Langues illyriennes

langues indo-européennes
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Les langues illyriennes sont un groupe de langues indo-européennes mortes qui ont été parlées dans la partie Ouest des Balkans par des groupes identifiés aujourd'hui sous le nom d'Illyriens, peuple antique habitant l'Illyrie depuis l'époque protohistorique. Ces derniers comprennent notamment les Ardiaei (en), Delmatae (en), Péoniens, Autariates et Taulanti (en).

Étendue géographique des tribus illyriennes.
La terre des Illyriens avant la conquête romaine

Ces langues paléo-balkaniques sont connue qu'à travers des traces laissées dans l'onomastique de la région occidentale des Balkans et sporadiquement dans les textes d'autres langues. À ce jour, aucun fragment de littérature illyrienne n'a été retrouvé[1].

ClassificationModifier

Les langues illyriennes font partie de la famille des langues indo-européennes. Leurs liens avec ces dernières sont encore mal compris. Les seuls contacts modernes avec les langues illyriennes sont quelques mots cités dans des ouvrages classiques.

Divers auteurs ont confirmé qu’il y a des affinités avec la langue albanaise, qui a aussi des affinités avec les langues thraces et romanes orientales[2].

Au début du XXe siècle, la langue illyrienne a été l'objet d'une hypothèse qui ne reposait que sur des conjectures : les Romains appelant Illyricum l'ensemble des Balkans occidentaux, cela a conduit certains linguistes comme Julius Pokorny à supposer une unité linguistique de cette région, englobant en outre le vénète et le messapien parlés dans la péninsule italienne, alors que rien de lexicalement concret ne permettait d'étayer cette conclusion.

Cette théorie fut abandonnée quand le philologue et linguiste allemand Hans Krahe (1898-1965) analysa systématiquement les restes de la langue illyrienne, en tentant d'en dégager un substrat indo-européen homogène[3]. Il en découvrit bien un, mais celui-ci s'étendait bien au-delà de l'Illyrie et des Balkans, pour couvrir une grande partie de l'Europe centrale. Se refusant à étendre le peuplement illyrien à toute cette zone, il qualifia ce substrat de Alteuropäisch (« vieil-européen »).

 
Région du peuplement illyrien.

Un rapprochement des langues illyriennes avec le messapien est tenté depuis le début du XXe siècle, mais cela demeure toujours une hypothèse. Un rapprochement a également été proposé avec le vénète et le liburnien (en), mais cette piste est désormais abandonnée[4],[5].

ExtinctionModifier

Les langues illyriennes se sont éteintes entre le IIe et le VIe siècle. « La romanisation était totale et complète à la fin du IVe siècle. Dans le cas illyrien, un intermédiaire romain est inévitable puisque les Illyriens étaient probablement éteints au IIe siècle[trad 1]. »[6],[7]. Cependant, selon les témoignages des IVe et Ve siècles de saint Jérôme, il est possible que les langues illyriennes aient survécu en campagne[8],[9].

VestigesModifier

L'illyrien était selon toutes les apparences une langue indo-européenne[10], ce qui permet par comparaison de formuler quelques hypothèses supplémentaires sur cette langue.

Les sources de l'illyrien sont de quatre ordres :

  1. Les inscriptions, gloses et mots qu'on retrouve dans les textes classiques, grecs et latins ;
  2. Les anthroponymes qu'on retrouve notamment sur les stèles funéraires ;
  3. Les toponymes de la région ;
  4. Les emprunts à l'illyrien dans d'autres langues[11].

Les textes antiques ne livrent avec certitude et traduction que trois mots,

  1. rhinos, « brouillard »,
  2. sabaia[12], « bière »,
  3. sibyna, « lance ».

Parmi les anthroponymes, le plus célèbre est Teuta, nom ou titre d'une reine basé sur l'indo-européen *teuta- « peuple »[13].

Étant donné la pauvreté du matériel relatif à l'illyrien, il est impossible d'établir des parentés précises avec d'autres langues mais l'onomastique illyrienne, soit environ un millier de mots dont certains étaient peut-être des emprunts à une langue étrangère, trouve des correspondances dans les quelque six cents sources épigraphiques qui peinent à caractériser le messapien. L'albanais semble avoir été construit sur un substrat illyrien[14].

