Traditionalisme (pérennialisme)

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Les termes de traditionalisme, de traditionalisme intégral, d'École traditionaliste et, moins usité, celui de pérennialisme, renvoient à un ensemble de postures philosophiques, caractérisées par la référence à la théorie de la « Tradition primordiale », qui s'appuie sur les sciences des religions, la philosophie, la métaphysique, les mystiques, les doctrines ésotériques et parfois la gnose. Ce courant se caractérise en parallèle par un rejet fondamental des Lumières, du matérialisme et de la modernité.

Les figures les plus connues de ce courant sont René Guénon, Julius Evola, Ananda Kentish Coomaraswamy et Frithjof Schuon.

DéfinitionsModifier

La Tradition, au sens philosophique, est, selon Stéphane François, « essentiellement et fondamentalement d’ordre spirituel et métaphysique. Elle renvoie à une Tradition unique, « primordiale », c’est-à-dire antérieure à toutes les traditions locales. Elle se présente aussi comme une doctrine métaphysique, supra humaine immémoriale, relevant de la connaissance de principes ultimes, invariables et universels »[1]. Le même auteur souligne que selon René Guénon, « tous les courants ésotériques, franc-maçonnerie comprise, et traditions religieuses en général, ne seraient que des formes dégradées plus ou moins reconnaissables [de cette Tradition primordiale] »[2]. François cite ensuite Guénon, pour qui, « la tradition primordiale est la source première et le fonds commun de toutes les formes traditionnelles particulières, qui procèdent par adaptation aux conditions particulières de tel peuple ou telle époque[2]. »

Selon Antoine Faivre, les trois postulats du Traditionalisme, ou du pérennialisme, sont l'existence d'une Tradition primordiale, l'incompatibilité entre modernité et Tradition et la possibilité de retrouver cette Tradition par la gnose qui permet, en principe, d'arriver à une connaissance complète du divin par une ascèse intellectuelle et spirituelle[3].

Le Traditionalisme ne constitue pas un mouvement uni ou monolithique, mais un ensemble de courants dont les positions peuvent souvent diverger. Ainsi, si les auteurs liés à ce courant refusent unanimement l'athéisme, leurs références religieuses peuvent fortement diverger. Certains sont catholiques comme Leopold Ziegler, d'autres soufis comme René Guénon, Frithjof Schuon ou Titus Burckhardt, d'autres hindous comme Ananda Coomaraswamy, ou « païens » comme Julius Evola[réf. nécessaire].

Les postulats de la doctrine traditionnelleModifier

Origine an-historique et non humaine de la TraditionModifier

Pour Jean-Paul Lippi, spécialiste d'Evola, « Tous les traditionalistes partagent une même opinion sur l'origine de la Tradition » : elle n'est pas d'origine humaine, mais elle procède d'une source extérieure et transcendante, d'une Révélation[4].

Transmission du savoir et formes traditionnellesModifier

Selon Michel Mirabail : « Suivant cette conception, l'idée de Tradition implique la transmission d'un savoir et le caractère fondateur de ce savoir à l'égard des démarches d'une culture, d'une religion, d'une initiation[5]. »

Lippi : « Si donc la Tradition consiste dans la transmission d'un savoir révélé, et si ce savoir est « unique dans son essence », selon une expression d'Evola, il en résulte nécessairement que les diverses formes traditionnelles historiquement repérables sont à la fois homologues et contingentes[6]. » Selon René Guénon, « le véritable esprit traditionnel, de quelque forme il se revête, est partout et toujours le même au fond ; les formes diverses, qui sont spécialement adaptées à telles ou telles circonstances mentales, à telles ou telles circonstances de temps et de lieu, ne sont que des expressions d'une seule et même vérité »[7].

