Débuts de l'écriture en Mésopotamie

histoire des systèmes d'écriture, et de leurs origines dans l'ancienne Mésopotamie

Les débuts de l'écriture en Mésopotamie se produisent autour de 3300-3200 av. J.-C., et sont avant tout documentés par des tablettes d'argile provenant de sites du sud mésopotamien, en premier lieu Uruk, la principale agglomération de la période. Cette écriture archaïque, documentée par un corpus de plus de 5 000 textes, est couramment appelée « proto-cunéiforme », car elle est l'ancêtre de l'écriture cunéiforme qui se développe en Mésopotamie et dans le Proche-Orient ancien, mais s'en distingue par sa graphie plus linéaire et son absence ou quasi-absence de signes phonétiques. La connaissance de cette écriture archaïque a considérablement progressé à la fin du XXe siècle grâce aux travaux d'une équipe berlinoise en charge de l'édition des textes d'Uruk, même ces avancées sont loin d'avoir dissipé toutes les zones d'ombres et établi le sens de nombreux signes archaïques.

Tablette administrative proto-cunéiforme relative à la distribution de rations. Provenance inconnue, phase Uruk III (v. 3200-3000 av. J.-C.). British Museum.
Plaque en pierre, un des deux « monuments Blau », avec une inscription en signes archaïques, rapportant peut-être une vente de terre. Provenance inconnue, v. 3000 av. J.-C. British Museum.
Tablette en écriture cunéiforme archaïque concernant la vente d'un champ et d'une maison. Shuruppak, v. 2600 av. J.-C. Musée du Louvre.

Le proto-cunéiforme est un système d'écriture ou de proto-écriture reposant sur un ensemble de signes numériques renvoyant à des systèmes métrologiques divers, employés en fonction de ce qui était quantifié (objets discrets, surfaces, volumes, durée), et des signes logographiques (un signe = un mot) qui ont pour beaucoup une origine pictographique (des dessins de la chose qu'ils désignent). Les textes sont essentiellement de nature administrative, enregistrant des mouvements de biens entrant ou sortant des magasins des institutions de l'époque, les quantifiant et indiquant les personnes et bureaux impliqués dans ces opérations. D'autres tablettes sont des inventaires de signes organisés de façon thématique, ancêtres des listes lexicales caractéristiques de la tradition littéraire mésopotamienne.

Il est généralement admis que l'écriture a une origine comptable, et est créée en premier lieu pour les besoins de l'administration qui se développe considérablement dans les derniers siècles du IVe millénaire av. J.-C., durant la période d'Uruk récent, considérée comme le moment d'apparition de l’État et des villes (la « révolution urbaine »), et donc des institutions administratives et des instruments de gestion et de comptabilité. Sont identifiés plusieurs instruments de comptabilité et d'enregistrement de l'information qui semblent avoir servi de précurseurs à l'écriture : des jetons de comptabilité (ou calculi), des bulles-enveloppes d'argile les contenant, et des tablettes numériques sans pictogramme qui semblent être une évolution des précédentes. L'invention de l'écriture est généralement mis au crédit des Sumériens qui vivent dans les cités du Sud de la Mésopotamie dans les phases les plus antiques de l'histoire, mais il n'y a aucune certitude à ce sujet étant donné que les plus anciens textes écrits n'ont pas pour vocation de transcrire une langue et ne contiennent que des indices limités sur la langue parlée par ceux qui les ont écrits.

L'apparition de l'écriture est un événement qui a eu un impact considérable sur les sociétés humaines, même si elle n'a pas forcément été perçue comme révolutionnaire au moment de son invention. Elle sert traditionnellement à marquer le basculement de la préhistoire à l'histoire, même s'il faut plutôt caractériser le changement qui se produit à cette période par l'ensemble des évolutions politiques, sociales et culturelles qui sont liées à la « révolution urbaine ». L'écriture s'étoffe progressivement au cours du IIIe millénaire av. J.-C., qui voit le développement de l'écriture cunéiforme à proprement parler, caractérisée par ses signes en formes de coins ou de clous, et son association de signes logographiques et phonétiques, rapprochant l'écriture de la langue parlée, ce qui permet notamment son adaptation à différentes langues (sumérien, akkadien, élamite, éblaïte, etc.).

Les précurseurs de l'écritureModifier

Les recherches sur les origines de l'écriture dans le Proche-Orient ancien ont identifié un ensemble d'instruments administratifs non-linguistiques qu'elles considèrent comme des « précurseurs » de l'écriture[1],[2],[3], témoignant d'un contexte plus général de développement des techniques d'information[4]. Ce sont des supports qui comportent des symboles ou signes transmettant une information. Ils ont à tout le moins préparé le terrain pour l'invention de l'écriture et ont pu servir d'inspiration au moins pour l'aspect de certains signes. Ils ont été identifiés sur des sites archéologique datés de plusieurs siècles, voire de millénaires, avant l'apparition de l'écriture, et pour la plupart ils coexistent avec elle par la suite.

Les jetonsModifier

Les jetons ou calculi sont de petits objets en argile et en pierre attestés dans à peu près tous les sites de la période précédant l'apparition de l'écriture au Proche-Orient, peut-être dès les alentours de 8000 av. J.-C. Ils sont au cœur des études de Denise Schmandt-Besserat sur l'origine de l'écriture, et à sa suite ils sont généralement considérés comme des instruments de comptabilité. Les plus anciens sont sans décor (jetons « simples »), ceux de l'époque d'Uruk (jetons « complexes ») disposent en revanche de marques et incisions, dont certains rappelleraient des signes du répertoire proto-cunéiforme. Leurs formes sont diverses (coniques, ovales, arrondis, etc.). Certains ont des trous servant à les enfiler, d'autres sont inclus dans des bulles d'argile (voir plus bas). Tous les exemples retrouvés ne sont probablement pas des outils de comptabilité, certains étant retrouvés hors de tout contexte administratif plausible, notamment des tombes d'enfants[5]. Dans d'autres contextes en revanche l'usage comptable est probable et le lien avec les premières tablettes écrites semblent manifestes. Du reste les jetons restent en usage durant les périodes postérieures, jusqu'à la première moitié du Ier millénaire av. J.-C.[6].

Les bulles-enveloppesModifier

Les « bulles » ou « enveloppes » d'argile sont liées aux jetons. Il s'agit de « boules d'argile sphériques, creuses, qui contiennent un certain nombre des jetons précités, qui ont également été imprimés sur la surface extérieure scellée des boules[7]. » Certaines ont également sur leur surface des impressions de sceaux et des encoches numériques. Les plus anciennes remontent au milieu du IVe millénaire av. J.-C. (phases Uruk VI/V), dans des contextes précédant directement le moment où apparaît l'écriture, et ces objets se retrouvent à Uruk, Tell Brak, Habuba Kabira, Djebel Aruda, Chogha Mish et surtout à Suse (184). Leur usage est là encore généralement interprété comme comptable et numérique, puisqu'elles doivent servir à accompagner le transfert de biens : en rompant la bulle afin d'examiner leur contenu, on vérifie qu'aucun bien n'a été perdu lors du transfert. Mais le fait est que la plupart ont été retrouvées intactes. Dans certains cas qui ont pu être plus précisément étudiés pour Suse, le contenu des bulles et celui des marques imprimées sur leur surface correspond, ce qui a conduit Pierre Amiet à proposer que la bulle fonctionne comme une sorte d'enveloppe qui ne rend pas forcément nécessaire de la rompre pour vérifier son contenu (du moins tant qu'il n'y a pas de litige). Les bulles restent également en usage durant plusieurs millénaires[8],[9],[10].

Les tablettes numériquesModifier

Les tablettes dite « numériques » apparaissent au même moment ou un peu plus tard que les bulles d'argile scellées, dans les mêmes endroits (Habuba Kabira, Djebel Aruda, Mari, Ninive, Khafadje, Chogha Mish, Suse, etc.). Les tablettes numériques se différencient des bulles par le fait qu'elles ne contiennent pas de jetons, mais sont des morceaux d'argiles aplatis sur lesquels des signes numériques sont inscrits, accompagnés d'impressions de sceaux. Ces mêmes signes se retrouvent sur des bulles d'argile, ce qui rend difficilement contestable le lien entre les deux, et il est admis que les signes numériques dérivent des jetons imprimés sur les bulles-enveloppes, certains signes numériques au moins ayant été faits par l'impression de jetons dans de l'argile. Les signes faits à l'aide de calames sont des ronds ou des traits plus ou moins épais et allongés, ce qui indique qu'ils renvoient à des systèmes de numération différents, manifestement les ancêtres de ceux de l'époque proto-cunéiforme, mais ils sont mal connus[11],[12]. Les sceaux imprimés sur les tablettes permettent manifestement d'identifier les institutions ou individus impliqués dans la transaction, voire d'identifier les produits concernés[13].