Langue illyrienne et langue albanaiseModifier

Le rapprochement entre l'albanais et l'illyrien a été fait à partir de 1709 par Gottfried Wilhelm Leibniz, qui appelle l'albanais « la langue des anciens Illyriens ». Plus tard, le linguiste Gustav Meyer (1850-1900) déclara qu'« appeler les Albanais les nouveaux Illyriens est aussi juste que d'appeler les Grecs actuels "Grecs modernes". » La langue albanaise constituait pour lui l'étape la plus récente de l'un des dialectes illyriens. La plupart des linguistes albanais soutiennent que l'albanais descend directement de l'illyrien[15]. La parenté directe entre les deux langues est également admise dans divers ouvrages historiques[16].

On avance même parfois l'hypothèse que la frontière linguistique entre les dialectes guègue et tosque trouverait son origine dans la limite entre les domaines des dialectes épirote et « illyrien proprement dit » de l'illyrien[17]. À l'appui de ces théories, on mentionne que des mots albanais actuels semblent avoir leur correspondant illyrien : c'est ainsi qu'à l'albanais Dash (« bélier ») correspondrait l'illyrien Dassius, Dassus, de même l'albanais Bardhi (« blanc ») correspondrait à Bardus, Bardullis, Bardyllis[18]. Quelques ethnonymes de tribus illyriennes sembleraient aussi avoir leur correspondant albanais : c'est ainsi que le nom des Dalmates correspondrait à l'albanais Dele (« brebis ») ; de même le nom des Dardaniens correspondrait à l'albanais Dardhë (« poire, poirier »)[19]. Mais l'argument principal en faveur de cette thèse est géographique : les zones où l'albanais correspondent à une extrémité de l'ancien domaine « illyrien »[20].

Les indo-européanistes modernes, en revanche, ne souscrivent guère à l'hypothèse d'une filiation immédiate et directe, car l'illyrien, comme d'autres langues du pourtour méditerranéen, a subi dans l'antiquité une romanisation qui a donné la langue dalmate (éteinte au XIXe siècle) tandis que les affinités romanes de l'albanais, dont l'existence n'est attestée qu'à partir du XVe siècle, le rapprochent des langues romanes orientales[21]. La question reste donc ouverte, du moins hors d'Albanie.

Hypothèse sur un lien entre les Illyriens et Serbes/SlavesModifier

Dans le livre : Studii linguìstici, par l'auteur Bernardino Biondelli [1], écrit que : "Ceux-ci, eu égard aux dialectes qu'ils parlent, sont divisés en Istriote ou Serbo-Ilirii, et Slovenzi, ou Vindo-Ilirii". Page 54 et Page 55 : "Se réservant de donner, dans un endroit plus opportun, un plus grand développement à ce sujet important, nous avertirons seulement que l'ancienne diffusion des nations slaves dans les provinces vénitiennes de ce côté de l'Isonzo, se manifeste par de nombreux noms de villages, de villes, de montagnes, de rivières. et torents, sans doute d'origine slave" [22]

Dans le livre : Catalogus impressorum librorum bibliothecae Bodleianae in Academia Oxoniensi, cura et opera Thomae Hyde, ..., par les auteurs Thomas Hyde, La Chaize, Bibliothèque du Palais des Arts, écrit " Doctrine chrétienne avec prières, psaumes et litanies et pensées spirituelles en serbe ou illyrien" [23]

Dans le livre : The Harleian Miscellany, Or, A Collection of Scarce, Curious, and Entertaining Pamphlets and Tracts: As Well in Manuscript as in Print, Found in the Late Earl of Oxford's Library. Interspersed with Historical, Political, and Critical Notes ; with a Table of Contents, and an Alphabetical Index, Том 5, par les auteurs William Oldys, Edward Harley (2e comte d'Oxford) [2], écrit : "Dans la Petite Ville, si l'on peut compter sur lui, ils parlent généralement le Haut-Duché; mais dans la Vieille et la Nouvelle Ville principalement le Bohème. C'est l'ancien sclavonien, et il est surtout parlé dans une bonne partie de la Hongrie, de la Sclavonie, de la Croatie, de Ratzia, de la Serbie, de la Dalmatie, de la Carniole et… "[24]