Pour Julius Evola, « la Tradition ne représente pas un conformisme passif vis-à-vis de ce qui a été, ni la continuation du passé dans le présent »[réf. nécessaire]. Et selon Lippi : « La double reconnaissance du caractère actuel de la Tradition et de la contingence des diverses formes traditionnelles empêche dès lors tout attachement exclusif à l'une quelconque de ces dernières.[6] »

Présence continue du supra-mondain dans le mondeModifier

Immanence de la transcendanceModifier

L'Ecole de la Tradition ne rejette pas la dualité entre nature et Esprit, entre plans mondain et supramondain, mais il en refuse le dualisme[réf. nécessaire]. La Tradition peut ainsi se définir, selon Evola, comme une « transcendance immanente, c'est-à-dire la présence réelle du non-humain dans l'humain, à travers certains êtres ou dans les élites. [...] En tant que « transcendance immanente », la Tradition ne concerne pas une abstraction qu'on peut contempler, mais une énergie qui, pour être invisible, n'en est pas moins réelle[8] ». Il s'agit, précise Evola, « d'une transcendance par rapport à tout ce qui est simplement humain, physique, naturaliste et matérialiste, mais qui n'est pas pour autant quelque chose d'abstrait et de détaché[9]». C'est ce qui explique que l'on puisse repérer, « dans la réalité historique, la présence de la superhistoire (la forme) dans l'histoire (la matière), de la transcendance dans l'immanence[10]».

Une conception du temps : la doctrine des cyclesModifier

La linéarité chronologique est une conception moderne[11]. Ainsi, l’un des points communs des doctrines traditionnelles est la théorie des cycles. Selon Stéphane François, « cette théorie se fonde sur l’idée qu’à l’intérieur de chaque cycle », chaque culture, chaque civilisation ou chaque groupe humain « suit un parcours allant de la perfection vers le déclin spirituel et vers le matérialisme, chaque cycle étant lui-même dévolutif, c’est-à-dire allant vers un déclin toujours plus accentué »[12]. Ainsi, comme le souligne Alain de Benoist, « l’histoire de l’humanité est interprétée comme « entropie métaphysique », comme chute, dégradation, déclin à partir d’un état primordial originel. Tous les auteurs traditionnels voient dans l’époque contemporaine le temps du Kali Yuga, c’est-à-dire l’apogée de l’âge le plus noir, la phase terminale du cycle, le terme du déclin spirituel. Le conflit entre Tradition et anti-tradition se cristallise en effet comme décadence [...]. L’opposition entre la pensée traditionnelle et l’idéologie du progrès s’avère donc totale, en même temps que d’une parfaite symétrie (mais d’une symétrie inversée) : tout ce que la conscience moderne analyse comme progrès, l’école traditionaliste l’interprète comme déclin : la Renaissance est une chute, la philosophie des Lumières un obscurcissement[13]. »

Le pérennialismeModifier

La notion de traditionalisme se confond aussi, mais seulement en partie, avec ce que certains auteurs anglo-saxons appellent « pérennialisme ». Il a été vulgarisé par celui qui a été, un temps, proche de Guénon, Fritjhof Schuon, et est parfois employé, dans l'aire anglophone, comme équivalent de traditionalisme[14].

Le terme de « pérennialisme » est dérivé du latin perennis, qui a donné le français pérenne puis pérennité, c’est-à-dire « état, caractère de ce qui dure toujours » (Larousse, Robert). Pour les pérennialistes, le Principe unique et éternel de l’univers non seulement se révèle à l’homme au travers des religions ou traditions mais constitue la substance même de son intellect, son cœur spirituel, d’où la possibilité chez les plus grands sages d’une connaissance directe, non discursive, de la Réalité ou de la Vérité - l'Identité suprême[15],[16]. Pour les pérennialistes, les diverses révélations ou religions procèdent et témoignent de la même source - la Tradition primordiale -[17], d’où le vocable religio perennis proposé par Frithjof Schuon pour se référer tant à cette sagesse éternelle qu'à l’ésotérisme doctrinal et méthodique sous-jacent à toute religion. Parmi plusieurs définitions possibles mais équivalentes, la sophia perennis (la sagesse pérenne, c’est-à-dire intemporelle, essentielle, primordiale, universelle) sera, toujours selon cet auteur, la connaissance de la Réalité ou de la Vérité une, et la philosophia perennis, la science des principes métaphysiques universels[18].

