Saint-Esprit

concept de Dieu dans de nombreuses religions
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Le Saint-Esprit, ou Esprit saint, est dans plusieurs religions un aspect ou un agent de Dieu qui communique avec les humains ou agit sur eux.

Le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe par le Bernin, basilique Saint-Pierre de Rome.

Dans le judaïsme, la Ruah, ou « Souffle » de Dieu, intervient dès le premier chapitre de la Genèse, lors de la création du monde. La Ruah continue à se manifester dans l'ensemble de la Bible hébraïque.

Dans le Nouveau Testament, le mot hébreu Ruah est traduit en grec par Pneuma, qui signifie également « Souffle » de Dieu. Pour le christianisme, le Souffle divin, ou Saint-Esprit (Spiritus Sanctus en latin), est l'une des trois personnes de la Trinité, ainsi que le Symbole de Nicée-Constantinople l'a formulé au IVe siècle. Il est fêté lors de la Pentecôte.

L'Esprit saint apparaît également dans les écrits pré-islamiques et dans le Coran (en arabe : Ruh).

Sources bibliquesModifier

Ancien TestamentModifier

Dans la Bible hébraïque (l'Ancien Testament pour le christianisme) et les commentaires juifs, le substantif féminin ruah (hébreu : רוח, « Souffle ») désigne le « Souffle » ou l'« Esprit » de YHWH (רוח יהוה).

Dès le premier chapitre du Livre de la Genèse, le Souffle de Dieu, la Ruah, plane sur les eaux lors de la création du monde (Gn 1,2). Ce Souffle agit aussi, par exemple, en Ps 33:6 et Ez 37:5-14. Dans d'autres passages, la Ruah signifie plutôt « esprit » ou « attitude » [1].

La Bible hébraïque n'associe que rarement l'adjectif « saint » à la Ruah[2].

Les emplois les plus fréquents sont « Souffle/Esprit de Dieu » (Ruah YHWH ou Ruah ha-Elohim) ou « Ton Souffle» (Ruahkha). Les occurrences les plus significatives soulignent la puissance créatrice de la Ruah de Dieu (Gn 2:7 ; Ps 104:30), dont la parole est exprimée par les prophètes, comme l'affirment notamment le Livre des Nombres[3] ou le Deuxième Livre de Samuel :

« L’Esprit de YHWH a parlé par moi, et sa parole est sur ma langue. »

— 2 S 23:2

Dans le Livre de Joël Dieu déclare :

« Après cela, je répandrai mon esprit sur toute chair ; vos fils et vos filles prophétiseront, vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens des visions. Même sur les serviteurs et sur les servantes, dans ces jours-là, je répandrai mon esprit. »

— Jl 2:28-29 ou Jl 3:1 (selon les versions)

 
Isaïe, détail d'une Annonciation de Matthias Grünewald (1515), musée Unterlinden, Colmar. Pour le christianisme, la prophétie d'Isaïe concerne Jésus.


Pour les chrétiens, c'est au Christ que fait référence le passage du Livre d'Isaïe (11, 1-2) :

« Un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l'Esprit de YHWH, esprit de sagesse et d'intelligence, esprit de conseil et de force, esprit de connaissance et de crainte de YHWH. »

Dotation de la sagesse (Ex 31,1-3) : « YHWH parla à Moïse en ces termes : Vois, j'ai appelé nommément Beçaléel… Je l'ai rempli de l'esprit de Dieu : habileté, adresse et savoir-faire pour tout travail ». Dotation de la force (Jg 3,10-11) : Otniél est considéré comme le sauveur des fils d'Israël. « L'esprit de Yahvé fut sur lui : il devint juge d'Israël et marcha au combat… Sa main fut forte contre Kouchân-Richéataïm. Le pays fut tranquille pendant 40 ans ». Un autre exemple est en Juges 15,14, Samson a été ligoté par les hommes de Juda : « Alors fondit sur lui l'esprit de Yahvé ; les cordes qu'il avait aux bras devinrent du lin brûlé par le feu et ses liens coulèrent de dessus ses mains ».

Nouveau TestamentModifier

Le Nouveau Testament, rédigé en grec ancien, reprend la notion hébraïque de Ruah et la traduit littéralement : la Ruah ha-kodesh (רוח הקודש, Ruah ha-kodesh, « le Souffle saint ») devient en grec πνεῦμα τὸ ἅγιον, pneûma tò hágion, « le Souffle saint »). Au IVe siècle, la Vulgate la traduira à son tour en latin par l'expression Spiritus Sanctus (« Souffle/Esprit saint »).

Corpus paulinienModifier

Les Épîtres de Paul, dont sept ont été écrites par l'apôtre Paul dans les années 40-50, sont les textes les plus anciens du Nouveau Testament. Elles précèdent de plusieurs dizaines d'années les quatre Évangiles canoniques.

Pour l'Apôtre, le Saint-Esprit est l'« Esprit de la promesse » faite par Dieu à Abraham (Ga 3,14 ; Ep 1,13).

un Esprit d'adoption (Rm 8,15) dans votre cœur l'Esprit de son fils qui crie "Abba! Père!" (Ga 4,6).

Trois chapitres de la première épître de Paul aux Corinthiens décrivent les dons spirituels ou « charismes » (voir aussi : Dons du Saint-Esprit) :

« Il n'y a donc plus maintenant de condamnation pour ceux qui sont dans le Christ Jésus. La loi de l'Esprit qui donne vie dans le Christ Jésus t'a affranchi de la loi du péché et de la mort. »

— Rm 8,1-2

« En effet, tous ceux qu'anime l'Esprit de Dieu sont fils de Dieu. Aussi bien n'avez-vous pas reçu un esprit d'esclaves pour retomber dans la crainte ; vous avez reçu un esprit de fils adoptifs qui nous fait nous écrier : Abba ! Père ! L'Esprit en personne se joint à notre esprit pour attester que nous sommes enfants de Dieu. »

— Rm 14,16

ÉvangilesModifier

Les Évangiles selon Luc et Matthieu, rédigés à la même époque (les années 80) mais indépendamment l'un de l'autre, soulignent l'intervention de l'Esprit dans la conception virginale de Jésus.

