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L’orthographe (des racines grecques ὀρθός / orthὀs, « droit, correct », et γραφή / graphḗ, « écriture ») désigne la forme des écrits dans les langues. Par extension, le terme peut désigner les éventuelles normes qui influencent ces graphies, les régularités observées... Plus généralement, on parlera de système d'écriture.

Sommaire

PrésentationModifier

Toutes les langues n'ont pas connu une standardisation de leur écriture (notamment via l'enseignement). Certaines n'ont même pas de culture écrite, d'autres des cultures écrites peu développées, et/ou peu « normées ».

Depuis que les Sumériens ont alphabétisé (ou « phonétisé ») leur écriture, il y a environ 3 000 ans, ce mode de transcription de l'oral s'est diffusé au Moyen-Orient, en Europe, puis lors de la colonisation en Amérique, en Afrique et partiellement en Asie. Il se diffuse actuellement encore, notamment dans l'est de l'Asie, et ceci parallèlement à l'usage des systèmes logographique / idéographique autochtones. De tels systèmes furent toujours précurseurs des systèmes alphabétiques dans les civilisations.

D'un certain point de vue, l'orthographe ne concerne réellement que les langues dont la forme écrite est complexe, imprévisible et à faible correspondance phono-graphique. C'est notamment le cas avec le français ou l'anglais. Il n'est un problème (d'enseignement) et un enjeu (idéologique) majeurs que dans ces langues-là.

L'orthographe peut être divisée en deux catégories :

  • l’orthographe lexicale (aussi appelée orthographe d’usage) définit la façon d'écrire les mots du lexique / vocabulaire, indépendamment de leur usage dans la phrase ou le texte. Dans les systèmes alphabétique ou syllabique, le stade oral de la langue précédant toujours le stade écrit (même dans le cerveau!), l'orthographe d'usage est censée représenter en signes linguistiques la prononciation des mots, selon une correspondance lettre-phonème régulière. Cependant, dans quelques rares langues, des normes détournent de la pure "phonétique", autrement dit l'écriture est très irrégulière.
  • l’orthographe grammaticale vise toutes les marques ou désinences qui affecte l'orthographe lexicale selon les relations entretenu au sein du texte (par exemple, dans certaines langues, les marques de personnes de conjugaison, les marques de genre et nombre...) Cette orthographe grammaticale donne naissance aux formes fléchies. Elle est parfois indépendante de la langue orale (par exemple, en français le pluriel est donné à l'oral par l'article, mais l'écrit ajoute un ou des "s", presque toujours muets!).

ÉvolutionModifier

L'une des grandes évolutions des langues fut l'invention de l'écriture. Ces systèmes de codage « symbolique » permet de mémoriser "à l'extérieur de soi" des idées, des faits, des récits, des comptes, des ordres, des lois...

Les langues (et toutes leurs dimensions écrites et orales : grammaire, syntaxe, prononciation, lexique, orthographe...) se transforment et évoluent et ont une inertie d'autant plus importante que leur nombre de locuteurs/usagers est élevé. Ces changements s'effectuent selon des logiques extrêmement diverses, et la simplicité, la cohérence et la correspondance phono-graphique ne sont pas toujours privilégiées. Les éventuelles institutions d'enseignement et de nombreux médias culturels, parfois de masse (télé, radio, presse, cinéma, littérature, musique...) sont centraux dans la diffusion de normes au sein des communautés linguistiques.

Pour transcrire les langues au plus proche de leur oralité, les linguistes ont développé récemment un alphabet particulier : l'alphabet phonétique international (API).

Rationalisation / Simplification de la forme de l'écritModifier

Les langues évoluent sur différents plans : notamment ceux de la prononciation, de la grammaire, de la syntaxe, du lexique, de l'orthographe. La prononciation ne concerne que l'oral ; la grammaire, la syntaxe et le lexique portent autant les expressions orale qu'écrite ; l'orthographe lui uniquement sur l'écrit.

La typologie des orthographes est fournie. Certaines langues, comme l'italien, l'allemand ou l'espagnol, ont présentement des écritures "transparentes", très régulières et donc simples (à transmettre, à maîtriser). Elles sont complètement ou relativement fidèles au principe alphabético-phonétique.

D'autres langues, comme le français, l'anglais (ou encore le gaélique), ont à notre époque des normes d'écritures très complexes (orthographe grammaticale non audible comme les pluriels en français, diversité des graphies pour un même son, double consonnes...) Au-delà des difficultés proprement linguistiques, et malgré ses très nombreux points forts (progrès éducatifs via le temps scolaire réalloué, démocratisation de l'écrit), les projets et volontés de simplifications de l'orthographe peuvent se heurter à des entraves de nature politique, émotionnelle, idéologique...

