Yitzhak Shamir

politicien israélien

Yitzhak Shamir
יצחק שמיר
Illustration.
Yitzhak Shamir en 1980.
Fonctions
Premier ministre d'Israël

(11 mois et 3 jours)
Président Chaim Herzog
Prédécesseur Menahem Begin
Successeur Shimon Peres

(5 ans, 8 mois et 23 jours)
Président Chaim Herzog
Prédécesseur Shimon Peres
Successeur Yitzhak Rabin
Biographie
Nom de naissance Icchak Jeziernicky
Date de naissance
Lieu de naissance Roujany, Pologne (aujourd'hui en Biélorussie)
Date de décès (à 96 ans)
Lieu de décès Herzliya (Israël)
Nationalité Israélienne
Parti politique Likoud
Conjoint Sarah Levy (1944–2011)
Religion Judaïsme

Signature de Yitzhak Shamirיצחק שמיר

Yitzhak Shamir
Premiers ministres d'Israël

Yitzhak Shamir (en hébreu : יצחק שמיר), né Icchak Jaziernicki le à Roujany en Biélorussie (devenue Różana, dans la Pologne de l'entre-deux-guerres) et mort le à Herzliya, est un homme d'État israélien.

Député à partir de 1973, il est élu président de la Knesset après les élections législatives de 1977, qui marquent l’arrivée de la droite au pouvoir pour la première fois dans l’histoire d’Israël.

Il est ministre des Affaires étrangères de 1980 à 1986 et Premier ministre de 1983 à 1984 puis de 1986 à 1992.

Membre du Likoud, il est un fervent défenseur du Grand Israël et s’oppose à toutes concessions à l'égard des Palestiniens.

BiographieModifier

Engagement au sein de l'Irgoun puis du LehiModifier

Yitzhak Shamir grandit à Roujany, avant d'étudier à Białystok et Varsovie où il est étudiant en droit. Marqué par de nombreux actes antisémites de l'immense partie de la population polonaise, il décide alors d'émigrer en Palestine mandataire en 1935. Son patronyme était alors Jaziernicki, mais il le changea plus tard en Shamir.

Il rejoint alors l'Irgun Zvai Leumi, une organisation armée sioniste de droite, qui commettra de nombreux attentats contre les civils arabes palestiniens entre 1936 et 1939, période de la grande révolte arabe en Palestine. Les attentats feront environ 250 morts parmi les Palestiniens d'origine arabe[1]. L'Irgun commet aussi parallèlement des actes contre les Britanniques comme des attaques de postes de police ou de casernes de l'armée ou des champs d'aviation de la R.A.F.

Lorsque l'Irgun se divise à la fin de l'année 1940, au sujet de la poursuite ou non de la lutte armée contre la puissance d'occupation, Yitzhak Shamir suit la faction la plus radicale, dirigée par Avraham Stern, plus tard surnommée groupe Stern, ou Lehi, faction qui souhaitait réorienter immédiatement la lutte armée contre les Britanniques, et ce à la suite de la publication par ceux-ci en 1939 d'un Livre blanc sur la Palestine qui indiquait « le gouvernement de Sa Majesté déclare aujourd’hui sans équivoque qu'il n'est nullement dans ses intentions de transformer la Palestine en un État juif[2] ». Au sein du groupe Stern, Yitzhak Shamir se fait appeler Michael, nom de guerre qu'il a choisi en hommage à l'Irlandais Michael Collins, chef historique de l'IRA en lutte contre les Anglais[3].

En 1941, Yitzhak Shamir est arrêté puis emprisonné par les autorités britanniques. Après la mort d'Avraham Stern, abattu par les Britanniques en février 1942, le Lehi cesse ses opérations. Yitzhak Shamir, détenu alors dans un camp de détention militaire en Palestine, s'enfuit de ce camp en et devient le chef du Lehi, qu'il réorganise.

Fin 1943, après l'évasion d'autres membres du Lehi, la direction de cette organisation est réorganisée et il devient l'un des trois membres du « Centre », la direction collective de l'organisation considérée comme étant la plus dangereuse pour les Britanniques : les deux autres membres dirigeants sont Nathan Yalin-Mor et Israël Eldad. Yitzhak Shamir est plus spécifiquement chargé des opérations armées.