En Luc 1:34-35, lors de l'Annonciation, l'ange Gabriel est envoyé par Dieu à Marie, qui est fiancée à, Joseph, et lui annonce qu'elle va concevoir un enfant : « Mais Marie dit à l'ange : « Comment cela sera-t-il puisque je ne connais pas d'homme ? » L'ange dit : « L'Esprit saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c'est pourquoi l'être qui naîtra sera appelé Fils de Dieu. » »

En l"Matthieu (1,18), l'épisode est relaté en ces termes : « Or la naissance de Jésus-Christ arriva ainsi. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, il se trouva, avant qu'ils eussent habité ensemble, qu'elle avait conçu par la vertu du Saint-Esprit. »

L'Esprit saint est ensuite mentionné lors de la présentation de Jésus au Temple en présence du vieillard Syméon[4].

Jean le Baptiste témoigne que Jésus est l'Élu de Dieu et déclare avoir « vu l'Esprit descendre telle une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui »[5].

Dans ses prédications, Jésus enseigne que tous les péchés peuvent être pardonnés sauf le « blasphème contre l'Esprit ».

« Qui n'est pas avec moi est contre moi, et qui n'amasse pas avec moi dissipe. Aussi je vous le dis, tout péché et blasphème sera remis aux hommes, mais le blasphème contre l'Esprit ne sera pas remis. Et quiconque aura dit une parole contre le fils de l'homme, cela lui sera remis ; mais quiconque aura parlé contre l'Esprit saint, cela ne lui sera remis ni en ce monde, ni dans l'autre[6]. »

— Mt 12,31–32

Le jour de la Pâque juive (Pessah), Jésus prit un repas avec ses disciples. Ce repas est appelé Cène dans le christianisme. Dans le Discours de la Cène (évangile selon Jean), l'Esprit saint est présenté comme un défenseur, il est appelé Paraclet.

Paraclet (παράκλητος, Parakletos ; en latin Paracletus) est un mot d'origine grecque qui signifie « appelé auprès de soi » (de παρακαλέω, « appeler auprès de soi»), « défenseur », « intercesseur »

Selon Jean (14,15-17) :

« Si vous m'aimez, vous garderez mes commandements ; et je prierai le Père et il vous donnera un autre Paraclet, pour qu'il soit avec vous à jamais, l'Esprit de Vérité que le monde ne peut pas recevoir, parce qu'il ne le voit pas ni ne le reconnaît. Vous, vous le connaissez, parce qu'il demeure auprès de vous ; et en vous il sera. »

Selon Jean (16,7) :

« Cependant je vous dis la vérité, c'est votre intérêt que je parte ; car si je ne pars pas, le Paraclet ne viendra pas vers vous. »

L'islam considère, pour sa part, que le paraclet annoncé par Jésus est Mahomet.


Selon Jean (20,21-22), le soir de Pâques :

« Jésus donc leur dit encore : Paix vous soit ! Comme le Père m'a envoyé, moi aussi je vous envoie. Et ayant dit cela, il souffla en eux, et leur dit : Recevez l'Esprit saint. »

L'Esprit-Saint est cité dans plusieurs passages relatifs à la Trinité (Mt 28,19 ; 2 Co 13,13).

Actes des ApôtresModifier

 
La Pentecôte, Apocalypse de Bamberg, v. 1010.

Dans les Actes des Apôtres (2, 2-4), le « consolateur », en grec Paraclet (παράκλητος / paraklêtos, « le défenseur »), est envoyé aux apôtres lors de la Pentecôte.

« Et il se fit tout à coup du ciel un son, comme d'un souffle violent et impétueux, et il remplit toute la maison où ils étaient assis. Et il leur apparut des langues divisées, comme de feu ; et elles se posèrent sur chacun d'eux. Et ils furent tous remplis de l'Esprit saint, et commencèrent à parler d'autres langues, selon que l'Esprit leur donnait de s'énoncer. »

Juste après l'envoi de l'Esprit Saint, Pierre s'adresse à une foule :

« Mais c'est ce qui a été dit par le prophète Joël :

Il arrivera dans les derniers jours, dit Dieu, que je répandrai de mon Esprit sur toute chair, et vos fils et vos filles prophétiseront, et vos jeunes gens auront des visions, et vos vieillards auront des songes. »

— Ac 2,16-17

Plus loin :

« Pierre leur dit : « Repentez-vous, et que chacun de vous soit baptisé au nom de Jésus-Christ pour la rémission de vos péchés, et vous recevrez le don du Saint-Esprit ». »

— Ac 2,38

Dans le christianisme, cet événement est fêté le jour de la Pentecôte.

Le Saint-Esprit dans le christianismeModifier

Si l'Esprit saint est désigné nommément à de multiples reprises dans la Bible, aucun passage de l'Ancien ou du Nouveau Testament n'en donne de définition. Cette imprécision est à l'origine d'une série de controverses théologiques principalement réparties en trois périodes : le IVe siècle, qui a vu l'élaboration du Symbole de Nicée-Constantinople, les différends entre l'Orient et l'Occident qui aboutissent au grand schisme du XIe siècle et enfin les questions doctrinales soulevées par la Réforme protestante au XVIe siècle.

Une des trois personnes de la TrinitéModifier

Depuis le premier concile de Nicée (325) et le premier concile de Constantinople (381), l'Esprit saint est reconnu comme la troisième hypostase (ou « personne ») de la Trinité. Il est distinct du Père et du Fils (Jésus-Christ), mais consubstantiel à eux, c'est-à-dire partageant la même essence.

 
La plus ancienne représentation de la Trinité : le Sarcophage dogmatique (détail), v. 320-350, musées du Vatican, Rome. Le Père, le Fils et l'Esprit sont représentés sous les traits de trois personnages identiques.

Le symbole de Nicée-Constantinople professe : « Je crois en l'Esprit saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire. Il a parlé par les prophètes. »

Dans son Traité du Saint-Esprit, achevé en 375, Basile de Césarée vise à établir l'égalité d’honneur (l'« homotimie ») de l’Esprit avec le Père et avec le Fils, à partir des Écritures et de la Tradition.

L'œuvre principale du Saint-Esprit est d'inspirer aussi bien les prophètes de l'Ancien Testament que les rédacteurs de la Bible tout entière. Il communique la paix et l'amour de Dieu au genre humain[7],[8],[9].

C'est pourquoi l'Esprit saint est aussi l'« interprète de l'Écriture » au sens où il guide les croyants dans leur compréhension de la Bible et du sens de la Résurrection.

