République socialiste soviétique

Les républiques socialistes soviétiques (abrégées en RSS, en russe Сове́тская Социалисти́ческая Респу́блика, littéralement « république socialiste des conseils » ; aussi союзные республики, soïouznye respoubliki, littéralement « républiques unionales ») furent d'abord les douze états bolcheviks qui ont succédé à la République russe à partir de la révolution d'Octobre (1917-1922) puis les quinze subdivisions territoriales de l'Union soviétique de l'Union des républiques socialistes soviétiques (URSS, 1922-1991). À partir de 1922, les républiques socialistes soviétiques furent contourées suivant des critères ethniques mais restèrent directement subordonnées au Parti unique et au gouvernement fédéral.

Les premières républiquesModifier

Entre une douzaine et une quinzaine de Républiques socialistes soviétiques ont existé à un moment donné mais leur étendue, leurs intitulés et leur organisation ont varié, certaines de divisant, d'autres se réunissant ; certaines n'étaient que des proclamations ne contrôlant pas de territoire :

Les républiques définitivesModifier

Carélie mise à part, les quinze républiques soviétiques existant en 1945 ont perduré jusqu'à la dislocation de l'URSS en 1991 et existent depuis en tant qu'États souverains. Du fait de leur petite étendue, les cinq républiques d'Estonie, de Lettonie, de Lituanie, de Moldavie, et d'Arménie étaient directement divisées en rayons (arrondissements), sans autre échelon plus vaste. Les dix autres républiques étaient divisées en régions plus grandes, les oblasts ou kraïs, eux-mêmes divisés en rayons.

Les trois républiques du Kazakhstan, du Kirghizistan et du Turkménistan avaient, comme les cinq divisées en rayons, une structure unitaire. Les sept autres républiques soviétiques ont compris, à une époque ou une autre, au moins une entité ayant un certain degré officiel d'autonomie.

Ainsi, dans les républiques d'Azerbaïdjan, de Biélorussie, de Géorgie, d'Ouzbékistan, de Russie, du Tadjikistan et d'Ukraine, on trouvait des républiques socialistes soviétiques autonomes (intégrées au sein des kraïs en Russie) mais surtout des oblasts autonomes et aussi, en Russie, des districts autonomes à l'intérieur des oblasts et des kraïs.

En théorie, les quinze républiques socialistes soviétiques dites « unionales » (союзные республики, soïouznye respoubliki), mais pas les autres entités autonomes, avaient la possibilité de faire sécession en référence au fait que dès 1903, les Bolcheviks avaient garanti le droit des peuples à l'autodétermination et déclaré que l'Union ne peut se faire que si elle est volontaire, principe réaffirmé dans la constitution soviétique de 1918. En 1922, le premier congrès de l'URSS affirme vouloir respecter les droits souverains de chaque peuple, tout en refusant de reconnaître les choix de ces peuples lorsqu'ils furent de se détacher de la Russie (cas de des Moldaves en 1918). Les constitutions soviétiques de 1924, de 1936 et de 1977 garantissaient en théorie les droits démocratiques des peuples constitutifs de l'Union et leur reconnaissaient entre autres le droit de libre sécession, mais en pratique, aucun n'a pu user de ce droit[1] ; même des États théoriquement souverains non membres de l'URSS comme la Hongrie en 1956 ou la Tchécoslovaquie en 1968 ne purent s'émanciper du pouvoir central de Moscou[2],[3].

La situation commence à changer avec la glasnost et la perestroïka initiées à partir de 1985 par Mikhaïl Gorbatchev : l'étreinte du parti unique, du KGB et du pouvoir central se desserre, la pratique politique se rapproche du droit constitutionnel et les républiques se mettent à entrevoir la possibilité de proclamer leur souveraineté, puis passent à l'acte dans le courant de l'année 1991. Par le traité d'Almaty, onze des républiques nouvellement indépendantes se regroupent le au sein d'une organisation non autoritaire et à géométrie variable : la Communauté des États indépendants (CEI). Trois autres (les pays baltes : Estonie, Lettonie et Lituanie) choisissent de se rapprocher de l'OTAN et de l'Union européenne, qu'elles finiront par intégrer. Les quinze entités renoncent unanimement aux adjectifs « socialiste » et « soviétique », devenus historiquement pour elles synonymes d'absence de libertés économiques et politiques[4].

Les quinze républiques « unionales »Modifier

 
Carte de l'URSS indiquant sa subdivision en 15 républiques socialistes soviétiques fédérées au moment de la dissolution en 1991.

Le tableau suivant recense les quinze républiques socialistes soviétiques fédérées entre 1956 et 1991, année de la dislocation de l'URSS.

La première colonne fait référence à la carte ci-contre.

# République Intégration Population (1989) Pop./URSS (%) Superficie (km², 1991) Sup./URSS (%) Capitale État actuel
1   RSS arménienne 1936 +003 287 700, +001,15 +00029 800, +000,13 Erevan   Arménie
2   RSS azerbaïdjanaise 1936 +007 037 900, +002,45 +00086 600, +000,39 Bakou   Azerbaïdjan
3   RSS biélorusse 1922 +010 151 806, +003,54 +00207 600, +000,93 Minsk   Biélorussie
4   RSS estonienne 1940 +001 565 662, +000,55 +00045 226, +000,2 Tallinn   Estonie
5   RSS géorgienne 1936 +005 400 841, +001,88 +00069 700, +000,31 Tbilissi   Géorgie
6   RSS kazakhe 1936 +016 711 900, +005,83 +02 727 300, +012,24 Alma-Ata
(actuelle Almaty ; n'est plus capitale)
  Kazakhstan
7   RSS kirghize 1936 +004 257 800, +001,48 +00198 500, +000,89 Frounzé
(aujourd'hui Bichkek)
  Kirghizistan
8   RSS lettonne 1940 +002 666 567, +000,93 +00064 589, +000,29 Riga   Lettonie
9   RSS lituanienne 1940 +003 689 779, +001,29 +00065 200, +000,29 Vilnius   Lituanie
10   RSS moldave 1940 +004 337 600, +001,51 +00033 843, +000,15 Chișinău
(en russe Kichinev)
  Moldavie
11   RSFS russe ou RSFSR 1922 +147 386 000, +051,4 +17 075 200, +076,62 Moscou   Russie
12   RSS tadjike 1929 +005 112 000, +001,78 +00143 100, +000,64 Douchanbé   Tadjikistan
13   RSS turkmène 1924 +003 522 700, +001,23 +00488 100, +002,19 Achgabat   Turkménistan
14   RSS ukrainienne 1922 +051 706 746, +018,03 +00603 700, +002,71 Kiev
(Kharkov avant 1934)
  Ukraine
15   RSS ouzbèque 1924 +019 906 000, +006,94 +00447 400, +002,01 Tachkent
(Samarcande avant 1930)
  Ouzbékistan

RéférencesModifier

  1. Elisa Kriza, (en) « From Utopia to Dystopia: Bukharin and the Soviet Constitution of 1936 », in Karen-Margrethe Simonsen (dir.), Discursive Framings of Human Rights, Routledge, Londres 2016, p. 81, (ISBN 9781138944503).
  2. (en) Levon Grigorian, « Queries from Readers », Soviet Life, no 288,‎ , p. 35
  3. (en) « Monkey Cage: The Soviet Union made it hard for republics to leave — so why didn't the EU? », sur The Washington Post,
  4. « Accord portant création de la Communauté des États indépendants (Minsk, 8 décembre 1991) », sur CVCE, (consulté le )

Articles connexesModifier