L'organisation Lehi reprend ses attentats contre les Britanniques après le débarquement des Alliés en Normandie après juin 1944, en liaison avec l'Irgoun. Sous sa direction opérationnelle, le Lehi fut responsable de nombreuses actions, dont l'assassinat au Caire le 6 novembre 1944 du ministre d'État britannique pour le Moyen-Orient, Lord Moyne et l'assassinat le 17 septembre 1948 à Jérusalem du représentant spécial de l'Organisation des Nations unies pour le Moyen-Orient, le comte Folke Bernadotte et du colonel Sérot, chef des observateurs militaires de l'O.N.U. en Palestine.

Arrêté le par la police britannique, dans les rafles qui suivent l'attentat contre l'hôtel King David, commis le par l'Irgoun et qui firent 91 victimes, Yitzhak Shamir est condamné par un tribunal militaire britannique siégeant à Jérusalem, en septembre 1946 à être emprisonné à plusieurs années de prison et est ensuite expulsé de Palestine pour purger sa peine dans un camp géré par l'armée britannique en Érythrée. Mais il s'évade de nouveau en . Il gagne ensuite la Côte française des Afars et des Issas, soit la zone de Djibouti où il est retenu pendant trois mois, après avoir effectué lors de sa demande d'asile. À la fin de cette période, il est ensuite évacué vers la France par les autorités françaises, qui auraient alors dû le renvoyer en Palestine, en vertu des accords judiciaires conclus entre la France et la Grande-Bretagne. Sur le territoire français, il s'occupe d'activités de soutien et de logistique pour l'Irgoun, le Lehi n'ayant pas d'implantation réelle en France . De nombreuses années plus tard, dans un entretien avec un journaliste français, il déclare alors qu'il n'oubliera jamais le rôle de la France en sa faveur et envers le soutien apporté aux groupes divers représentant le sionisme.

Il ne reviendra en Israël qu'après la création de l'État juif en Palestine, en . D' à , le Lehi a donc fonctionné sans lui, mais il reprend à cette date son rôle de chef des opérations pour les dernières opérations du Stern (contre les villages arabes), qui se déroulent avant la création officielle de l'armée israélienne Tsahal le par le gouvernement provisoire israélien et l'intégration progressive des anciens membres des groupes armés de l'Irgoun et du Stern, ainsi que ceux de la Haganah et du Palmach, sur une période prévue de six mois, dans les nouvelles forces de défense d'Israël, devant également intégrer les services de renseignement des anciennes organisations clandestines sionistes. En , le groupe Stern se dissout sur l'ancien territoire de la Palestine britannique. Partisan du Grand Israël et opposant à toutes concessions au profit des Palestiniens, il devient en 1980 le chef de la diplomatie israélienne[4]. Mais il conserve une structure politique et également opérationnelle à Jérusalem. C'est un commando de « sternistes » déguisés en policiers militaires israéliens qui commet l'attentat le 17 septembre 1948 contre le médiateur des Nations unies, le comte Folke Bernadotte et le colonel de l'armée de l'air française Sérot, chef des observateurs de l' O.N.U., sur l'ordre du « centre », organe suprême du Lehi dont Yitzhak Shamir est l'un des 3 membres les plus importants, avec Nathan Yalin-Mor et Israël Eldad.

Carrière politiqueModifier

 
Yitzhak Shamir en 1977.

Yitzhak Shamir rejoint, de 1955 à 1965, les services secrets (Mossad), où il est surnommé le « Derviche »[5] puis entame une carrière politique : il est élu député pour la première fois à la Knesset en 1973 sur la liste du Likoud. Il est président de cette assemblée pendant environ trois ans (jusqu'en mars 1980) après les élections législatives de mai 1977 au moment où la droite israélienne menée par Ménahem Begin fait basculer dans l'opposition les travaillistes qui détenaient le pouvoir depuis les premières élections législatives en .

Malgré sa réputation de faucon du Likoud, Yitzhak Shamir dirige en novembre-décembre 1977 la délégation israélienne qui rencontre le président égyptien Anouar el-Sadate et les discussions de paix. il se signale alors par son abstention au cours du vote du Parlement entérinant les accords de Camp David qui conduiront à la signature du traité de paix israélo-égyptien en 1979[4].

