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Acre (Israël)

ville israélienne, anciennement palestinienne et mamelouk
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Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Acre, Akko et Akka.

Acre
(he) עַכּוֹ – (ar) عكّا
Blason de Acre
Héraldique
Acre (Israël)
Administration
Pays Drapeau d’Israël Israël
District District nord
Région historique Galilée
Maire Shimon Lankri (en) (1998– )
Démographie
Population 47 500 hab. (2014)
Densité 3 510 hab./km2
Géographie
Coordonnées 32° 55′ 16″ nord, 35° 04′ 08″ est
Superficie 1 353,3 ha = 13,533 km2
Localisation

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Acre

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Acre
Liens
Site web http://www.akko.org.il/
Réfectoire monumental de la forteresse des Hospitaliers
Le tunnel des Templiers.
Un canon à l'entrée de la vieille ville.

Acre (en hébreu עַכּו Akko ; en arabe عكّا ʿAkkā ; aussi connue sous le nom de Saint-Jean-d’Acre, et Ptolémaïs dans l'Antiquité) est une ville d’Israël, située au nord de la baie de Haïfa, sur un promontoire et dotée d'un port en eaux profondes.

Acre est située à 152 km de Jérusalem et dépend administrativement du district nord. Cette ville côtière donne son nom à la plaine d'Acre qui comporte plusieurs villages. Son ancien port de commerce florissant dans l'Antiquité, est devenu une zone de pêche et de plaisance de moindre importance.

Lieux remarquablesModifier

En raison notamment du prestige de l'héritage historique légué par les différentes civilisations qui se succédèrent dans cette cité, Acre est membre de l'Organisation des villes du patrimoine mondial (UNESCO).

Il est notamment possible d'observer :

  • les restes de la forteresse des Hospitaliers datant de l'époque des Croisés (XIIIe siècle), dont un réfectoire monumental et un tunnel conduisant de la forteresse au port ;
  • les fortifications successives de la ville ;
  • la mosquée Al Jezzar ;
  • la citadelle, face au large, a été ravagée en 1291 et les Ottomans ont achevé de la démanteler au XVIIIe siècle, réemployant toutes les pierres pour construire la muraille maritime ;
  • plusieurs lieux saints du bahaïsme, dont la Villa de Bahjí où est enterré Bahá’u’lláh, le fondateur de la religion bahaïe ;
  • la synagogue tunisienne Or Torah.

Histoire d'AcreModifier

AntiquitéModifier

Cette ville de Galilée connaît une présence humaine continue depuis Sur le plan historique, elle fut mentionnée pour la première fois sous le règne du pharaon Thoutmosis III (/) et son nom apparaît également plus tard dans la Bible hébraïque sous le nom de Akko (Juges 1, 31) puis sous le nom de Ptolémaïs dans le premier livre des Maccabées (I Macc 5,15), ainsi que dans le Nouveau Testament dans les Actes des Apôtres (21, 7a – Voyage de saint Paul vers Jérusalem).

En l’an 700 avant l’ère chrétienne, elle est dominée par les Assyriens avant d'être intégrée, trois siècles plus tard, aux territoires conquis par Alexandre le Grand, puis au IIIe siècle av. J.-C. par Ptolémée II, souverain d’Égypte qui débaptisa son nom en Ptolémaïs. Ce nom sera conservé jusqu’au Moyen Âge.

Vers 52-54 sous le règne de l'empereur Claude, elle devient colonie romaine sous le nom de Colonia Claudii Caesaris[1].

Conquêtes arabes et croisadesModifier

Dans la continuité de l'Empire romain, la ville d'Acre fait partie de l'Empire byzantin avant d'être conquise en 638 par les Arabes, qui la rattache successivement aux califats omeyyades, abbassides puis fatimides.

CroisadesModifier

Au début des Croisades, la ville est prise le par Baudouin Ier, roi de Jérusalem. Reprise par Saladin le , elle est reconquise en 1191, lors de la troisième croisade, par les rois Philippe-Auguste et Richard Cœur de Lion.

Au XIIIe siècle, après la prise de la ville sainte par Saladin, Acre devient la capitale de tous les établissements chrétiens au Proche-Orient. La ville est alors le principal port de Terre sainte, divisé en quartiers contrôlés par des marchands venus de tout le pourtour méditerranéen : vénitiens, pisans, génois, français et germaniques.

Jusqu'à sa prise par les Mamelouks d'Egypte en 1291, la ville est un centre politique et commercial très actif, et intellectuel comme en témoigne la riche production de manuscrits enluminés du scriptorium d'Acre, dont l'activité se développe à partir du séjour du roi de France Louis IX en 1251-1254[2],[3].

