Anne Hébert

auteure et poète canadienne

Anne Hébert, née le à Sainte-Catherine de-la-Jacques-Cartier et morte le à Montréal, est une écrivaine, poétesse, dramaturge et scénariste québécoise[1].

BiographieModifier

Fille de l'écrivain Maurice Hébert et de Marguerite-Marie Taché, elle naît dans le village de Sainte-Catherine-de-la-Jacques-Cartier (alors appelé Sainte-Catherine-de-Fossambault) le [2],[3]. Sa famille compte plusieurs écrivains, dont son cousin le poète Saint-Denys Garneau, dont l'œuvre, et la mort, auront une profonde influence sur elle[1]. C'est à travers lui qu'elle découvre les paysages de Saint-Catherine-de-Fossambault: « qu'elle appelait sa "terre originelle". Ce paysage a laissé une impression profonde chez elle et a nourri abondamment son imaginaire poétique et romanesque »[3]. Elle est également influencée par Charles Baudelaire et Arthur Rimbaud[3]. Enfant, elle étudie chez les Sœurs du Bon-Pasteur et fait ses études secondaires au collège Notre-Dame-de-Bellevue et au collège Mérici à Québec[4]. Elle vit à Québec, chez ses parents, jusqu'à l'âge de trente-cinq ans, puis part s'établir à Paris pour près de quarante ans, ce qui lui fut reproché par certains comme une forme de distanciation face à la politique québécoise[1],[5]. Hébert ne prit jamais la nationalité française[5].

Elle publie en 1942 un premier recueil de poèmes, Les Songes en équilibre aux Éditions de l'Arbre. Il faudra attendre quarante ans pour une réédition: « Les poèmes inspirés par le catholicisme ambiant ont été jugés trop naïfs par l'auteure elle-même, qui a refusé qu'on réédite le recueil »[3]. Malgré les critiques de l'auteure, son recueil lui vaut le Prix David[6]. Sa deuxième œuvre, publiée en 1950, est le recueil de nouvelles Le Torrent, qu'elle publie d'abord par-elle par que jugé trop violent par les éditeurs[7]. Ce récit donne le ton de ses œuvres romanesques à venir, et provoque une onde de choque chez son lectorat[1]. À ce moment de sa carrière littéraire, Anne Hébert demeure toutefois attachée à la poésie. Un nouveau recueil de poèmes sur lequel elle a travaillé pendant dix ans, Le Tombeau des rois paraît en 1953, également à compte d'auteure, grâce à l'aide de l'écrivain Roger Hamelin comme tous les éditeurs ont refusé de le publier[3]. La même année, elle est embauchée comme scriptrice par l'Office national du film et y travaille en 1953 et 1954[8]. Son premier roman, Les Chambres de bois, reçoit le Prix France-Canada 1957 pour son manuscrit non publié, il est publié aux Éditions du Seuil en 1958[9]. La même année, elle reçoit Prix Ludger-Duvernay pour son œuvre poétique[10]. En 1960, elle publie Poèmes aux Éditions du Seuil, qui lui vaudra le Prix du Gouverneur Général[11]. La même année, elle est élue membre de la Société royale du Canada[4]. Ces grandes joies sont assombries par le décès de son père, l'écrivain Maurice Hébert. À partir de ce moment, elle commence à séjourner à Paris[9]. En 1963, après un refus de ses éditeurs, sa pièce de théâtre Le temps sauvage parait dans les Écrits du Canada français[9]. Après décès de sa mère en 1965, elle s'installe alors définitivement à Paris. Elle reçoit en 1968 le prix Desbordes-Valmore décerné par la Société des poètes français[12].

