Ouvrir le menu principal

Missionnaire chrétien

membre d'un groupe religieux effectuant de l'évangélisation
(Redirigé depuis Missionnaire (chrétien))
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir missionnaire.

Un missionnaire chrétien est un chrétien qui fait de l’évangélisation dans le cadre d’une mission, généralement à l’étranger.

Sommaire

CaractéristiquesModifier

Un missionnaire est un croyant qui partage ses croyances avec quelqu’un qui n’a pas les mêmes croyances[1]. Il a un message universel, un mandat donné par Dieu et secondairement une organisation, il se déplace géographiquement et ressent un appel spécial à la mission [2]. Concrètement, les missionnaires partagent l’évangile à l’échelle individuel en donnant leur témoignage et à l’échelle publique par des réunions en plein-air[3]. Le travail missionnaire peut inclure également du travail social ou humanitaire chrétien [4].

OrigineModifier

L’origine du travail missionnaire chrétien peut être situé dans la mission donnée par Jésus-Christ à ses apôtres après la Résurrection dans l'évangile de Matthieu : "Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit, et enseignez-leur à observer tout ce que je vous ai prescrit."[5],[6].

Si, dans le Nouveau Testament, le mot missionnaire n'apparaît pas, le terme grec « apôtre » et ses dérivés, très fréquents dans les évangiles et autres écrits néo-testamentaires, a la même signification (« envoyé ») que le mot « missionnaire » [7].

Dans le christianisme, le missionnaire ou l'évangélisateur est un don de Dieu pour l'Église qui est « peuple de Dieu » : « Et il (Dieu) a donné les uns comme apôtres, les autres comme prophètes, les autres comme évangélistes, les autres comme pasteurs et docteurs, pour le perfectionnement des saints en vue de l'œuvre du ministère et de l'édification du corps de Christ (l'Église) »[8],[9].

HistoireModifier

Du XVIe au XXe siècle les missionnaires chrétiens ont souvent accompagné les explorateurs, la colonisation européenne [10],[11] puis le début des indépendances[12]. Un effet collatéral de cette activité missionnaire essentiellement européenne a été la collecte d'une importante base de connaissances linguistiques et ethnographiques[13].

CatholicismeModifier

Dans le catholicisme, les missionnaires sont généralement des évêques, des prêtres, des frères religieux ou des sœurs religieuses [14].

Dans son décret Ad Gentes sur l’activité missionnaire de l'Église le concile Vatican II rappelle que tout chrétien, de par son baptême même, est appelé à être missionnaire, ne fût-ce que par le témoignage de sa vie personnelle inspirée par les valeurs de l’Évangile.

Lorsque les premières missions outremer furent entreprises, les missionnaires ont pu être bien accueillis[15], mais lorsque leurs liens avec le pouvoir colonial apparurent, comme ce fut le cas en Chine ou au Japon, les autorités les expulsèrent et les nouveaux chrétiens furent parfois persécutés. Les jésuites ont eu une grande activité missionnaire, dès le XVIe siècle, importante et innovatrice, en Amérique latine, en Inde, en Chine et Extrême-Orient et en Afrique. Des essais poussés d’inculturation ont quelquefois causé de vives querelles et controverses. La plus célèbre est la « Querelle des rites chinois » au XVIIe siècle.

Au XIXe siècle, de nombreux instituts religieux, masculins et féminins, sont fondés avec vocation missionnaire explicite, en Afrique ou ailleurs. Ainsi la fondation des Missionnaires d'Afrique (Pères Blancs) en 1868 et celle des Sœurs Missionnaires de Notre-Dame d'Afrique en 1869 par le Cardinal Charles Lavigerie, ou les Pères Spiritains.

En 1926, est créée la Journée Missionnaire Mondiale[16], l’avant-dernier dimanche du mois d’octobre. Lors de cette journée et de la semaine qui la précède, les paroisses sont invitées à :

  • s’informer sur la vie des communautés chrétiennes à travers le monde ;
  • prier pour la Mission ;
  • faire un geste de partage en faveur du Fond Missionnaire Mondial[17].

ProtestantismeModifier

Les églises protestantes ont été établies dans le courant du XVIe siècle au milieu de nombreuses guerres et luttes contre les princes catholiques, ce qui ne leur a pas permis de se tourner vers la mission à cette époque[18]. C'est seulement au cours du XVIIIe siècle qu'on assiste à de premières et timides organisations de missionnaires, en particulier de la part des Frères moraves à partir de 1732 et de la part des calvinistes nord-américains auprès des Indiens mohicans du Massachusetts à Stockbridge en 1736[19].