En 2003, l'Union européenne a effectué un test de compétence linguistique des élèves de cours préparatoire (6-7 ans). Ce test[réf. nécessaire] a montré de grandes différences de compétences orthographiques selon les langues : 66 % d'échec au test en Angleterre, 30 % au Danemark, 26 % en Pologne, 21 % en France, moins de 10 % pour de nombreuses autres langues (allemand, espagnol, finnois, grec, italien, norvégien, etc.).

L'orthographe du françaisModifier

Article détaillé : Orthographe française.

Il n'existe pas en France, ni dans aucun autre pays francophone, de loi définissant la norme orthographique de la langue. La République française, notamment à travers son ministère de l'Éducation nationale ainsi que des organismes tels que l'Académie française et le Conseil de la langue française, définit la norme d'écriture qui s'impose à tous les agents de la fonction publique, et qui sert ainsi de référence pour l'enseignement (et qui sert souvent par conséquent de normes pour les francoscripteurs).

Ainsi, une modification de l'orthographe a été publiée en 1991 (voir l'article orthographe française) au Journal officiel de la République française. Les « règles » orthographiques ne sont donc pas figées ; elles ont d'ailleurs énormément évolué au cours de l'histoire.

Les productions de l'Académie française et du Conseil de la Langue française sont souvent acceptées à l'étranger, notamment au travers de l'Organisation internationale de la francophonie, diffusant donc les « normes » orthographiques de France dans d'autres pays. Néanmoins, dans les pays et territoires francophones ou à majorité francophone, des institutions propres régissant l'usage de la langue (et donc les normes orthographiques) ont vu le jour, telles que l'Office québécois de la langue française (Canada) ou le Conseil de la langue française (Belgique). Dans d'autres pays ou territoires francophones, aucune institution d'autorité n'existe.

Les orthographes évoluent conjointement à leurs langues, parfois en lien avec les évolutions sociales dans les sociétés concernées. Ainsi, l'évolution récente du français tend à généraliser la dualisation de nombreux mots pour distinguer les genres, au besoin en créant de nouvelles formes (auteur/auteure par exemple). Cette dualité était déjà présente dans le langage oral moderne : un prof / une prof, opposé à l'invariabilité traditionnelle de ce mot.

Les différents pays francophones peuvent avoir un usage orthographique différent, de la même manière qu'il existe des variantes de parlers entre la Belgique, la France, le Québec, la Suisse, etc.

L'idée de réforme de l'orthographe est souvent en France très polémique. Schématiquement, on peut opposer deux clans :

  • les partisans d'une vision inerte et figée de l'orthographe (ce qu'elle n'a évidemment jamais été). La forme de l'écrit véhiculée par l'école est considérée comme patrimoniale, et les irrégularités, particularités comme des « richesses » de la langue. L'orthographe permettrait selon eux de distinguer les mots et de mieux comprendre leurs relations grammaticales, sémantiques et étymologiques (alors que la compréhension est tout à fait effective à l'oral, que le français comporte néanmoins nombre d'homographes et que l'étymologie est accessible de nombreuses autres façons (dictionnaires...) ;
  • les partisans d'une écriture fidèle au principe alphabétique originel, phono-graphiquement régulière, simple, prônent les progrès éducatifs possibles par la réallocation de très nombreuses heures d'enseignement, une rédémocratisation de l'écriture, un cout économique moindre. Ils mettent en avant le fait que de très nombreux autres pays ont procédé à des réformes de leurs écrits et possèdent des systèmes d'écritures très aisés.

Les normes diffusées par l'école sont en France mal maitrisées par une part importante de la population. Et le phénomène s'amplifie[1].

Notes et référencesModifier

  1. « Le niveau d'orthographe en chute libre dans les CV », FIGARO,‎ (lire en ligne)

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Hoedt, Piron et Matagne La faute de l'orthographe, Textuel, 2017
  • Chervel André, L'orthographe en crise à l'école, RETZ, 2008
  • Cazal & Parussa, Introduction à l'histoire de l'orthographe française, Armand Colin, 2015
  • Vincent Cespedes Mot pour mot. Kel ortograf pr 2m1 ?, Flammarion, 2007
  • Danièle Manesse et Danièle Cogis, Orthographe : à qui la faute: 1987 – 2007 Enquête sur un niveau en baisse !, ESF éditeur, 2007 (ISBN 978-2-7101-1840-4)
  • Le Grand Larousse
  • Michel Fayol et Jean-Pierre Jaffré, Orthographier, Presses universitaires de France, 2008
  • Bernard Traimond, Une cause nationale, l'orthographe française, Paris, Presses Universitaires de France, Ethnologies, 2001

Articles connexesModifier

Liens externesModifier