En 1970, Hébert connait un succès retentissant avec la publication du roman Kamouraska, pour lequel elle reçoit le Prix des Libraires de France[13]. Le livre est adapté au grand écran par Claude Jutra l'année suivante et sort dans les salles en 1972[9]. Dans les années suivantes, elle fait des recherches pour l'écriture de son troisième roman, Les Enfants du sabbat, qui parait en 1975[9]. Les honneurs pleuvent: ainsi, elle reçoit le prix Roland de Jouvenel de l’Académie française et le prix du Gouverneur Général pour Les Enfants du sabbat[14],[7]. Elle reçoit également le prix Athanase-David et le prix Prince-Pierre-de-Monaco pour l'ensemble de son œuvre[7]. En 1978, le premier ministre René Lévesque l’invite à occuper le poste de lieutenant-gouverneur du Québec, mais elle décline cette offre[15]. En 1980, elle publie un court roman, Héloïse donc l'action se situe à Paris : « récit elliptique sur le fantastique des coins de rues. Il diffère à première vue de ses autres œuvres en prose (...) dont l'action se passe au Québec.»[16] Hébert était d'ailleurs inquiète de la réaction du public québécois face à ce changement de territoire[16]. Avec le roman suivant, Les Fous de Bassan, en 1982, elle devient la quatrième Canadienne-française et la deuxième Québécoise à obtenir un grand prix littéraire français. En effet, elle décroche pour ce cinquième roman le prix Femina: seules Gabrielle Roy, elle aussi avec le Femina ; Marie-Claire Blais, avec le Médicis et Antonine Maillet avec le Goncourt l'ont précédée comme lauréates d'un des grands prix littéraires français[15]. Elle fait partie des invités de Bernard Pivot lors de son émission télévisée Apostrophes le 3 septembre 1982[17]. En 1983, un doctorat honoris causa lui est remis par l'Université Laval. Il s'ajoute aux précédents : Université de Toronto en 1969, Université de Guelph en 1970, UQAM en 1979 et McGill en 1980[9].

En 1988, son sixième roman, Le Premier Jardin, rend hommage à ses ancêtres Louis Hébert et Marie Rollet, ainsi qu'aux femmes qui ont fondé la Nouvelle-France : « Dans le roman d'Anne Hébert, les noms égrnés des Filles du Roy appelées en renfort pour peupler la colonie font entendre une cantilène émue aux accents féministes.»[15] Un septième roman, L’Enfant chargé de songes, paraît en 1992, ainsi que la pièce de théâtre Le Temps sauvage, suivi de La Mercière assassinée et Les Invités au procès en format de poche dans Bibliothèque québécoise[9]. En 1995, âgée de 79 ans, elle publie Aurélien, Clara, Mademoiselle et le Lieutenant anglais, une histoire à mi-chemin entre la poésie et la prose. Son cinquième et dernier recueil Poèmes pour la main gauche est publié deux ans plus tard. Au début de 1998, elle revient vivre à Montréal après avoir passé plus de trente ans à Paris. L'année suivante, paraît son dernier roman, Un habit de lumière, qui lui vaut le prix littéraire France-Québec/Jean Hamelin[18].

Elle décède le à l'Hôpital Notre-Dame de Montréal, à l'âge de 83 ans[1],[15].

ŒuvresModifier

Éditions de l'œuvreModifier

RomansModifier

PoésieModifier

  • Les Songes en équilibre, Montréal, Éditions Hurtubise, 2010 (ISBN 9782896473151)
  • Le Tombeau des rois, Québec, Ateliers du soleil, 1953, 76 p.
  • Poèmes, Paris, Éditions du Seuil, 1960, 109 p. (ISBN 2020016664)
  • « Mystère de la parole » dans Poèmes, Paris, Éditions du Seuil 1960, 109 p. (ISBN 2020016664)
  • Le jour n'a d'égal que la nuit, Montréal, Édition Boréal, 1992, 109 p. (ISBN 9782890525191)
  • Poèmes pour la main gauche, Montréal, Édition Boréal, 1997, 62 p. (ISBN 9782890528239)

NouvellesModifier

ThéâtreModifier

  • Le temps sauvage - suivi de La mercière assassinée et Les invités au procès, Montréal, Bibliothèque québécoise, 1992, 360 p. (ISBN 2894060750)
  • La Cage - suivi de, L'Île de la Demoiselle, Montréal, Éditions Boréal; Paris, Éditions du Seuil, 1990, 246 p. (ISBN 2890523209)