Les tablettes numéro-idéographiquesModifier

Un développement des tablettes numériques attesté à Uruk et en Iran (Suse, Godin Tepe) sont quelques tablettes comprenant des signes numériques accompagnés d'un ou deux signes idéographiques, similaires dans les deux régions, qui ont été surnommées tablettes « numéro-idéographiques ». Ces pictogrammes représentent des objets discrets : moutons, jarres, fruits, produits textiles. Il s'agirait du chaînon manquant entre les systèmes numériques évoqués précédemment et les premières tablettes écrites[14],[12].

Les sceaux-cylindresModifier

Sans être intégrés dans la chaîne des instruments de comptabilité ayant servi d'antécédents aux premiers textes écrits, les outils de scellement apparaissent systématiquement dans les contextes des précurseurs de l'écriture, et sont souvent imprimés sur des bulles-enveloppes et des tablettes numériques. Ils sont peut-être élaborés en Susiane. Depuis l'époque néolithique des sceaux-cachets se retrouvent sur divers sites du Proche-Orient, mais l'époque d'Uruk voit une évolution fondamentale se produire avec l'apparition des sceaux-cylindres, qui les remplacent au moins à partir de l'époque d'Uruk moyen (au milieu du IVe millénaire av. J.-C.). Comme leur nom l'indique le motif du sceau est gravé sur un cylindre, de façon à être déroulé sur une surface d'argile en répétant le motif plusieurs fois. On les retrouve sur des bulles-enveloppes, des tablettes, aussi des bulles d'argiles servant à sceller des sacs, des jarres ou des portes. Ils fonctionnent comme une « signature » du responsable de la transaction ou du stockage, et dans certains cas leur impression pourrait servir d'accusé de réception. Ils représentent une institution, un bureau ou un individu, certains comportant des symboles ou emblèmes qui semblent identifier un organisme précis. Mais il reste quasiment impossible de savoir son identité[15],[16].

Étiquettes, marques, emblèmesModifier

Peut-être faut-il prendre en considération d'autres objets inscrits, qui ont pu être des précurseurs de l'écriture : des étiquettes sur lesquelles sont inscrits des dessins, souvent percées, de façon à être attachées à des sacs ou autre contenants, qui accompagnent le transfert de bien (mais la plupart de celles connues comprennent cependant des signes écrits et sont donc postérieures à l'invention de l'écriture) ; des marques de potiers inscrites sur des vases ; des emblèmes divins, dont certains ont donné naissance à des signes proto-cunéiformes[17].

Scénarios d'évolution vers l'écritureModifier

La mise en relation de ces différents outils de comptabilité et d'administration a progressivement abouti à l'idée selon laquelle ils auraient constitué des précurseurs de l'écriture, ce qui a conduit à l'élaboration de scénarios évolutifs concluant que l'écriture mésopotamienne avait une origine comptable, ou du moins gestionnaire.

Les travaux effectués dans les années 1960 par Maurice Lambert et surtout Pierre Amiet à partir de la documentation de Suse ont été les premiers à tracer un lien entre les jetons, bulles-enveloppes et tablettes numériques, vus comme les témoignages de systèmes de comptabilité précédant l'apparition de l'écriture, et donc à considérer les jetons et bulles comme des instruments comptables[9]. Une autre étude capitale dans la compréhension des origines de l'écriture effectuée à partir de la documentation de Suse est celle d'A. Le Brun et F. Vallat à partir d'un sondage stratigraphique, qui a mis en évidence clairement l'antériorité des jetons associés à des bulles d'argile (niveau 19), puis l'apparition des signes numériques sur les bulles (niveau 18), puis les tablettes numériques qui apparaissent alors que les bulles se raréfient (niveau 17), précédant le niveau au cours duquel apparaissent les signes pictographiques dits « proto-élamites » (niveau 16, séparé du précédent par un hiatus chronologique de durée indéterminée)[18]. En revanche à Uruk le contexte archéologique est trop incertain pour qu'il ne soit clairement établi que les tablettes numériques sont plus anciennes que les premiers textes comportant des pictogrammes, même si c'est le plus probable, surtout à la lumière de la séquence susienne[19]. De ce fait les tablettes numériques sont datées du niveau V (v. 3500-3350 av. J.-C.) de secteur de l'Eanna d'Uruk (voir plus bas), antérieur au niveau IV (v. 3350-3200 av. J.-C.) qui est celui de l'apparition des tablettes comprenant des signes non-numériques.

Au même moment Denise Schmandt-Besserat commence à élaborer un scénario évolutif qui relie les jetons, les tablettes numériques et les premiers textes écrits[20], puis produit un traitement systématique en 1992, qui prend une importance considérable dans les études sur l'origine de l'écriture, avant d'en donner une version synthétique[21]. Elle identifie spécifiquement et clairement le passage des instruments de comptabilité à l'écriture, puisque selon elle il y a des similitudes visuelles évidents entre au moins une cinquantaine des premiers signes écrits et les jetons « complexes » (décorés) qui impliquent que les premiers soient dérivés des seconds, tandis que les signes numériques seraient dérivés des jetons « simples » (non décorés). Les jetons seraient des instruments comptables employés depuis plusieurs millénaires, qui à l'époque d'Uruk se complexifient par leur forme comme leur usage, notamment en étant intégrés dans des bulles et imprimés sur celles-ci. Le fait d'imprimer les jetons rend progressivement leur inclusion dans une bulle inutile, aussi ils disparaissent et sont remplacés par des signes les représentant, tandis que la bulle s’aplatit en une tablette de maniement plus commode, qui comporte autant d'informations. Ces travaux ont relancé les réflexions sur l'origine de l'écriture, en suscitant de nombreux débats. Les spécialistes des premiers textes écrits ont rejeté son scénario évolutif du jeton au signe écrit[22], car il y a très peu de correspondances visuelles évidentes entre eux, qu'elle considère contre ce qui est couramment admis que les premiers signes sont plus des représentations abstraites que des pictogrammes, et que son analyse comprend diverses autres incohérences[23],[24]. En fin de compte le lien le plus évident est celui tracé entre les bulles-enveloppes contenant des jetons et des impressions de jetons sur leur surface et les tablettes comportant des signes numériques qui dérivent manifestement des jetons. Les tablettes numériques constituent un lien entre les systèmes comptables précédant l'écriture et les premières tablettes proto-cunéiformes, a fortiori si on prend en considération les quelques tablettes « numérico-idéographiques » qui complètent la chaîne évolutive de l'un à l'autre[12]. En tirant les conclusions des apports de Schmandt-Besserat aux études sur l'origine de l'écriture, Englund considère que :

« Bien que l'archéologue ait été critiquée pour avoir surinterprété à la fois la systématisation et la différenciation iconique de ces petits objets en argile, il ne fait aucun doute qu'au moins un sous-ensemble composé de plusieurs de ses artefacts géométriques simples représente les précurseurs de l'écriture en Mésopotamie, et donc que le cunéiforme commença par des signes numériques[25]. »

Mais le premier système d'écriture présente une différence fondamentale avec ses précurseurs puisqu'il y ajoute de nombreux nouveaux éléments, les codifie et les intègre dans un ensemble novateur, selon Woods :

« La première écriture, que nous pouvons définir comme la représentation univoque de la parole, emprunta des symboles provenant d'outils administratifs préexistants et de traditions artistiques, ajouta de nombreux éléments nouveaux, et codifia et intégra l'ensemble dans un système qui était fondamentalement différent des systèmes de communication qui la précédaient[26]. »

Le développement des outils de comptabilité semble en fin de compte participer d'une dynamique d'innovations dont relève également l'apparition de l'écriture, qui aboutit à la mise en place de systèmes symboliques élaborés à des fins gestionnaires[27]. Il est de plus possible d'élargir les sources d'inspiration de la première écriture aux systèmes de représentation visuelle de l'époque d'Uruk. Selon Cooper :

« Le proto-cunéiforme puise d'une part dans le système fruste de notation numérique des jetons, et d'autre part dans une longue tradition de représentation picturale et symbolique connue notamment de l'art glyptique[28]. »

Les liens entre les premiers signes écrits et les sceaux-cylindres et leurs images ont donc également été interrogés : les deux participent d'une même volonté d'enregistrer des informations, et d'une réflexion sur la manière de représenter les choses, et aussi l'abstrait et l'intangible. Il y a probablement des influences réciproques[29].

