Daces

peuple de l'Antiquité

Les Daces (en grec Δάϰοι (singulier Δάϰης), en latin Daci (singulier Dacus) est le nom donné par les Romains aux tribus ayant peuplé le bassin du Bas-Danube dans l'Antiquité.

La Dacie et ses tribus.

EthnonymieModifier

AttestationsModifier

ÉtymologieModifier

Selon Bernard Sergent, leur ethnonyme proviendrait d'une racine indo-européenne, en phrygien dáos « loup »[1].

EthnologieModifier

Daces, Gètes et autres ThracesModifier

Les Daces sont parfois associés aux Gètes.
Les historiens roumains parlent de Gèto-Daces (ou Gètodaces) arguant que Gètes est leur nom grec et Daces leur nom latin
D'autres historiens considèrent qu'il s'agissait de deux peuples distincts : les Daces de part et d'autre des Carpates, les Gètes le long du Danube.
Au sud de l'Hæmos, les sources antiques ne parlent plus de Daces ou de Gètes mais de Thraces sans autre précision, et là aussi les historiens débattent pour savoir s'il s'agissait d'un ensemble thrace unique ou de populations différentes[2]. Quoi qu'il en soit, du nom des Daces dérive le nom romain de leur territoire, la Dacie.

Hérodote écrit que les Thraces dans leur ensemble étaient « le peuple le plus nombreux du monde après celui des Indes, et s'ils avaient un seul roi, et pouvaient s'entendre entre eux, ils seraient invincibles et, d'après moi, beaucoup plus puissants que toute autre nation ». Pour lui les Thraces étaient divisés en deux grandes branches : les Thraces proprement dits, au sud de l'Hæmos — aujourd'hui la chaîne des Balkans en Bulgarie — et les Daces, au nord de ces montagnes, qu'il considère comme les « plus braves et les plus droits des Thraces ».
Hérodote cite aussi les Gètes de la Dobrogée, présents dans ces lieux en 514 avant notre ère, comme branche distincte du peuple thrace[3].

Il y a une similitude entre l'ethnonyme des Daces et celui des Dahes (grec : Δάσαι, Δάοι, Δάαι, Δαι, Δάσαι Dáoi, Dáai, Dai, Dasai ; latin : Dahae, Daci), un peuple indo-européen localisé à l'est de la mer Caspienne, jusqu'au premier millénaire avant notre ère. Les érudits ont suggéré qu'il y avait un lien entre les deux peuples. L'historien David Gordon White a affirmé que les Daces semblaient apparentés aux Dahes. White et d'autres historiens croient aussi que le nom des Daces et des Dahes pourraient également partager une même étymologie. Les Dahes, aussi connus comme les Gaae, Dahas ou Dahéens (latin : Dahae ; perse : داه‍ان Dahan ; grec ancien : Δάοι, Δάαι, Δαι, Δάσαι Dáoi, Dáai, Dai, Dasai ; sanskrit : Dasa ; chinois Dayi 大益) étaient un peuple d'Asie centrale. Il formait une confédération de trois tribus — les Parni, les Xanthii et les Pissures —, les Daces vivaient dans une région comprenant essentiellement le Turkménistan. Le territoire a conséquemment été connu comme le Dahestan, Dahistan et Dihistan[réf. nécessaire].

LinguistiqueModifier

 
La place des Daces parmi les autres peuples thraco-illyriens.

Les langues des Thraces et des Gètodaces forment l'une des branches de la famille de langues indo-européennes. Ayant intégré des éléments du substrat pélasge (préhellénique), elles présentent des éléments communs avec l'ancien macédonien, l'illyrien, le latin, les langues baltes, le slave, les langues indo-iraniennes, l'arménien et le hittite. On regroupe en langues thraco-illyriennes (ou paléo-balkaniques) l'ensemble des parlers à l'ouest de la plaine de Pannonie, au nord des Carpates, les rivages de la mer Adriatique, de la mer Égée et du Pont-Euxin, et à l'est jusqu'au Tyras, mais il s'agit plus d'un regroupement géographique que linguistique[4].

La langue des Daces reste mal connue ; seuls quelques mots supposés daces (250) se retrouvent en roumain.

Pour l'écriture, on ne dispose que de quelques écrits en grec et latin (voire les deux en traduction en même temps), tandis que le Rohonczi Codex est apocryphe. Le nom des Daces ainsi que celui du fleuve Danube (tout comme le Dniestr, le Dniepr et le Don) pourraient avoir une étymologie commune, ayant comme radical indo-européen *da « eau », « couler »[réf. nécessaire].

ReligionModifier

Selon Hérodote d'Halicarnasse, leur religion présente de nombreux points communs avec l'orphisme et semble avoir été à base de divinations et d'initiations.

Les Daces croient en deux mondes et en l'immortalité de l'âme. Dans l'autre monde, Zalmoxis les attend. Il était un penseur de l'école pythagoricienne, prophétisant la suprématie d'un créateur unique : Gabeleisos.[réf. nécessaire].
Pour Hérodote[5], son enseignement est « une tromperie ».

