Möngke Khan
QoridaiVoir et modifier les données sur Wikidata
Conjoints
Tëgülun (d)
Nuhan (d)
Bayaujin Khatun (d)
Khökhlun(?) Khatan (d)
Talahai khatun (d)
Qoruchin Khatun (d)
Nambui
Chabi Khatan (de à )Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfants
Dorji (d)
Wanze (d)
Yuelun (d)
Wuluzhen (d)
Yuelie (d)
Nangjiazhen (d)
Asudai (d)
Qoridai
Boyalun (d)
Bantu (d)
Shireki (en)
Chzhuan Muvan Khou (en)
Hutulu Temür (d)
Nomugan (d)
Mangala (en)
Zhenjin
Tamachi (d)
Khökhechi (d)
Auruyvci (d)
Ayachi (d)
Togoon (en)
Kuokuochu (d)
Shilin (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Grade militaire
Général (en)Voir et modifier les données sur Wikidata

Petit-fils de Gengis Khan (v. 11601227), il naît l'année de la prise de Pékin par les Mongols. En 1260, il succède à son frère Möngke comme grand khan des Mongols.

Il est principalement connu en Occident par le livre de Marco Polo, qui résida à sa cour pendant dix-sept ans, employé à différentes missions et ambassades.

L'Empire mongol, de la mort de Gengis Khan à la mort de MöngkeModifier

À la mort de Gengis Khan en 1227, l'empire inclut, outre la Mongolie, une partie du nord de la Chine (royaume des Jin) et une partie de la Transoxiane et de la Bactriane (les steppes à l'est de la mer Caspienne).

Entre 1231 et 1238, les Mongols conquièrent le royaume de Goryeo, dans la péninsule de Corée, mais le pays reste dans l'ensemble insoumis jusqu'en 1258, la famille royale s'étant réfugiée sur l'île de Kanghwa, pourtant très proche de la côte[5]. Le roi finit par renoncer à la résistance en 1258, mais n'est pas suivi par tous ses sujets.

À l'ouest, deux vastes régions sont conquises :

La mort de Möngke, survenant alors qu'Houlagou s'apprête à attaquer les Mamelouks en Égypte, remet en cause la campagne, Houlagou ramenant une bonne partie de son armée vers l'est ; le gouverneur de Syrie, Ketboğa, subit une contre-offensive des Mamelouks qui le vainquent à Aïn Djalout en Galilée () et récupèrent la Syrie. Mais Bagdad reste aux mains des Mongols.

En Chine, les Mongols, après avoir établi leur domination totale sur le royaume des Jin et avoir conquis le royaume des Xia occidentaux, sont engagés dans une guerre pour conquérir le royaume des Song dans le sud.

BiographieModifier

Jeunesse et débutsModifier

Origines familialesModifier

Il est le fils de Tolui, quatrième fils de Gengis Khan et de Börte. Tolui meurt en 1232, avant son frère Ögödei, grand khan des Mongols de 1227 à 1241. À Ögödei, succède son fils Güyük de 1241 à 1251.

En 1251, la veuve de Tolui, Sorgaqtani, réussit à faire choisir son fils Möngke comme quatrième khan, avant l'avènement de Kubilai en 1260.

Kubilai sous le règne de Möngke (1251 – 1259)Modifier

Kubilai est nommé par son frère Möngke vice-roi en Chine du Nord, basé en actuelle Mongolie-Intérieure dans la ville de Shangdu qu'il fait bâtir entre 1252 et 1256 (et qui demeurera sa capitale d'été quand, devenu empereur, Pékin sera élevée au rang de capitale principale).

Dès cette époque, il s'entoure de conseillers chinois, dont Liu Bingzhong (en)[6], et commence à siniser son administration[7]. Il crée aussi un réseau d'écoles pour les Mongols[8]. Sur le plan militaire, il conquiert le Yunnan et soumet le royaume de Dali à la demande de son frère Möngke, et participe avec lui aux premières opérations militaires contre l'empire Song du Sud[9].