Le proto-cunéiformeModifier

Le système d'écriture archaïque qui apparaît en Mésopotamie dans la seconde moitié du IVe siècle av. J.-C. est couramment surnommé « proto-cunéiforme »[30], car il est l'ancêtre du cunéiforme mais s'en distingue par plusieurs aspects. Il est connu par des tablettes provenant majoritairement du site d'Uruk, regroupées en deux ensembles qui reflètent deux stades de son évolution, appelés d'après les niveaux stratigraphiques du site-témoin, Uruk IV (v. 3350-3200 av. J.-C.) et Uruk III (v. 3200-3000 av. J.-C.).

 
Tablette proto-cunéiforme issue de fouilles clandestines, probablement à Djemdet Nasr, vendue par Géjou au Louvre en 1924.

Les tablettes archaïques de l'époque d'Uruk ont d'abord été identifiées sur le marché des antiquités, parmi des objets provenant de fouilles clandestines, provenant probablement de Djemdet Nasr, et acquis par les fouilleurs allemands actifs sur le site de Fara (Shuruppak) en 1903 puis 1915. D'autres tablettes issues de fouilles illégales sont acquises par le marchand d'antiquités J. E. Géjou en 1915 et vendues à d'autres marchands d'antiquités et au Musée du Louvre et au British Museum[31]. Les premières tablettes de cette période issues de fouilles régulières proviennent du site de Djemdet Nasr, fouillé par des Anglais à partir de 1925, et étudiés par S. Langdon[32]. Après d'autres découvertes éparses, se sont les fouilles allemandes du site de Warka, l'antique Uruk, qui mettent au jour des milliers de tablettes de l'époque d'Uruk, à partir de 1928, qui révèlent des textes contemporains de ceux de Djemdet Nasr, et d'autres manifestement plus anciens. Ils sont étudiés par A. Falkenstein, qui entame leur publication dans Archaische Texte aus Uruk (1936)[33]. Un des élèves de Falkenstein, H.-J. Nissen, entame dans les années 1970 un projet d'édition et réédition des tablettes d'Uruk, dans une série qui reprend le nom Archaische Texte aus Uruk (ATU), amené à faire considérablement progresser la compréhension de ces premiers témoignages de l'écriture en Mésopotamie, notamment R. K. Englund, P. Damerow, J. Friberg et M. Green. Mais malgré les considérables progrès effectués de nombreuses zones d'ombres demeurent, et le sens de nombreux signes et de textes sont discutés entre les spécialistes[34],[35],[36].

Le corpus de textesModifier

Selon une estimation effectuée par G. Selz en 2020 à partir des données relatives aux textes cunéiformes numérisés par la Cuneiform Digital Library Initiative (CDLI), au moins 1 861 textes et fragments attribués à la phase dite Uruk IV sont connus, et 4 882 textes et fragments attribués à l'Uruk III[37].

Datation et périodisationModifier

La datation des tablettes proto-cunéiformes est établie à partir de la périodisation des couches archéologiques fouillées dans le secteur de l'Eanna d'Uruk. Le problème étant que leur chronologie est souvent difficile à établir, notamment en raison de « contaminations » entre les différents niveaux qui font que des objets d'une époque se retrouvent dans un niveau d'une autre époque, et que la plupart des tablettes ont été retrouvées hors de leur contexte de rédaction, et assez souvent avec un contexte de trouvaille répertorié de façon imprécise. De ce fait ce sont avant tout les critères paléographiques qui servent à dater les tablettes[38],[39],[40]. Les chronologies des autres sites ayant livré des tablettes contemporaines ne sont pas forcément plus claires, et il est souvent très difficile pour cette période de faire coïncider des niveaux archéologiques de sites différents (les tablettes étant du reste un des éléments de datation)[41],[42]. D'une manière générale la périodisation de la période d'Uruk récent est très débattue[43].

Par convention la date de 3200 av. J.-C est souvent retenue comme date de l'invention de l'écriture. Néanmoins en raison des imprécisions chronologiques évoquée il ne s'agit que d'une convention[30]. Englund (en 2015) propose une date autour de 3350 av. J.-C. pour l'apparition des signes non-numériques marquant la naissance du proto-cunéiformes[36], Nissen (en 2016) autour de 3300 av. J.-C.[44], Glassner (en 2020) une invention de l'écriture au cours du XXXIVe siècle av. J.-C.[45]. Des études effectuées à partir de restes de charbon du niveau IVb de l'Eanna (celui des plus anciennes tablettes cunéiformes) plaideraient en faveur d'une date ancienne (autour de 3500-3390/3310 av. J.-C.), mais cela demande confirmation[30],[46]. Ces propositions de datation dépendent aussi de la définition donnée à l'écriture par les uns et les autres (voir plus bas)[47].

Schématiquement, les différentes tablettes proto-cunéiformes sont rangées dans deux catégories, désignées en fonction des phases archéologiques générales de l'Eanna d'Uruk datant de leur époque, et il n'est généralement pas tenté d'affiner la chronologie en fonction des différentes sous-périodes[48]. Sont donc retenues deux phases de l'écriture proto-cunéiforme, définies principalement en fonction de la graphie de l'écriture, qui ne correspondent qu'indirectement à la stratigraphie[49],[40] :

  • Uruk IV : il s'agit des tablettes les plus anciennes comportant des signes non-numériques, donc des objets qui sont généralement considérés comme les premiers témoins de l'écriture, datées de la période d'Uruk tardive[50] ; CDLI retient pour dates de cette période la fourchette allant de 3350 à 3200 av. J.-C. ;
  • Uruk III : il s'agit des tablettes présentant un profil plus complexe, témoignant de l'essor de l'écriture voire d'une série de réformes : le nombre de signes du répertoire augmente considérablement, les formes sont moins arrondies et plus linéaires, le format des tablettes devient plus sophistiqué, des conventions d'écriture apparaissent[51]. Ces tablettes sont contemporaines de la période archéologique dite de Djemdet Nasr[50] ; le CDLI retient pour cette phase la fourchette 3200-3000 av. J.-C.

Les textes datés de la période suivante, le Dynastique archaïque I (v. 2900-2700 av. J.-C.), peuvent également être rangés dans la catégorie des tablettes archaïques documentant les débuts de l'écriture[52], de même que les textes proto-élamites (v. 2900-2700 av. J.-C.) provenant de plusieurs sites iraniens (voir plus bas).

ProvenanceModifier

 
Localisation des sites principaux de Mésopotamie méridionale des périodes d'Uruk et de Djemdet Nasr.

La grande majorité de la documentation proto-cunéiforme provient du secteur de l'Eanna d'Uruk, environ 5 000 textes et fragments datés d'Uruk IV et III[53]. Leur contexte de trouvaille permet rarement de les attribuer à une période précise ; après avoir perdu leur usage administratif, beaucoup ont en effet été mises au rebut ou ont servi de matériau de remblayage lors du remaniement de constructions, et ont donc été retrouvées au milieu d'autres débris (fragment de poteries, restes animaux) dans les fondations de constructions. Néanmoins les tablettes retrouvées au même endroit forment généralement un ensemble cohérent, ce qui indique qu'elles proviennent probablement d'une même archive[54],[55],[56].

Les autres lieux de trouvaille majeurs sont Umma (Tell Jokha, issus de fouilles clandestines[57]), pour 425 textes, et Djemdet Nasr (nom antique inconnu), 242 textes[58]. Les textes de Djemdet Nasr datent de l'époque d'Uruk III[59]. D'autres tablettes proto-cunéiformes de l'Uruk III ont été mises au jour sur le site de Tell Uqair[60], à Kish[61], peut-être à Larsa (Tell Senkereh)[62], deux tablettes de Tell Asmar[63], et des textes de provenance inconnue, issus de fouilles clandestines et du marché des antiquités, notamment une archive de 85 textes peut-être pillés à Uruk ou Djemdet Nasr et réunis dans une collection[64], ainsi que 80 tablettes dispersées dans des collections particulières, publiées conjointement (MSVO 4)[52].