La présence d'autres divinités, pour la vie sur terre ou pour l'au-delà, témoigne de la diversité des cultes chez les Daces[réf. nécessaire].

À la guerre, les Daces prenaient le totem du loup et se nommaient « ceux qui sont semblables aux loups ». Les Daces ont eu comme enseigne de guerre le drapeau et le « dragon » avec tête de loup et queue de serpent, qui vole en se gonflant[réf. nécessaire].

Leur calendrier, très précis, rythmait les travaux agricoles mais avait également des connexions avec l'astronomie et l'astrologie. Les Daces connaissaient et utilisaient un calendrier solaire sacré, qui est conservé à l'intérieur de la cité de Sarmizégétuse[réf. nécessaire].
Certains le considèrent parmi les plus précis de l'Antiquité. L'erreur de ce calendrier n'est que de 1 h 15 mins chaque année (8840 ans si on applique des corrections tous les 3 ans)[réf. nécessaire].

Leur médecine était de type holistique[réf. nécessaire].

Organisation socialeModifier

L'organisation sociale des Daces illustre la « trifonctionnalité indo-européenne » définie par Georges Dumézil : les Daces sont gouvernés par des dynasties de rois-prêtres (polistes) à la tête de troupes de cavaliers aristocrates (tarabostes) et de paysans guerriers (comates)[réf. nécessaire] :

  • Les polistes progressent en connaissances par le biais d'initiations successives qui rappellent celles des orphistes et des pythagoriciens. Pour marquer leur appartenance, ils se couvrent la tête d'un bonnet de feutre blanc.
  • Les tarabostes, propriétaires terriens, ne travaillent pas. Leur fonction est de transmettre et d'exercer l'art de la guerre. Ils organisent des expéditions de pillage chez les peuples voisins. Pour marquer leur appartenance, ils se couvrent la tête d'un bonnet de feutre rouge (proche du bonnet phrygien des Thraces d'Anatolie). Les tarabostesei sont des pileati (armés d'un pilum) ; ils forment la classe des cavaliers.
  • Les comates (de coma « crinière ») combattent à pied ; soldats, paysans, artisans, ils portent les cheveux longs (capillati). Ils restent tête nue l'été mais portent un bonnet de laine noire l'hiver. Tous sont des hommes libres.

Les premiers habitats étaient formés de huttes en bois et en pisé regroupées en villages entourés d'une palissade. Plus tardivement, les Daces construisirent des forteresses aux tours coniques en pierre (toponymes finissant en -dava : Sarcidava, Cumidava, Capidava, Piroboridava, etc.)[réf. nécessaire].

Agriculture et artisanatModifier

Les Daces développèrent à l'âge du bronze une civilisation agricole.
Ils connaissant le travail et le commerce de l'or, de l'argent et du sel alimentaire (des mines étaient exploitées dans l'actuelle Transylvanie)[réf. nécessaire].

Les richesses des Daces étaient constituées d'importantes réserves d'or, de sel et de céréales. Le commerce extérieur était important, au vu du nombre de monnaies étrangères trouvées dans le pays. Ce commerce s'effectuait essentiellement avec la Grèce, puis avec l'Empire romain (dont les influences sont fortes dans le sud du pays bien avant la conquête romaine). Outre le sel, ils exportaient de la laine, des cuirs et du miel[réf. nécessaire].

Les chevaux étaient surtout utilisés comme animaux de trait[réf. nécessaire].

Ils connaissaient de nombreuses plantes médicinales et utilisaient la médecine holistique[réf. nécessaire].

Dès la fin du IIe siècle av. J.-C., les Daces ne se contentent plus d'utiliser les pièces venant des autres pays et commencent à frapper leurs propres pièces d'or, sans doute avec l'aide des colons grecs. La plupart sont des contrefaçons des pièces romaines. D'autres, en revanche, sont originales, et portent des inscriptions en alphabet grec[réf. nécessaire].
Les plus nombreuses sont les fameuses pièces Koson, ainsi nommées à cause de l'inscription qu'elles portent, et que l'on suppose être le nom du chef des Daces dans une région, après l'assassinat de Jules César à Rome et de Burebista en Dacie. Sur une partie des pièces, on voit un consul romain considéré comme l'adversaire avec un « R » et « Koson » en alphabet grec. Sur le revers, on voit un vautour avec les ailes ouvertes, une serre sur un sceptre et, dans l'autre serre, une couronne. 8,41 grammes or, 18 – 21 mm diamètre (description de Constantin Preda)[réf. nécessaire].

ArméeModifier

Les Daces ont une stratégie militaire avec des points de défense séparés des lieux de vie. La construction des points de défense profite au maximum des caractéristiques géographiques de la région. Les structures militaires sont le résultat de l'union des tribus en cas de danger. Elles peuvent se focaliser sur un seul objectif, comme la construction d'un ensemble de défense. Pour la première fois, on peut parler d'une armée dace vers le IVe ou IIIe siècle, sous Dromichète, avec toutes les institutions d'un État[réf. nécessaire].