En 1251, le 2e karmapa, Karma Pakshi est invité par Kubilai Khan à son palais de 'Ur tu, où il arrive en 1254[10]. Il y séjourne trois ans, pour ne pas causer de conflits avec l'école Sakyapas, très influente auprès de Kubilai à cette époque[11]. Il reconnaît le frère de Kubilai Khan Möngke, Khan de l'Empire mongol (r. 1251 – 1259), comme un de ses anciens disciples. Après la mort de Möngke, Kubilaï Khan lui succède et deviendra par la suite empereur de Chine, installé à Khanbalik (actuelle Pékin)[11]. Kubilai Khan avait gardé rancune au Karmapa car ce dernier avait refusé de rester à la cour les années précédentes et qu’il avait l'impression qu'il était plus proche de son frère Möngke. Kubilai ordonne l’arrestation de Karmapa, lequel s'échappe par des prodiges miraculeux[11].[pertinence contestée]

Conquêtes de Kubilai Khan sous MöngkeModifier

Royaume de DaliModifier

En 1253, il conquiert le royaume de Dali, correspondant approximativement à l'actuelle province du Yunnan, dont la capitale, Dali, au bord du lac Erhai est sur les marches du plateau du Tibet[12].

AnnamModifier

En 1257, les troupes mongoles pillent Hanoi[13].

Royaume SongModifier

En 1258, Möngke part avec Kubilaï en campagne contre l'empire des Song du sud, tandis que la Haute Mongolie est l'apanage de leur plus jeune frère, Ariq Boqa, basé à Karakoroum.

Lutte pour la succession de Möngke (1259 – 1264)Modifier

La mort de Möngke, durant le siège de Chongqing, provoque une lutte pour la succession entre Ariq Boqa et Kubilai.

Ariq Boqa reçoit le soutien d'une partie de l'aristocratie mongole, censée plus conservatrice, dont Qaïdu, petit-fils d'Ögedeï, khan en Transoxiane, et une partie de la Horde d'or. Kubilai a pour lui la cavalerie mongole, ainsi que des contingents alains, turcs, chinois et coréens.

Finalement, après quatre ans de guerres, Ariq Boqa se rend à Kubilai en 1264. Il est épargné, mais tenu prisonnier, et meurt au bout de deux ans.

La victoire de Kubilai marque la défaite des partisans de la tradition mongole, alors que Kubilai incline vers une sinisation de son pouvoir. Après la mort d'Ariq Boqa, Qaïdu continuera à jouer un rôle important d'opposition à Kubilai.

Empereur mongol puis empereur de ChineModifier

La victoire de Kubilai contre son jeune frère faisait de lui le Grand Khan ou empereur des Mongols et de toutes les tribus et pouvoirs ralliés ou conquis, dont il était le suzerain ; à ce titre, il régnait depuis la Corée jusqu'à la Méditerranée (Petite Arménie et centre de l'actuelle Turquie), sur l'Iran et l'Irak jusqu'à Bahreïn, sur la Russie et l'Ukraine. Son apanage personnel était la Chine du Nord et du Sud-Ouest jusqu'au Yunnan.

Il ne devient empereur de Chine que lorsque l'impératrice Song régnant à Hangzhou se reconnaît vaincue et lui fait remettre le grand sceau d'empire en février 1276[14]. L'intégration des possessions Song au gouvernement de Pékin s'effectue de 1273 (chute de Xiangyang) à 1279 (Bataille de Yamen où meurent les derniers résistants Song).

Installation à Khanbalik (Pékin)Modifier

 
Marco Polo et Kubilai Khan (miniature du Devisement du monde).

En 1271, Kubilai s'installe à Zhongdu (l'actuelle Pékin), anciennement capitale du sud de la dynastie Liao (907/916 – 1125) sous le nom de Nanjing, puis de la dynastie Jin (1115 – 1234), pillée par Gengis Khan en 1215. La ville est renommée Dadu (大都, dàdū, « grande capitale »), également appelée en Köktürk, « Khanbalik » (« ville du khan », traduit en chinois par 汗八里, hàn bālǐ, « huit lieues du Khan »), d'où vient le nom que lui donne Marco Polo : Cambaluc.