Plusieurs sociétés de mission voient le jour à partir de la fin du XVIIIe siècle. On peut citer: La Société des Missions de Londres (1795), Société des Missions des Pays-Bas (1797), Société des Missions d'Elberfeld (1799, qui devient la Société des missions du Rhin en 1828), le Comité Américain des Missions étrangères (1810), la Mission de Bâle (1815), la Société des missions évangéliques de Paris (1822), les Missions de Berlin (1824), les Missions de Suède (1835), les Missions d'Allemagne du Nord (1836), les Missions de Norvège (1842), la Société des missions finlandaise (1859)[20]. Initialement, ces sociétés sont fondées par des fidèles appartenant à différentes églises protestantes. Interconfessionnelles, beaucoup d'entre elles sont également supranationales, comme la société des missions de Bâle qui regroupe des Suisses, des Allemands et des Français. Mais les grandes églises fondent également leur propre société de missions : le Church Missionary Society de l'église anglicane est créé en 1799. Elle est suivie par les méthodistes en 1813, les presbytériens d'Écosse, en 1825, les luthériens d'Allemagne, en 1836, avec la Société de Leipzig.

Sous l'impulsion des congrégationalistes, suivis par les réformés et presbytériens, les sociétés missionnaires émanant des églises protestantes américaines se multiplient aussi à partir des dernières années du XVIIIe siècle : la New York Missionary Society (1796), la Northern Berkshire Society et la Columbia Missionary Society (1797), la Missionary Society of Connecticut (1798) et la Boston Female Society for Missionary Purposes (1800)[21], la United Domestic Missionary Society (pour l'évangélisation des Amérindiens, 1817), qui devient ensuite la American Home Missionary Society (en)[22]. L'American Board of Commissioners for Foreign Missions (ABCFM, congrégationaliste), fondée en 1810, devient de fait la première société des missions presbytérienne car la majorité des membres du conseil d'administration et des missionnaires de l'ABCFM sont presbytériens. En 1831, la Mission presbytérienne américaine est en outre fondée par l'Église presbytérienne des États-Unis, et est maintenant connue sous le nom de Presbyterian Mission Agency[23]. En 1886, le Student Volunteer Movement for Foreign Missions (Mouvement volontaire étudiant pour les Missions étrangères) est créé pour promouvoir l'idée missionnaire et recruter des missionnaires parmi les étudiants américains[24], ce qu'il fait pendant près de 80 ans, recrutant des milliers de missionnaires protestants au sein des universités américaines.

Christianisme évangéliqueModifier

Dans le christianisme évangélique, les églises mettent beaucoup d’importance à l’engagement de chaque fidèle dans l’évangélisation comme missionnaires, au niveau local et à l’étranger[25],[26].

Diverses organisations missionnaires évangéliques se sont spécialisées dans l’évangélisation au cours de l’histoire. En 1792, BMS Mission mondiale est fondée à Kettering (Angleterre) par William Carey[27],[28]. En 1814, les Ministères baptistes américains internationaux sont fondés par les Églises baptistes américaines USA aux États-Unis[29]. En 1865, OMF International est fondée par Hudson Taylor en Angleterre[30]. En 1893, à Lagos au Nigeria, SIM est fondée par Walter Gowans, Rowland Bingham et Thomas Kent[31]. Samuel E. Hill, John H. Nicholson et William J. Knights fondent Gideons International, une organisation qui distribue gratuitement des Bibles dans les hôtels et motels, les hôpitaux, les bases militaires, les prisons et pénitenciers, les écoles et les universités, à Janesville au Wisconsin, États-Unis, en 1899[32]. Jeunesse en Mission est fondée en 1960 aux États-Unis par Loren Cunningham et Darlene, sa femme[33],[34],[35]. En 1974, Billy Graham et le Comité de Lausanne pour l'évangélisation du monde organise le Premier congrès international sur l'évangélisation mondiale à Lausanne[36].

CritiquesModifier

Dans certains pays majoritairement musulmans, où la conversion religieuse et le prosélytisme sont interdits, le dynamisme des activités missionnaires chrétiennes évangéliques et les conversions qui se multiplient inquiètent parfois les autorités gouvernementales [37].

