Premier gouvernement pré-constitutionnel

Premier gouvernement
pré-constitutionnel de la monarchie
Primer Gobierno
preconstitucional de la Monarquía

Royaume d'Espagne

Description de l'image defaut.svg.
Président du gouvernement Carlos Arias Navarro
Formation
Fin
Durée 6 mois et 25 jours
Composition initiale
Description de l'image Coat of Arms of Spain (1945-1977).svg.

Le premier gouvernement pré-constitutionnel de la monarchie espagnole (Primer Gobierno preconstitucional de la Monarquía española) était le gouvernement du Royaume d'Espagne, du au .

ContexteModifier

Le , le général Franco meurt après 39 ans de pouvoir. Son héritier désigné, Juan Carlos de Borbón est proclamé Roi deux jours plus tard. Désireux d'entamer des réformes politiques en Espagne, ce dernier se retrouve face à l'appareil d'État franquiste : l'armée, le mouvement national, cortès franquiste et le conseil du Royaume.

La situation est délicate, l'armée lui étant en apparence acquise, Juan Carlos Ier ne désire pas entamer une épreuve de force sans avoir un gouvernement en totale solidarité avec lui. Or il ne peut désigner un président du gouvernement sans l'avis du conseil du Royaume. Véritable verrou dans l'architecture institutionnel franquiste, le conseil du Royaume doit présenter une liste composée de trois noms de responsables politiques potentiellement "premier ministrable" et cette procédure ne semble guère contournable[1]. De plus le dernier chef du gouvernement désigné par Franco, Carlos Arias Navarro, n'a aucune envie de céder sa place arguant que Franco l'ayant nommé pour cinq ans, son mandat court jusqu'en [2]. D'un autre côté, le Búnker (les franquistes les plus conservateurs hostiles à Juan Carlos), fait bloc derrière Arias et militent contre toute initiative de changement[1].

Cependant Alejandro de Valcárcel, le président des Cortes et du conseil du Royaume arrive au terme de son mandat. Profitant cette opportunité, Juan Carlos passe un marché avec Arias en appuyant la candidature de Torcuato Fernández-Miranda au poste de président des deux institutions franquistes. En échange de quoi, Arias démissionnerait et serait automatiquement reconduit à la tête d'un nouveau gouvernement. Cela constitue un moyen simple d’écarter le principal obstacle à son maintien, du point de vue d'Arias[3], et une simple marque d'attention et de fidélité due au nouveau roi d'Espagne, héritier désigné par Franco lui-même du point de vue de ses alliés du Búnker[1].

Mais très vite Juan Carlos entend écarter une grande partie des ministres du précédent gouvernement, dont seuls trois ministres sont conservés (Antonio Valdés aux Travaux publics, José Solís au Travail, Pita da Veiga à la Marine) et faire émerger des têtes nouvelles : l'ancien ambassadeur aux États-Unis Antonio Garrigues Díaz-Cañabate[4] remplace Pascual à la Justice, l'entrepreneur Juan Miguel Villar Mir devient ministre des Finances et aucune affiliation franquiste connue. S'ensuit l'entrée en force des démocrates-chrétiens : Alfonso Osorio[5] (Présidence), Leopoldo Calvo-Sotelo (Commerce), Rodolfo Martín Villa (Relations syndicales) et Adolfo Suárez qui prend le Ministère-Secrétariat géneral du mouvement.

La nomination du général Fernando de Santiago au poste de 1er vice-président, Chargé des Affaires de Défense vise surtout à rassurer l'armée d'autant que celui-ci était réputeée proche du « Búnker »[6],[1].

La nomination de Manuel Fraga à l'Intérieur fragilise Arias vis-à-vis du Búnker car Fraga (ancien ministre de Franco de 1962 à 1969) est plus prestigieux et plus compétent que le président du gouvernement et potentiel recours des franquistes si Arias était chassé du pouvoir par le Roi. D'ailleurs, Fraga, impose son propre beau-frère Carlos Robles Piquer à l'Éducation, et un de ses anciens collaborateurs, Adolfo Martín-Gamero à l'Information et au Tourisme, ce qui ne favorise pas l’autorité d’Arias sur ces derniers[6].