En mars 1980, il est nommé ministre des Affaires étrangères. Partisan du Grand Israël, il s'oppose à toutes concessions au profit des Palestiniens[4].

En , alors qu'il occupe la fonction de ministre des Affaires étrangères, Israël envahit le Liban. Les troupes israéliennes vont jusqu'à assiéger Beyrouth et permettent à des milices chrétiennes extrémistes de perpétrer les 15 et 1982 le massacre de Sabra et Chatila contre les réfugiés palestiniens[6].

Il est à la fois ministre des affaires étrangères et Premier ministre, après octobre 1983, quand il succède à Menahem Begin mais son incapacité à maîtriser l'inflation aboutit, sous sa proposition, à la formation d'un gouvernement de coalition à la suite des élections de septembre 1984, dirigé par Shimon Peres, membre jusqu'alors de l'opposition. Shimon Peres fut Premier ministre jusqu'en septembre 1986, où Yitzhak Shamir lui succéda.

Afin de pouvoir reprendre le poste de Premier ministre, Yitzhak Shamir modéra son image de dur du parti. Réélus en 1988, Shamir et Peres formèrent une nouvelle coalition gouvernementale jusqu'en 1990, lorsque le Parti travailliste, dirigé par Shimon Peres, quitte le gouvernement, laissant Yitzhak Shamir gouverner seul avec une faible majorité.

En 1991, le gouvernement Shamir prit part aux négociations de Madrid et ordonna la même année l'opération d'émigration d'environ 20 000 juifs éthiopiens vers Israël, connue sous le nom de l'opération Salomon.

Durant la première Guerre du Golfe (1990-1991), les États-Unis déployèrent, avec l'accord du gouvernement Shamir, des batteries d'anti-missiles Patriot pour protéger Israël des missiles Scud dont l'Irak le menaçait. En contrepartie, le gouvernement Shamir ne réagit pas aux lancements des missiles Scud envoyés sur Israël.

Dernières annéesModifier

 
Yitzhak Shamir en 1988.

Yitzhak Shamir quitta la fonction de Premier ministre en juillet 1992, puis la direction du Likoud en mars 1993, non sans avoir critiqué la politique envers les Palestiniens de son successeur, Benyamin Netanyahou, qu'il juge trop modérée.

Il s’oppose aux accords d’Oslo en 1993[4].

Après avoir souffert depuis plusieurs années de la maladie d'Alzheimer, Yitzhak Shamir meurt le [7],[8]. Le président de la République française, François Hollande, déclare à son propos : « Chef du gouvernement, lors de la première guerre du Golfe, alors qu'Israël était attaqué par [l'ancien président irakien] Saddam Hussein, il sut manifester la retenue nécessaire pour protéger son pays. La relation qu'il entretenait avec la France était ancienne et, à la tête du gouvernement d'Israël, il s'est attaché à renforcer les liens d'amitié et de coopération entre nos deux pays »[9].

FonctionsModifier

Notes et référencesModifier

  1. Arie Perliger et Leonard Weinberg, Totalitarian Movements & Political Religions, Vol. 4, no 3, 2003, p. 91-118. Voir aussi Marius Schattner, Histoire de la droite israélienne, 1991.
  2. Troisième livre blanc sur la Palestine, mars 1939.
  3. Lucas Enoch, Claudio Stassi, Stern Gang, Édition La Boîte à Bulles, 2014.
  4. a b c et d « Yitzhak Shamir, ancien Premier ministre et fervent défenseur du "Grand Israël", est décédé », sur Libération.fr,
  5. Roger Faligot, Rémi Kauffer, Le Croissant et la Croix gammée : Les Secrets de l'alliance entre l'Islam et le nazisme d'Hitler à nos jours, éd. Albin Michel, 1990, 308 p.
  6. Françoise Germain-Robin, « Sud-Liban Vingt-deux ans d'occupation israélienne », sur L'Humanité,
  7. « Israël : mort de Yitzhak Shamir », Le Figaro, 30 juin 2012.
  8. « Mort de l'ancien Premier ministre israélien Shamir », Le Figaro, 30 juin 2012.
  9. « Hollande rend hommage à « la forte personnalité » de Yitzhak Shamir », sur Le Point, .

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