SupportsModifier

Pour les premiers textes écrits comme pour les précurseurs de l'écriture, les habitants du sud de la Mésopotamie ont employé de façon privilégiée les matériaux les plus abondants dans cette région, qui sont également ceux qu'ils emploient le plus pour la construction et les objets : l'argile et le roseau. L'argile sert à façonner les supports de l'écriture, qui prennent avant tout la forme de tablettes, après avoir aussi servir à faire des bulles-enveloppes. Quelques textes sont écrits sur des tablettes de pierre, et il est possible que d'autres supports, périssables, aient existé, mais l'argile était de loin le plus courant[65]. C'est en raison du choix de ce support, qui résiste bien à l'épreuve du temps, qu'une telle quantité de documentation a pu être conservée pour le proto-cunéiforme en comparaison aux débuts des écritures d'autres régions du monde[66]. Le roseau sert à fabriquer l'instrument qui va leur permettre de tracer les signes dans l'argile fraîche, une tige taillée, appelée calame. Ses formes sont sans doute diversifiées durant la période de mise au point de l'écriture, mais avec le temps deux formes finissent par s'imposer : les calames dont l'embout est taillé en biseau, qui imprime des marques cunéiformes, employés pour les signes non-numériques, et ceux dont l'embout est taillé en rond, qui imprime des marques circulaires ou semi-circulaires, employés pour les signes numériques[67].

Les tablettes proto-cunéiformes les plus anciennes dérivent manifestement des tablettes numériques et ont un format simple : elles sont écrites sur une seule face, et comprennent un nombre limité d'informations (une transaction). Les reçus de transactions préservent cette forme simple. En revanche des tablettes plus complexes divisées en plusieurs cases réparties en colonnes apparaissent avec le temps[68].

D'autres tablettes d'argile sont bien plus simples : il s'agit de simples « étiquettes », appelées ainsi parce qu'elles sont percées d'un trou, qui indique qu'elles étaient attachées par une corde à un contenant[69]. Des inscriptions ont également été mises au jour sur des vases.

Nature des textesModifier

Textes administratifsModifier

La grande majorité des textes proto-cunéiformes sont de nature administrative, de l'ordre d'environ 85 %[70].

Les tablettes de l'époque d'Uruk IV, proches des tablettes numériques antérieures, charrient un nombre d'information limité, de façon concise, associant généralement quelques signes numériques à des pictogrammes, en une seule entrée. Il s'agit d'identifier une transaction, avec le produit, la quantité, et la personne ou le bureau administratif qui reçoit ou expédie le bien. Dès l'époque Uruk IV apparaissent cependant des tablettes plus complexes, divisées en cases et colonnes, qui enregistrent plusieurs transactions, une par section. Certaines incluent au revers des notations numériques récapitulant les quantités enregistrées au recto, avec l'identification des produits et des bureaux responsables. L'époque d'Uruk III voit une complexification de ce type de tablettes, présentant des récapitulatifs plus développés. Les étiquettes qui sont probablement attachées à des produits et sont attestées pour les deux phases se singularisent par le fait qu'elles ne comprennent pas de signes numériques, mais uniquement des logogrammes indiquant le contenu ou le bureau responsable du bien auxquelles elles sont attachées[71].

Les tablettes administratives proto-cunéiformes sont donc des instruments de comptabilisation de mouvements de produits, plus ou moins complexes. Selon Nissen :

« La majorité est plutôt du type du traitement de données, enregistrant des nombres et des volumes de marchandises dans le but d'enregistrer les entrées et sorties des entrepôts. Ils soulignent l'existence d'une importante administration économique centrale contrôlant à la fois les ressources nationales et étrangères de toutes sortes. Il est vrai qu'un grand nombre de tablettes ne contiennent qu'une seule information composée de chiffres et de caractères d'écriture, mais un nombre tout aussi important a une surface divisée en colonnes et cases contenant chacune une information. Normalement, ces entrées seraient simplement répertoriées les unes après les autres sans révéler le dénominateur commun, mais dans d'autres cas, les nombres des différentes entrées d'un côté de la tablette seraient additionnés et le total écrit de l'autre côté[73]. »

Ces documents remplissent en fin de compte des objectifs semblables à ceux auxquels étaient destinés leurs précurseurs (jetons, bulles-enveloppes, tablettes numériques), à savoir faciliter la gestion du flux ininterrompu et de plus en plus important de produits gérés par les magasins et bureaux administratifs des institutions urukéennes. Mais elles le font manifestement de façon plus complète. Les tablettes administratives ne semblent pas documenter d'autres préoccupations et cela explique pourquoi elles ne fournissent pas beaucoup d'informations sur la structure administrative de leur époque[74].

Listes lexicalesModifier

Les tablettes non-administratives proto-cunéiformes sont rangées dans la catégorie des listes de signes ou listes lexicales, constituant environ 15 % du corpus connu, mais très inégalement réparti entre les deux phases, puisqu'elles constituent seulement 1 % du corpus Uruk IV contre 20 % du corpus Uruk III[70], ce qui témoignerait d'un développement du genre durant cette seconde période[75].

Comme leur nom l'indique ces textes sont des listes ou plutôt des inventaires de signes, énumérés les uns à la suite des autres, suivant un principe thématique[76]. Elles sont aisément identifiables par leurs caractères externes : elles sont constituées de petites cases organisées en colonnes, comprenant chacune un signe ou groupe de signes, accompagnés du signe numérique de base du système sexagésimal S (N01)[77]. Ces listes se retrouvent souvent en plusieurs exemplaires, et peuvent être regroupées en plusieurs catégories générales : les listes de lieux, les listes d'animaux, les listes de plantes et produits manufacturés, les listes de personnes[78].

Les listes de personnes comprennent notamment une liste de profession et fonctions, qui semble organisée suivant un principe hiérarchique, indiquant donc selon Nissen que la première fonction listée, celle de NÁM.EŠDA, est celle du personnage le plus important à l'époque. Viennent ensuite d'autres personnes dont le nom de la fonction débute par le signe NÁM, signifiant « chef », donc les responsables de domaines de l'administration. Cette liste pourrait donc donner des indications sur l'organisation administrative de l'époque, qui serait déjà imposante et diversifiée[76].

Ces listes comprennent souvent des signes qui ne sont pas attestés dans les tablettes administratives, ce qui pourrait refléter une volonté de spéculation savante, auquel cas une partie des signes qui s'y trouvent sont en quelque sorte fictionnels. Mais ce point est discuté[83]. Elles semblent bien se focaliser sur l'environnement de l'époque et ses usages économiques. Elles sont probablement employées pour enseigner l'écriture et ses signes pour la rédaction de tablettes administratives, mais elles servent sans doute aussi à autre chose[84]. L'idée développée par W. von Soden en 1936 qu'elles servent à enregistrer et à mettre en ordre le monde est cependant loin d'être assurée, mais a ses défenseurs[51]. Elles sont quoi qu'il en soit à l'origine d'un type d’œuvres caractéristique de la tradition littéraire mésopotamienne, dont plusieurs des compositions canoniques découlent des listes de l'époque d'Uruk.

Un de ces textes se singularise des autres. Il s'agit de la Liste du tribut (ou Liste de mots C), qui combine divers types de signes (nombres, animaux, produits). On a pu y voir la plus ancienne œuvre littéraire connue[85] ou plus simplement un guide de référence rapide récapitulant les éléments les plus employés dans le système de listes[86].

Caractéristiques du proto-cunéiformeModifier

La forme des signesModifier

Entre les tablettes de la phase Uruk IV et celles de la phase Uruk III se produit une évolution graphique importante, liée à la manière dont les scribes impriment leurs calames dans l'argile fraîche pour tracer les signes de façon plus efficace, qui tend à faire disparaître les formes arrondies pour privilégier les lignes droites. Ainsi que l'explique Nissen :

« La caractéristique des textes niveau IV est qu'après avoir fait une empreinte oblique dans la surface de la tablette, le stylet est ensuite étiré de façon à permettre au scribe de produire des lignes courbes en plus de lignes droites. La technique change à l'étape suivante du niveau archaïque III quand le stylet est imprimé de manière à ce que seules des lignes droites puissent être produites en divisant les anciennes lignes courbes en séries de lignes droites. Cela donne aux signes la forme abstraite anticipant l'aspect du cunéiforme ultérieur[87]. »

Cette évolution, qui se poursuit aux périodes suivantes, a pour conséquence le fait que les signes de l'écriture mésopotamienne perdent progressivement leur aspect pictographique, ce que l'on désigne comme une perte de l'iconicité. Ils deviennent plus schématiques, constitués uniquement de lignes droites, avant de prendre par la suite leur aspect cunéiforme caractérisé par la marque de forme triangulaire réalisée lorsque la pointe du calame, taillée en biseau, est plantée dans l'argile. De ce fait, en observant les signes de l'écriture cunéiforme il n'est plus possible de déceler leur origine pictographique quand ils en ont une[88],[89]. L'évolution de la graphie entre les phases d'Uruk IV et III témoigne peut-être du fait que les scribes ont pris conscience du fait que l'écriture est autre chose qu'un dessin et a le potentiel d'enregistrer de nombreuses choses, et s'attachent plus à développer le répertoire de signes et à mieux différencier les signes en recourant plus à l'abstraction. Cela ne veut pas dire qu'ils ont ignoré la recherche d'esthétique dans l'exécution des signes, qui semblent témoigner d'un sens de l'esthétique et peuvent faire l'objet d'un tracé soigné[51].