En même temps, il fonde la dynastie Yuan, et s'il lui est donné le nom chinois d'« empereur Shizu », il ne sera effectivement empereur de Chine qu'après la reddition de Hangzou en 1276, voire, selon le comput des légitimistes chinois, en 1280, lors de l'anéantissement des derniers résistants Song.

Conquête de la Chine du SudModifier

Kubilai s'implique dans la conquête de l'empire Song comme lieutenant de son frère régnant Möngke dès 1257. Il est crédité d'avoir pu traverser le Yangtze et de s'être maintenu sur sa rive sud quelque temps.

Devenu Grand Khan, il renouvelle l'attaque à partir de 1268 en faisant assiéger la ville de Xiangyang durant cinq ans. Après sa chute, l'empire Song s'effondre entre 1273 et 1276, et est progressivement soumis à l'administration de Pékin. Il ne faudra que trois années après la reddition du gouvernement légal de Hangzhou (février 1276) pour que Kubilai achève la réunification de la Chine par l'incorporation des dernières provinces du Sud encore fidèles aux très jeunes frères du dernier empereur ayant régné à Hangzhou.

Gouvernement de la Chine sous KubilaiModifier

Il se comporte en souverain éclairé. Il rénove et étend le réseau des routes, fait rebâtir les édifices publics, creuser le Grand Canal, et impose, pour la première fois dans l'histoire, la monnaie de papier avec pouvoir libératoire obligatoire. Il protège les arts et les Annales rédigées sous les Mings disent qu'il aimait ses peuples.

Cependant le mode de gouvernement de Kubilai est largement militaire et, reprenant le principe de hiérarchie établi sous la dynastie Jin, il divise la population en quatre classes. Les Mongols occupent la première place et sont privilégiés. Les tribus et peuples d'Asie centrale qui ont adhéré aux conquêtes de Gengis khan, dont les Ouïgours, et d'autres étrangers, sont considérés comme compagnons servants (Nökör, M. Polo par exemple bénéficiera de ce statut). Viennent seulement ensuite les Chinois du Nord, qui dépendaient auparavant des Jin, enfin les Chinois du Sud, qui dépendaient des Song et dont le pouvoir craint les révoltes. Ce classement est omniprésent, que ce soit dans l'administration, l'armée, dans le droit. Les Chinois n'ont qu'une position subalterne, subissent couvre-feu et interdiction de porter des armes, et même, durant une période, la suppression des Examens impériaux donnant accès aux responsabilités administratives.

Néanmoins de nombreux Chinois sont ralliés au régime et le servent, y compris avec des titres élevés et dans l'armée. Kubilai a aussi délibérément sinisé son gouvernement, y compris par l'adoption de ses rites[15].

 
Billet de banque et sa matrice de la dynastie Yuan, imprimé en écriture chinoise han et écriture mongole Phagpa

Sur le plan religieux, il soutient le bouddhisme, fait preuve de méfiance à l'égard du taoïsme, mais se montre tolérant à l'égard des différentes religions, accueillant des prêtres chrétiens nestoriens (sa propre mère était chrétienne) et des lamas tibétains, notamment Phagpa qui créa pour lui un nouvel alphabet mongol utilisé pendant le siècle qu'a duré la dynastie.

Expansion mongole sous KubilaïModifier

Soumission de la Corée[16]Modifier

Malgré la soumission du roi en 1258, quelques dignitaires militaires refusent la reddition et forment la rébellion Sambyeolcho (en), qui lutte dans les îles du détroit de Corée, entre le sud de la péninsule et le Japon.

La cour coréenne ne peut revenir à Gaegyong qu'en 1270, moyennant de dures conditions :

  • le nord de la Corée est divisé en colonies ;
  • Jeju-do devient un haras mongol ;
  • le représentant mongol fait et défait la loi, selon les volontés du gouvernement de Kubilaï ;
  • des humiliations protocolaires et vestimentaires sont imposées.