Bien que cette position intellectuelle ait toujours existé, ce n’est que dans la seconde moitié du XXe siècle qu’apparaît l’appellation d’« école pérennialiste » sous la plume d’auteurs proches de Schuon, qui voient en René Guénon et Ananda Coomaraswamy les précurseurs de ce courant également qualifié d'« école traditionaliste »[19], désignation moins explicite que la première étant donné que les pérennialistes ne sont pas seuls à se considérer traditionalistes.

Tradition et pluralité des religionsModifier

Rejetant l'idée de progrès et le paradigme des Lumières, les auteurs pérennialistes décrivent le monde moderne comme une pseudo-civilisation décadente, dans laquelle se manifestent les pires aspects de l'ultime ère du cycle de notre humanité, l'Âge de fer de la mythologie grecque ou le Kali Yuga - l'âge sombre - de la cosmologie hindoue. À « l'erreur moderne », les pérennialistes opposent un héritage immuable d'origine divine, une « Tradition primordiale » (tradere = transmettre), présente dès l'origine de l'humanité et se cristallisant dans les diverses révélations ou religions, qui prônent le retour de l'homme vers son principe créateur[réf. nécessaire].

Par-delà la diversité des formes traditionnelles exprimées sous forme de religion ou de société initiatique, les pérennialistes discernent une unique Tradition (avec majuscule), que Schuon appelle une « unité transcendante ». Ils affirment que les traditions historiquement séparées, malgré leurs différences formelles, ne partagent pas seulement la même origine divine mais sont basées sur les mêmes principes métaphysiques, dont la connaissance relève de ce qu'on peut nommer philosophia perennis.

Apparaissant à la Renaissance, le vocable « philosophia perennis » est généralement associé au philosophe Leibniz, qui le doit lui-même au théologien du XVIe siècle Augustinus Steuchius. Mais cet idéal philosophique est plus ancien et on peut le retrouver dans le platonisme, dans la Chaîne d'or (seira) du néoplatonisme, dans la Lex primordialis patristique et le relier au Dîn al-Fitra islamique et au Sanâtana dharma hindou[réf. nécessaire].

La redécouverte de la Sophia perennisModifier

L'auteur français René Guénon (1886-1951) fut en un sens le pionnier de la redécouverte de cette philosophia perennis ou sophia perennis.

Sa thèse est que l'ensemble des traditions, qu'elles soient de nature religieuse ou non, sont des expressions différentes de la même vérité d'origine supra-humaine, la Tradition primordiale. D'autre part, dans l'état actuel du cycle de l'humanité, la plupart des traditions ont une structure associant exotérisme et ésotérisme (ce n'est pas le cas de l'hindouisme ni de la tradition tibétaine où les deux aspects sont totalement liés).

L'exotérisme est l'aspect extérieur de la tradition. Le point de vue exotérique est caractérisé par sa nature « publique » et son but est le salut de l'âme, c'est-à-dire un avenir post-mortem favorable, mais ignorant la possibilité d'une délivrance définitive.

Dans la vision traditionaliste, l'ésotérisme est plus que le complément de l'exotérisme, il est l'esprit par opposition à la lettre, le noyau par rapport à la coquille. L'ésotérisme sapientiel possède une autonomie totale par rapport à l'exotérisme, car sa substance fondamentale est la Tradition Primordiale elle-même. Fondé sur la pure métaphysique — par laquelle Guénon entend une connaissance spirituelle transmise par l'initiation, les rites, et le travail personnel, et en aucun cas un système rationnel ou un dogme théologique — et tout en s'appuyant opérativement sur une forme traditionnelle, la voie ésotérique vise la réalisation des états supérieurs de l'être et finalement l'union entre l'individu et le Principe. Guénon appelle cette union l'« identité suprême ».

