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Préposition

mot ou locution capable de connecter un nom ou un groupe nominal qui le suit (et souvent d'autres parties du discours) comme complément à une autre partie de la phrase, en exprimant une relation entre eux

En grammaire, la préposition (du mot latin praepositio < prae- « avant, devant » + positio « position ») est un mot-outil invariable qui a le rôle, dans un rapport syntaxique de subordination, de relier un constituant de la phrase simple à un autre constituant, le second étant le complément ou l’attribut du premier. La préposition, un déterminant éventuel et le mot à sens lexical qui la suit, forment un groupe ou syntagme appelé prépositionnel. La préposition fait partie de la classe des adpositions, dans laquelle elle se distingue par sa place devant le mot à sens lexical du groupe[1],[2],[3],[4].

Le poids des adpositions dans l’expression des rapports syntaxiques contribue au placement des langues sur l’échelle synthétisme – analytisme[3]. De ce point de vue, les langues à déclinaison relativement développée, dans lesquelles le poids des adpositions est relativement réduit, sont plus synthétiques que celles à déclinaison plus réduite, voire inexistante, où le poids des adpositions est relativement important. Ainsi, les langues romanes sont plus analytiques que le latin[5]. Les langues peuvent aussi être caractérisées en fonction de leur recours exclusif à un certain type d’adposition, par exemple soit prépositions, soit postpositions, ou selon le poids d’un type d’adposition par rapport à un autre dans les langues où il y en a deux[3].

Espèces de prépositions selon leur origine et leur formeModifier

On distingue tout d’abord des prépositions primaires, qui sont en même temps simples. En français, de telles prépositions sont à, de, en, entre, par, pour, sous, sur. Les deux premières présentent la particularité de se contracter avec les articles définis le et les : la maison du berger, la maison des bergers, parler au médecin, parler aux médecins[6].

Dans des grammaires du roumain, on précise que les prépositions primaires et simples sont pour la plupart héritées du latin (cu « avec », de « de », după « après », fără « sans », în « en, dans », între « entre », la « à », lângă « près de », pe « sur », pentru « pour », până « jusqu’à », spre « vers », sub « sous », etc.), quelques-unes étant des emprunts, comme contra « contre »[7].

Dans des grammaires du diasystème slave du centre-sud, on prend également en compte des prépositions primaires et simples : bez « sans », do « jusqu’à », iz « de », među « entre », nad « au-dessus de », od « de, depuis, à partir de », pod « sous », protiv « contre », u « en, dans », etc.[8]

En dehors des prépositions primaires et simples il y a d’autres entités ayant le rôle de prépositions, non pas héritées mais formées sur le terrain de la langue donnée après sa constitution en tant que telle[7]. Elles sont constituées de plus d’un élément.

Il y a des prépositions composées, formées d’éléments soudés en un seul mot, par exemple (fr) depuis[6]. Dans d’autres langues :

  • (hr) ispod « de sous »; između « entre », nakraj « au bout de », usred « au milieu de », etc.[8] ;
  • (ro) deasupra « au dessus de », despre « au sujet de », « dinspre » « depuis » (sens spatial), prin « par, à travers », printre « parmi », etc.[7]

Beaucoup de prépositions proviennent d’autres classes de mots, par coversion. Certains auteurs les appellent « prépositions secondaires »[9]. Exemples :

  • (fr)[6] :
  • (en)[10] :
    • de verbes au gérondif : concerning « concernant », following « suite à », regarding « concernant » ;
    • de verbes au participe : given « étant donné » ;
  • (hr)[8] :
    • de noms au cas accusatif : kraj « à côté de », put « vers » ;
    • de noms au cas instrumental : pomoću « à l’aide de », povodom « à l’occasion de », putem « par le biais de » ;

En roumain, certaines prépositions créées par conversion ne changent pas de forme par rapport à leur base, provenant[7] :

  • de noms : grație « grâce à » ;
  • de verbes au participe : potrivit « selon », mulțumită « grâce à », datorită « grâce à » ;
  • de verbes au gérondif : exceptând « excepté », privind « concernant » ;
  • d’adverbes : contrar « contrairement à », conform « conformément à », drept « comme, en tant que ».

Dans cette langue il y a aussi des adverbes devenus prépositions par adjonction d’un article défini, qui est enclitique en roumain : dedesubtul (< l’adverbe dedesubt « au-dessous ») « au-dessous de », împrejurul « autour de », înăuntrul « à l’intérieur de », împotriva (< l’adverbe împotrivă « contre ») « contre », înaintea « avant, devant », înapoia « derrière »[7].