« L'Esprit est en nous le signe certain de la création nouvelle qui, tout inachevée qu'elle soit, a déjà commencé (cf. Ga 6,15). Actualité du Christ crucifié, il est aussi en même temps actualité du Christ ressuscité. Non pas réalité de notre propre résurrection, mais garantie qu'elle aura lieu. Plus encore, possibilité de considérer que nous sommes morts avec le Christ, et vivants pour Dieu en lui (Rm 6,11) ; possibilité et permission de vivre, aujourd'hui, avec une entière assurance (Rm 8,18ss) »[10].

Daniel Marguerat rapporte la situation de l'Église primitive :

« L’apparition des quatre évangiles, dans le court espace de 30 ans (entre 65 et 95), trouve une explication dans la volonté de stabiliser la tradition de Jésus face aux débordements des prophètes chrétiens. [...] À la position corinthienne qui réserve l’Esprit à une élite spirituelle, Paul réplique que tout croyant est charismatique. Tout croyant est habité par l’Esprit, traversé par l’Esprit, par le fait même qu’il énonce la confession de foi la plus élémentaire (1 Co 12,1-3)[11]. »

La querelle du FilioqueModifier

 
Icône de la Trinité d'Andreï Roublev (v. 1410-1427), galerie Tretiakov, Moscou. L'Église orthodoxe insiste sur l'équivalence des trois personnes divines.

Le symbole de Nicée-Constantinople fixé par les conciles du IVe siècle affirme que le Saint-Esprit « procède du Père ». Or un ajout est effectué par Charlemagne : le Saint-Esprit procède du Père « et du Fils » (en latin : Filioque). « Je crois en l'Esprit saint, qui est Seigneur et qui donne la vie ; il procède du Père et du Fils. Avec le Père et le Fils, il reçoit même adoration et même gloire ; il a parlé par les prophètes ».

Ce Filioque était déjà adopté dans l'Église d'Espagne quand Charlemagne l'a introduit, contre l'avis du pape Léon III[réf. nécessaire]. Les papes ont longtemps résisté à l'Église carolingienne, jusqu'à Nicolas Ier, premier pape à adopter le Credo de Charlemagne, qui s'est étendu à toute l'Église catholique mais a été refusé par l'Église orthodoxe.

Ce différend sur la nature de l'Esprit-Saint, connu sous le nom de « querelle du Filioque », a été l'une des causes du Grand Schisme d'Orient en 1054.

Les orthodoxes estiment en effet que cette innovation est contraire à l'enseignement des Pères de l'Église, tandis que l'Église catholique, qui a adopté cette modification, déclare n'y voir que le développement d'un élément non explicite de la foi des Pères. Ce point est un obstacle majeur à la réconciliation de ces deux Églises.

Périodes moderne et contemporaineModifier

Ces périodes sont caractérisées par un morcellement des Églises. La Réforme remit en cause certains sacrements, dont la confirmation qui porte sur l'Esprit saint.

Dans la période contemporaine, on vit apparaître, surtout aux États-Unis, plusieurs Églises ou dénominations qui insistèrent sur la place de l'Esprit saint dans la vie personnelle du croyant, et sur les dons spirituels (charismes). C'est dans ce contexte que le pentecôtisme est apparu au début du XXe siècle. Elles donnèrent également lieu à des mouvements de Renouveau charismatique au sein du catholicisme (l'Emmanuel, le Chemin Neuf...).

InterprétationModifier

L'Esprit saint est appelé par Jésus « Paraclet » dans le discours de la Cène (Jn 14,16.26 ; 15,26 ; 16,7), littéralement « celui qui est appelé auprès », que l'on traduit par Consolateur ou Défenseur. Jésus appelle l'Esprit saint « Esprit de vérité » (Jn 16,13).

L'Esprit saint dans la profession de foi chrétienneModifier

Les manifestations de l'Esprit saint décrites dans le Nouveau Testament sont l'accomplissement de l'annonce faite par Isaïe (chapitre 11,2 du livre d'Isaïe). Avec la Cène, elle scelle une Nouvelle Alliance. Les dons de l'Esprit rappellent le Décalogue décrit dans la Première Alliance.

La foi chrétienne s'exprime à travers les symboles de la foi, dont les deux plus représentatifs sont le symbole des Apôtres (reconnu par les Églises œcuméniques) et le Credo de Nicée-Constantinople (plus ancien), qui contiennent tous les deux la formule : « Je crois en l'Esprit saint »[12].

Paul de Tarse rappelait que « nul ne connaît ce qui concerne Dieu, sinon l'Esprit de Dieu » (première épître aux Corinthiens, 2,11). L'Esprit qui révèle Dieu nous fait connaître le Christ, son Verbe, sa Parole vivante, mais ne se dit pas Lui-même. Celui qui « a parlé par les prophètes »[13] nous fait entendre la Parole du Père. Mais Lui, nous ne l'entendons pas. Nous ne le connaissons que dans le mouvement où il nous révèle le Verbe et nous dispose à l'accueillir dans la foi[14].

L'Église, en tant que communion vivante dans la foi des apôtres qu'elle transmet, est le lieu de notre connaissance de l'Esprit saint :

Les catholiques et les Églises orthodoxes insistent sur l'institution des apôtres et le fait que l'Église en tant qu'institution devient inspirée, fondant ainsi son autorité spirituelle. Les Églises évangéliques mettent l'accent sur le fait que chacun, recevant l'Esprit saint (1 Co 6:19 « votre corps est le temple du Saint-Esprit qui est en vous »), peut annoncer le message du Christ, qui est le critère de cette inspiration ; le même Esprit donne à l'Église les pasteurs et autres ministres dont c'est la fonction permanente.

Les Églises évangéliques attachent une certaine importance au fait que l'Esprit permet d'ouvrir celui qui le reçoit à une nouvelle naissance, celle dont Jésus a parlé dans l'évangile selon Jean (3,5) : « Jésus répondit : En vérité, en vérité, je te le dis, si un homme ne naît d'eau et d'Esprit, il ne peut entrer dans le Royaume de Dieu »[16],[17],[18]. Les mouvements charismatiques accordent une importance particulière à certaines manifestations de l'Esprit (parler des langues, interprétation des langues, prophéties, guérisons)[19],[20].