Par « Principe », Guénon entendent davantage que le Dieu personnel de la théologie exotérique : l'Essence supra-personnelle, l'Au-delà de l'Être, l'Absolu à la fois complètement transcendant et immanent à la manifestation. Selon lui, l'essence fondamentale de l'individu est non-différente de l'Absolu lui-même. Guénon se réfère ici aux concepts védiques du Brahman (Principe), de l'Atman (Soi) et du Moksha (Délivrance). Cette référence aux dénominations sanskrites n'est pas accidentelle ou circonstancielle car pour Guénon, le Sanatana dharma hindou représente « l'héritage le plus direct de la Tradition Primordiale ». Plus généralement, les grandes traditions de l'Asie (Advaita vedanta, taoïsme et soufisme) ont un rôle paradigmatique dans ses écrits. Il les considère comme l'expression la plus rigoureuse de la pure métaphysique, cette sagesse supra-formelle et universelle n'étant néanmoins en elle-même ni orientale ni occidentale.

La critique de la modernitéModifier

Pour Guénon, dans La Crise du monde moderne, la fin de ce processus de dégradation est la perte de référence à la Tradition primordiale. C'est ce qu'il nomme «modernité », en laquelle se manifestent les pires possibilités du Kali Yuga. Guénon appelle aussi notre époque le Règne de la Quantité, parce que l'homme et le cosmos sont de plus en plus déterminés, ontologiquement parlant, par la matière. La tragédie du monde occidental depuis la Renaissance est, selon lui, la perte du sens du sacré ou du divin, donc une humanité livrée à ses penchants les plus profanes. En outre, dans le contexte occidental, il est pratiquement impossible pour une âme en quête de spiritualité de recevoir une initiation valable et de suivre un chemin ésotérique dans le cadre d'une tradition régulière[réf. nécessaire].

La théorie de l'évolutionModifier

Selon les traditionalistes, l’idée d’une évolution du genre humain à partir d’une espèce infra-humaine n’a pu se développer qu’en vertu d’une rationalité qui conteste tout ce qui la dépasse, – c’est-à-dire le surnaturel aussi bien dans le macrocosme que dans le microcosme –, et qui se manifeste en particulier par les philosophies modernes, dont la seule certitude est le doute[20]. Dans ces conditions, le monde scientifique, majoritairement fermé aux doctrines traditionnelles et à la métaphysique, donc ignorant les degrés de la réalité dépassant le plan formel, n’avait d’autre choix que de se forger une philosophie acceptable à son propre entendement[21] et qui, malgré son caractère hypothétique reconnu par une partie des scientifiques eux-mêmes[22], a été admise comme une évidence par la majorité des Occidentaux et même par une partie de l’Église, à l'encontre de ses propres dogmes[23]. Conscients que le plus ne peut surgir du moins[24], comment peut-on croire, s’étonnent les traditionalistes, qu’une intelligence capable de parler et de lire, de s’interroger sur sa propre origine et sur sa destinée, capable également de sens moral et de création artistique, puisse procéder d’une conscience animale qui en est incapable[25]? Sans parler de l’apparition du règne animal lui-même[N 1].

Selon Frithjof Schuon :

« [L]'origine de la créature n'est pas une substance du genre de la matière, c'est un archétype parfait et immatériel : parfait et par conséquent sans nul besoin d'évolution transformante ; immatériel et par conséquent ayant son origine dans l'Esprit et non dans la matière. Certes, il y a trajectoire ; celle-ci va, non à partir d'une substance inerte et inconsciente, mais à partir de l'Esprit – matrice de toutes les possibilités – au résultat terrestre, la créature ; résultat jailli de l'invisible à un moment cyclique où le monde physique était encore beaucoup moins séparé du monde psychique qu'aux périodes plus tardives et plus « durcissantes »[26]. » « La réponse à l'évolutionnisme, c'est la doctrine des archétypes et des « idées », celles-ci relevant de l'Être pur - ou de l'Intellect divin - et ceux-là de la substance primordiale dans laquelle les archétypes « s'incarnent » par une sorte de réverbération[27].  »

La voie initiatiqueModifier

Bien qu'il ait milité dans ses premiers ouvrages pour une restauration de la spiritualité traditionnelle en Occident sur la base du catholicisme et de la franc-maçonnerie, Guénon a rapidement abandonné cette idée. Son œuvre a été rejetée par certains milieux catholiques en raison du fait qu'elle refusait de considérer le christianisme comme la plus importante des traditions et qu'elle prétendait que le catholicisme n'avait plus de dimension ésotérique. D'autre part, il considérait que si la franc-maçonnerie était toujours une tradition initiatique, le passage d'une pratique opérative à une pratique spéculative, au début du XVIIIe siècle, était un signe de déchéance, ses activités politiques indiquant une décadence encore plus prononcée.