Dans les autres langues mentionnées ici, il y a davantage de mots utilisés avec la même forme comme adverbes et comme prépositions :

  • (fr) après, avant, avec, contre, depuis, derrière, devant, etc.[1] ;
  • (en) down « en bas (de) » up « en haut (de) », outside « dehors, hors de »[11] ;
  • (hr) blizu « près (de) », poslije « après », prije « avant », van « dehors, hors de »[8].

On considère comme des locutions prépositionnelles ou prépositives les groupes de mots qui remplissent le rôle des prépositions. Ce sont le plus souvent des groupes qui incluent au moins une préposition proprement-dite et au moins un mot d’une autre classe qui, dans cette situation, n’est pas analysable.

En français il y a des locutions utilisées seulement avec des noms et des pronoms, comme à cause de, à compter de, à l’exception de, au-delà de, au-dessus de, grâce à, vis-à-vis de, etc. D’autres sont employées avec des verbes à l’infinitif et correspondent à des locutions conjonctives : afin de (cf. afin que), à seule fin de, avant de, de façon à, de peur de, etc.[12]

Des grammairiens anglophones appellent ce genre de groupes complex prepositions, « prépositions complexes »[2]. Exemples : because of « à cause de », due to « grâce à », except for « à l’exception de », instead of « au lieu de », in front of « devant, en face de », with reference to « concernant », in accordance with « conformément à »[10].

L’inventaire des locutions est ouvert. Il en apparaît continuellement des nouvelles, y compris par emprunt et par calque. En roumain, par exemple, la locution vizavi de est empruntée au français, în măsura « dans la mesure de » est un calque, în materie de « en matière de » est un calque contenant un nom emprunté[13].

Sens des prépositionsModifier

Certaines prépositions ont un degré d’abstraction très élevé, ils ont donc un sens abstrait, ce qui ne permet pas leur représentation sensorielle. Telles sont en (fr) à ou de, que Dubois 2002 appelle « prépositions vides ». D’autres, ayant un degré d’abstraction moindre, permettent une représentation sensorielle limitée. De telles prépositions sont surtout celles à sens spatial et celles à sens temporel, comme avant ou après, appelées « prépositions pleines »[4],[1].

À l’origine, les prépositions exprimaient des rapports spatiaux et temporels, puis on a commencé à les utiliser pour rendre divers rapports abstraits aussi : de cause, de but, etc.[14] Ainsi, les prépositions primaires surtout peuvent avoir plusieurs sens, dont certains plus concrets, d’autres plus abstraits, en fonction des mots à contenu notionnel qu’elles relient. En roumain, par exemple, la préposition pe, dont le sens concret est local, signifiant « sur », est devenue dans certains cas la marque du complément d’objet direct, ayant donc acquis un sens abstrait : ex. Pune paharul pe masă « Mets le verre sur la table » vs L-am văzut pe Gheorghe « J’ai vu Gheorghe »[15].

Les prépositions secondaires et les locutions ont des sens plus précis, concrets ou abstraits, conférés par les mots à contenu notionnel qu’elles contiennent[14].

Constructions avec des prépositionsModifier

On construit avec des prépositions divers types de compléments de mots pouvant être de plusieurs natures :

  • verbe : (fr) Pierre obéit à ses parents[16] ;
  • nom : (cnr) : vjera u uspjeh « croyance au succès »[17] ;
  • adjectif : (de) dem Vater ähnlich « comme le père » (littéralement « semblable au père »)[18] ;
  • adverbe : (en) There’s a cinema not far from here « Il y a un cinéma non loin d’ici »[19] ;
  • interjection : (ro) vai de capul lui « pauvre de lui »[9].

Il y a aussi des attributs du sujet ou du complément d’objet groupes prépositionnels :

  • (fr) Il est en colère[20] ;
  • (ro) Inelul e de aur « La bague est en or »[21] ;
  • (en) Are you for the plan? « Êtes-vous pour le plan ? »[22] ;
  • (sr) Narukvica je od srebra « Le bracelet est en argent »[23].

Le mot à sens lexical, appelé parfois « régime »[1],[24], avec lequel la préposition forme un groupe prépositionnel complément peut être :

  • un nom : (fr) Nous partirons après la Noël[25] ;
  • un pronom : (en) I can reserve a seat for you « Je peux réserver une place pour toi/vous »[26] ;
  • un numéral : (hr) stol za dvoje « une table pour deux »[27] ;
  • un adjectif : (fr) Elle est tout, hormis compétente[28] ;
  • un adverbe : (fr) Il est parti pour toujours[29] ;
  • un infinitif : (ro) dorința de a se întoarce « le désir de revenir »[9] ;
  • un participe : (ro) mașină de scris « machine à écrire »[30].

En roumain, le régime de certaines prépositions peut être un adjectif possessif : înaintea mea « avant moi »[31].

La préposition peut parfois être suivie de toute une proposition : Il est sorti par où il était entré[32].