Carmes, Hospitaliers et yeshivahModifier

La vie religieuse est aussi intense. Dès le XIIe siècle, des hommes s'inspirant du prophète Élie vivent en ermites dans les grottes du mont Carmel. Albert Avogadro, patriarche latin de Jérusalem, leur donne vers 1209 une règle de vie centrée sur la prière ; c'est l'Ordre du Carmel de Notre-Dame du Mont-Carmel, qu'on appelle les Grands Carmes.

Avec l'installation des Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, la ville devient connue sous le nom de Saint-Jean-d'Acre.

Outre des chrétiens, des juifs d'Europe y viennent, dont le rabbin Yehiel de Paris qui, fuyant Paris après le Brûlement du Talmud, y fonde une yechiva ; elle sera après lui animée par Nahmanide, le kabbaliste d'Espagne, et connaîtra un grand renom.

MamelouksModifier

En 1291, la ville est prise par les mamelouks. Cette date marque la fin du royaume latin de Jérusalem et de la présence occidentale en Terre sainte. C'est une des causes du projet Rex Bellator.

Dans l'Empire ottomanModifier

 
Jardin de la mosquée ottomane.

Annexée par l'Empire ottoman en 1516 avec le reste de la Syrie, Acre est rattachée à la province de Sidon. De 1740 à 1775, elle est le centre d'une principauté semi-indépendante fondée par le cheikh bédouin Dahir al-Umar ; mais celui-ci est vaincu et tué par les Ottomans en 1775. Acre, fortifiée par Dahir al-Umar, remplace Sidon comme capitale de l'eyalet, rôle qu'elle conserve jusqu'en 1841.

Pendant la période ottomane, de nombreux ordres religieux s'installent à l'intérieur de la ville qui est un des points de passage du pèlerinage en Terre sainte, notamment les ordres mendiants, franciscains et dominicains. La ville compte un grand nombre d'églises, celles-ci pouvant être paroissiales ou bien au service d'un ordre particulier.

NapoléonModifier

 
Portrait de Napoleon à l'Auditorium d'Acco

La ville redevient un point stratégique lorsque, le , le général Napoléon Bonaparte, à la tête de l'armée française d'Égypte, commence le siège de Saint-Jean-d'Acre, point d'arrêt de l'expédition de Syrie. Du côté des assiégés, la garnison ottomane est commandée par Djezzar Pacha ("le Boucher"), oonseillée par Phélippeaux, officier d'artillerie émigré, ancien condisciple de Napoléon à l'École royale militaire de Paris, et reçoit le soutien d'une flotte britannique commandée par l'amiral William Sidney Smith. Les Français sont mal pourvus en artillerie (l'artillerie de siège, acheminée par mer, est bloquée par la présence navale anglaise) et provisions ; ils trouvent peu de soutien dans la population locale hormis les Zaydani (en) (la tribu de Dahir al-Umar) et une partie des chiites. Après huit assauts, ils doivent renoncer[4].

Reprise musulmaneModifier

Le , pendant la Première Guerre égypto-ottomane, le général égyptien Ibrahim (fils de Méhémet-Ali Pacha) donne le premier assaut sur la ville défendue par le gouverneur ottoman Abdullah Pacha (en). Dix jours durant, assauts et bombardements se succèdent sans résultat. Le , nuit de Baïram, Ibrahim ordonne le déclenchement d'un bombardement général de la ville. Conduit avec plus de maîtrise, celui-ci se poursuit sans interruption six jours et six nuits. Finalement, le , Ibrahim lance une attaque simultanée sur les trois points les plus vulnérables de la ville. La population rend les armes et envoie une députation à Ibrahim pour réclamer merci[5].

C'est dans cette ville que fut exilé et mourut Mirza Husayn Ali Nuri (1817-1892), surnommé Bahá'u'lláh et fondateur du bahaïsme, dont Acre abrite plusieurs lieux saints aux côtés de Haïfa.

Au XXe siècleModifier

 
Vladimir Jabotinsky dans la prison d'Acre.

En 1918, après la Première Guerre mondiale et dans le contexte du démembrement de l'Empire ottoman, cette ville passe au sein du mandat britannique en Palestine.

Acre sert de base à l'armée britannique pendant la campagne de Syrie. L’armistice de Saint-Jean-d’Acre est conclu dans cette ville à la fin de la Seconde Guerre mondiale : il met fin (après de violents combats) à l’autorité du régime de Vichy sur la Syrie mandataire.

Sa citadelle est connue en Israël et à l'étranger pour avoir été un centre de détention britannique avant la création de l'État hébreu. Parmi ses plus célèbres prisonniers figurent Vladimir Jabotinsky, le père de la droite politique israélienne, ainsi que Yitzhak Shamir, et Shlomo Ben-Yosef (en), un membre de l'Irgoun, qui y fut exécuté.