La Corée sert de base d'invasion du Japon (1274 et 1281).

Tentatives d'invasion du Japon (1268-1281)Modifier

En 1263, les Mongols envoient des émissaires au Japon, le menaçant d'une invasion si les Japonais ne reconnaissent pas la souveraineté mongole.

En 1268, un deuxième envoi d'émissaires a lieu. Les ambassadeurs rencontrent chinzei-bugyō, le « commissaire de la défense pour l'ouest », qui remet le message au shogun à Kamakura et à l'empereur à Kyōto. Le shogunat de Kamakura opte pour une politique de résistance et ordonne à tous ceux qui possèdent des fiefs à Kyushu, l'endroit le plus proche de la Corée et donc le plus susceptible d'être attaqué, de retourner sur leurs terres. Des services de prières sont organisés et la plupart des affaires gouvernementales sont reportées pour faire face à cette crise. Face à ce refus de négocier, Kubilai Khan se rend compte qu'il n'a pas les ressources pour lui procurer une armée et une flotte suffisante.

Ce n'est qu'après plusieurs années de préparatifs qu'une première tentative a lieu en 1274 ; elle échoue par la destruction de la flotte mongole par une tempête.

La seconde a lieu en 1281, après la conquête de la Chine du Sud. C'est une opération de grande envergure, qui dure du printemps à l'été. Cependant elle se termine par l'arrivée d'un typhon qui sera nommé par les Japonais, Kamikaze (« vent divin »).

Ces tentatives d'invasion mettent un frein à l'expansion mongole vers le Pacifique.

Expéditions en Birmanie (1287) et à Java (1292)Modifier

En 1287, Témur, petit-fils de Kubilaï alors stationné au Yunnan, abat le royaume de Pagan en Birmanie.

En 1292, Kubilaï lance une expédition de 1 000 bateaux et 20 000 hommes contre le roi Kertanegara de Singosari à Java. D'abord accueillie par un gendre du roi, qui l'utilise pour mater une révolte, puis s'emparer du pouvoir et fonder l'empire Majapahit, une partie des forces de Qubilaï s'y assimile[17], le reste est ensuite rejeté.

Relations de Kubilai avec les autres GengiskhanidesModifier

QaïduModifier
 
L'empereur Kubilai-Khan dans une tour portée par quatre éléphants un jour de bataille (gravure française, XVIIIe siècle).

Après la défaite d'Ariq Boqa, Qaïdu se détourne des affaires chinoises et se tourne contre ses voisins de l'ouest : en 1267 – 1269, allié à Mengü Temür, de la Horde d'Or, il fait la guerre à Baraq, khan de Djaghataï. Il s'empare de Kachgar, puis en 1269, Baraq reconnaît sa suzeraineté. Il entre ensuite en guerre contre Abaqa, khan houlagide. Ce n'est que dans les années 1270 que reprend le conflit avec Kubilai[18].

Guerre de 1275-1277Modifier

En 1275, Kubilai envoie contre Qaïdu son quatrième fils, Nomoukan. Deux princes de la famille impériale[réf. nécessaire], mécontents, se rallient à Qaïdu, qui profite de la situation et marche sur Karakorum, en Mongolie (1277). Kubilai lui envoie alors son meilleur général, Bayan, qui réussit à battre la coalition des princes mongols révoltés avec une armée nombreuse, incluant des troupes auxiliaires chinoises et coréennes. Qaïdu se retire dans la région de l’Irtych.

Guerre de 1287Modifier

En 1287, Qaïdu forme à nouveau une coalition de princes mongols contre Kubilai. Il réunit le nestorien Nayan, descendant de Témugué-otchigin (en), Chinkour, petit-fils de Jöchi Khasar (ou Kassar) et Kadaun, descendant de Katchioun (en), un autre frère de Gengis Khan. Les princes gengiskhanides menacent la Mongolie orientale et la Mandchourie tandis que Qaïdu, parti du Turkestan, marche sur Karakorum.