Les signes numériques et métrologiquesModifier

Une soixantaine de signes environ sont de type numérique et métrologique[90]. Ils sont aisément repérables puisqu'ils se caractérisent par leur forme arrondie (curviformes), qui donne des cercles ou des demi-cercles de tailles variées. Ainsi que le décrit Englund :

« Ils ont été imprimés profondément dans la surface de l'argile avec l'extrémité de deux calames ronds de diamètres différents. En règle générale, les impressions du plus large des calames représentent des nombres ou des mesures plus grands, ceux des plus petits calames des nombres et des mesures de l'échelle inférieure des systèmes numériques qu'ils représentaient[91]. »

Les tablettes proto-cunéiformes présentent différents systèmes numériques, probablement dérivés de ceux employés auparavant dans le systèmes des bulles et jetons et les tablettes numériques. Les travaux de J. Friberg, P. Damerow et R. Englund ont permis de faire progresser leur compréhension. Il apparaît qu'on emploie un système de calcul spécifique selon le type de chose que l'on quantifie. Un même signe pourra avoir une signification différente selon le système dans lequel il est employé, donc l'objet auquel il se rapporte. Ces systèmes peuvent être sexagésimaux (base 60, qui s'impose comme le système courant en Mésopotamie par la suite), ou « bisexagésimaux » (avec un incrément de 2), tout en intégrant ça et là des éléments décimaux (base 10). Le système sexagésimal de base (S) sert ainsi à quantifier les objets discrets (humains, animaux, produits laitiers et textiles, poissons, objets en bois et pierre, vases), un système sexagésimal dérivé (S') compte certains types d'objets (animaux morts, jarres contenant certains types de liquides). Le système bisexagésimal de base (B) sert à compter d'autres objets discrets qui relèvent apparemment du système de rations (produits céréaliers, fromages, poissons frais), le système bisexagésimal dérivé (B*) sert à compter d'autres produits de rations non clairement identifiés (des poissons ?). Viennent ensuite les systèmes de mesure, notamment le système de base pour les surfaces des champs (GAN2), celui employé pour le temps et les unités calendaires (U4), ceux servant les mesures de capacité de grains (Š, Š', Š’’, Š*), correspondant chacun sans doute à un certain type de céréale ou produit céréalier (orge, blé, malt, orge broyée). La fonction du système de base appelé EN en raison de son signe de base reste indéterminée[92].

Comparaison de trois systèmes de numération proto-cunéiformes.
Système sexagésimal S (objets discrets)
Symbole              
Valeur 36000 3600 600 60 10 1 1/2 ou 1/10
Système de mesure de capacité de céréales ŠE (orge)
Symbole              
Valeur 1800 180 60 6 1 1/5 1/10
Système bisexagésimal B (produits de rations)
Symbole              
Valeur 7200 1200 120 60 10 1 1/2

Les signes non-numériquesModifier

L'émergence de l'écriture se caractérise par l'apparition de signes non-numériques, qui sont fondamentalement des logogrammes, c'est-à-dire des signes qui indiquent un mot. Ainsi un signe peut désigner une chose tangible, notamment de l'orge, des roseaux, du poisson, une montagne, la bouche, une chose intangible comme la parole ou la voix, ou encore une action, comme prendre, aller, parler[93].

Le proto-cunéiforme comprend un corpus de plus de 1 500 signes non-numériques, mais employés de façon très inégale : plus de 500 ne sont employés qu'une fois, 600 autres moins de dix fois, et environ 100 signes sont employés plus de dix fois, donc deux (ENa et GALa, des noms de personnes ou bureaux) apparaissent plus de 1 000 fois chacun[94]. D'importantes évolutions ont lieu entre la période d'Uruk IV et celle d'Uruk III : le nombre de signes du répertoire explose, témoignant d'une grande capacité d'innovation et d'une volonté d'enregistrer les opérations avec plus de détail[51].

La signification des signes proto-cunéiformes est généralement compris grâce à la connaissance du système cunéiforme postérieur, quand il est possible d'identifier un signe proto-cunéiforme comme l'ancêtre d'un signe cunéiforme. En particulier le fait que les listes de signes élaboré à l'époque d'Uruk aient été copiées et transmises durant les siècles suivants permet de faire des correspondances. Mais beaucoup de signes restent opaques[95].

L'origine des signes est également discutée. Pour Englund la majeure partie des signes est d'origine pictographique, donc des dessins représentant et désignant des choses réelles, et cela semble au moins être le cas pour l'époque Uruk IV. Il est possible de distinguer différents types de signes pictographiques : ceux qui représentant l'objet en entier, ceux qui représentant seulement une partie de celui-ci, qui signifiera néanmoins la totalité (pars pro toto), par exemple une tête d'animal pour désigner un animal. Un pictogramme pourra également représenter une action, par exemple la main représente l'action de donner ou recevoir, un contenant (jarre, vase ou panier) pourra désigner son contenu (lait, beurre, céréales voire une ration)[96],[97]. Mais assez rapidement, et au moins à l'époque Uruk III, un nombre non négligeable de signes est totalement abstrait. Nissen en dénombre 98, et souligne également que peu de signes picturaux sont naturalistes, mais déjà très abstraits, ce qui lui fait considérer que le proto-cunéiforme n'est pas pictographique et puise dans des codes graphiques préexistants[98]. En effet l'origine ou du moins l'inspiration de plusieurs signes proto-cunéiformes a pu être identifiée dans d'autres instruments administratifs ou des représentations figurées de l'époque d'Uruk : des jetons, des cachets, les motifs figurant sur des sceaux-cylindres et d'autres sculptures, notamment des emblèmes et étendards divins[99].

La majeure partie du corpus est constituée de signes dérivés des précédents. En effet plutôt que d'inventer de nouvelles formes les scribes urukéens ont privilégié la création par modification de formes existantes. Cela se fait notamment par la combinaison de deux signes, ainsi l'association de la tête et du bol valant pour ration qui donne le sens « versement » (de ration), le signe désignant la ville de Larsa, ville du Dieu-Soleil, est la combinaison du signe du soleil et d'un autre désignant une installation cultuelle, ce qui renvoie clairement à sa divinité tutélaire. Cela peut aussi se fait par une différenciation graphique à partir d'un seul signe, notamment au moyen de hachures, de doublement, représentation en miroir, etc. ; ainsi le signe de la tête hachuré au niveau de la bouche signifiera cette partie du corps, le signe du mouton hachuré signifiera une agnelle. Tout un ensemble de signes est ainsi dérivé de celui signifiant la jarre (DUG), pour désigner des choses qu'elle pouvait contenir dans les magasins des institutions. Cela démontre que dès les débuts l'écriture fait rapidement l'objet d'un processus d'abstraction et de nouvelles inventions, tout cela étant en bonne partie déterminé par la recherche de signes plus aisément traçables dans l'argile[98],[100],[101]. Le système proto-cunéiforme repose sur un groupe de signes de base, qui sont employés souvent et servent de modèle pour d'autres signes dérivés. Ceux-ci peuvent n'être employés que très rarement, dans des contextes ayant présidé à leur création et leur utilisation ponctuelle, et n'ont laissé aucune postérité. Cela reflète le fait que les habitudes d'écriture semblent varier selon les bureaux, ce qui explique que certains signes soient couramment employés dans des textes produits au même endroit, mais jamais ou presque jamais dans d'autres contextes[102].

Les signes logographiques peuvent aussi être employés suivant le principe du rébus, de façon à renvoyer à un terme homonyme pour lequel il n'existe pas de signe, notamment des abstractions. Ainsi dans le système cunéiforme postérieur le signe du jardin SAR est employé pour désigner l'action d'écrire, [sar] en sumérien. Cela permet donc l'évolution vers la constitution d'un ensemble de signes phonétiques, des syllabogrammes puisqu'ils représentent une syllabe. Ainsi le signe de l'eau A sert aussi pour la syllabe [a][103]. La question de savoir si cet aspect de l'écriture cunéiforme est déjà présent dans le proto-cunéiforme est très discuté, notamment parce qu'il renvoie à la question de savoir si la langue parlée par les scribes des époques d'Uruk IV et III est le sumérien (voir plus bas). En effet pour comprendre le son dérivé d'un signe il faut forcément savoir dans quelle langue ce dernier est prononcé. La majeure partie des spécialistes du proto-cunéiforme considère, à l'appui d'un nombre limité d'exemples, que le principe du rébus à partir d'une lecture en sumérien de certains signes est présent dans des textes en proto-cunéiforme. Mais même en admettant cela, ces cas sont très rares, et le système proto-cunéiforme est considéré comme essentiellement non-phonétique. Il repose sur des signes logographiques, renvoyant à des choses telles qu'un mouton, de la bière, un champ, qui peuvent être lus dans n'importe quelle langue. Il est généralement admis qu'il n'a pas pour but (ou pour but principal) de transcrire une langue parlée et a fortiori de reproduire des phrases[1],[104],[105],[106],[107],[108].

