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Allégorie sur les disputes entre remontrants et contre-remontrants en 1618 par Abraham van der Eyk, 1721. Les remontrants sont visibles à gauche, tandis que leurs adversaires réformés hollandais se trouvent à droite. La balance montre que la cause calviniste est plus lourde que la cause arminienne, mais elle comporte une épée. L'épée symbolise le soutien de l'État accordé à l'Église réformée néerlandaise par la République.

Les remontrants (ou fraternité remontrante) forment un mouvement protestant qui a vu le jour au début du XVIIe siècle, suite à une scission de l'église réformée néerlandaise.

La communauté des remontrants est composée en majorité de protestants hollandais qui historiquement soutinrent Jacobus Arminius et qui, après sa mort, conservèrent ses vues originales, appelées arminianisme.

En 2016, il existe encore une communauté d'environ 5000 remontrants aux Pays-Bas.

HistoireModifier

FondationModifier

En formulant l'arminianisme, Jacobus Arminius se met en désaccord par rapport à Calvin notamment sur la prédestination. Il défend le libre examen comme supérieur aux doctrines des Églises établies.

En 1610, les partisans d’Arminius, présentent aux États de Hollande et de Frise une remontrance en cinq articles formulant leurs points de désaccord avec le calvinisme tel qu'adopté par l'Église réformée néerlandaise[1].

D'abord appelés « arminiens », les partisans d'Arminius refusèrent cette appellation (d'après la pratique catholique consistant à étiqueter une hérésie d'après le nom son fondateur) et adoptèrent celle de leur choix, à savoir « remontrants », (ou en vieux français : remonstrants ou remontrans[2]).

Leurs adversaires, inspirés par Franciscus Gomarus, sont désormais connus sous le nom de gomaristes ou de contre-remontrants[3]. Bien que les États généraux aient publié un édit tolérant les deux parties et interdisant toute contestation ultérieure, le conflit s'est poursuivi[3] et a été lié à des conflits politiques en République néerlandaise. Les remontrants ont été attaqués à la fois par des ennemis personnels et par les armes politiques de Maurice d'Orange[3]. Leur principal allié, Johan van Oldenbarnevelt, fut exécuté et d’autres dirigeants emprisonnés.

En 1618-1619, le synode de Dordrecht, après avoir expulsé les treize pasteurs arminiens dirigés par Simon Episcopius, établit la victoire de l'école calviniste[3]. Le synode rédigea quatre-vingt-treize règles canoniques et confirma l'autorité de la Confessio Belgica et du Catéchisme de Heidelberg[3]. Le jugement du synode fut exécuté par le biais de la destitution et, dans certains cas, du bannissement des ministres remontrants[3]. Une communauté d'exilés a été fondée à Anvers en 1619. En 1621, ils ont été autorisés à s'établir à Schleswig, où ils ont construit la ville de Friedrichstadt[3].

InstitualisationModifier

 
Église de remontrants à Friedrichstadt (Schleswig-Holstein), Allemagne.

Simon Bischop (dit Episcopius) gagne l'appui de Maurice de Nassau à la suite de la décision de Johan van Oldenbarnevelt, grand pensionnaire (gouverneur) de Hollande. Après l'exécution de Johan van Oldenbarnevelt et le Synode de Dordrecht (1618-1619), Bischop est destitué et doit s'exiler avec douze ministres du culte sous l'accusation de semi-pélagianisme.

La doctrine des remontrants a été incarnée en 1621 dans une Confession[4] écrite par Episcopius, qui sert de base à l'église remontrante depuis son retour aux Pays-Bas en 1626. Celle-ci reprend en partie l'opinion des remontrants déjà exprimé en 1618[5], à savoir :

  1. que le décret divin ou la prédestination est conditionnel et non absolu.
  2. que l'expiation est universelle en intention, quoique seuls les croyants puissent en bénéficier.
  3. que l'homme pour exercer sa foi doit être régénéré par l'Esprit Saint, qui résulte de la grâce de Dieu.
  4. que si la grâce de Dieu est une condition nécessaire de l'effort humain, elle n'agit pas de manière irrésistible chez l'homme.
  5. qu'il est possible pour les croyants de déchoir de la grâce.

Anti-predestinatienne, sa théologie subit l'influence de l'œuvre de Sébastien Castellion.

Jan Uytenbogaert donna aux remontrants un catéchisme et régit leur ordre d'église[3]. Leur séminaire à Amsterdam fit se distinguer certains élèves, notamment Curcellaeus, Limborch, Wetstein et Le Clerc. Leur école de théologie, qui devint plus libérale et même rationaliste, débattit avec force de l'église officielle réformée néerlandaise et d'autres confessions chrétiennes[3].