Kubilai envoie de nouveau Bayan, qui occupe Karakorum en attendant l'arrivée de Qaïdu. Yisutemur, petit-fils de Boortchou noïon part en Mandchourie avec une puissante armée, ravitaillée par une flotte chinoise par l’embouchure du fleuve Liao. La coalition de Mandchourie est difficilement vaincue. Nayan, fait prisonnier, est exécuté en 1288. Qaïdu doit renoncer à ses ambitions de restaurer le pouvoir de la branche d’Ögödei, mais réussit à garder sa position dans l’oulous de Djaghataï.

Points particuliersModifier

Marco Polo à la cour de KubilaiModifier

 
Frères Polo à la cour de Kubilai Khan. Livre des merveilles, BNF Fr2810, vers 1410-1412.

Le récit que Marco Polo fit de sa découverte de la Chine et des territoires asiatiques gouvernés par Kubilai dans Le Devisement du monde, paru en 1298, apporte de nombreuses et véridiques informations sur l'organisation et la richesse de cet Empire. Kūbilaï Khān est le sujet, le centre et l'unité du livre.

On y trouve par exemple :

  • une évaluation des recettes fiscales de la province de Hangzhou[19], (23 tonnes or annuellement pour le seul sel, chiffre exactement vérifié par les annales[20]) ;
  • l'histoire de l'assassinat du premier ministre Ahmad Fanakati (en) en 1282, un des événements les plus graves du règne de Kūbilaï ;
  • plusieurs chapitres décrivant l'économie : intervention sur le marché des grains[21] et fonds sociaux[22] ; appareil de production proche de l'industrie à Hangzhou[23] ; introduction du papier-monnaie, rendu obligatoire sous peine de mort[24],[25] ; bateaux et commerce naval[26] ;
  • la description des relais de chevaux, des routes et de la rapidité des transports[27].

Relations avec le bouddhismeModifier

Les descendants de Gengis khaan non musulmans étaient libéraux en matière de religion. Khubilai était d'origine chamaniste, sa mère était chrétienne, lui-même envisageait les affaires religieuses d'un point de vue politique[28]. Mais le bouddhisme, en particulier le bouddhisme tibétain, eut sa préférence. Dans une querelle entre bouddhistes et taoïstes, il se prononça en faveur des premiers. Dès 1254 avait été invité à sa cour Karma Pakshi, le 2e karmapa tibétain, qui fut l'un des dignitaires qui l'initièrent au bouddhisme mais ne voulut pas rester[10].

Il eut un meilleur succès politique avec un jeune lama que son cousin Godan Khan lui recommandait, Phagpa, célèbre pour l'alphabet mongol qu'il créera à sa demande[29],[30]. KhubilaI le nomme précepteur impérial (ministre) chargé des affaires bouddhiques de l’Empire[31]. Puis gouverneur religieux et temporel du Tibet[31],[32](p33), travaillant étroitement avec le Bureau des affaires tibétaines de Pékin[33]. Phagpa inaugura « la théologie politique de la relation entre l'État et la religion dans le monde bouddhiste tibéto-mongol »[29],[30], conforme à la pratique mongole de confier l’administration des régions soumises à des potentats locaux obédients.

Selon Sagan Setsen, « Ainsi Qubilaï khaân fit que le soleil de la religion bouddhiste s'éleva dans les ténèbres du pays des Mongols. Des Indes, il fit aussi venir des images et reliques du Bouddha »[34].

Épouses et descendance de KubilaiModifier

De Qoruqchin Khatun, fille de Qutuqu, chef Merkit :

  • Qoridai (cinquième fils)[35]

De Chabui Khatun, fille de Anchen, chef Onggirat et frère de Börte, épouse principale de Gengis Khan ; morte vers 1282/1283 :