BibliographieModifier

  • Nathalie Watteyne (édition critique établie par), Œuvres complètes d'Anne Hébert, v.1 : Poésie, suivi de Dialogue sur la traduction à propos du Tombeau des rois, collection "Bibliothèque du Nouveau Monde", Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2013, 734 pages (ISBN 978-2-7606-2183-1) voir en ligne
  • Luc Bonenfant, Anne Ancrenat et Daniel Marcheix (édition établie par), Œuvres complètes d'Anne Hébert, v. 2 : Romans, Les Chambres de bois suivi de Kamouraska, collection "Bibliothèque du Nouveau Monde", Presses de l'Université de Montréal, 2013, 490 pages (ISBN 978-2-7606-2184-8) voir en ligne
  • Mélanie Beauchemin, Lori Saint-Martin, Lucie Guillemette, avec la collaboration de Myriam Bacon (éditions établies par), Œuvres complètes d'Anne Hébert, v. 3 : Romans, t. 02, Romans (1975-1982), collection "Bibliothèque du Nouveau Monde", Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 592 pages (ISBN 978-2-7606-2185-5) voir en ligne.
  • Anne Ancrenat, Luc Bonenfant, Ariane Gibeau, Lucie Guillemette, Daniel Marcheix et Lori Saint-Martin, avec la participation de Mélanie Leclerc et Janet M. Paterson (éditions établies par), Œuvres complètes d'Anne Hébert, v. 4 : Romans, t. 03, Romans (1988-1999), collection "Bibliothèque du Nouveau Monde", Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2014, 626 pages (ISBN 978-2-7606-2186-2) voir en ligne.
  • Patricia Godbout, Annie Tanguay et Nathalie Watteyne (éditions établies par), Œuvres complètes d'Anne Hébert, v.5 : Théâtre, nouvelles et proses diverses, collection "Bibliothèque du Nouveau Monde", Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2015, 1036 pages (ISBN 978-2-7606-2187-9)
  • Mélanie Beauchemin, Le désir monstrueux. Transgressions et métamorphoses dans les récits d'Anne Hébert, Montréal, Éditions Nota bene, 2016, 195 p. (ISBN 978-2-89741-026-1)
  • Nathalie Watteyne (dir, Le centenaire d'Anne Hébert : approches critiques, Montréal, Presses de l'Université de Montréal, 2018, 232 p. (ISBN 9782760639423)
  • Marie-Andrée Lamontagne, Anne Hébert, vivre pour écrire, Montréal, Éditions Boréal, 2019, 504 p (ISBN 9782764621424)
  • Mélanie Beauchemin, L'envers du monde: Anne Hébert, Georges Bataille, Montréal, Éditions Nota bene, 2021, 282 p. (ISBN 978-2-89518-740-0)
  • Denis Bouchard, « Anne Hébert et la ‘‘solitude rompue’’ : tentative de démythification d’un des lieux communs de notre littérature », Études françaises, vol. 13, n° 1-2, avril 1977, p. 163-179 (lire en ligne).
  • Albert Le Grand, « Anne Hébert : de l'exil au royaume », Études françaises, vol. 4, n° 1, février 1968, p. 3-29 (lire en ligne).

FilmographieModifier

En tant que scénaristeModifier

AdaptationModifier

PostéritéModifier

La plus importante masse documentaire sur l'écrivaine est conservée au Centre Anne-Hébert de l'Université de Sherbrooke, où se trouvent près de 6000 documents relatifs à Anne Hébert, dont l'intégralité des œuvres hébertiennes. De plus, le fonds d'archives d'Anne Hébert est conservé au centre d'archives de Montréal de Bibliothèque et Archives nationales du Québec[19].

En 1995 et en 2006, un parc-école une avenue ont été nommée en son nom dans la ville de Québec.