Dans le livre : Le monde Slave, par l'auteur Cyprien Robert Tome II, page 67-68 écrit : " Pourquoi supposer sans preuves qu'il y eût dans l'Illyrie un résultat tout contraire, et que ce furent les conquérants Slaves du nord qui firent oublier aux Indigènes leur ancien idiome? N'est-il pas beaucoup plus naturel d'admettre, puisqu'il y a tant de témoignages en faveur de cette opinion que les Illyriens étaient déjà Slaves, qu'avant l'ère des Invasions barbares, ils parlaient déjà Slavon et que c'est pour cela qu'ils le parlent encore?..."[25]

Notes et référencesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Illyrian languages » (voir la liste des auteurs).
  1. (en) « Romanisation was total and complete by the end of the 4th century A.D. In the case of the Illyrian elements a Romance intermediary is inevitable as long as Illyrian was probably extinct in the 2nd century A.D. »
  1. Woodard 2008, p. 6.
  2. Albanais: approche linguistique, sur Biblolangues
  3. (de) Hans Krahe, Die Sprache der Illyrier I-III, Wiesbaden, Harrassowitz, 1955-1964
  4. Wilkes 1995, p. 183.
  5. Wilkes 1995, p. 81.
  6. Fol 2002, p. 225.
  7. (en)Eastern Michigan University Linguist List: The Illyrian Language.
  8. Fortson 2004, p. 405
  9. Wilkes 1995, p. 266.
  10. (en) Calvert Watkins, « The Indo-European linguistic family: genetic and typological perspectives », dans Anna Giacalone Ramat & Paolo Ramat (dir.), The Indo-European languages, Routledge, London, 1998
  11. Hans Krahe, op. cit.
  12. Ammien Marcellin, Histoire de Rome, (livre XXVI, chapitre VII, paragraphe 2.
  13. Iaroslav Lebedynsky, Les Indo-Européens, Faits, débats, solutions, éditions Errance, Paris, 2006 (ISBN 2-87772-321-6), p. 25.
  14. (en) Eric P. Hamp, « The position of Albanian », dans Henrik Birnbaum & Jaan Puhvel (dir.), Ancient Indo-European dialects: proceedings, University of California Press, Berkeley, 1966 [lire en ligne]
  15. Bernard Sergent, op. cit., p.94.
  16. Par exemple, Serge Métais écrit : « [...] il ne fait guère de doute qu'il y a continuité entre la langue [que les tribus illyriennes] parlaient et l'albanais moderne. » (Serge Métais, Histoire des Albanais : des Illyriens à l'indépendance du Kosovo, Fayard, , p. 98).
  17. Serge Métais, op. cit., pp. 97-97.
  18. Santiago Juan-Galan, Terra Barda - Tome 1: Les Indo-européens, Editions Publibook (ISBN 978-2-7483-7313-4, lire en ligne), p. 460-476
  19. Serge Métais, op. cit., p. 100-101.
  20. Iaroslav Lebedynsky, op. cit., p. 24.
  21. Voir Eric Hamp, op. cit. ; Bernard Sergent, Les Indo-Européens, Paris, Payot, , p. 95. Bernard Sergent cite Vladimir Georgiev, Heinz Kronasser, Eric Hamp, Frederik Kortlandt et Mircea Rădulescu. Voir aussi Iaroslav Lebedynsky, op. cit., p. 24-25.
  22. Barsegape, Pietro da., Studii linguistici di B. Biondelli VIII, coi tipi di Gius. Bernardoni di Gio, (OCLC 492980076, lire en ligne)
  23. (la) Thomas Hyde, Catalogus impressorum librorum bibliothecae Bodleianae in Academia Oxoniensi, cura et opera Thomae Hyde,..., e Theatro Sheldoniano, (lire en ligne)
  24. (en) « The Harleian miscellany : or, A collection of scarce, curious, and entertaining pamphlets and tracts, as well in manuscript as in print : Oldys, William, 1696-1761 : Free Download, Borrow, and Streaming », sur Internet Archive (consulté le 13 août 2020)
  25. Cyprien Robert, Le monde slave: son passé, son état présent et son avenir, Passard, (lire en ligne)

BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

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