Organisation et lecture des textesModifier

Les textes administratifs décrivent des opérations économiques de façon concise, organisés autour de signes numériques, accompagnés de logogrammes identifiant le produit faisant l'objet de la transaction, et la personne ou le bureau impliqué[109]. Lorsque la tablette est organisée en cases, cette association de signes est répétée dans les cases, les signes numériques venant en premier, puis les logogrammes étant placés de façon apparemment arbitraire[110]. Les cases sont elles-mêmes organisées en lignes et colonnes suivant différentes modalités d'ordre de lecture[111]. Les habitudes des spécialistes les ont souvent conduit à représenter les tablettes dans une orientation différente de celle dans laquelle elles étaient lues originellement, il faut alors les faire tourner de 90° dans le sens des aiguilles d'une montre pour retrouver leur sens originel[112].

Quoi qu'il en soit cette structure et l'absence ou quasi-absence de signes phonétiques implique que les tablettes proto-cunéiformes ne reflètent pas la syntaxe d'une langue, et même qu'elles n'ont aucune syntaxe[113],[114]. Elles restent par bien des aspects des instruments d'enregistrement d'informations, certes plus efficaces que les autres, notamment par leur capacité à rapporter plusieurs informations en même temps. Mais il est nécessaire d'avoir une connaissance de l'arrière-plan des informations rapportées, donc de leur contexte de rédaction, pour bien comprendre leur contenu[115]. La rareté des racines verbales, et l'absence (à une possible exception près) de texte narratif dans le corpus proto-cunéiforme fait que le système proto-cunéiforme a pu être décrit comme un aide-mémoire. Un texte dans ce système n'est pas forcément destiné à être lu, il nécessite en tout cas que le lecteur connaisse déjà les grandes lignes des informations qu'il va lire, ce qui explique les difficultés qu'il y a à le comprendre une fois perdus ces éléments contextuels. Ce n'est pas non plus un système destiné à enregistrer des informations nouvelles[116],[117]. Cela explique aussi pourquoi il n'est pas possible de transférer les principes de compréhension du système cunéiforme sur son ancêtre proto-cunéiforme, car de nombreux changements se sont produits entre les deux[95].

Selon la manière dont le résume N. Veldhuis :

« Les signes archaïques sont capables d'enregistrer des marchandises, des titres professionnels et une variété de systèmes métrologiques. Les textes n'enregistrent pas les événements administratifs de manière narrative mais utilisent la disposition de la tablette (colonnes, recto et verso) pour indiquer les relations entre les éléments, les totaux et les personnes impliquées. À cet égard, le cunéiforme archaïque (du moins dans les décomptes les plus complexes) ressemble plus à une feuille de calcul moderne qu'à un système d'écriture moderne[118]. »

Une écriture ou une proto-écriture ?Modifier

La définition de ce qu'est une écriture est discutée, avec deux extrêmes, d'un côté une vision selon laquelle c'est un système de signes conventionnels d'intercommunication entre humains, de l'autre une vision selon laquelle ne mérite ce qualificatif qu'un système cherchant à reproduire le langage et la parole, donc une phrase parlée[47],[1].

Si on s'en tient à la première acception, le proto-cunéiforme est sans contestation possible une écriture[1], et il est même possible de considérer que les tablettes numériques sont déjà une forme d'écriture[47].

Mais si on se tient à l'autre approche, celle de l'écriture en tant que représentation de la langue, étant donné que les liens entre le proto-cunéiforme et le langage sont au mieux ténus, cela inciterait à remettre en cause son statut d'écriture à proprement parler. C'est ce que fait P. Damerow, pour qui le proto-cunéiforme est une « proto écriture », l'écriture à proprement parler ne se met selon lui en place que dans le courant du IIIe millénaire av. J.-C. avec le développement des signes phonétiques[119].

Contexte et causes de l'inventionModifier

La période d'Uruk récent : une époque « révolutionnaire »Modifier

 
Tablette administrative d'Uruk III (v. 3200-3000 av. J.-C.), enregistrement d'une livraison de produits céréaliers pour une fête de la déesse Inanna. Pergamon Museum.

Un instrument d'administrationModifier

La théorie dominante postule une origine comptable à l'écriture, qui est née de la numératie, développée à partir des systèmes de numération qui se mettent en place avant son invention et qui améliorent leur capacité à enregistrer des informations jusqu'à aboutir progressivement à la mise en place d'un nouveau système plus efficace. Le but est donc de constituer un outil d'administration en mesure de répondre aux besoins liés à la gestion des institutions qui se développent durant la période d'Uruk et gèrent une organisation sociale et économique bien plus complexe que par le passé[120],[121]. En effet la majorité des textes proto-cunéiformes sont de nature administrative, enregistrant des transactions de produits et indiquant l'identité de personnes ou bureaux de l'administration, tandis que les listes lexicales fournissent des inventaires de ces mêmes biens et administrateurs[122]. De plus la structure formelle et la sémantique de cette écriture dérivent manifestement de son origine et de ses usages administratifs[123]. C'est en fin de compte une réponse à des problèmes entraînés par le fait que la société est devenue plus « complexe »[124]. Ainsi que résumé par C. Woods :

« En Mésopotamie, l'invention de l'écriture représenta une solution plus globale à un certain nombre de problèmes administratifs et comptables posés par une bureaucratie de plus en plus complexe, problèmes qui étaient abordés un par un, mais seulement de façon partielle, par des instruments antérieurs. Ces dispositifs administratifs préhistoriques antérieurs, qui étaient également des produits de la période d'Uruk tardive, comprennent les sceaux-cylindres, les bulles d'argile solides, les tablettes numériques, les compteurs d'argile susmentionnés - généralement appelés jetons - et des enveloppes d'argile. Chacun servait de moyen de contrôle et de surveillance du flux de matériaux, de marchandises et de main-d'œuvre. Bien que l'écriture ait plus souvent complété plutôt que remplacé ces outils, elle a fourni un moyen beaucoup plus solide, efficace et flexible d'enregistrer et d'organiser les données[125]. »

Il en résulte que l'invention de l'écriture n'est généralement pas vue comme l'aboutissement d'une tentative de représenter graphiquement le langage humain, par le biais de pictogrammes représentant des mots, ancienne interprétation aujourd'hui caduque car les caractéristiques du proto-cunéiforme ne vont pas dans son sens[126],[127]. Pour Englund, « en tant que système administratif, le proto-cunéiforme sert avant tout à communiquer et enregistrer des données administratives[128] », même si de façon secondaire il a pu entretenir des liens avec le langage et servir au développement d'une littérature avec les listes lexicales[126].

Des visions alternatives ont été proposées, en particulier par J.-J. Glassner qui rejette tant l'origine pictographique que l'origine comptable de l'écriture, et que celle-ci sert d'emblée à noter à la fois des signes numériques et des mots de la langue sumérienne[129].

Les premiers scribes et la diffusion de l'écritureModifier

Avec l'émergence de l'écriture, il peut être considéré que les spécialistes de la numératie des époques antérieures deviennent les premiers scribes, ce qui introduit un changement dans l'organisation administrative[58]. Il n'y a néanmoins aucun signe qui ait été identifié avec certitude comme renvoyant à un statut de scribe, comme c'est le cas pour les périodes postérieures de l'histoire mésopotamienne. Cela pourrait être lié au fait qu'en ces temps de début de l'écriture les personnes sont avant tout désignées par leur fonction dans l'administration plutôt que par leur spécialisation dans l'écriture, qui ne s'est probablement pas produite. Ils sont donc les mêmes administrateurs que précédemment, mais ont à leur disposition un nouvel instrument administratif, l'écriture[130].

