Skyros (cheval)

race de chevaux

Skyros
Jument et poulain bais de race Skyros
Jument et poulain bais de race Skyros
Région d’origine
Région Skyros, Drapeau de la Grèce Grèce
Caractéristiques
Morphologie Cheval miniature
Taille Environ 1,08 m
Poids 120 à 130 kg
Robe Bai, alezan, gris ou isabelle
Tête Petite à moyenne, profil rectiligne et front large
Pieds Noirs
Caractère Fiable, tranquille, frugal et résistant
Statut FAO (conservation) Critique mais maintenueVoir et modifier les données sur Wikidata

Le Skyros est une race de chevaux miniatures originaire de l'île de Skyros en Grèce dont il a pris le nom. Assez proche du cheval oriental, ses origines remontent probablement à l'Antiquité grecque. Il a longtemps vécu totalement isolé d'autres équidés. Les cultivateurs de l'île y faisaient jadis périodiquement appel pendant la saison du battage, avant de relâcher ces petits chevaux en liberté. Avec la motorisation de l'agriculture, la race perd ses débouchés et devient menacée de disparition. La FAO reconnaît le Skyros comme race menacée en 1991, plusieurs programmes de sauvegarde voient le jour.

Docile et résistant, le Skyros présente une morphologie de cheval miniature plutôt que de poney, et une taille moyenne de 1,08 m. Il peut faire une bonne monture d'équitation sur poney pour les jeunes enfants, et un partenaire fiable d'équithérapie. Le cheptel, toujours en reconstitution, reste en danger critique d'extinction. Il compte environ 300 individus en 2015, essentiellement en Grèce, avec une tentative d'implantation en Écosse.

HistoireModifier

 
Statuette équine au musée archéologique de Skyros.

Origines et croyancesModifier

Bien qu'une première étude basée sur l'analyse des groupes sanguins, publiée en 2000, l'ait analysé comme proche des autres races grecques, indiquant des mélanges précoces entre différentes populations équines[1], une seconde, publiée en 2011, a permis de préciser que le Skyros se distingue génétiquement des autres races de chevaux et de poneys grecs. Son analyse génétique et sanguine ne révèle pas la présence de gènes ou de groupes sanguins rares ou uniques[2], mais il est génétiquement plus proche de la race lituanienne du Žemaitukas que des autres races équines grecques[3], ce qui ne permet pas de tirer de conclusion scientifique fiable quant à son origine[4]. Le Skyros a été rapproché des poneys survivants de l'Holocène, comme l'Exmoor, ainsi que des chevaux lydiens qui tractaient les chars il y a 2 500 ans, et des chevaux Caspiens de l'époque de Darius Ier[5]. Pour vérifier l'hypothèse d'une parenté avec l'Exmoor ou le Caspien, une étude de génétique croisée à des analyses morphométriques a démontré une proximité morphologique avec le Caspien, mais une distance génétique conséquente à la fois avec le Caspien et l'Exmoor. La race Skyros est donc distincte, bien individualisée, et d'origine inconnue[6].

Ses origines sont incontestablement anciennes[7] et remontent probablement à l'Antiquité[8], où des colons athéniens auraient introduit des chevaux dans l'île de Skyros[9],[10]. Il existe diverses théories et croyances à ce sujet. Certaines rattachent le Skyros aux conquêtes d'Alexandre le Grand, ou voient dans les chevaux de la frise du Parthénon des ancêtres de la race[10]. Dans l'Antiquité, il semble que plusieurs îles grecques aient hébergé des poneys, mais aucun document ne permet d'attester qu'ils y aient eu un usage particulier[5]. L'aire d'extension de l'actuel « type Skyros » était peut-être beaucoup plus vaste par le passé[11], elle pourrait couvrir la Macédoine, comme en témoignent les ossements d'un cheval de petite taille retrouvés à Sindos (dème du Delta), datés du VIe siècle av. J.-C. ou du VIIe siècle av. J.-C., et analysés comme étant proche de l'actuel Skyros[12],[13]. L'île de Skyros est la seule à avoir vraisemblablement conservé ce petit cheval depuis l'Antiquité[5].