Rection casuelle des prépositionsModifier

Dans les langues sans déclinaison, le mot qui suit la préposition ne change pas de forme par rapport à celle qu’il a lorsqu’il est employé sans préposition. C’est toujours le cas en français. En anglais, comme un vestige de l’époque où il avait une déclinaison, les prépositions sont suivies de la forme appelée « oblique » ou « objet » des pronoms personnels. Tous ont une telle forme, différente de celle appelée « sujet », sauf ceux de la 2e personne : me « moi », him « lui », her « elle », us « nous », them « eux/elles ». Exemple en phrase : Describe him to me « Décris/Décrivez-le-moi »[33].

Dans les langues à déclinaison, par contre, les prépositions imposent au moins un certain cas grammatical aux noms et aux autres mots à valeur nominale, ainsi qu’aux pronoms avec lesquels elles se construisent. On dit que la préposition régit un certain cas ou exerce une rection casuelle.

Les cas régis par les prépositions primaires et à sens abstrait ne sont en général pas motivés, mais il y a des prépositions secondaires et des locutions qui exigent le même cas que lorsqu’ils étaient ou sont des mots à sens lexical, comme celles qui régissent le génitif en roumain. Par exemple, la préposition du groupe (ro) împrejurul pădurii « autour de la forêt », comme son équivalent français, garde le sens du nom correspondant à « tour », qu’il contient, et le rapport initial de possession qu’il entretient avec le mot correspondant à « forêt », c’est pourquoi elle exige le cas génitif pour ce dernier. De même, dans la locution du groupe (ro) în fața casei « en face de la maison », le nom fața n’est pas analysé en tant que tel, mais exige le cas génitif pour le noyau du complément, parce que celui-ci serait le possesseur de fața si ce mot-ci exprimait l’objet possédé[9].

En roumain, la plupart des prépositions régissent le cas accusatif, dont la forme ne diffère pas dans cette langue de celle du cas nominatif (ex. lângă foc « près du feu »), sauf de rares exceptions (ex. pentru tine « pour toi »). Il y a plusieurs prépositions et locutions utilisées avec le génitif (contra inundațiilor « contre les inondations », împrejurul turnului « autour de la tour », etc.) et quelques autres avec le datif : datorită / grație / mulțumită ajutorului « grâce à l’aide »[31].

Dans des langues comme celles du diasystème slave du centre-sud, dont la déclinaison est plus développée qu’en roumain, la rection casuelle des prépositions est plus complexe. La plupart sont utilisées avec un seul cas, mais il y en a qui le sont avec deux, certaines même avec trois. Le choix du cas est le plus souvent déterminé par le sens de la préposition, mais il y en a qui sont utilisées avec deux cas tout en gardant le même sens, le cas étant dicté par le sens du verbe.

Exemples de prépositions utilisées avec un seul cas[34] :

  • avec le génitif : Sve će biti gotovo do jeseni « Tout sera prêt jusqu’à l’automne » ;
  • avec le datif : Tako se on ponaša prema svim gostima « Il se comporte ainsi envers tous les invités » ;
  • avec l’accusatif : Viđeli smo kroz prozor što se događa « Nous avons vu par la fenêtre ce qui se passait » ;
  • avec l’instrumental : Stalno se svađa s komšijama « Il/Elle se dispute tout le temps avec ses voisins » ;
  • avec le locatif : Postupite po zakonu! « Procédez conformément à la loi ! ».

Un exemple de préposition qui exige deux cas selon ses sens est s[35] :

  • avec le génitif : Crijep je pao s krova « La tuile est tombée du toit » ;
  • avec l’instrumental : Susreo sam se s njim « Je l’ai rencontré » (litt. « Je me suis rencontré avec lui »).

Les cas utilisés avec certaines prépositions à sens spatial diffèrent selon le sens du verbe. Si le verbe exprime le déplacement vers un lieu, c’est l’accusatif qui est exigé : Golub je sletio na krov « Le pigeon a volé sur le toit ». Si, au contraire, le verbe n’exprime pas un tel déplacement (pouvant exprimer un déplacement sans but précisé), le cas est autre, avec la préposition de l’exemple précédent – le locatif : Golub je na krovu « Le pigeon est sur le toit »[35].

Il y a quelques prépositions qui sont employées avec deux cas différents selon le critère ci-dessus et avec un troisième lorsqu’elles ont un autre sens. Telle est la préposition u[35] :

  • avec l’accusatif, si le verbe exprime le déplacement vers un lieu : Idemo u šumu « Nous allons dans la forêt » ;
  • avec le locatif, si le verbe n’exprime pas un tel déplacement : U šumi se čuje cvrkut ptica « Dans la forêt on entend le gazouillis des oiseaux » ;
  • avec le génitif, si la préposition exprime la possession : U Milice duge trepavice « Milica a de longs cils » (litt. « Chez Milica longs cils »).

Restrictions imposées à l’emploi de déterminantsModifier

Les prépositions peuvent être différentes par des restrictions qu’elles imposent ou n’imposent pas à l’emploi des déterminants en général et des articles en particulier avec les noms et les autres mots à valeur nominale, ainsi qu’avec certains types de pronoms[36]. Pour les langues sans articles, comme celle du diasystème slave du centre-sud, la question concerne seulement les autres déterminants.

En français on dit, par exemple, avec des nuances de sens différentes, dans l’enfer et en enfer. Dans a toujours un régime à déterminant, alors que en est le plus souvent construit sans déterminant[37].

En roumain, les régimes au génitif et ceux au datif ont toujours un déterminant qui porte lui-même le morphème de ces cas : deasupra câmpiei « au-dessus de la plaine », deasupra unei câmpii « au-dessus d’une plaine », datorită împrejurărilor « grâce aux circonstances », datorită unor împrejurări « grâce à des/certaines circonstances ». Par contre, la plupart des prépositions régissant l’accusatif n’apparaissent pas avec l’article défini si leur régime n’a pas d’épithète ou de complément : Mă duc la scoală « Je vais à l’école », Intru în casă « J’entre dans la maison ». Cependant, comme dans le cas de leurs correspondants français, le nom en cause est déterminé de façon définie, bien qu’il n’ait pas d’article[36].

RéférencesModifier

  1. a b c et d Dubois 2002, p. 377.
  2. a et b Crystal 2008, p. 383.
  3. a b et c Bidu-Vrănceanu 1997, p. 379.
  4. a et b Constantinescu-Dobridor 1998, article prepoziție.
  5. Bidu-Vrănceanu 1997, p. 46.
  6. a b et c Grevisse et Goosse 2007, p. 1319-1320.
  7. a b c d et e Avram 1997, p. 265.
  8. a b c et d Barić 1997, p. 278 (grammaire croate).
  9. a b c et d Bărbuță 2000, p. 198.
  10. a et b IGE, page Complex Prepositions.
  11. Eastwood 1994, p. 287.
  12. Grevisse et Goosse 2007, p. 1322.
  13. Bidu-Vrănceanu 1997, p. 380.
  14. a et b Bărbuță 2000, p. 200.
  15. Moldovan 2001, p. 344.
  16. Dubois 2002, p. 399.
  17. Čirgić 2010, p. 283 (grammaire monténégrine).
  18. Bussmann 1998, p. 479.
  19. Eastwood 1994, p. 18.
  20. Grevisse et Gosse 2007, p. 272.
  21. Avram 1997, p. 333.
  22. Eastwood 1997, p. 299.
  23. Klajn 2005, p. 228 (grammaire serbe).
  24. Grevisse et Gosse 2007, p. 1320 et suivants.
  25. Grevisse et Gosse 2007, p. 1323.
  26. Eastwood 1994, p. 10.
  27. Barić 1997, p. 219.
  28. Grevisse et Gosse 2007, p. 1327.
  29. Grevisse et Gosse 2007, p. 1325.
  30. Avram 1997, p. 350.
  31. a et b Bărbuță 2000, p. 199.
  32. Grevisse et Gosse 2007, p. 1326.
  33. Eastwood 1994, p. 234.
  34. Čirgić 2010, p. 188-215.
  35. a b et c Barić 1997, p. 279.
  36. a et b Avram 1997, p. 95.
  37. Grevisse et Gosse 2007, p. 1349-1350.

Sources bibliographiquesModifier

  • (ro) Avram, Mioara, Gramatica pentru toți [« Grammaire pour tous »], Bucarest, Humanitas, 1997 (ISBN 973-28-0769-5)
  • (hr) Barić, Eugenija et al., Hrvatska gramatika [« Grammaire croate »], 2de édition revue, Zagreb, Školska knjiga, 1997 (ISBN 953-0-40010-1) (consulté le 6 mars 2019)
  • (ro) Bărbuță, Ion et al., Gramatica uzuală a limbii române : « Grammaire usuelle du roumain », Chișinău, Litera, (ISBN 9975-74-295-5, lire en ligne).
  • (ro) Constantinescu-Dobridor, Gheorghe, Dicționar de termeni lingvistici [« Dictionnaire de termes linguistiques »], Bucarest, Teora, 1998 ; en ligne : Dexonline (DTL) (consulté le 6 mars 2019)
  • Dubois, Jean et al., Dictionnaire de linguistique, Paris, Larousse-Bordas/VUEF, 2002
  • Grevisse, Maurice et Goosse, André, Le bon usage. Grammaire française, 14e édition, Bruxelles, De Boeck Université, 2007 (ISBN 978-2-8011-1404-9)

Articles connexesModifier