Des rues ont été baptisés en son honneur dans les municipalités de:

Prix et honneursModifier

HommagesModifier

Doctorats honorifiquesModifier

DécorationsModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d e f g h i et j « Anne Hébert | l'Encyclopédie Canadienne », sur www.thecanadianencyclopedia.ca (consulté le )
  2. Brochu, André, Anne Hébert : le secret de vie et de mort, Ottawa, Presses de l'Université d'Ottawa, , 284 p. (ISBN 978-2-7603-0512-0, 9782760305120 et 9782760315365, OCLC 144082602, BNF 37211143, lire en ligne), p. 20
  3. a b c d et e Jacques Paquin, « Anne Hébert », Lettres québécoises, no 151,‎ , p. 46 (lire en ligne)
  4. a et b « P25-Anne Hébert - Service des bibliothèques et archives - Université de Sherbrooke », sur www.usherbrooke.ca (consulté le )
  5. a et b « Enfin une biographie d'Anne Hébert! », sur nouvelles.umontreal.ca, (consulté le )
  6. a b c et d « Oeuvres d'Anne Hébert », sur www.fondation-nelligan.org (consulté le )
  7. a b et c « Anne Hébert (1916-2000): pour toujours Anne Hébert », sur La Presse, (consulté le )
  8. a et b « Anne Hébert – Ordre national du Québec », sur www.ordre-national.gouv.qc.ca (consulté le )
  9. a b c d e f g h i et j « Chronologie - Centre Anne-Hébert - Université de Sherbrooke », sur www.usherbrooke.ca (consulté le )
  10. a et b « Le prix Ludger-Duvernay (littérature) », sur Société Saint-Jean-Baptiste, (consulté le )
  11. a b c d e et f « Gagnants et finalistes précédents des LivresGG », sur Prix littéraires du Gouverneur général (consulté le )
  12. Sophie Morel et Julie Fecteau, « Répertoire Fonds Anne Hébert (P25) », sur Université de Sherbrooke, (consulté le )
  13. Watteyne, Nathalie, Le centenaire d'Anne Hébert : approches critiques, Montréal, Les Presses de l'Université de Montréal, (ISBN 978-2-7606-3942-3 et 2760639428, OCLC 1061149950, BNF 45603827, lire en ligne)
  14. « Prix Roland de Jouvenel | Académie française », sur www.academie-francaise.fr (consulté le )
  15. a b c et d Marie-Andrée Lamontagne, Anne Hébert, vivre pour écrire., Montréal, Éditions Boréal, , 504 p. (ISBN 9782764621424), p. 31; 450
  16. a et b Lilian Pestre de Almeida, « Héloïse : la mort dans cette chambre », Voix et images, vol. 7, no 3,‎ , p. 471 (lire en ligne)
  17. « Seront ils couronnés en novembre », sur madelen.ina.fr (consulté le )
  18. « Anne Hébert », sur litterature.org (consulté le )
  19. Fonds Anne Hébert (MSS73) - Bibliothèque et Archives nationales du Québec (BAnQ)
  20. « "Kamouraska" d’Anne Hébert, où la réalité rivalise avec la fiction », sur Instantanés, (consulté le )
  21. Elisabeth Arseneau, « Merveilleuse étrangeté - L’essor du réalisme magique au Québec », sur Revue Les libraires, (consulté le )
  22. « Fondation Prince Pierre de Monaco », sur www.fondationprincepierre.mc (consulté le )
  23. « Anne Hébert », sur Prix du Québec, (consulté le )
  24. René Dionne, « Anne Hébert, Prix Fémina 1982 », Lettres québécoises, no 29,‎ (lire en ligne)
  25. a et b « Anne Hébert », sur Le Printemps des Poètes (consulté le )
  26. [https://www.fondation-nelligan.org/prixCorbeilLaureats.html « Les laur�ats du prix Gilles-Corbeil »], sur www.fondation-nelligan.org (consulté le )
  27. « L'écrivaine Anne Hébert n'est plus », sur www.usherbrooke.ca (consulté le )
  28. Liste complète des récipiendaires de 1864 à aujourd'hui sur ulaval.ca
  29. © 2010-Conseil supérieur de la langue française, « L'Ordre des francophones d'Amérique 1993 compte neuf nouveaux membres et le Prix du 3-Juillet-1608 a un nouveau récipiendaire », sur Conseil supérieur de la langue française (consulté le )

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Articles connexesModifier

Liens externesModifier