Après la mort de Maurice d'Orange en 1625, certains exilés sont revenus. Le gouvernement est devenu convaincu qu'ils ne représentaient aucun danger pour l'État et, en 1630, ils ont été officiellement autorisés à résider de nouveau dans toutes les régions de la République[3]. Cependant, ils ne furent pas officiellement autorisés à construire des églises avant la création de la République Batave en 1795. Jusque-là, ils tenaient leurs services dans des Schuilkerken (églises de maison)[6].

LibéralismeModifier

Avec Petrus Hofstede de Groot (1802-1886), le mouvement évolue dans un sens libéral.[réf. nécessaire]

Sa théologie eut une large audience en Europe, ce qui est caractéristique de la phase romantique de l'humanisme chrétien ; aux Pays-Bas, ce courant de pensée est représenté par les « théologiens de Groningue », ceci depuis 1830.

De Groot résume le propos de ce mouvement dont il est le leader en écrivant que « le plus important dans le christianisme est la révélation et l'éducation comme étant données par Dieu en Jésus-Christ, de manière à nous rendre de plus en plus semblables à Dieu ». Les « Groningers » rejettent le dogme de la Trinité, de la prédestination et de la justice expiatoire de Dieu. Ils reconnaissent la double nature divine et humaine et la capacité de l'homme à accomplir la volonté de Dieu avec Son aide.

Pour eux, la crucifixion de Jésus fut une révélation de l'amour de Dieu, de la perfection de Jésus et de la culpabilité des hommes, afin de les amener à être admiratifs devant Jésus. Contrairement à la position d'Anselme de Cantorbéry sur la réconciliation, les « Groningers » pensent que Dieu n'a pas envoyé son fils dans le monde pour qu'il meure afin d'expier le péché des hommes mais pour qu'il les fasse naître à Dieu. C'est la méchanceté des hommes qui a entraîné la crucifixion de Jésus ; les hommes ont besoin du pouvoir moral, refondateur de la croix pour être conduits à Dieu.

Remontrant ou arminienModifier

Article détaillé : L'arminianisme contemporain.

Bien que les remontrants aient suivi la version classique de l’arminianisme, ceux-ci ne sont pas les seuls protestants à pouvoir être considérés comme arminiens ou à être appelés «arminiens». En effet le mouvement arminien est un développement interconfessionnel qui a pénétré dans l’Église d’Angleterre, le méthodisme, les baptistes généraux, le mouvement de la sainteté, le mouvement charismatique, le pentecôtisme et un certain nombre d'autres dénominations protestantes.

Fraternité remontrante moderneModifier

L'égliseModifier

 
Église de remontrants à Groningue, Pays-Bas.

La fraternité remontrante se perpétue en tant qu'église aux Pays-Bas. Elle trouve ses origines dans la théologie d'Arminius et dans la signature des Cinq articles de remontrance contre une forme plus stricte de calvinisme par 44 ministres.

Les remontrants ont été reconnus officiellement pour la première fois en 1795. Leur congrégation principale se trouvait à Rotterdam.

Conformément aux idées progressistes sur la religion, les remontrants contemporains bénissent les partenariats de même sexe sur un pied d'égalité avec les mariages de sexe différent à partir de 1986 (les mariages d'église n'ont pas de statut légal aux Pays-Bas, où les mariages civils légalement reconnus sont devenus possibles en 2001)[7],[8]. En cela, les remontrants ont été la première église chrétienne au monde à bénir des relations de même sexe comme similaires à d'autres relations[9].

Selon les statistiques de l'église, en 2016, la fraternité remontrante compte environ 5000 membres et « amis » dans plus de 40 congrégations des Pays-Bas[10] et une congrégation Friedrichstadt, dans le Schleswig-Holstein en Allemagne. Les remontrants restants sont dispersés internationalement[11]. Il y a 10000 remontrants dans le monde.

Elle reste en communion avec le réseau protestant libéral européen, et est membre de l'Alliance réformée mondiale.

Les remontrants mettent beaucoup d'emphase sur la foi personnelle et ne sont pas d'accord entre eux sur les questions de foi et les problèmes sociaux. Ils considèrent que le message de l'Evangile ne peut être séparé des vrais choix dans la lutte pour la vie commune, sur la voie d'un monde de paix et de justice[7]. Ce qui les lie, c'est la déclaration de principe :

L’Eglise remontrante est une communauté de foi qui, enraciné dans l'évangile de Jésus-Christ, et fidèle à son principe de liberté et de tolérance, cherche à adorer et à servir Dieu.

A noter que les remontrants actuels sont fréquemment unitariens.

Confession de foiModifier

Article détaillé : Confession des remontrants.