Jusque dans les années 1960Modifier

Pendant de nombreuses années, le Skyros a gardé son aspect originel, n'étant en contact avec aucune autre race de chevaux[14]. Il vit alors dans la partie sud de l'île, une zone montagneuse, appelée le vouno (la montagne), mais il émigre au début de l'été au nord de l'île à la recherche d'eau et de nourriture[9]. La docilité naturelle des Skyros permet ensuite aux fermiers de l'île d'en domestiquer certains pour les travaux agricoles[9] : ils réalisent le battage du grain pendant 40 à 50 jours, sur l'aloni, une surface argileuse circulaire. Lorsque le travail est terminé à la mi-août, les enfants montent ces poneys et se défient dans une course de chevaux. Les animaux regagnent d'eux-mêmes les terrains de pacage du vouno lorsque les pluies arrivent en septembre[5].

Dans les années 1960, avec l'utilisation des machines (moissonneuses-batteuses), cet équilibre entre l'être humain et l'animal est rompu[9] : d'environ un millier, le cheptel se réduit progressivement à une centaine de poneys[5]. La principale menace vient alors des ânes qui partagent le vouno avec le Skyros. Les deux espèces se reproduisent, et ceci au détriment de la race Skyros[9]. L'introduction d'ânes a été volontaire de la part des propriétaires des poneys, qui parviennent à exporter des mules, lesquelles ont une valeur marchande contrairement aux poneys[15].

SauvegardeModifier

Dans les années 1970, un programme de sauvegarde et de reproduction voit le jour. Celui-ci ne dure qu'une dizaine d'années, mais il permet de mettre le Skyros en avant et de le faire reconnaître comme race menacée en 1991 par la Food and Agricultural Organization (FAO)[9]. Ces mesures arrivent cependant trop tard pour prémunir deux des trois hardes subsistantes d'un goulet d'étranglement génétique[16]. Le déclin des populations de chevaux est un phénomène généralisé en Grèce, pays qui a perdu plus de 60 % de sa population équine entre 1990 et 2010[16]. L'inscription des sujets dans un stud-book commence surtout après 1989, mais l'enregistrement est très incomplet sur la durée, de nombreux animaux n'étant pas comptabilisés ou d'ascendance inconnue, ce qui rend très difficile la mise en place d'un programme de gestion de la consanguinité[17]. Classiquement, les juments en liberté ne sont pas surveillées, la saillie s'effectue par un étalon inconnu[3].

Dans les années 1990, on comptait 102 poneys de race sur l'île, dont 24 juments et 7 étalons[18]. En 1997, une organisation internationale, le Silva Project[9], se met en place pour reprendre l'action de sauvegarde, notamment en définissant un standard et un stud-book. Un troupeau de 17 poneys conformes au stud-book est sélectionné sur l'île de Corfou. Cependant, la mise en place de cette sauvegarde est difficile car les poneys sont en concurrence avec de nombreuses chèvres sur les maigres ressources disponibles, entraînant un phénomène de surpâturage[5]. De 1998 à 2010 environ, le nombre de nouvelles naissances chez la race Skyros est en chute libre, excepté en 2001 et 2004[17]. Le cheptel compte 160 poneys en 2004[19], puis remonte à un peu moins de 200 vers 2009[20].

Les Skyros restés sur l'île d'origine vivent à l'état complètement sauvage, en harems comptant trois à quatre juments pour un étalon, une situation rarissime à l'échelle de l'Europe[15]. L'État grec verse 111 euros de subventions annuelles (en 2004) aux propriétaires des animaux pour les nourrir l'hiver, mais cet argent est parfois détourné par des personnes peu scrupuleuses[5].

DescriptionModifier

MorphologieModifier

Le Skyros est morphologiquement différent des autres chevaux et poneys grecs[21]. Bien que classé parmi les poneys, il ressemble morphologiquement à un petit cheval, ce qui en fait une forme de cheval miniature[22]. Les données divergent sur sa taille, certaines sources indiquant une fourchette de 90 cm à 1,10 m au garrot[22], d'autres de 90 cm à 1,15 m[19], d'autres une moyenne de 1,10 m[8], quand la FAO note une taille moyenne de 1,07 m chez les femelles et 1,09 m chez les mâles, pour un poids de 120 à 130 kg[23]. Morphologiquement, les Skyros sont caractérisés par une circonférence corporelle plus élevée que leur poids, et une longueur de tête généralement égale à la distance entre le garrot et la pointe de l'épaule, autant de caractéristiques morphologiques propres aux chevaux[22].

Sa tête est moyenne à petite[14], bien déliée[8], le profil rectiligne et le front large[14]. Ses petites oreilles sont saillantes. Les épaules sont rectilignes et le corps étroit[8]. La ligne dorsale est courte et droite[14]. Sa croupe est étroite et oblique, l'arrière-main étant assez peu musclée[8]. Les membres sont fins mais résistants[14]. Ses pieds sont toujours noirs, ce qui constitue l'une des caractéristiques de la race[14]. Les crins sont extrêmement longs[21].