L'écriture semble se diffuser à partir d'Uruk, site qui a livré de loin le plus grand nombre de tablettes proto-cunéiformes. Mais pour l'époque d'Uruk III des tablettes se retrouvent sur plusieurs sites du Sud mésopotamien, tels que Tell Uqair, Djemdet Nasr, Umma, Tell Asmar. Mais on n'en trouve pas de trace dans les sites de la sphère d'influence urukéenne, que ce soit dans le nord de la Mésopotamie, ou en Susiane où se développe l'écriture proto-élamite. Cela reste à expliquer : la fin de la période d'Uruk se marque par un reflux de l'influence du sud mésopotamien, et donc des contacts moins poussés avec les régions voisines ; des systèmes alternatifs ont pu exister en plus du proto-élamite[131].

La transmission des savoirs-faire administratifs, donc de l'écriture, entre les générations, se fait selon Nissen au sein des institutions d'administration[132]. En tout cas le fait que les pratiques de l'écriture connaissent une évolution importante durant l'époque d'Uruk III, et soient relativement homogènes sur différents sites, pourraient indiquer l'existence d'une sorte de corporation de scribes ou d'une centralisation de l'enseignement de l'écriture[51],[133].

N. Veldhuis a tenté de reconstituer la manière dont se déroulait l'apprentissage du proto-cunéiforme[134]. Certaines tablettes retrouvées semblent avoir eu une fonction scolaire, pour l'apprentissage des signes et aussi du calcul. Les listes de signes ont probablement servi pour l'enseignement de l'écriture, car c'est une de leur fonctions principales durant les périodes postérieures. Elles contiennent certes de nombreux signes qui ne sont pas employés pour la rédaction de textes administratifs, mais cela devait servir à permettre d'envisager des situations inédites qui surviendraient et devraient être enregistrées sur des tablettes administratives. Elles reflètent aussi le fait que l'enseignement de l'écriture est dès cette période relativement strict[135].

Une invention des Sumériens ?Modifier

Une des questions récurrentes relatives à l'origine de l'écriture en Mésopotamie est la question de savoir si elle a été inventée par des Sumériens, c'est-à-dire des personnes parlant le sumérien. Cela renvoie plus largement à la « question sumérienne », qui consiste à savoir depuis quand les Sumériens sont présents dans le sud mésopotamien (et d'où ils sont arrivés), et aussi aux questionnements sur l'hypothétique présence de populations antérieures aux Sumériens dans la région, qui n'a jamais été démontrée (il est du reste probable que plusieurs langues coexistent à l'époque d'Uruk)[136],[137]. Donner une réponse à cette question avec certitude est impossible en l'état actuel des connaissances. D'abord parce que, comme vu plus haut, l'écriture proto-cunéiformes n'a pas pour objet de transcrire une langue parlée, et les corpus connu comprend au mieux quelques occurrences de signes phonétiques. De plus, tenter de reconstituer la phonologie du sumérien pour les périodes plus récentes est déjà une affaire complexe, alors le faire pour une période aussi reculée relève de la gageure, ce qui rend l'exercice encore plus complexe. Des tentatives anciennes d'identifier des séquences en sumérien dans les textes proto-cunéiformes ont tourné court, devant la difficulté de se mettre d'accord sur le sens d'un texte complexe, et aucun nom de personne en sumérien n'a été identifié. L'un des plus éminents spécialistes du proto-cunéiforme, Englund, a toujours maintenu qu'il était impossible d'affirmer que des Sumériens ont rédigé ces textes[138],[139]. Mais d'autres travaux, comme ceux de T. Krispijn[140], ont mis en avant des textes plaidant en faveur du fait que les rédacteurs du proto-cunéiforme travaillent dans un contexte linguistique sumérien. En tout et pour tout, une dizaine voire une quinzaine de cas d'écritures phonétiques en sumérien (avec les rébus) seraient identifiables dans les textes de cette période, et encore ils sont débattus[141],[142]. La position de la majorité des spécialistes est cependant que le sumérien est bien le langage en arrière-plan derrière les plus anciens textes écrits en Mésopotamie, ou du moins un des langages parlés par les premiers scribes mésopotamiens[36],[141].

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Englund 1998, p. 42.
  2. Damerow 2006, p. 7-8.
  3. Woods 2010, p. 45.
  4. Nissen 2016, p. 43-44.
  5. Englund 1998, p. 46-47.
  6. Selz 2020, p. 194-195.
  7. « This imprecise (yet widely used) term refers to spherical, hollow, clay balls that contain a certain number of the aforementioned tokens, which were also impressed on the sealed outside surface of the balls » : Selz 2020, p. 196.
  8. Englund 1998, p. 48-49.
  9. a et b Woods 2010, p. 46.
  10. Selz 2020, p. 196-197.
  11. Englund 1998, p. 50-51.
  12. a b et c Woods 2010, p. 49.
  13. Selz 2020, p. 195.
  14. Englund 1998, p. 51 et 53.
  15. Englund 1998, p. 43-45.
  16. Selz 2020, p. 178-181.
  17. Selz 2020, p. 195-196.
  18. A. Le Brun et F. Vallat, « Les débuts de l’écriture à Suse », dans Cahiers de la DAFI 8, p. 11-59, 1978 ; abrégé dans François Vallat, « Le Matériel épigraphique des couches 18 à 14 de l'Acropole », Paléorient, no 4,‎ , p. 193-195 (lire en ligne)
  19. Englund 1998, p. 56.
  20. Schmandt-Besserat, D. 1977 "An Archaic Recording System and the Origin of Writing," SyroMesopotamian Studies 1,2, 1-32.
  21. Schmandt-Besserat 2022.
  22. Par exemple (en) Peter Damerow, « Bookkeepers invented scripture: review of Schmandt-Besserat's Before Writing 1992 », Rechtshistorisches Journal, vol. 12, no 6,‎ , p. 9–35 ; (en) Robert K. Englund, « Compte-rendu de Denise Schmandt Besserat, How writing came about, 1996 », Written Language and Literacy, vol. 1,‎ , p. 257-261 (lire en ligne) ; Glassner 2000, p. 87-112.
  23. Englund 1998, p. 53-55.
  24. Woods 2010, p. 46-49.
  25. « While the archaeologist has been faulted for over-interpreting both the systematization and the iconic differentiation of these small clay objects (Englund 2004 : 26 n. 4), there can be little doubt that at least a subset consisting of many of her simple geometrical artefacts represents the precursors of writing in Mesopotamia, and therefore that cuneiform began with numerical signs. » : Englund 2011, p. 33.
  26. « The first writing, which we may define as the unambiguous representation of speech, borrowed symbols from pre-existing administrative devices and artistic traditions, added many new elements, and codified and integrated the whole into a system that was fundamentally different from the communicative systems that preceded it. » : Woods 2010, p. 45.
  27. (en) K. Sauer, « From Counting to Writing: The Innovative Potential of Bookkeeping in Uruk Period Mesopotamia », dans P. W. Stockhammer et J. Maran (dir.), Appropriating innovations: Entangled knowledge in Eurasia 5000-1500 BCE, Oxford, 2017, p. 12–28.
  28. « The proto-cuneiform draws on the one hand from the rude system of numerical notation of the tokens, and on the other from a long tradition of pictorial and symbolic representation known especiallt from glyptic art. » : Cooper 2004, p. 77.
  29. (en) H. Pittmann, « Towards an understanding of the role of glyptic imagery in the administrative systems of proto‐literate Greater Mesopotamia », dans P. Ferioli (dir.), Archives before Writing, Turin, 1994, p. 177–205 ; (en) Z. Bahrani, The Graven Image: Representation in Babylonia and Assyria, Philadelphie, 2003, p. 96-120.
  30. a b et c Woods 2010, p. 34.
  31. Englund 1998, p. 23-24.
  32. Englund 1998, p. 24 et 26.
  33. Englund 1998, p. 32-34 et 38-39.
  34. Nissen, Damerow et Englund 1993, p. ix-x.
  35. Englund 1998, p. 16-17.
  36. a b et c Englund 2015, p. 448.
  37. Selz 2020, p. 198.
  38. Englund 1998, p. 34.
  39. Woods 2010, p. 34-35.
  40. a et b Woods 2020, p. 32.
  41. Englund 1998, p. 32-41.
  42. Glassner 2000, p. 54-66.
  43. Pascal Butterlin, Les temps proto-urbains de Mésopotamie : Contacts et acculturation à l'époque d'Uruk au Moyen-Orient, Paris, CNRS Éditions, , p. 286-293
  44. Nissen 2016, p. 34.
  45. (de) Jean-Jacques Glassner, « L’invention de l’écriture: le recours à la mythologie », dans Ilya Arkhipov, Leonid Kogan et Natalia Koslova (dir.), The Third Millennium : Studies in Early Mesopotamia and Syria in Honor of Walter Sommerfeld and Manfred Krebernik, Leyde, Brill, , p. 299
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  71. Englund 1998, p. 57-63.
  72. Englund 1998, p. 187 fig. 73.
  73. « The majority is more of a data processing nature, recording numbers and volumes of commodities with the aim of taking stock of the entries and exits of warehouses. They point to the existence of a large central economic administration in control over both domestic and foreign resources of all kinds. It is true that a large number of tablets contain only one piece of information consisting of numerals and script characters but of an equally large number the surface is divided into columns and cases each of which contains one piece of information. Normally such entries would just be listed one after the other without revealing the common denominator but in other instances the numbers of the various entries on one side of the tablet would be summed up and the total written on the other side. » : Nissen 2016, p. 40.
  74. Nissen 2016, p. 37-38 et 40.
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  83. Taylor 2013, p. 296-297.
  84. Selz 2020, p. 200-202.
  85. Englund 1998, p. 99.
  86. Selz 2020, p. 203.
  87. « Characteristic of the Level IV texts is that after making an oblique imprint into the surface of the tablet the stylus then is drawn out enabling the scribe to produce curved lines in addition to straight ones. The technique changes to the following stage of Archaic Level III as the stylus is imprinted in a way that only straight lines can be produced dissolving the former curved lines into series of straight ones. This gives the signs the abstract shape anticipating the look of later cuneiform. » : Nissen 2016, p. 37.
  88. Cooper 2004, p. 85-86.
  89. Woods 2020, p. 33-35.
  90. Woods 2020, p. 35.
  91. « These were impressed deep in the clay surface with the butt ends of two round styli of different diameters. As a rule, impressions of the larger stylus represent larger numbers or measures, those of the smaller styli numbers and measures from the lower scale of the numerical systems they represented. » : Englund 2011, p. 38.
  92. Englund 1998, p. 111-120.
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  94. Damerow 2006, p. 6.
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  112. Englund 1998, p. 72.
  113. Cooper 2004, p. 80-81.
  114. Damerow 2006, p. 4-6.
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  116. Taylor 2013, p. 292-293.
  117. Woods 2020, p. 43-44.
  118. « The archaic signs are capable of recording commodities, professional titles, and a variety of metrological systems. The texts do not record administrative events in a narrative fashion but use the layout of the tablet (columns, obverse and reverse) to indicate the relationships among items, totals, and persons involved (see Green 1981). In this respect, archaic cuneiform (at least in the more complex accounts) is more like a modern spreadsheet than a modern writing system. » : (en) Niek Veldhuis, « Cuneiform: Changes and Developments », dans Stephen D. Houston (dir.), The Shape of Script. How and Why Writing Systems Change, Santa-Fe, School of Advanced Research Press, , p. 4.
  119. Damerow 2006, p. 8.
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  123. Damerow 2006, p. 7.
  124. Cooper 2004, p. 94.
  125. « In Mesopotamia the invention of writing represented a more comprehensive solution to a number of administrative and bookkeeping problems posed by an increasingly complex bureaucracy, problems which were addressed individually, but only in part, by earlier devices (Nissen 1986, 323–326). These earlier, prehistoric administrative devices, which were likewise products of the Late Uruk period, include cylinder seals, solid clay bullae, numerical tablets, the aforementioned clay counters – typically referred to as tokens – and clay envelopes (Figure 2.2). Each served as a way to control and monitor the flow of materials, commodities, and labor. Although writing more often complemented rather than replaced these devices, it provided a vastly more robust, effective, and flexible means of recording and organizing data. » : Woods 2020, p. 29.
  126. a et b Englund 1998, p. 29.
  127. Damerow 2006, p. 4.
  128. « As an accounting system, proto-cuneiform served above all to communicate and store administrative data. » : Englund 1998, p. 29.
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  130. Taylor 2013, p. 293-294.
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  141. a et b Woods 2020, p. 43.
  142. (de) Jan Keetman, « Sumerisch auf Tafeln der Schriftstufe Uruk III », dans Ilya Arkhipov, Leonid Kogan et Natalia Koslova (dir.), The Third Millennium : Studies in Early Mesopotamia and Syria in Honor of Walter Sommerfeld and Manfred Krebernik, Leyde, Brill, , p. 341-376. Dans le même ouvrage ce sujet est également abordé par Aage Westenholz, « Was Kish the Center of a Territorial State in the Third Millennium? — and Other Thorny Questions », p. 699-701.