 
Monument commémorant l'assaut de la prison d'Acre.

En 1948, la ville compte 12 000 habitants. Le plan de partage de la Palestine a prévu son incorporation à l'État palestinien. Le , la Haganah lance l’opération Ben-Ami dans l’ouest de la Galilée visant à la conquête d'Acre et de toute la plaine côtière jusqu'à la frontière libanaise. La brigade Carmeli prend la ville le . À leur entrée les 5 000 habitants restants sont pour la plupart des réfugiés venant de Haïfa. Les mois qui suivirent, les autorités israéliennes débattirent de l’option du transfert de ces gens vers Jaffa mais rejetèrent cette option[6].

ReligionModifier

 
Synagogue tunisienne Or Torah

La ville contient de nombreux lieux de culte des différentes religions.

La spectaculaire synagogue tunisienne Or Torah entièrement tapissée de mosaïques se trouve près du port ; la mosquée el Jezzar possède des jardins de promenade. La ville est le siège de l'archiéparchie de Saint-Jean-d'Acre de l'Église grecque-catholique melkite, tenu depuis 2014 par Mgr Georges Bacouni.

 
Le port de Saint-Jean-d’Acre.

Art et cultureModifier

La ville est une cité côtière entourée de vieux remparts en pierres qui abrite de nombreux trésors patrimoniaux, historiques et religieux.

On y trouve un site souterrain connu sous le nom de tunnel des Templiers : dans le passé, ce passage en pierres aboutissait à une forteresse stratégique défendant le port d'Acre pour permettre aux pèlerins d'accomplir leur voyage en terre sainte. Il reste aujourd'hui un symbole de coopération et de persévérance. Plus loin, la Forteresse des Hospitaliers (salle des chevaliers) a été bâtie par le roi Richard Cœur de Lion durant la troisième croisade.

Le marché d'Acre illustre bien le réseau de cultures orientales et occidentales sur lequel la ville portuaire a été fondée et continue de prospérer. On y propose différentes nourritures locales : pâtisseries orientales, épices préparées sur place, produits frais, poisson encore vivant...

Vers le sud du marché, se trouve la synagogue Ramchal et la maison de l'artiste Chaim Parchi, deux lieux qui complètent ce pôle culturel.

 
Terrasse à l'ombre

MuséeModifier

Dans la forteresse bâtie au XVIIIe siècle par le pacha ottoman Ahmed el-Jazzar, où durant la Seconde Guerre mondiale, les Britanniques emprisonnèrent les résistants nationalistes et les soldats juifs de la Haganah, l'ancienne prison centrale de Palestine est aujourd'hui devenu un musée à la mémoire de ces détenus, dont certains furent exécutés.

Bien culturelModifier

La vieille ville est classée « Site antique » aux termes des dispositions de la loi de 1978 relative aux antiquités par l'UNESCO[7].

Le lieu est géré conjointement par la municipalité d'Acre, l'entreprise publique Old Acre Development Company, une administration publique et l'Administration israélienne des antiquités qui conseille tout aménagement en consultant la population locale, afin d'adapter des aménagements modernes et de garder la ville vivante[7].

Personnalités nées à Saint-Jean-d'AcreModifier

JumelagesModifier

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Moshe Sharon, Near and Middle East, BRILL, (ISBN 9789004108332, présentation en ligne)
  2. Émilie Maraszak, Entre Orient et Occident, les manuscrits enluminés de Terre sainte, Mélanges de l'École française de Rome, 126-2, 2014, §5-6.
  3. Cockshaw Pierre, Jaroslav Folda (:en:Jaroslav Folda|en), Crusader Art in the Holy Land, Scriptorium, tome 33, n° 2, 1979, p. 269.
  4. Henry Laurens (dir.), L'expédition d'Égypte, 1798-1801, Armand Colin, 1989, p. 189-198.
  5. Gilbert Sinoué, Le dernier pharaon ; Mehemet Ali, Éditions J'ai Lu, Paris, 1997
  6. Benny Morris, The Birth of the Palestinian Refugee Problem Revisited, Oxford University Press, 2003, pp.229-232.
  7. a et b UNESCO Centre du patrimoine mondial, « Vieille ville d’Acre », sur whc.unesco.org (consulté le 23 novembre 2018)
  8. a b c d e f et g (he) « ערים תאומות », Acre (consulté le 18 mai 2019)
  9. « Online Directory: Florida, USA » (consulté le 18 mai 2019)
  10. « Israël - Akko »
  11. « http://jafi.fr/2011/jumelage-saint-mande-acco/ »
  12. « http://www.trakai.lt/index.php?813797980 »

Liens externesModifier

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