RobesModifier

L'ensemble des robes simples est présent chez la race. La plus répandue est le bai[24] puis viennent l'alezan[19], le gris, et l'isabelle[14]. Quelques marques blanches sont possibles[25].

Tempérament, entretien et santéModifier

C'est un poney tenace, résistant, volontaire et d'humeur égale[8]. Particulièrement rustique, il n'exige que peu de nourriture[23]. La race présente une assez bonne hétérozygotie. Bien qu'elle ait perdu en diversité génétique, son coefficient de consanguinité est comparable à celui de la plupart des races européennes[24],[26]. Génétiquement, le Skyros est assez proche des races équines du Moyen-Orient, avec la particularité d'être resté totalement isolé sur une longue période de temps[16]. Du fait du risque d'extinction pesant sur la race, une harde est gardée à l'Université Aristote de Thessalonique, dans le Nord du pays, depuis la fin des années 1990[24]. Un poulain mâle d'un mois souffrant d'une fracture du métacarpe a ainsi été soigné par le personnel de cette université[27].

UtilisationsModifier

Le Skyros a longtemps été utilisé par les fermiers pour les travaux agricoles, en particulier pour le battage du blé[8]. Désormais, le cheptel îlien n'a plus de fonction particulière. Il est conservé en tant qu’emblème[23] et argument touristique, quelquefois pour des courses de chevaux. Certains centres équestres locaux exploitent des poneys pour que des enfants puissent les monter[28]. Il peut faire une excellente monture, en particulier pour les débutants[14]. Proportionnellement à sa taille, il est apte au saut[8].

L'élevage du Skyros présente un intérêt économique pour pratiquer l'équitation de loisir[24]. Il est utilisé en équithérapie, et comme monture thérapeutique pour les enfants[29]. Sa taille et son caractère donnent très rapidement aux jeunes cavaliers une autonomie en selle[29]. Ces mêmes qualités en font un excellent compagnon pour les personnes ayant une infirmité mentale, psychologique ou émotionnelle, et qui pourraient être impressionnées par un animal de plus grande taille[29].

Diffusion de l'élevageModifier

 
Localisation de l'île de Skyros en Grèce.

L'étude de l'université d'Uppsala (2010) considère le Skyros comme une race locale en danger critique d'extinction, maintenue par des mesures de protection[30], de même que l'évaluation de la FAO réalisée en 2007[31]. En 2015, l'effectif répertorié en Grèce est d'environ 300 poneys. Le cheptel s'est reconstitué grâce aux mesures de conservation mises en place[23]. En 2008, l'effectif d'un peu moins de 200 poneys se répartit en trois hardes : 140 animaux en semi-liberté sur leur île d'origine[24], 40 à l'Université Aristote de Thessalonique[24], le reste sur l'île de Corfou[21].

Année 1990 1993 1994 2002 2007 2010 2012 2013 2015
Effectif des poneys Skyros en Grèce[23] Moins de 73 Moins de 79 Moins de 84 139 155 169 234 239 291-300