BibliographieModifier

Cadre historiqueModifier

  • (en) Mario Liverani (trad. Zainab Bahrani et Marc Van de Mieroop), Uruk : The First City, Londres, Equinox,
  • (en) Guillermo Algaze, Ancient Mesopotamia at the Dawn of Civilization : The Evolution of an Urban Landscape, Chicago, University of Chicago Press,
  • (en) Gebhard J. Selz, « The Uruk Phenomenon », dans Karen Radner, Nadine Moeller et Daniel T. Potts (dir.), The Oxford History of the Ancient Near East, Volume 1: From the Beginnings to Old Kingdom Egypt and the Dynasty of Akkad, New York, Oxford University Press, , p. 163-244

Débuts de l'écritureModifier

  • Denise Schmandt-Besserat, La Genèse de l’écriture [« How Writing Came About »], Paris, Les Belles Lettres, (1re éd. 1996)
  • Clarisse Herrenschmidt, Les trois écritures : Langue, nombre, code, Paris, Gallimard, , 510 p.
  • (en) Hans J. Nissen, Peter Damerow et Robert K. Englund (trad. Paul Larsen), Archaic Bookkeeping : Writing and Techniques of Economic Administration in the Ancient Near East [« Frühe Schrift und Techniken der Wirtschaftsverwaltung im alten Vorderen Orient: Informationsspeicherung und -verarbeitung vor 5000 Jahren »], Chicago, University of Chicago Press, (1re éd. 1991)
  • (en) Robert K. Englund, « Texts from the Late Uruk Period », dans Joseph Bauer, Robert K. Englund et Manfred Krebernik, Mesopotamien: Späturuk-Zeit und Frühdynastische Zeit, Fribourg et Göttingen, Universitätsverlag Freiburg Schweiz et Vandenhoeck & Ruprecht, coll. « Orbis Biblicus et Orientalis », , p. 15-233
  • Jean-Jacques Glassner, Écrire à Sumer : L'invention du cunéiforme, Paris, Éditions du Seuil, coll. « L'Univers historique »,
  • (en) Jerrold S. Cooper, « Babylonian beginnings: the origin of the cuneiform writing system in comparative perspective », dans Steven D. Houston (dir.), The First Writing: Script Invention as History and Process, Cambridge, Cambridge University Press, , p. 71-99
  • (en) Peter Damerow, « The Origins of Writing as a Problem of Historical Epistemology », Cuneiform Digital Library Journal, no 2006:1,‎ , p. 1-10 (lire en ligne)
  • Remo Mugnaioni, « L’apparition de l’écriture en Mésopotamie », dans Rina Viers (dir.), Langues et écritures de la Méditerranée, Actes du forum des 9, 10 et 11 mars 2001, Maison du Séminaire, Nice, Paris, Karthala, , p. 37-50
  • (en) Christopher Woods, « The Earliest Mesopotamian Writing », dans Christopher Woods (dir.), Visible Language: Inventions of Writing in the Ancient Middle East and Beyond, Chicago, The Oriental Institute of Chicago, , p. 33-50.
  • (en) Robert K. Englund, « Accounting in Proto-Cuneiform », dans Karen Radner et Eleanor Robson (dir.), The Oxford Handbook of Cuneiform Culture, Oxford, Oxford University Press, , p. 32-50
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  • (en) Jon Taylor, « Administrators and Scholars: The First Scribes », dans Harriet Crawford (dir.), The Sumerian World, Londres et New York, Routledge, , p. 290-304
  • (en) Hans-Jörg Nissen, « Uruk: Early Administration Practices and the Development of Proto-Cuneiform Writing », Archéo-Nil. Revue de la société pour l'étude des cultures prépharaoniques de la vallée du Nil, no 26 « Naissance de l'état, naissance de l’administration : le rôle de l'écriture en Égypte, au Proche-Orient et en Chine / Emergence of the state and development of the administration: the role of writing in Egypt, Near East and China »,‎ , p. 33-48 (lire en ligne)
  • (en) Christopher Woods, « The Emergence of Cuneiform Writing », dans R. Hasselbach‐Andee (dir.), A Companion to Ancient Near Eastern languages, Hoboken, Wiley-Blackwell, , p. 27-46.

Séries de publications de textesModifier

  • Archaische Texte aus Uruk (ATU), Berlin ;
  • Materialen zu den Frühen Schriftzeugnissen der Voderen Oriens (MVSO), Berlin.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier