Bataille de Dakar

bataille de la Seconde Guerre mondiale
Bataille de Dakar
Description de cette image, également commentée ci-après
Télépointeur de la batterie Nord du Castel à l'île de Gorée, utilisée contre les bâtiments britanniques. Les canons de cette batterie sont des canons de 240 mm, provenant des pré-dreadnoughts. de la classe Danton
Informations générales
Date du 23 au
Lieu Dakar (Sénégal, Afrique-Occidentale française)
Issue Victoire de l'État français
Belligérants
Drapeau : Royaume-Uni Royaume-Uni
Drapeau de la France France libre
Drapeau de l'Australie Australie
Drapeau de l'État français État français
Commandants
Drapeau du Royaume-Uni John Cunningham
Drapeau de la France Charles De Gaulle
Drapeau de la France Pierre François Boisson
Forces en présence
2 cuirassés - 1 porte-avions - 3 croiseurs lourds - 2 croiseurs légers - 11 destroyers - 6 frégates/sloops1 cuirassé - 2 croiseurs légers - 4 contre-torpilleurs - 6 avisos/escorteurs - 5 croiseurs auxil. - 3 sous-marins
Pertes
un croiseur (lequel ?) Drapeau du Royaume-Uni
1 cuirassé Resolution hors de combat
8 avions (7 Swordfish, 1 Warlus, 1 avion de réglage de tir)
Drapeau de la France
203 morts
393 blessés
contre-torpilleur l'Audacieux
sous-marins Persée et Ajax

Seconde Guerre mondiale

Batailles

Batailles et opérations des campagnes d'Afrique, du Moyen-Orient et de Méditerranée


Front d'Europe de l'Ouest


Front d'Europe de l'Est


Bataille de l'Atlantique


Guerre du Pacifique


Guerre sino-japonaise


Théâtre américain

Coordonnées 14° 40′ 43″ nord, 17° 25′ 15″ ouest
Géolocalisation sur la carte : Afrique
(Voir situation sur carte : Afrique)
Bataille de Dakar
Géolocalisation sur la carte : Sénégal
(Voir situation sur carte : Sénégal)
Bataille de Dakar

La bataille de Dakar, également appelée l'opération de Dakar, l'expédition de Dakar ou l'opération Menace, est une attaque navale britannique de la Seconde Guerre mondiale, qui opposa au large de Dakar et sur la presqu'île du Cap-Vert, près de Rufisque, du au , la Marine britannique accompagnée du général De Gaulle et de quatre navires des Français libres qui furent repoussés par les forces armées du Gouvernement français, sous les ordres de gouverneur Boisson, gouverneur général de l'Afrique-Occidentale française (AOF) depuis le .

C'est à Dakar que le gouvernement français avait rapatrié 1100 tonnes d'or des Banques de France, ainsi que celui de la Banque de Belgique, embarqués du au [1]. « Le , le gouverneur général Boisson et le général Barrau, commandant supérieur en A.O.F., donnent l’ordre de transporter tous les dépôts d’or de Thiès à Kayes (Soudan). »

ContexteModifier

En , deux mois après la Attaque de Mers el-Kébir et l'attaque du Richelieu à Dakar par les Fairey Swordfish du porte-avions HMS Hermes (le ), le général De Gaulle et Winston Churchill pensent pouvoir conquérir l'Afrique-Occidentale française (AOF) qui est restée sous contrôle du Gouvernement français en application du Traité d'armistice signé le .

Ils viennent d'obtenir le ralliement forcé de trois colonies d'Afrique-Équatoriale française (AEF), l'Oubangui-Chari (l'actuelle République Centre-Africaine), le Tchad et le Moyen-Congo (l'actuel Congo-Brazzaville), ainsi que du territoire sous mandat du Cameroun.

Pour De Gaulle, ce serait un second espace de légitimité et pour les Britanniques, la garantie d'écarter la menace allemande sur une position assez stratégique pour le contrôle de l'Atlantique central. En outre, comme le gouvernement français avait envoyé en sécurité à Dakar avant l’armistice une partie de l’or des États polonais et belge, l'opération aurait permis de le rendre aux gouvernements polonais et belge réfugiés à Londres.

De son côté, le gouvernement de Vichy avait, courant juillet, éloigné de Dakar un certain nombre de responsables jugés trop anglophiles dans les jours qui avaient précédé l'attaque du , notamment le gouverneur général Cayla, muté à Madagascar, et le commandant de la Marine à Dakar.

Début septembre, le gouvernement de Vichy, avec l'accord de la Commission franco-allemande d'armistice, a envoyé depuis Toulon une escadre de trois croiseurs et trois grands contre-torpilleurs (la Force Y) pour s'opposer aux menées britanniques et gaullistes au Gabon. Or la Royal Navy a contraint cette escadre à rebrousser chemin, en interceptant dans le golfe de Guinée, le pétrolier qui devait la ravitailler à Libreville. Mais elle n'est pas parvenue à contraindre deux des trois croiseurs à gagner Casablanca, alors que l'escadre destinée à intervenir à Dakar est à la mer. L'avant-veille du déclenchement de l'opération Menace, le commandant de l'escadre, dont l'amiral Darlan considère qu'il n'a pas réussi dans sa mission, est remplacé par l'amiral Lacroix, dont le navire amiral a été très gravement endommagé à Mers el-Kébir.

Forces en présenceModifier

De Gaulle et la Marine royale britanniqueModifier

Marine britannique
Marine gaulliste
  • Navires marchands : 4 navires français libres.

Marine nationale françaiseModifier

DéroulementModifier

Le à l'aube, trois navires marchands des Forces Françaises Libres, accompagnés par deux cuirassés britanniques anciens non modernisés, le porte-avions HMS Ark Royal, plusieurs croiseurs et destroyers constituant la Force M, commandée par l'Amiral John Cunningham[5], se présentent devant Dakar, la capitale de l'Afrique-Occidentale française, pour leur proposer de les libérer et exiger leur reddition. La visibilité de l'armada alliée est gênée par le brouillard. Pierre Boisson, gouverneur général de l'A.O.F., envoyé de Brazzaville à Dakar en juillet, après l'attaque britannique du , refuse catégoriquement de se rallier, affirmant sa volonté de défendre Dakar « jusqu'au bout »[6].

Du au , au large du Sénégal, pour la première fois de la guerre, des Français se battent contre des Français. La présence du général De Gaulle, en mer, ne provoque pas les ralliements escomptés et aucune des trois opérations simultanées ne réussit. L'Attaque de Mers el-Kébir tuant 3 000 marins français vient d'avoir lieu. Un commando débarqué par deux Caudron Luciole est arrêté[7], une tentative de persuasion politique échoue et Georges Thierry d'Argenlieu, arrivé par mer pour parlementer avec un drapeau blanc, est accueilli par un tir de mitrailleuse : lui-même est sérieusement blessé, mais son embarcation parvient à s'échapper.

Le 23 septembre vers 11h, le sous-marin Persée envoie une torpille vers des navires britanniques qui est repéré coulé.

Dans la nuit du 23 au , un ultimatum britannique est adressé aux autorités françaises de Dakar, leur enjoignant de livrer la place au général De Gaulle. Le texte accuse les forces de Dakar de vouloir livrer leurs moyens aux Allemands. Il provoque l'indignation des défenseurs. Le gouverneur général Boisson, Haut-Commissaire à Dakar, répond : « La France m'a confié Dakar. Je défendrai Dakar jusqu'au bout ! ». Les Britanniques entament alors une opération militaire, mais cette fois, celle-ci échoue du fait de l'aviation française, basée sur le terrain d'aviation de Ouakam, et aussi de celle inopinée, des deux croiseurs et trois contre-torpilleurs de la Force Y[8],[9].

ConséquencesModifier

L'opération a constitué un tournant idéologique pour les gouvernements, bien plus qu'un affrontement important du point de vue des forces en présence, du nombre des victimes ou des unités militaires détruites ou endommagées.

De cette action, De Gaulle sort un temps personnellement ébranlé (il aurait envisagé un suicide) et isolé. Il est d'ailleurs politiquement menacé par l'amiral Muselier, accusé à tort d'être à l'origine des fuites qui ont empêché la réussite du débarquement. Le jugement de Roosevelt en est durablement affecté[10]. Mais pour Churchill, « l'affaire de Dakar » pose De Gaulle comme alternative crédible à la France de Vichy dans les colonies, après la réussite de l'opération de Leclerc sur l'AEF en , et à la veille de l'affirmation des Forces françaises libres lors des événements du Liban et de la Syrie face aux Vichystes.

Un mois après le débarquement anglo-américain en Afrique du Nord du , les autorités vichystes d'Afrique-Occidentale française, sous l'impulsion (plus ou moins de circonstance) de l'amiral Darlan, finissent par signer, le , un accord avec les Alliés, qui remet ce territoire dans la guerre. Après l'assassinat de Darlan, lors de la constitution du CFLN, Boisson démissionne ; il est remplacé le par le gaulliste Pierre Cournarie. Les haut-fonctionnaires vichystes sont progressivement écartés[11].

Notes et référencesModifier

  1. [1]
  2. à ne pas confondre avec la frégate américaine USS Tacoma
  3. (da) Jørgen Marcussen, « Handels- og Søfartsmuseets Årbogsindeks », Maritim og historisk information, (consulté le 20 janvier 2011)
  4. (en) Lise Lindba︠e︡k, Norway's new saga of the sea : the story of her merchant marine in World War II, Exposition Press,‎ , p. 204
  5. Max Gallo, Une histoire de la seconde guerre mondiale, Pocket, , p. 357
  6. Pierre Montagnon, La France coloniale, t. 2 : Retour à l'Hexagone, Paris, Pygmalion, , 498 p. (ISBN 978-2-857-04319-5), p. 28, 29
  7. selon les auteurs J.A. Watson (op. cit. 1968, p. 61) et De Geoffre (op. cit. p. 36-37), deux avions légers Caudron Luciole ont décollé du porte-avions Ark Royal et atterri à Ouakam. Les pilotes et les passagers furent arrêtés. Un des pilotes était l'adjudant Joire qui s'illustrera plus tard dans Normandie-Nièmen.
  8. Étienne Schlumberger, L'Honneur et les rebelles de la marine française
  9. Pierre Montagnon, La France coloniale, t. 2, Pygmalion-Gérard Watelet, , p. 29
  10. « De Gaulle et Roosevelt »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  11. Christian Roche, Le Sénégal à la conquête de son indépendance : 1939-1960 : Chronique de la vie politique et syndicale, de l'Empire français à l'indépendance, Paris, Karthala Éditions, coll. « Hommes et sociétés », , 286 p. (ISBN 978-2-845-86113-8, présentation en ligne), p. 44

BibliographieModifier

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Personnalités associées à l'événementModifier

Liens externesModifier