Ayant dénoncé les leurres de la théosophie et de l'occultisme, deux influents mouvements florissants à cette époque, Guénon fut initié en 1912 dans l'ordre Chadhili et partit pour Le Caire en 1930 où il passa le reste de sa vie comme musulman soufi. À ses nombreux correspondants, il désignait clairement le soufisme comme la forme ésotérique la plus accessible aux Occidentaux désireux de trouver ce qui n'existe plus en Occident : une voie initiatique de connaissance (skrt. jñāna, gnose), comparable à l'Advaita vedānta.

De fait, bien qu'Ananda Coomaraswamy fût hindou, de nombreux continuateurs de Guénon tels que Frithjof Schuon, Michel Vâlsan, Martin Lings, Jean-Louis Michon, Titus Burckhardt furent initiés au soufisme. D'autres demeurèrent chrétiens, notamment le philosophe des religions Jean Borella. Marco Pallis était, quant à lui, bouddhiste et Léo Schaya était juif mais devint musulman. Les représentants les plus influents de cette école en Europe du Nord sont les musulmans convertis : Kurt Almqvist, Tage Lindbom et Ashk Dahlén.

Influence dans le milieu universitaireModifier

La pensée traditionaliste a eu une certaine influence dans le domaine des sciences comparatives des religions et notamment sur Mircea Eliade, bien qu'il ne fût pas lui-même membre de cette école[réf. nécessaire]. Des académiciens contemporains comme Huston Smith, William Chittick, Harry Oldmeadow, James Cutsinger, Hossein Nasr et Elémire Zolla ont promu le pérennialisme comme alternative à l'approche laïque et profane du phénomène religieux[réf. nécessaire].

Études universitaires sur le traditionalismeModifier

Le traditionalisme et l'école traditionaliste sont un champ d'études de l'histoire de la pensée, des sciences des religions et de la sociologie des religions. Ces études se focalisent sur la vie et l'œuvre de René Guénon, de ses continuateurs, ainsi que des groupes et institutions de cette mouvance.

HistoireModifier

En France les études sur le traditionalisme ont commencé en 1971 avec la publication d'un article de Jean-Pierre Laurant : « Le problème de René Guénon » dans la Revue de l'histoire des religions. Durant les années 1980, on assista à un développement des travaux universitaires sur René Guénon et, dans les pays anglo-saxons, principalement sur Julius Evola, qui toutefois n'était pas un auteur pérennialiste à proprement parler, comme on l'a dit[réf. nécessaire]. Ce n'est pas avant les années 1990 qu'ont été publiés en anglais des travaux académiques sur le phénomène plus vaste du traditionalisme.

ControversesModifier

Les traditionalistes sont généralement peu réceptifs aux travaux académiques. Guénon lui-même tient les universitaires en piètre estime à cause de leur refus d’admettre la possibilité d’une connaissance supra-rationnelle[réf. nécessaire].

Des controverses suivent la publication du livre de Mark Sedgwick Against the Modern World (Contre le monde moderne) en 2004 : alors que les universitaires et d'autres personnalités n'appartenant pas à la mouvance traditionaliste saluent l'ouvrage[réf. nécessaire], comme le font aussi certains traditionalistes[réf. nécessaire], d'autres traditionalistes publient des comptes rendus très hostiles, attaquant non seulement le livre mais aussi son auteur, l'accusant de divers motifs personnels et d'une méthode de recherche superficielle[28],[29]. Sedgwick rejette ces accusations et maintient que ses motivations sont les mêmes que celles de n'importe quel historien[30].