En plus de la déclaration de principe, la plupart des remontrants contemporains écrivent leur propre déclaration ou profession de foi lorsqu'ils deviennent membres de la communauté. La fraternité a exprimé à trois reprises au cours de son histoire la foi qu'elle partage dans une déclaration confessionnelle, en 1621, 1940 et 2006. Cependant, les remontrants, en tant que dénomination n'étant pas attaché à un crédo ne considèrent aucune confession comme ayant une autorité indiscutable[7].

Remontrants renommésModifier

Notes et référencesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Remonstrants » (voir la liste des auteurs).

SourcesModifier

  • (en) Philip Benedict, Christ's Churches Purely Reformed: A Social History of Calvinism, (lire en ligne)
  • (en) Hugh Chisholm, « Remonstrants », Encyclopædia Britannica, vol. 23,‎ , p. 82 (lire en ligne)
  • (en) Peter DeJong, Crisis in the Reformed Churches: Essays in Commemoration of the Great Synod of Dordt, 1618-1619, Grand Rapids, Reformed Fellowship, (lire en ligne), « The Opinions of the Remonstrants (1618) »
  • Denis Diderot et Jean le Rond Dalembert, « Arminianisme », Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 1,‎ 1751a, p. 696-697 (lire en ligne).
  • Denis Diderot et Jean le Rond Dalembert, « Arminiens », Encyclopédie, ou Dictionnaire raisonné des sciences, des arts et des métiers, vol. 1,‎ 1751b, p. 697 (lire en ligne).
  • (en) Simon Episcopius et Mark A Ellis, The Arminian confession of 1621, Eugene, Pickwick Publications, (lire en ligne)
  • (nl) nu.nl, « Kerken komen uit de kast in boek », nu.nl, (consulté le 22 septembre 2019)
  • (nl) LBR, « Belijdenis », Landelijk Bureau Remonstranten, (consulté le 15 août 2019)
  • (en) LBR, « Remonstrant Church », Landelijk Bureau Remonstranten, (consulté le 23 janvier 2016)
  • (nl) LBR, « Deel 2 Commissie tot de Zaken - Activiteiten », Landelijk Bureau Remonstranten, (consulté le 15 septembre 2019)
  • (nl) Trouw.nl, « Remonstranten en Boomsma krijgen homo-emancipatieprijs - Nieuws - TROUW », Trouw.nl, (consulté le 9 septembre 2012)

Voir aussiModifier

Lectures complémentairesModifier

  • (nl) Aken, Lucie J N K van, 1947. De Remonstrantse Broederschap in Verleden en Heden. Historische Schets, Arnhem: Van Loghum Slaterus
  • (nl) Brouwers, J F e.a. (red), 2005. Wat We Nog Weten. Amsterdamse Remonstranten in de 20ste eeuw. 375-jarig Bestaan Remonstrantse Gemeente Amsterdam, Amsterdam: Remonstrantse Gemeente Amsterdam
  • (nl) Barnard, T, 2006. Van verstoten kind tot belijdende kerk: de Remonstrantse Broederschap tussen 1850 en 1940, Amsterdam: De Bataafsche Leeuw
  • (nl) Barnard, T en E Cossee, 2007. Arminianen in de Maasstad: 375 jaar Remonstrantse Gemeente Rotterdam, Amsterrdam: De Bataafsche Leeuw
  • (nl) Cossee, E, 1988. Abraham des Amorie van der Hoeven, 1798-1855: een Remonstrants theoloog in de Biedermeiertijd, Kampen: Kok
  • (nl) Cossee, E, Th M van Leeuwen, M A Bosman-Huizinga, 2000. De remonstranten, Kampen: Kok
  • (nl) Episcopius, Simon, 1627. Vrye godes-dienst, of t'Samen-spreeckinghe tusschen Remonstrant en Contra-Remonstrant, over de vrye godts-dienstighe vergaderinghen der Remonstranten.: Met wederlegginge van Douchers oproerighe predicatie: C. Dungani redeloose salvatien, &c.
  • (nl) Goud, J en K Holtzapffel (red), 2004. Wij Geloven - Wat Geloven Wij?. Remonstrants Belijden in 1940 en Nu. Zoetermeer: Meinema
  • (nl) Keune, W T, C Ginjaar, J Schaafstra, 1978. Doopsgezind en Remonstrant in Dokkum, Van der Helm
  • (nl) Sirks, G J, 1955. Verantwoording en verantwoordelijkheid van ons Remonstrant-zijn, Lochum: De Tijdstroom
  • (nl) Slis, P L, 2006. De Remonstrantse Broederschap: Biografische Naamlijst, 1905-2005 : Gemeenten, Landelijke Organen, Predikanten en Proponenten, Publicaties, Eburon
  • (nl) Vuyk, Simon, 2002. De Dronken Arminiaanse Dominee. Over de Schaduwzijde der Verlichte Remonstranten, Amsterdam: De Bataafsche Leeuw