L'Esprit comme don de DieuModifier

L'Esprit saint est avant tout le don de Dieu, enseigne le Catéchisme de l'Eglise Catholique[21] qui cite « Dieu est Amour » (1 Jn 4,8-16) et précise que l'Amour est le premier don qui contient tous les autres. Cet Amour, « Dieu l'a répandu dans nos cœurs par l'Esprit-Saint qui nous fut donné » (Rm 5,5).

Cet amour (la charité de 1 Co 13) est le principe de la vie nouvelle dans le Christ, rendue possible puisque nous avons reçu une force, celle de l'Esprit saint (Ac 1,8).

C'est par cette puissance de l'Esprit que les enfants de Dieu peuvent porter du fruit[22]. On doit distinguer les dons de l'esprit et les fruits de l'esprit. Saint Thomas d'Aquin fait cette distinction dans la Somme théologique[23].

Dons de l'Esprit saintModifier

 
Fresque médiévale représentant le Saint-Esprit sous la forme d'une colombe, monastère de Žiča, Serbie.

Par rapport aux six dons cités par Isaïe (11,1-3), la traduction latine de la Vulgate dédouble la « crainte de l'Éternel » (spiritus timoris Domini), ajoutant la piété (spiritus pietatis). Ce sont les « sept dons de l'Esprit saint », qui « rendent les fidèles dociles à obéir avec promptitude aux inspirations divines »)[24].

Il existe trois listes de dons de l’Esprit saint :

1 Corinthiens 12,8-13

« En effet, à l'un est donnée par l'Esprit une parole de sagesse, à l'autre une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit; à un autre, le don des guérisons, par ce seul et même Esprit ; à un autre, la puissance d'opérer des miracles ; à un autre la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre la diversité des langues ; à un autre le don de les interpréter.

Mais c'est le seul et même Esprit qui produit tous ces dons, les distribuant à chacun en particulier, comme il lui plaît. Car, comme le corps est un et a plusieurs membres, et comme tous les membres du corps, malgré leur nombre, ne forment qu'un seul corps, ainsi en est-il du Christ. Tous, en effet, nous avons été baptisés dans un seul esprit pour former un seul corps, soit Juifs, soit Grecs, soit esclaves, soit libres, et nous avons tous été abreuvés d'un seul Esprit. »

Éphésiens 4,11-12

« C'est lui aussi qui a fait les uns apôtres, d'autres prophètes, d'autres évangélistes, d'autres pasteurs et docteurs, en vue du perfectionnement des saints, pour l'œuvre du ministère, pour l'édification du corps du Christ. »

Romains 12,6-8

« et nous avons des dons différents selon la grâce qui nous a été donnée: soit de prophétie, selon la mesure de notre foi, soit de ministère, pour nous contenir dans le ministère ; celui-ci a reçu le don d'enseigner : qu'il enseigne ; celui-là, le don d'exhorter: qu'il exhorte ; un autre distribue : qu'il s'en acquitte avec simplicité ; un autre préside : qu'il le fasse avec zèle ; un autre exerce les œuvres de miséricorde : qu'il s'y livre avec joie. »

Dans chacune de ces références il est clairement dit que ces dons sont pour l’édification de l’Église. Treize dons sont mentionnés dans ces trois listes (les paroles de sagesse, les paroles de connaissance, le pastorat, le ministère d’évangéliste, le don de commandement, l’apostolat, la foi, le don des guérisons, le don des miracles, la prophétie, le discernement des esprits, la diversité des langues, l’interprétation des langues).

Il n’y a pas de « standard » uniformément accepté clôturant cette liste. Saint Paul fut au courant de la puissance de l’Esprit se manifestant de ces manières et enseigna l’Église de l’existence de ces dons, leur rôle et leur importance. Cela doit se différencier des talents qui sont accordés à tout enfant de Dieu et qui sont pour tous ceux qui croient en Jésus-Christ – Les dons de l’Esprit saint pour la puissance et les talents nécessaires pour faire le travail de Christ dans le monde.


L'Église catholique [25](n° 1830 à 1845), les dons de l'Esprit sont reformulés en sept dons (six sont mentionnés dans Isaïe 11, 2), mais sept dans la traduction grecque des Septante et la traduction latine de la Vulgate :

Selon Paul, le don des langues est nécessaire :

« Je désire que vous parliez tous en langues, mais encore plus que vous prophétisiez. Celui qui prophétise est plus grand que celui qui parle en langues, à moins que ce dernier n'interprète, pour que l'Église en reçoive de l'édification. »

— 1Co 14. 5

« C'est pourquoi, que celui qui parle en langue prie pour avoir le don d'interpréter. »

— 1Co 14. 13

Le Fruit de l'Esprit (et non pas « les fruits de l'Esprit ») regroupe neuf perfections (ou qualités) que forme en nous le Saint-Esprit comme des prémices de la gloire éternelle[26].

Selon l'épître aux Galates (et selon les traductions) :

« Mais le fruit de l'Esprit est charité (ou amour), joie, paix, longanimité (ou patience), serviabilité (ou bienveillance), bonté, douceur, maîtrise de soi, fidélité (ou foi) : contre de telles choses, il n'y a pas de loi. »

— Ga (5,22-23)

Nota : en fonction des traductions bibliques, les mots : charité sont remplacés par amour, longanimité par patience, serviabilité ou bénignité par bienveillance, fidélité par foi.

Le nombre des qualités du Fruit de l'Esprit saint est, comme pour les sept dons, symbolique de perfection et de plénitude, puisqu'il y en a neuf :

  1. l'amour ;
  2. la joie ;
  3. la paix ;
  4. la patience ;
  5. la bienveillance ;
  6. la bonté ;
  7. la douceur ;
  8. la maîtrise de soi ;
  9. la fidélité (ou la foi).

Nota : La modestie, la continence, la chasteté ne sont pas des qualités contenues dans Ga 5,22-23.

L'Esprit saint dans les confessions chrétiennesModifier

Église catholiqueModifier

Le catéchisme de l'Église catholique mentionne :

« L'Esprit saint, dont l'onction imprègne tout notre être, est le Maître intérieur de la prière chrétienne et l'artisan de la tradition vivante de la prière. »

— Catéchisme de l'Église catholique, numéro 2672.

Dans le catholicisme, l'Esprit Saint est présent dans les sacrements.