La harde restée sur Skyros vit en semi-liberté dans des zones montagneuses et broussailleuses, d'octobre à mai. Les animaux sont récupérés par leurs propriétaires pendant l'été[23]. Quelques tentatives d'implantation allochtone concernent notamment l'Écosse[32] : les trois hardes grecques sont en effet vulnérables aux incidents démographiques[21].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Apostolos P. Apostolidis, Thomas Alifakiotis, Zisis Mamuris et Evanthia Karkavelia, « PCR‐RFLP analysis of mitochondrial DNA cytochrome b gene among Greek horse breeds », Italian Journal of Zoology, vol. 67,‎ , p. 159–162 (ISSN 1125-0003, DOI 10.1080/11250000009356309, lire en ligne, consulté le 6 juillet 2016).
  2. Bömcke, Gengler et Cothran 2011, p. 72.
  3. a et b Bömcke, Gengler et Cothran 2011, p. 73.
  4. Bömcke, Gengler et Cothran 2011, p. 74.
  5. a b c d e f et g Klein 2004, p. 79.
  6. Brown, Moore-Colyer et Hannant 2013.
  7. Masseti 2012, p. 207.
  8. a b c d e f g et h Edwards 2005, p. 86.
  9. a b c d e f et g (en) « History of the Skyrian Small Horse », sur The Silva Project (consulté en septembre 2009).
  10. a et b Bauer 2011, p. 378.
  11. Donaghy 2014, p. 96.
  12. Donaghy 2014, p. 111.
  13. Donaghy 2014, p. 97.
  14. a b c d e f g et h Ravazzi 2002, p. 131.
  15. a et b Klein 2004, p. 80.
  16. a b et c Bömcke, Gengler et Cothran 2011, p. 68.
  17. a et b Bömcke, Gengler et Cothran 2011, p. 70.
  18. Hendricks 2007, p. 382-383.
  19. a b et c Klein 2004, p. 74.
  20. (en) E. Bömcke et N. Gengler, « Combining microsatellite and pedigree data to estimate relationships among Skyros ponies », Journal of Applied Genetics, vol. 50,‎ , p. 133–143 (ISSN 1234-1983 et 2190-3883, DOI 10.1007/BF03195664, lire en ligne, consulté le 6 juillet 2016)
  21. a b c et d Bömcke, Gengler et Cothran 2011, p. 69.
  22. a b et c Masseti 2012, p. 208.
  23. a b c d e et f (en) « Skyros Pony/Greece », Domestic Animal Diversity Information System of the Food and Agriculture Organization of the United Nations (DAD-IS) (consulté le 15 juin 2016).
  24. a b c d e et f Avdi et Banos 2008, p. 362.
  25. Avdi et Banos 2008, p. 363.
  26. Avdi et Banos 2008, p. 365.
  27. (en) Eleni-Maria AMANITI, Nikolaos DIAKAKIS, Michail PATSIKAS et Ioannis SAVVAS, « Conservative Management of a Distal Epiphyseal Metacarpal Fracture in a Skyros Pony », Journal of equine science, vol. 19,‎ , p. 57–61 (ISSN 1340-3516, PMID 24833956, PMCID 4013946, DOI 10.1294/jes.19.57, lire en ligne, consulté le 6 juillet 2016)
  28. European Association for Animal Production, Animal production and rural tourism in Mediterranean regions, Butterworths, , p. 43-46.
  29. a b et c (en) « Pratical uses », sur The Silva Project (consulté en septembre 2009).
  30. (en) Rupak Khadka, « Global Horse Population with respect to Breeds and Risk Status », Uppsala, Faculty of Veterinary Medicine and Animal Science - Department of Animal Breeding and Genetics, , p. 60 ; 64.
  31. (en) « Breeds Currently Recorded In The Global Databank For Animal Genetic Resources » [PDF], Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, , p. 54.
  32. (en) « Breeding Program », sur The Silva Project (consulté en septembre 2009).

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

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BibliographieModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Articles scientifiquesModifier

  • [Avdi et Banos 2008] (en) M. Avdi et G. Banos, « Genetic diversity and inbreeding in the Greek Skyros horse », Livestock Science, vol. 114, nos 2-3,‎ , p. 362–365 (DOI https://dx.doi.org/10.1016/j.livsci.2007.11.007, lire en ligne)  
  • [Bömcke, Gengler et Cothran 2011] (en) Elisabeth Bömcke, Nicolas Gengler et E. Gus Cothran, « Genetic variability in the Skyros pony and its relationship with other Greek and foreign horse breeds », Genetics and Molecular Biology, vol. 34,‎ , p. 68–76 (ISSN 1415-4757, PMID 21637546, PMCID 3085377, DOI 10.1590/S1415-47572010005000113, lire en ligne, consulté le 6 juillet 2016)  
  • [Brown, Moor-Colyer et Hannant 2013] (en) S. A. Brown, M. J. S. Moore-Colyer et D. Hannant, « Phenotypic analyses support investigations of phylogeny in the Skyrian pony and other breeds », Bioscience Horizons, vol. 6,‎ , hzt010 (ISSN 1754-7431, DOI 10.1093/biohorizons/hzt010, lire en ligne, consulté le 6 juillet 2016)
  • [Kinis et al. 1985] A. Kinis, S. Svoronos, S. Halabidis, K. Andoniadou-Sotiriadou et C. Himonas, « Parasitological Survey on the ponies of Skyros Island », Hellenic Vet. Medicine, vol. 28,‎ , p. 139-150

Article de presseModifier

  • [Klein 2004] Hubert Klein, « Skyros, les derniers poneys du vent », Cheval magazine, no 392,‎ , p. 74-80
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