Notes et référencesModifier

  1. William H. McNeill, Jerry Bentley, David Christian, Berkshire Encyclopedia of World History, 2nd Edition, Berkshire Publishing Group, USA, 2010, p. 1718
  2. William H. McNeill, Jerry Bentley, David Christian, Berkshire Encyclopedia of World History, 2nd Edition, Berkshire Publishing Group, USA, 2010, p. 1718
  3. Paula L. Aymer, Evangelical Awakenings in the Anglophone Caribbean, Springer, USA, 2016, p. 94
  4. John Stott, Christian Mission in the Modern World, InterVarsity Press, USA, 2008, p. 41
  5. Matthieu au chapitre 28 : 19-20
  6. Michael W. Goheen, Introducing Christian Mission Today: Scripture, History and Issues, InterVarsity Press, USA, 2014, p. 61
  7. Patrick Johnstone, The Future of the Global Church: History, Trends and Possiblities, InterVarsity Press, USA, 2014, p. 226
  8. Éph.4:11-12
  9. Stanley J. Grenz, Theology for the Community of God, Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2000, p. 662
  10. Dana L. Robert, Christian Mission: How Christianity Became a World Religion, John Wiley & Sons, USA, 2009, p. 46-47
  11. Voir, par exemple, M. Bée, La Christianisation de la basse Côte d'Ivoire, Revue française d'histoire d'outre-mer, tome 62, no 229, 4e trimestre 1975, p. 619-639. doi) : 10.3406/outre.1975.1874
  12. Annie Lenoble-Bart (dir.), Missionnaires et Eglises en Afrique et à Madagascar (XIXe-XXe siècles), Anthologie de textes missionnaires, Turnhout (Belgique), Brepols, , 733 p.
  13. Voir par exemple l'article d'Yvonne Munnick, "la mission de Paris au Lesotho : évangélisation et indépendance politique", in Protestantisme et autorité, Revue Anglophonia no 17, Presses universitaires du Mirail, Toulouse, 2005, (ISBN 2858167761) p. 396, particulièrement cette référence au Pr Lamin Sanneh (en) : "la traduction de la Bible en langue vernaculaire a obligé les missionnaires à étudier tous les aspects des cultures indigènes, et a ainsi contribué à sauver ces cultures, en particulier les langues en les fixant par écrit."
  14. William J. Collinge, Historical Dictionary of Catholicism, Scarecrow Press, USA, 2012, p. 290
  15. Ainsi le roi de Bungo (Yamaguchi au Japon) donne à François Xavier la permission de prêcher (1551) (dans Georg Schurhammer, Francis Xavier: His life, His Times, Institut historique S.I., Rome, 1973-1980: vol.IV: Japan and China (1549-1552). En 1578 l’empereur Akbar invite les jésuites à sa cour de Fatehpur-Sikri (lettre d’invitation dans John Correia-Afonso : Letters from the Mughal court, Anand, 1988, p. 1). Vers 1626 Le roi de Gugé (Tibet occidental) insiste pour que Antonio de Andrade revienne chez lui (cfr : C. Wessels : Early Jesuit travellers in Central Asia (1603-1721), La Haye, 1926, p. 66. Il y a également l’édit de tolérance de l’empereur de Chine,Kangxi (22 mars 1692). Également au Congo, en Éthiopie...
  16. Préparons-nous à la Semaine missionnaire mondiale !
  17. Journée et Semaine Missionnaire Mondial
  18. (en) Olivier Roy, Holy Ignorance, New York, Columbia University Press, , 48–56 p. (ISBN 978-0-231-70126-6)
  19. J. Gordon Melton, Encyclopedia of Protestantism, Infobase Publishing, USA, 2005, p. XV11
  20. Lars P. Qualben, A History of the Christian Church, Wipf and Stock Publishers, USA, 2008, page 393
  21. (en) Frederick J., Jr. Heuser, « Presbyterians in Mission: An Historic Overview » [archive], sur Gale, (consulté le 19 janvier 2015)
  22. (en) David G. Horvath, « American Home Missionary Society », sur amistadresearchcenter.tulane.edu, Amistad Research Center (consulté le 23 juin 2017)
  23. (en) Michael Parker, « History of World Mission », sur le site de la Société historique presbytérienne (Presbyterian Historical Society), (consulté le 29 novembre 2018)
  24. « Guide to the Student Volunteer Movement for Foreign Missions Records, historical overview », sur le site de la Bibliothèque de l’Université de Yale (consulté le 14 août 2018)
  25. Olivier Moos, Islam-christianisme : l’activité missionnaire évangélique dans le monde musulman, saphirnews.com, France, 19 Juin 2013
  26. Donald M. Lewis, Richard V. Pierard, Global Evangelicalism: Theology, History & Culture in Regional Perspective, InterVarsity Press, USA, 2014, p. 206
  27. Robert E. Johnson, A Global Introduction to Baptist Churches, Cambridge University Press, UK, 2010, p. 99
  28. J. Gordon Melton and Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-CLIO, USA, 2010, p. 292
  29. George Thomas Kurian, Mark A. Lamport, Encyclopedia of Christianity in the United States, Volume 5, Rowman & Littlefield, USA, 2016, p. 63
  30. Mark A. Lamport, Encyclopedia of Christianity in the Global South, Volume 2, Rowman & Littlefield, USA, 2018, p. 148
  31. J. Gordon Melton and Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-CLIO, USA, 2010, p. 2738
  32. George Thomas Kurian, Mark A. Lamport, Encyclopedia of Christianity in the United States, Volume 5, Rowman & Littlefield, USA, 2016, p. 962
  33. (Fer 2005, p. 143)
  34. Brian Stiller, Evangelicals Around the World: A Global Handbook for the 21st Century, Thomas Nelson, USA, 2015, p. 22
  35. Erwin Fahlbusch, Geoffrey William Bromiley, The Encyclodedia of Christianity, Volume 3 , Wm. B. Eerdmans Publishing, USA, 2003, p. 584
  36. Mark A. Lamport, Encyclopedia of Christianity in the Global South, Volume 2, Rowman & Littlefield, USA, 2018, p. 451.
  37. Olivier de Trogoff, L'implantation progressive des églises évangélistes dans le monde musulman, lesclesdumoyenorient.com, France, 3 novembre 2014

BibliographieModifier

Voir aussiModifier