Le mouvement pérennialiste est parfois associé aux mouvements d'extrême-droite surtout en raison du fait que Julius Evola s'est réclamé de ce mouvement et de l'œuvre de René Guénon. Cette association a été remise en cause par plusieurs auteurs comme Xavier Accart dans Guénon ou le renversement des clartés, montrant que René Guénon émettait de très sérieuses réserves sur Evola et s'inquiétait de toute récupération politique de sa propre œuvre, qu'il disait rejeter par avance[31].

PersonnalitésModifier

Les principales figures pouvant être rattachés à ce courant sont René Guénon, Julius Evola, Ananda Kentish Coomaraswamy, Frithjof Schuon, Mircea Eliade, Titus Burckhardt, Michel Vâlsan, Martin Lings, Seyyed Hossein Nasr, Georges Vallin.[non neutre]

BibliographieModifier

Religion comparéeModifier

Travaux publiés en françaisModifier

Travaux centrés sur René GuénonModifier

  • Jean-Pierre Laurant, « Le problème de René Guénon », Revue de l'histoire des religions (1971).
  • Marie-France James, Ésotérisme et Christianisme : autour de René Guénon (1981)
  • Pierre-Marie Sigaud, éd., René Guénon [Dossiers H] (1984)
  • Jean-Pierre Laurant et Paul Barbanegra, eds, René Guenon [Cahier de l'Herne] (1985)
  • Antoine Faivre, éd, dossier sur le Pérennialisme, Aries 11 (1990)
  • David Gattegno, Qui suis-je René Guénon, Puiseaux (France), Pardès, 2001, 128 p. (ISBN 2-86714-238-5)
  • Jean-Pierre Laurant, René Guénon : Les enjeux d'une lecture (2006) (ISBN 2-84454-423-1)

Autres travauxModifier

Travaux publiés en anglaisModifier

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Titus Burckhardt, Science moderne et sagesse traditionnelle, 1986, p. 66sq : « L'espèce (species), par rapport aux individus qui dépendent d'elle, est un archétype ; elle ne correspond pas seulement à la circonscription approximative d'un groupe donné, mais elle constitue une unité à la fois logique et ontologique, une forme essentielle indivisible. C'est pourquoi elle ne peut se « développer », au sens où elle se transformerait progressivement en une autre espèce, même s'il est vrai qu'elle peut englober des sous-espèces, qui représentent autant de « reflets » différents de la même forme essentielle dont elles ne se détacheront jamais, à la manière des branches d'un arbre qui ne se séparent pas du tronc. On a très justement fait remarquer que toute la théorie de l'évolution progressive des espèces, inaugurée par Darwin, reposait sur une confusion entre l'espèce et la variante. En effet, on interprète comme l'origine d'une nouvelle espèce ce qui, en réalité, n'est qu'une variante possible à l'intérieur d'un type d'espèce donné. »