  • Dorji (premier fils) ; mort jeune
  • Jimgim (second fils) (1243 - 1285) prince héritier ; reçut le nom posthume d'empereur Yuzong ; marié à Bairamakochi (Bolanyeqiechi), de la tribu des Onggirat ; puis marié à Kokëchin Khatun, fille de Bairam Egechi, morte en 1300 ; père de :
    • Prince Kammala (1263 - 1302) ; marié à Boyam Qielimish, de la tribu des Onggirat, dont Yesun Timur (empereur Taidingdi)
    • Prince Darmabala, fils de Kokëchin Khatun, (1264 - 1293) ; reçut le nom posthume d'empereur Shunzong ; marié à Daji, fille de Hundu Timur, de la tribu des Onggirat et petit-fils d'Anchen, un des frères de Börte, l'épouse de Gengis Khan ; morte en 1322, dont :
      • Prince Amoga
      • Prince Qaishan (empereur Wuzong)
      • Prince Ayurbarvada (empereur Renzong)
      • Princesse Sengge Ragi, mariée à Diaoabula, de la tribu des Onggirat, fils de Timur et de la princesse Nangjiazhen
    • Prince Timur Oljeit (empereur Chengzong), né de Kokëchin Khatun
    • Princesse Nange Bula, mariée à Manzitai, fils de Nachen, chef Onggirat
    • Princesse Qutadmish, mariée à Korguz, fils d'Aibuqa, chef Ongut
  • Manggala (troisième fils), roi de Xi'an, mort en 1280[36]
  • Nomoghan (quatrième fils) mort vers 1292/1301

De Dörbechin khatun, de la tribu des Dorban :

  • Hügechi (sixième fils), roi à Dali (Yunnan), mort empoisonné en 1271, père de :
    • Yesien Temour, roi à Kunming (Yunnan), mort en 1332
  • Oqruchi (septième fils)

De Bayaujin Khatun (zh), fille de Boragchin de la tribu des Bayaut :

  • Togoon (en) (тогоон, également connu sous le nom chinois de Tuohuan, parfois transcrit en Toghan)
  • Tëgülun Khatun (zh), fille de Tuolian, petit-fils d'Anchen, chef Onggirat

De Nambui Khatun, fille de Nachen, fils de Anchen, chef Onggirat ; titrée épouse principale en 1283 :

  • Tamachi (douzième fils)
  • Bekhchin Khatun

De Asuzhen Khatun, morte en 1281 :

  • Khudulu Qaimish (1258 - 1297), mariée en 1274 avec Wang Sim (Ch'ungyo) roi de Corée

De Hüshijin, fille de Boroqul Noyan de la tribu des Ushin :

  • Ayachi (Аячи huitième fils)
  • Kököchü (neuvième fils)

De Dalahai khatun (zh) ?

De mères inconnues :

  • Qutluq Timur (dixième fils) (1263 - 1283)
  • Oljei, mariée à Olochin, chef Onggirat, fils de Nachen
  • Nangjiazhen, mariée à Olochin, chef Onggirat, fils de Nachen, mort en 1278 ; puis mariée à Timur, chef Onggirat, fils de Nachen ; puis mariée à Manzitai, chef Onggirat, fils de Nachen, mort en 1307
  • Wuluzhen, mariée à Buhua, chef Ikire, fils de Tiemugan
  • Tuotuohi, mariée à Tumandar, chef Oirat
  • Yurek, mariée à Aibuqa, fils de Boyaohe, chef Onggut

PostéritéModifier

LittératureModifier

  • Kūbilaï Khān est le héros d'un célèbre poème de Coleridge intitulé Kubla Khan, qui commence ainsi :

« In Xanadu did Kubla Khan / A stately pleasure dome decree […]
À Xanadu, Kubla Khan fit ériger / Un majestueux dôme de plaisir »

— Kubla Khan sur la Wikisource anglophone

  • Dans son roman Les Villes invisibles (1972), Italo Calvino invente un dialogue entre cet empereur et Marco Polo, dans lequel le second décrit au premier cinquante-cinq villes imaginaires qu'il a visitées.

CinémaModifier

SérieModifier

Jeux vidéosModifier

  • Kubilai Khan est mentionné à plusieurs reprises dans le second opus de la saga Uncharted ; les voyages de Marco Polo en Asie et son long séjour à sa cour servent de toile de fond au scénario du jeu.
  • Kubilai Khan sert d'inspiration au personnage fictif de Khotun Khan, l'antagoniste de Ghost of Tsushima.
  • Kubilai Khan peut être joué comme dirigeant alternatif des empires chinois ou mongol grâce à une extension dans Civilization VI.