On retrouve deux types d'armes : armes de lutte à distance et armes de lutte au corps à corps. La cavalerie a un rôle de harcèlement, pour essayer d'attirer l'ennemi, lui tendre des pièges, et le mettre en position défavorable. Les Daces n'utilisent pas de techniques massives avec des unités rigides et nombreuses[réf. nécessaire].

Pour les luttes au corps à corps, les Daces préfèrent porter une arme spécifique, la sica, ornée des symboles sacrés (en albanais sika = thika). Cette arme sera utilisée par certains gladiateurs à Rome, appelés thraces par les Romains[réf. nécessaire].

MusiqueModifier

Platon, dans le Charmide écrit qu'il a appris, d'un Thrace qui vénérait Zalmoxis, une mélodie pour rendre un homme immortel[source insuffisante].
On a découvert à Histria, une région géto-daces, un instrument de musique, datant du IIIe siècle av. J.-C., formé de trois flûtes de bois.
Orphée, un des plus grands poètes de l'Antiquité, malgré des légendes contradictoires, semble issu d'une peuplade thrace. On dit aussi que Musée, ami d'Orphée, Thamyris et même Eumolpos sont thraces[réf. nécessaire].

HistoireModifier

Les Daces et RomeModifier

De nombreux peuples étaient représentés à Rome. Les Daces en faisaient partie. Ils étaient connus pour être d'excellents gladiateurs. Ces derniers s'entraînaient dans de petites arènes nommées ludus. On connaît quatre dénominations de ces arènes : Dacicus, Gallicus, Magnus, Matutinus. L'arène Dacicus est liée aux Daces[réf. nécessaire].

L'inscription de Lucius Avilius Dacus, sur marbre, date de l'an 70 avant notre ère, deux siècles avant la conquête de la Dacie[réf. nécessaire].

Plus tard, lorsque la Dacie devient province romaine, les Daces ont privilégié les activités militaires. Certains entrèrent dans la garde impériale — les prétoriens et la garde à cheval — equites singulares. Les inscriptions des funéraires de ces soldats indiquent leurs lieu d'origine[réf. nécessaire].
Nous avons aussi les mentions de Aurelius Valerius Drubeta, Antonius Bassinass Zermizegetusa, Titus Lempronius Augustus Apulum. Sur un total de 120 noms daces, quinze sont originaires de Sarmizégétuse. Parmi ceux-ci, Claudianus, centurion de la VIe cohorte. Mais aussi Iulius Secondinus, natione Dacus, prétorien appelé de nouveau au service, ayant atteint l'âge de 85 ans dans des conditions où à cette époque on dépasse rarement l'âge de cinquante ans[6].

Une autre inscription, découverte le long de la Via Flaminia, est dédiée à la mémoire de la reine Zia, veuve du roi Dieporus des Costoboces, élevée par ses petits-enfants Natoporus et Driglisa[réf. nécessaire].

La conquête de la Dacie par l'Empire romainModifier

Les tribus (et royautés) daces ont toujours été très indépendantes, chacune menant sa propre politique, même s'il est arrivé que certains rois, tels Burebista ou Décébale, parviennent à en fédérer la plupart (le premier finissant assassiné, le second contraint au suicide). Sous Domitien comme sous Trajan dont les règnes sont concomitants à celui de Décébale, la plupart des tribus daces fédérées ont attaqué l'Empire romain (Décébale obtenant de Domitien le versement d'un tribut) mais celles vivant le long du Danube et commerçant intensément avec les Romains ont toujours préféré s'allier à ces derniers. C'est ce qui permit à l'architecte Apollodore de Damas de construire pour Trajan, en toute sécurité, un pont sur le Danube, élément-clé de la conquête romaine commencée en 101 et achevée en 106, conclue par la prise du trésor de Décébale, le suicide de ce dernier, et l'intégration de la Dacie à l'Empire romain, qui exploita dès lors, durant 165 ans, les mines d'or, d'argent et de sel de cette nouvelle province[7].

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

RéférencesModifier

  1. Bernard Sergent, Ethnozoonymes indo-européens, Dialogues d'histoire ancienne, 17, 2, 1991, p. 19, (en ligne)
  2. Cicerone Poghirc, Considérations linguistiques sur l'ethnogenèse paléo-balkanique, RESEE, XIV, 2, 1976, p. 207-220 et Philologica et Linguistica, Ausgewählte Aufsätze & Festsammlung Zum 55 Geburtstag (1953-1983), Studienverlag Dr. N. Brockmeyer, Bochum 1983.
  3. Hérodote, L'enquête, Livre IV, 93.
  4. Calvert Watkins, The Indo-European linguistic family, genetic and typological perspectives dans Giacalone, Anna & Paolo Ramat (dir.), The Indo-European languages, Routledge, Londres, 1998.
  5. Hérodote, Livre IV, 94-95.
  6. Voir la section d'article Roma Antică#Dacii la Roma sur Wikipédia en roumain.
  7. Mircea Babeş, Cosmin Bărbulescu, Cătălin Gruia, Qui étaient les Daces ?, National Geographic magazine, édition roumaine de novembre 2004, p. 24-53.