Christianisme orthodoxeModifier

Les prières orthodoxes commencent toujours par une prière initiale à l'Esprit saint, afin que conformément à la parole de Saint Paul citée ci-dessus, ce soit l'Esprit saint lui-même qui vienne nous communiquer l'état de la prière et prier en nous, à travers nous :

« Roi Céleste, Consolateur, Esprit de vérité,
Toi qui es partout présent et remplissant tout,
Trésor de grâce et donateur de vie,
Viens et fais ta demeure en nous,
Purifie-nous de toute souillure
Et sauve nos âmes, Toi qui es Bonté ! »

Christianisme évangéliqueModifier

Dans le christianisme évangélique, le Saint-Esprit (ou l’Esprit de Dieu, Esprit) Dieu en tant qu’Esprit, est considéré comme étant pleinement Dieu. Il s’agit de la manifestation éternelle de Dieu dans la dimension humaine. C’est la présence de l’Esprit que Jésus a promise dans l’Évangile à ceux qui se convertiraient, attestée par les premiers témoins du Christ (Ac 2) [27]. Tous les courants évangéliques considèrent que le Saint-Esprit est présent et œuvrant dans les histoires personnelles de chaque croyant, ainsi que dans le devenir de l’Église universelle[28]. Partie prenante de la conversion de l’individu, il est aussi considéré comme à l’origine divers dons, qui varient beaucoup si l’on se base sur les écrits néotestamentaires, mais il est courant que les dénominations charismatiques mettent l’accent sur tel ou tel don de l’Esprit[29]. Les dons du Saint-Esprit sont au nombre de 9; les dons créatifs (écriture et arts), les dons pastoraux (encadrement et guidance des communautés), les dons apostoliques (prédication, enseignement), les dons prophétiques (prophétie dans ses diverses formes), les dons prodigieux (prodiges et miracles) [30]. Le christianisme évangélique, particulièrement dans les courants pentecôtisme, mouvement charismatique évangélique, mouvement néo-charismatique, met une emphase sur l’Esprit et son action dans les vies humaines et dans l’Église[31].

Le christianisme évangélique a a deux conceptions du baptême du Saint-Esprit, celle d'une expérience liée à la nouvelle naissance et celle d'une deuxième expérience, après la nouvelle naissance [32]. Les signes du baptême du Saint-Esprit diffèrent selon les mouvements.

PentecôtismeModifier

Pour les pentecôtistes, tous les chrétiens de conversion, ont besoin d'être baptisés du Saint Esprit ou remplis du Saint Esprit, avec le "signe preuve" selon Actes 2,4, du parler en langues (glossolalie). Cette expérience du parler en langues s'est renouvelée régulièrement en Actes 10 et 19 (plusieurs dizaines d'années après la Pentecôte). Le parler en langues consiste à "parler à Dieu", "prier Dieu", "rendre d'excellentes actions de grâce" selon 1 Corinthiens 14. De nos jours, la mouvance pentecôtiste ou charismatique est présente essentiellement au sein des églises protestantes évangéliques, mais aussi chez les catholiques et orthodoxes, cette mouvance représente 500 millions de chrétiens.

Le parler en langues, ou glossolalie, est pratiqué par le mouvement pentecôtiste et le mouvement charismatique évangélique. Il ne figure pas en tant que tel dans les dons indiqués dans le catéchisme catholique, mais est reconnu dans les mouvements catholiques du Renouveau charismatique.

Cette expérience de la glossolalie s'est reproduite, sans arrêt, depuis deux mille ans. Irénée l'évêque de l'église de Lyon, vers 170 ap. J.-C. relate ceci:

« ... nous entendons aussi nombre de frères dans l'Église, et qui possèdent des charismes prophétiques, parlent toutes sortes de langues grâce à l'Esprit, manifestent les secrets des hommes pour leur profit et exposent les mystères de Dieu ».

Mais aussi chez les protestants persécutés des Cévennes après la révocation de l'édit de Nantes: "J'ai vu plusieurs personnes de l'un et de l'autre sexe, qui dans l'extase prononçaient certaines paroles que les assistants jugeaient être une parole étrangère. Ensuite ceux qui parlaient déclaraient quelques fois ce que signifiaient les paroles qu'ils avaient prononcées" [33].

Pour les pentecôtistes, le baptême du Saint Esprit est aussi l'introduction aux dons spirituels, c'est-à-dire selon 1 Co 12,7-11:

« Or, à chacun la manifestation de l’Esprit est donnée pour l’utilité commune. En effet, à l’un est donnée par l’Esprit une parole de sagesse ; à un autre, une parole de connaissance, selon le même Esprit ; à un autre, la foi, par le même Esprit ; à un autre, le don des guérisons, par le même Esprit ;
à un autre, le don d’opérer des miracles ; à un autre, la prophétie ; à un autre, le discernement des esprits ; à un autre, la diversité des langues ; à un autre, l’interprétation des langues.
Un seul et même Esprit opère toutes ces choses, les distribuant à chacun en particulier comme il veut ».

En dehors de cet aspect, les pentecôtistes croient comme tous les chrétiens protestants, catholiques ou orthodoxes que le Saint Esprit est la troisième personne de la Trinité divine. Le Saint Esprit est doué de raison (Ac 15,28), de sentiments (Ep 4,30) et de volonté (1 Co 12,1), en conséquence de quoi, le Saint Esprit est plus qu'une puissance, Il est une personne. Le Saint Esprit habite le corps de tout chrétien né de nouveau (Jn 3,3 ; 1 Co 6,19)[34].

Représentations de l'Esprit saintModifier

SymbolesModifier

 
Le Saint-Esprit sous l'aspect de la colombe et de ses langues de feu lors de la Pentecôte, Psautier d'Ingeburge (v. 1200), musée Condé, Chantilly.
 
Le Saint-Esprit sous l'aspect de la colombe et de ses langues de feu, art igbo, Onitsha, Nigeria.

Dans le Nouveau Testament, l'Esprit saint est représenté par divers symboles dont les plus connus sont la colombe (Mc 1:10) et les langues de feu (Ac 2:2-3)...

Les symboles de l'Esprit Saint sont[35] :

  • l'eau (Jn 4,10-14)
  • l'onction : l'Esprit saint agit à travers l'onction lors des sacrements du Baptême, de la Confirmation, Ordination et de l'onction des malades (dans l'Église catholique, les Églises orthodoxes et anglicane) ;
  • Le feu (Lc 3,16 ; 12,49; Ac 2,3-4); le(a) chrétien(ne) = celui, celle qui a réellement donné sa vie, son coeur à Jésus (= conversion de l'âme), reçoit ensuite le baptême de feu (le baptême du Saint-Esprit) (Lc 3,16 ; Ac 2,3-4)
  • la nuée et la lumière : ces deux symboles sont inséparables dans les manifestations de l'Esprit saint. Ils sont apparus lors de la Transfiguration « Celui-ci est mon Fils, mon Elu, écoutez-le »,(Lc 1,17 ; 9,4-35) ;
  • le sceau (Jn 6,27 ; 2 Col 1,22 ; Ep 1,13 ; 4,30)
  • la main (Ac 8,17-19 ; 13,3 ; 19,6) ;
  • le doigt (Ex 31,18 ; Lc 11,20) ;
  • la colombe (Gn 8,8-12 ; Mt 3,16).

Directives de l'Église catholiqueModifier

En 1628, le pape Urbain VIII interdit de représenter le Saint-Esprit sous une forme humaine, par exemple comme l'époux de Marie. Benoît XIV ajoute en 1745 que le Saint-Esprit ne doit être représenté que sous la forme d'une colombe[36].

Peinture et sculptureModifier

L'Esprit saint est souvent représenté comme une colombe, du fait que l'Esprit saint est descendu sur Jésus sous la forme d'une colombe quand il a été baptisé dans le Jourdain.

Dans beaucoup de peintures de l'Annonciation, l'Esprit saint est représenté sous la forme d'une colombe, qui représente l'annonce de la conception de Jésus à la Vierge Marie par l'ange Gabriel.

La colombe est aussi à mettre en rapport avec celle qui apporta une branche d'olivier à Noé après le Déluge, et les traditions rabbiniques selon lesquelles les colombes au-dessus de l'eau signifient la présence de Dieu.

Les Actes des Apôtres décrivent l'Esprit saint descendant sur les Apôtres à la Pentecôte sous la forme d'un souffle et d'une langue de feu qui se pose sur les têtes des Apôtres. En fonction de ce récit, l'Esprit saint est quelquefois symbolisé par une langue de feu.

En musiqueModifier

Premier couplet du Veni Creator Spiritus

L'hymne Veni Creator Spiritus est chanté à la Pentecôte. Il comporte sept strophes qui symbolisent les sept dons traditionnels de l'Esprit saint (sagesse, discernement, conseil, savoir, force d'âme, piété et crainte (respect) du Seigneur.Il est attribué à Raban Maur (776-856). Cet hymne est chanté aux Vêpres, à la Pentecôte, à la dédicace d'une église, à la Confirmation, et à l'ordination sacerdotale, et à chaque fois que l'Esprit saint est solennellement invoqué. Une indulgence partielle est accordée au fidèle qui le récite. Une indulgence plénière est accordée s'il est récité le 1er janvier ou à la fête de la Pentecôte.

La séquence grégorienne Veni Sancte Spiritus de la messe de la fête de Pentecôte

Marc-Antoine Charpentier a composé vers 1690 3 motets, Pour le Saint Esprit : Veni Creator H 362 pour 3 voix et basse continue, 2 Veni Sancte Spiritus (H 364 H 364 a) et H 366 pour 3 voix et basse continue. Il a composé, à la fin des années 1680, un Veni Creator pour un dessus seul pour le catéchisme H 70 pour 1 voix et basse continue.

Charles d'Ambleville a composé un Veni Creator pour 4 voix mixtes. Henry du Mont a composé un Veni Creator à 4 voix mixtes, si bémol majeur, publié en 1652.

Veni Sancte Spiritus de Mozart au XVIIIe siècle.

L'Esprit saint et les autres religionsModifier

L'Esprit saint et le zoroastrismeModifier

Ahura Mazda (Seigneur Sage), dieu suprême et unique, crée l'univers comme une zone d'assainissement pour sa progéniture maléfique : Angra Mainyu (Esprit Mauvais) qui agit à travers la matière et les ténèbres qu'elle permet. Grâce à l'enseignement qu'il délivre au prophète Zoroastre et à ses trois successeurs, Ahura Mazda donne la possibilité aux êtres humains de lui résister par la bonne parole, la bonne pensée et la bonne action qui sont les trois armes de sa progéniture bienveillante : Spenta Mainyu (Esprit saint). Spenta Mainyu et Angra Mainyu sont de forces égales au moment de la création, Ahura Mazda n'intervient pas dans leur combat, il pourrait éliminer l'Esprit Mauvais mais il souhaite l'éduquer en lui opposant les qualités de son « jumeau ». Le temps de l'univers est divisé en trois périodes égales, l'Esprit saint règne sur la première, l'Esprit Mauvais sur la deuxième, ces deux périodes leur permettant de se fortifier l'un et l'autre sans être perturbé par l'adversaire en vue d'un combat équitable pendant toute la troisième période. Spenta Mainyu est assimilé à Ahura Mazda car il procède totalement de lui, il est décrit comme l'« esprit obéissant » alors qu'Angra Mainyu est l'« esprit désobéissant », c'est pourquoi des ambiguïtés ont pris forme dans le zoroastrisme sur la nature de cet esprit qui affronte le Mal. Zoroastre annonce qu'une partie de l'Esprit saint prendra corps dans le troisième successeur qu'une vierge enfantera afin que celui-ci apporte la victoire du Bien et sauve le monde corporel en montrant comment vaincre l'Esprit Mauvais (appelé la « Druje des hommes »).

L'Esprit Ruh et l'islamModifier

L'expression « Esprit saint » (روح القدس, Ruh al-qudus) est présente quatre fois dans le texte coranique. Elle est connue à l'époque pré-islamique[37] et proviendrait du syriaque rwh d-qudsha, qui désigne le Saint-Esprit dans cette littérature chrétienne[38]. Dans le texte coranique, l’intermédiaire classique de la révélation du Coran est l’Esprit, ruh[39]. Celui-ci est une aide pour les prophètes et un "bienfait de Dieu transmettant son pouvoir". Dans le texte coranique, l'Esprit est associé au souffle divin (Création de l'Homme ou de Jésus) mais aussi à la Parole de Dieu[38]. Pour Merad, la présence du Ruh appliqué uniquement à Adam et à Jésus "laisse pressentir une nature spirituelle infiniment plus éminente que ne le sont les natures communes"[40].

Les commentateurs du Coran considèrent que le Ruh, l’Esprit, désigne l'ange Gabriel[41]. Pour Chabbi, « il n’y a aucune raison d’admettre l’assimilation faite par certains savants entre le ruh et Gabriel ». Ce ruh est une figure d’ « ascendance biblique »[39]. Pour Dye, le terme Ruh est "très polysémique" et à propos de la sourate 17, « Rūḥ ne désigne pas ici le souffle de vie (Q 15:28), l’ange Gabriel (Q 19:17), ou le contenu du message inspiré (Q 42:52), mais bien plutôt l’esprit de Dieu censé parler à travers les propos du prophète (à rapprocher, bien sûr, de l’Esprit saint....) »[42]. Pour Toorawa, si l’association avec Gabriel n’est pas impossible, elle paraît improbable[42]. Un passage du Coran (XVII, 85) semble même exclure l’assimilation de Gabriel au ruh[39]. Cette mention du Ruh, dans la sourate 17 semble être conforme à une conception classique de l'Antiquité, "une seule et même essence divine, l’Esprit saint, s’est personnifiée dans les prophètes ou les a inspirés, jusqu’à trouver en Christ sa révélation pleine et entière"[42]. Cette attribution tardive à Gabriel, niant l’évolution du texte,  participe à un « effacement de la temporalité du texte (...) récurrent dans l’exégèse musulmanes médiévale »[39].

Le terme « paraclet » a connu une fortune particulière dans l'apologétique musulmane. Alors que la tradition chrétienne a interprété l'annonce, dans les Évangiles, de la venue du Paraclet comme étant celle de l'Esprit saint, certains musulmans y voient celle du prophète Mahomet. Pour cela, ils se basent sur deux « détournements linguistiques »[43], le premier faisant lire dans le texte syriaque de Jean la racine nhm du terme syriaque comme étant associé à la racine hmd (la même que Mahomet) alors qu'elles n'ont que deux lettres en commun et dans un ordre différent[43]. L’apologétique musulmane a aussi transcrit le terme parakletos par le mot « periklutos », modifiant le sens original d'« avocat » en celui de « loué », le « glorieux », sens du terme « Mohamed » ou particulièrement Ahmad (Cor.LXI. 6.)[44], en arabe. Cependant, il n'est jamais fait mention de ce terme dans les manuscrits de la Bible en langue grecque et une association de ces termes « reviendrait à traiter une langue indo-européenne (le grec) comme une langue sémitique » dans laquelle primeraient les consonnes et où les voyelles seraient variables, ce qui est inexact[45],[43]. « L’histoire du texte et ḍes traductions de l’Évangile, jointe au fait que le mot periklutos n’était pas courant en grec contemporain, montre que c’est impossible. »[44]

L'Esprit saint et le bouddhismeModifier

Selon certains auteurs, comme Soho Machida de Princeton University ou Thich Nhat Hanh, des similarités peuvent être trouvées entre le Saint-Esprit et le Dharma des bouddhistes[46],[47],[48].

Notes et référencesModifier

  1. Ex 35:21 ; Ezra 1:1 ; Aggée 1:14.
  2. Par exemple, Ruah ha-kodesh (רוח הקודש (« le Souffle saint », Ps 51:13  ; Is 63:10), Ruah qodshō (רוּחַ קָדְשׁוֹ, « son Esprit saint », Is 63:14) ou Ruah qodshakha (רוּחַ קָדְשְׁךָ, « ton Esprit saint », Ps 51:13).
  3. « Or, dès que l'esprit reposa sur eux, ils prophétisèrent. » Nb 11:25.
  4. « Et voici qu'il y avait à Jérusalem un homme du nom de Syméon. Cet homme était juste et pieux. Il attendait la consolation d'Israël et l'Esprit reposait sur lui. Et il avait été divinement averti par l'Esprit saint qu'il ne verrait pas la mort avant d'avoir vu le Christ du Seigneur. Il vint donc au Temple, poussé par l'Esprit, et quand les parents apportèrent le petit enfant Jésus pour accomplir les prescriptions de la Loi à son égard, il le reçut dans ses bras, bénit Dieu… » (Lc 2,25-27).
  5. « J'ai vu l'Esprit descendre telle une colombe venant du ciel, et demeurer sur lui. Et moi, je ne le connaissais pas, mais celui qui m'a envoyé baptiser dans l'eau, celui-là m'avait dit : celui sur qui tu verras l'Esprit descendre et demeurer, c'est lui qui baptise dans l'Esprit saint. Et moi, j'ai vu et je témoigne que celui-ci est l'Élu de Dieu. » (Jn 1,32-34).
  6. Autres passages du Nouveau Testament en rapport : Mc 3:28–29 ; Luc 12:10 ; Hé 6:4–8.
  7. Lubs, Ralf. La paix par le Saint-Esprit et le ministère féminin. Bruxelles: PeaceLiterature, 2020., « Home | Peace Literature », sur PeaceLiterature (consulté le ).
  8. Il participe à la transmission de la révélation divine dans la Tradition diffusée par les apôtres : « Ainsi, la communication que le Père a faite de Lui-même par son Verbe dans l'Esprit saint, demeure présente et agissante dans l'Église : Dieu qui parla jadis ne cesse de converser avec l'Épouse de son Fils bien-aimé, et l'Esprit saint, par qui la voix vivante de l'Évangile retentit dans l'Église et par elle dans le monde, introduit les croyants dans la vérité tout entière et fait que la Parole du Christ habite avec eux en abondance. » (Dei Verbum, 8.
  9. « De toute éternité, le Père, Principe éternel de toute unité, donne naissance à un Fils qui est son expression parfaite. Le Père lui donne tout ce qu’il est. Le Fils, en retour, lui rend tout ce qu’il est dans une éternelle reconnaissance. L’Amour mutuel du Père et du Fils qui fait leur unité est une troisième Personne, l’Esprit saint. (…) L’Esprit saint est l’Amour du Père et du Fils. L’unité absolue des trois Personnes s’achève dans l’Amour suprême : l’Esprit saint, en qui s’accomplit la totale réciprocité. (…) La vie divine des trois Personnes est non seulement communion et communication, mais unité d’être et d’action. Leur distinction n’est pas différence, mais relation, corrélation, selon un ordre interne que reflète la Création. » René Laurentin, L’Esprit Saint cet inconnu, éd. Fayard, 1998.
  10. B. Gillieron, Le Saint-Esprit, Actualité du Christ, Genève, Labor et Fides,
  11. Daniel Marguerat, Le Dieu des premiers chrétiens, Genève, éd. Labor et Fides, 1990, p.195-211.
  12. Catéchisme de l'Église catholique, pages 50-51.
  13. Symbole de Nicée-Constantinople
  14. Catéchisme de l'Église catholique, page 152, n° 687).
  15. Catéchisme de l'Église catholique, pages 152-153, n° 688.
  16. Edward E. Hindson, Daniel R. Mitchell, The Popular Encyclopedia of Church History: The People, Places, and Events That Shaped Christianity, Harvest House Publishers, États-Unis, 2013, p. 142.
  17. Wesley Peach, Itinéraires de conversion, Les Editions Fides, Canada, 2001, p.s 56-57.
  18. Stephen J. Hamilton, “Born Again”: A Portrait and Analysis of the Doctrine of Regeneration within Evangelical Protestantism, Vandenhoeck & Ruprecht, Germany, 2017, p. 55
  19. Allan Anderson, An Introduction to Pentecostalism: Global Charismatic Christianity, Cambridge University Press, UK, 2013, p. 184 .
  20. Veli-Matti Karkkainen, The Spirit in the World: Emerging Pentecostal Theologies in Global Contexts, Wm. B. Eerdmans Publishing, États-Unis, 2009, p. 39.
  21. Catéchisme de l'Eglise Catholique, Paris, Mame Plon, , n° 733
  22. Catéchisme de l'Église catholique', n° 733, 735, 736.
  23. Somme théologique, Prima Secundae, question 68 (dons) et 70 (fruits)
  24. Catéchisme de l'Église catholique numéro 1831
  25. Catéchisme de l'Eglise catholique, Paris, Mame Plon, , n° 1830-1832
  26. Catéchisme de l'Église catholique, § 1832, page 387
  27. Walter A. Elwell, Evangelical Dictionary of Theology, Baker Academic, USA, 2001, p. 569
  28. Confession de foi
  29. Peter Hocken, "Le réveil de l'Esprit: les Églises pentecôtistes et charismatiques", France, Editions Fides, 1994, p. 19-20
  30. Gabriel Tchonang, L’esprit saint dans l’orthodoxie et le pentecôtisme : étude comparative, Revue des sciences religieuses, France, 2008 , paragraphe 32
  31. Sébastien Fath, Du ghetto au réseau. Le protestantisme évangélique en France, 1800-2005, Édition Labor et Fides, France, 2005, p. 183
  32. Benno van den Toren, La doctrine chrétienne dans un monde multiculturel: Introduction à la tâche théologique, Langham Global Library, UK, 2014, p. 233
  33. Samuel Delatre, "Les prophètes cévenols et la guerre des camisards" Ibid p.74
  34. André Thomas-Bres, La foi donnée aux saints une fois pour toutes, Craponne, Viens et Vois, , 392 p., page 151, page 161
  35. Catéchisme de l'Eglise Catholique, Paris, Mame Plon, , n° 694-701
  36. Markus Vinzent, « Geist/Heiliger Geist IX. Kunstgeschichtlich », in Religion in Geschichte und Gegenwart (RGG). 4. Auflage. Band 3, Mohr-Siebeck, Tübingen 2000, p. 576–578.
  37. Robin, "L'Arabie préislamique", Le Coran des historiens, t.1, 2019, p.88
  38. a et b "Esprit saint", Dictionnaire du Coran, 2007, p. 277.
  39. a b c et d CHABBI Jacqueline, Le Coran décrypté. Figures bibliques en Arabie, Paris, Fayard, « Bibliothèque de culture religieuse », 2008, p. 97 et suiv.
  40. Ali Merad, « Le Christ selon le Coran », Revue des mondes musulmans et de la Méditerranée, vol. 5, no 1,‎ , p. 79–94 (DOI 10.3406/remmm.1968.983, lire en ligne, consulté le )
  41. "Gabriel", dans Dictionnaire du Coran, 2008, Paris, p. 355-358.
  42. a b et c Azaiez, Mehdi / Reynolds, Gabriel Said / Tesei, Tommaso / Zafer, Hamza M., The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques, partie QS 19, Q 17 ; 85
  43. a b et c M.T. Urvoy, Dictionnaire du Coran, article « Annonce de Mahomet », p. 55-56.
  44. a et b Schacht, J., “Aḥmad”, in Encyclopédie de l’Islam.
  45. Marie-Thérèse Urvoy, Abécédaire du christianisme et de l’islam, éditions de Paris, , p. 69.
  46. (en) Experiments in interreligious hermeneutics
  47. Living Buddha, Living, Christ, Thich Nhat Hanh, Riverhead Trade, 1997
  48. Bouddhisme et Christianisme, par Thich Nhat Hanh

Les citations de la Bible proviennent de la traduction du chanoine Augustin Crampon, de la Bible de Jérusalem ou de celle de Louis Segond.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

Écrits théologiquesModifier

  • André Thomas-Bres, "La foi donnée aux saints une fois pour toutes", éditions Viens et Vois, février 1986
  • Basile de Césarée, Traité du Saint-Esprit ;
  • Bonaventure, Les Sept Dons du Saint-Esprit, éditions du Cerf, juin 1997 ;
  • Jean-Paul II, L'Esprit Saint, le Seigneur qui donne la vie. Lettre encyclique, janvier 1986 ;
  • Jean-Paul II, Je crois en l'Esprit Saint : la Pentecôte. Catéchèse sur le Credo, VI, septembre 1992 ;
  • René Coste, L'évangile de l'Esprit. Pour une théologie et une spiritualité intégrantes de l'Esprit Saint, préface du cardinal Roger Etchegaray, éditions du Cerf, mai 2006 ;
  • Yves Congar, Je crois en l'Esprit Saint, éditions du Cerf, mai 1995 ;
  • Yves Congar, Esprit de l'homme, esprit de Dieu, éditions du Cerf, 1998 ;
  • René Pache, La Personne et l'œuvre du Saint-Esprit: exposé de doctrine biblique ..., Éditions Emmaüs, Vennes sur Lausanne, Suisse, 1947 ;

ÉtudesModifier

  • L'Esprit Saint dans la Bible, juin 1985, éditions du Cerf ;

ZoroastrismeModifier

Articles connexesModifier

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Liens externesModifier