DiversModifier

BibliographieModifier

  • Bernard Brizay, Les trente "empereurs" qui ont fait la Chine, Perrin, 2018, pp. 248-269 (lire en ligne).
  • Timothy Brook, Le Léopard de Kubilai Khan. Une histoire mondiale de la Chine, Payot, 2019.
  • René Grousset, Histoire de la Chine, Club des Libraires de France, 1942 (première édition) (lire en ligne), ch. 26: Qoubilaï, "le grand sire", pp. 179-190.
  • Guillaume Pauthier, Le livre de Marco Polo, Paris, Firmin Didot, .
  • (en) Morris Rossabi, Khubilai Khan: His Life and Times, University of California Press, 1989, 2009.

Notes et référencesModifier

  1. « Koubilaï Khan, ou Kubilay Khan, ou Kublai Khan », sur Encyclopédie Larousse (consulté le )
  2. « Kubilaï », sur chine.in (consulté le )
  3. (en) Morris Rossabi, Khubilai Khan : His Life and Times, Berkeley, University of California Press, , 322 p., poche (ISBN 978-0-520-06740-0, lire en ligne), p. 13.
  4. chinois : 元世祖 忽必烈 ; pinyin : yuánshìzǔ hūbìliè.
  5. Cf. page Goryeo : Dès les débuts de l'expansion mongole, le Goryeo souffre de ses raids. Tout d'abord ce sont les Khitans qui furent refoulés dans la péninsule. Les Jins (Empire de Chine) exigent ensuite un tribut. Une alliance est cependant nouée avec les Mongols, ce qui permet de chasser les Khitans de Corée. Un tribut doit ensuite être versé aux Mongols. Les Mongols envahissent le Goryeo en 1231, et le roi signe sa reddition en 1232 : un général représentant l'empereur mongol s'installe à Gaeseong. Le roi Choi Chungheon (최충헌, 崔忠獻) fuit sur l'île de Ganghwa la même année, exhortant tout le monde à la résistance armée. Une deuxième invasion est déclenchée par la mort du général mongol. En 1235, après une troisième invasion, des garnisons permanentes sont imposées. Les campagnes comme les villes sont mises à sac. Le roi résiste à Ganghwado, mais n'intervient pas. En 1254, 200 000 Coréens meurent lors de la quatrième invasion mongole. Le Tripitaka est détruit. Le roi refuse quant à lui de revenir sur le continent tant que les Mongols sont présents.
  6. Cf. site Chinadaily.
  7. Rossabi, Khubilai, p. 29 sq.
  8. Pauthier, Le livre de Marco Polo, p. 237 note 2 : « dès l'année 1255, il avait chargé le célèbre lettré Hiu-heng d'établir des écoles dans les provinces déjà conquises pour y enseigner à la jeunesse mongole la langue et les sciences chinoises » (d'après le Yuan Shi).
  9. Rossabi, Khubilai, p. 24 sq.
  10. a et b (en) John Powers, David Templeman, Historical Dictionary of Tibet, Scarecrow Press, 2012, (ISBN 978-0810868052), p. 353.
  11. a b et c Dzogchen Ponlop Rinpoché et Michele Martin, Une Musique venue du ciel : Vie et œuvre du XVIIe Karmapa, Claire Lumière, (2005) — Série Tsadra — (ISBN 2-905998-73-3), p. 360-362.
  12. (en) Du Yuting, Chen Lufan, « Did Kublai Han's conquest of the Dali Kingdom give rise to the mass migration of the Thai people to the south? ».
  13. E. Gaspardone, « Matériaux pour servir à l'histoire d'Annam », Bulletin de l'École française d'Extrême-Orient, vol. 29, no 1,‎ , p. 63-105 (DOI 10.3406/befeo.1929.3238, lire en ligne), page 88.
  14. Le pouvoir est alors tenu par la grand-mère et la mère de l'enfant empereur.
    Grousset, L'empire des Steppes : « L’impératrice régente, découragée, rendit la place (janvier-février 1276). [Le général] Bayan envoya le petit empereur à Khoubilaï qui devait le traiter avec humanité (25 février 1276). »
  15. Grousset, Qoubilaï, p. 181-183.
  16. Reprise de la page Goryeo, à améliorer.
  17. Encyclopédie Universalis, Indonésie : « beaucoup des soldats de Kubilai Khan s'établirent en effet dans le pays ».
  18. Les paragraphes suivants, repris de la page Qaïdu, demandent à être précisés et vérifiés.
  19. ch. 152.
  20. Entre 1281 et 1286 le Yuan sse (94/14) évalue l'impôt en sel à Hangzhou entre 218 000 et 450 000 yin, moyenne 339 521 yin valant 763 922 onces chinoises d'or (1 yin = 2 sacs = 2 x 9 onces d'argent / 8 = 2,25 onces d'or). M. Polo dit 5 600 000 saggio d'or, valant 933 333 onces vénitiennes (1 saggio = 1/6 once). En Chine l'once faisait 35 g, à Venise 25 g (12 dans la livre sottile, pour les précieux, de 301 g). Ce qui fait côté chinois une moyenne de 28,3 tonnes or, contre 23,3 tonnes or selon M. Polo. Son chiffre est 17 % inférieur à la moyenne chinoise. Même en faisant varier les paramètres de conversion, on ne sort pas de la fourchette des annales mongoles.
  21. ch. 102.
  22. ch. 98 et 103.
  23. ch. 151.
  24. ch. 95.
  25. Grâce à ce papier d'écorce « qui ne lui coûte rien… l'empereur achète tant chaque année que c'est sans fin son trésor… il a de cette façon tout le trésor de ses terres… la manière et la raison pourquoi il doit avoir et a plus de trésor que tous ceux du monde ».
  26. ch. 156, 157, 177.
  27. ch. 97 et 99).
  28. Grousset, Qoubilaï, p. 186 : « l’homme d’État de grande classe qu’était Qoubilaï comprit tout de suite l’intérêt qu’il avait à domes¬tiquer les différents clergés pour ses fins politiques ».
  29. a et b Une histoire du Tibet : Conversations avec le Dalaï Lama, de Thomas Laird, Dalaï-Lama, Christophe Mercier, Plon, 2007, (ISBN 2-259-19891-0).
  30. a et b (en) F. W. Mote, Imperial China 900-1800, Harvard University Press, (lire en ligne), p. 501.
  31. a et b Brizay, Les trente empereurs, § 46.
  32. Qingying Chen, L'Histoire du Tibet, 2004, ch. Le Tibet sous la dynastie des Yuan, pp. 28-38 (aperçu sur GBook et sur Archive).
  33. Qingying Chen, L'Histoire du Tibet, p. 33 : « au du sein du gouvernement central, le Conseil d'administration générale du bouddhisme, qui fut renommé en 1288 Xuanzhengyuan (Conseil des affaires de pacification) chargé de traiter les affaires bouddhiques du pays et les affaires administratives des régions peuplées de Tibétains. Phagspa fut nommé chef [de ce] conseil ».
  34. Sagan Setsen - Chronique de l'histoire mongole jusqu'à la conquête mandchoue, 1662 ; trad. en allemand par Isaak Jakob Schmidt, 1829, p. 119 (lire en ligne). - Selon M. Polo, ch. 168, Khubilai fit venir de Sri Lanka deux grosses molaires du Bouddha, de ses cheveux et le bol en porphyre vert dans lequel il mangeait.
  35. (en) Rashid Al-Din (trad. du persan par John Andrew Boyle), The Successors of Genghis Khan, Université de Colombia, coll. « UNESCO Collection of Representative Works », , 372 p. (ISBN 978-0231033510, lire en ligne), p. 243
  36. Hambis, Le chapitre CVIII du Yuan che, p. 2 (lire en ligne).

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