Mais la nomination la plus spectaculaire et la plus inacceptable pour les franquistes est celle de José María de Areilza au Ministère des affaires étrangères. Diplomate de carrière, passé dans l'opposition monarchique au début des années 1960, il fut chargé des questions politiques auprès du comte de Barcelone, opposant historique au général Franco. La principale tâche d’Areilza consistera à « vendre » la réforme, voulues par le Roi, aux capitales européenne et à Washington[3].

Prêtant serment le 13 décembre, le gouvernement apparaît aux yeux des commentateurs politiques en deçà des attendes soulever par le Roi lors de sons discoure de couronnement. À ce stade, Juan Carlos semble prôner la réforme mais reste prudent et préfèrent concentrer son attention sur l’armée. De plus il ne souhaite pas présider régulièrement le conseil des ministres afin "de ne pas s'user dans les inévitables disputes". Attelage bancal entre des ministres appartement à des secteurs disparates du Franquisme, dont on voulait s'assurer la collaboration ou du moins la neutralité ; et un premier ministre en sursis dont la composition de son cabinet lui fut imposée, soit par le Roi soit par les poids lourds de son propre gouvernement. Sans aucune feuille de route ou programme politique, quoique Arias esquisse quelques grandes lignes directrices (loyauté envers la Monarchie, unité nationale, anticommunisme, défense et garantie de l'ordre public), ce gouvernement est sans "leadership".

Sur cette incertitude politique vienne se greffer des problèmes économiques ; le taux d’inflation est de 17% fin 1975, à cela s’ajoute une forte revendication ouvrière de revalorisation des salaires et en complément, le rétablissement de la liberté syndical et l’amnistie politique. Autre point épineux pour le gouvernement, le premier trimestre de l’année 1976 marque l’échéance à laquelle doit être renouvelées les deux tiers des conventions collectives du pays, ce qui représente un total de deux mille convention [3]. Le tout s’ajoute à un fait indéniable, surtout depuis la mort de Franco : le Syndicat vertical, l’organisation syndical officiel, est soit infiltrer par le PCE (à travers les commission ouvrière) ou, de manière clandestine, les anciennes centrales syndicale (UGT et USO) interdite depuis la fin de la guerre civil se sont réorganiser.

CompositionModifier

Poste Titulaire
Président du gouvernement Carlos Arias Navarro
1er vice-président (Chargé des Affaires de Défense)
Ministre sans portefeuille
Fernando de Santiago y Díaz de Mendívil
2e vice-président (Chargé des Affaires intérieures)
Ministre de l'Intérieur
Manuel Fraga
3e vice-président (Chargé des Affaires économiques)
Ministre des Finances
Juan Miguel Villar Mir
Ministres
Ministre des Affaires étrangères José María de Areilza
Ministre de la Justice Antonio Garrigues Díaz-Cañabate
Ministre de l'Armée de terre Félix Álvarez-Arenas y Pacheco
Ministre de l'Armée de l'air Carlos Franco Iribarnegaray
Ministre de la Marine Gabriel Pita da Veiga y Sanz
Ministre de l'Industrie Carlos Pérez de Bricio
Ministre du Commerce Leopoldo Calvo-Sotelo
Ministre des Travaux publics Antonio Valdés González-Roldán
Ministre de l'Agriculture Virgilio Oñate Gil
Ministre du Logement Francisco Lozano Vicente
Ministre du Travail José Solís (es)
Ministre de l'Éducation Carlos Robles Piquer
Ministère de l'Information et du Tourisme Adolfo Martín-Gamero
Ministre, secrétaire général du Mouvement national Adolfo Suárez
Ministre des Relations syndicales Rodolfo Martín Villa
Ministre de la Présidence Alfonso Osorio

Historique du gouvernementModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. a b c et d Philippe Noury, Juan Carlos, édition Tallandier P-264/265
  2. Rappelons aussi que Juan Carlos et Arias ne s'aime guère. Durant l'agonie de Franco, les deux hommes s'opposeront durant la crise du Sahara occidental
  3. a b et c Francisco Campuzano, L'élite Franquiste et la sortie de la dictature, l'Harmatan, P-167-168-169
  4. Il avait été directeur général au Ministère de la Justice dans le premier gouvernement de la République, sous l'autorité de Fernando de los Ríos.
  5. Co-fondateur du club de réflexion Tácito
  6. a et b Francisco Campuzano, L'élite Franquiste et la sortie de la dictature, l'Harmatan, P-150

SourcesModifier