RéférencesModifier

  1. Stéphane François, Les paganismes de la Nouvelle Droite (1980-2004), Lille, Science politique - Université du Droit et de la Santé, , 482 p., p. 119.
  2. a et b Stéphane François, Les paganismes de la Nouvelle Droite (1980-2004), Lille, Science politique - Université du Droit et de la Santé, , 482 p., p. 120.
  3. Antoine Faivre, « L’historien et le pérennialisme », Politica Hermetica, n°10 (L’histoire cachée entre histoire révélée et histoire critique, 1996), 68-72.
  4. Jean-Paul Lippi, Julius Evola - métaphysicien et penseur politique - essai d'analyse structurale, Lausanne, Editions L'Age d'Homme, , 312 p. (ISBN 2-8251-1125-2), p. 27
  5. Michel Mirabail, Dictionnaire de l'ésotérisme, Paris, Edition Privat - Marabout Université, , p. 278
  6. a et b Jean-Paul Lippi, Julius Evola - métaphysicien et penseur politique - essai d'analyse structurale, Lausanne, Editions L'Age d'Homme, , 312 p. (ISBN 2-8251-1125-2), p. 28
  7. René Guénon, La crise du monde moderne, Paris, Bossard / Gallimard, [1ère éd. 1927] éd. remaniée 1946/1973, 201 p. (ISBN 2-07-023005-8), p. 39
  8. Julius Evola, L'Arc et la Massue, Puiseaux / Paris, Guy Trédaniel / Pardès, , 276 p. (ISBN 2-85707-128-0), p. 272
  9. Julius Evola, Explorations, Grez-sur-Loing, Pardès, , 312 p. (ISBN 978-286714072-3), p. 303-304.
  10. Michel Angebert et al., Julius Evola, le visionnaire foudroyé, Copernic, , 247 p. (ISBN 978-285984009-9), p. 56.
  11. Jean-Paul Lippi, Julius Evola - métaphysicien et penseur politique - essai d'analyse structurale, Lausanne, Editions L'Age d'Homme, , 312 p. (ISBN 2-8251-1125-2), p. 27-51.
  12. Stéphane François, Les paganismes de la Nouvelle Droite (1980-2004), Lille, Science politique - Université du Droit et de la Santé, , 482 p., p. 122.
  13. Alain de Benoist, « Présentation », Krisis, no 3,‎ , p. 7-8.
  14. François Stéphane, « Un ésotérisme «traditionnel» », Raison présente, n°176,‎ , p. 89-97
  15. Frithjof Schuon, Logique et transcendance, Paris, Editions Traditionnelles, , 295 p., p. 83
  16. Martin Lings, Le livre de la certitude, Wattrelos, Editions Tasnîm, , 135 p. (ISBN 978-2-95322-002-5), p. 79
  17. Jean Tourniac, Melkitsedeq ou la Tradition primordiale, Paris, Editions Dervy, , 338 p. (ISBN 978-2-84454-627-2), p. 27
  18. Thierry Béguelin, Vers l'Essentiel: lettres d'un maître spirituel, Lausanne, Les Sept Flèches, , 237 p. (ISBN 978-2-970-03258-8), p. 30,42
  19. Harry Oldmeadow, Vers l'Orient !, Lachapelle-sous-Aubenas, Hozhoni, , 661 p. (ISBN 978-2-37241-007-6), p. 245
  20. René Guénon, La crise du monde moderne, Paris, Editions Gallimard, , 192 p. (ISBN 978-2-07273-261-4), p. 78sqq.
  21. Titus Burckhardt, Science moderne et sagesse traditionnelle, Milan, Archè, , 160 p. (ISBN 978-8-87252-118-2), p. 64.
  22. Jean Rostand, « L'évolutionnisme », Le Figaro littéraire,‎ 20 avril 1957.
  23. Seyyed Hossein Nasr, La religion et l’ordre de la nature, Paris, Editions Entrelacs, , 434 p. (ISBN 978-2-90860-615-7), p. 216, 220.
  24. Jean-Marc Vivenza, Le dictionnaire de René Guénon, Grenoble, Le Mercure Dauphinois, , 572 p. (ISBN 978-2-91382-617-5), p. 211.
  25. Michel Clermont, L’horizon divin, Lachapelle-sous-Aubenas, Hozhoni, , 332 p. (ISBN 978-2-37241-043-4), p. 305.
  26. Frithjof Schuon, Du divin à l’humain, Paris, L’Harmattan, , 156 p. (ISBN 978-2-34314-889-2), p. 26.
  27. Frithjof Schuon, Logique et transcendance, Paris, Editions Traditionnelles, , 295 p., p. 21.
  28. (en) Robert Horváth, « A Critique of Against the Modern World by Mark Sedgwick » (consulté le 8 avril 2020)
  29. (en) Michael Fitzgerald, « Book Review » (consulté le 8 avril 2020)
  30. (en) Mark Sedgwick, « Autobiographical Note » (consulté le 8 avril 2020)
  31. Xavier Accart, Guénon ou le renversement des clartés, Paris, Edidit Sarl, , 1222 p. (ISBN 978-2-912-77003-5)
  32. « Cahiers de l'Unité N°9 | René Guénon », sur Cahiers de l'Unité N°9 | René Guénon (consulté le 28 mai 2018)