Nord 2501

avion de transport militaire français

Nord 2501 Noratlas
Vue de l'avion.
Un Noratlas aux couleurs de l'Armée de l'air française, au Salon du Bourget 2009. On distingue bien la configuration bipoutre, permettant un accès aisé aux portes de chargement arrière.

Constructeur Nord-Aviation
Rôle avion de transport militaire
Premier vol
Mise en service
Date de retrait
Nombre construits 426
Équipage
6 (2 pilotes, 1 mécanicien, 1 radio, 1 navigateur, 1 chef de soute)
Motorisation
Moteur SNECMA Hercules 739
Nombre 2
Type Moteur en étoile
Puissance unitaire 1 500 kW (2 040 ch)
Dimensions
Envergure 32,5 m
Longueur 21,95 m
Hauteur m
Surface alaire 101,2 m2
Masses
À vide 13 075 kg
Maximale 21 000 kg
Performances
Vitesse maximale 440 km/h
Plafond 7 100 m
Rayon d'action 2 450 km
Armement
Interne Emport de 7 900 kg de charge, 35 parachutistes ou 18 blessés sur civières
Externe Aucun

Le Nord 2501, communément appelé Noratlas et surnommé la Grise[1], est un avion de transport militaire français. Il s'agit d'un bimoteur bipoutre à ailes hautes, réalisé par Nord-Aviation à la fin des années 1940. Construit à un peu plus de 400 exemplaires, dont certains destinés au transport civil de passagers, il a été utilisé par une dizaine de pays jusqu'à la fin des années 1990. Il a été retiré du service dans l'Armée de l'air en 1986 après 32 ans de service[2],[3].

ConceptionModifier

En 1947, un appel d'offres est lancé pour un avion de transport, destiné à équiper l'Armée de l'air française d'un appareil moderne en remplacement des différents avions qu'elle utilise à l'époque. Le projet Nord 2500, proposé par Nord-Aviation, est retenu et deux prototypes sont commandés en 1948. Le premier d'entre eux fait son vol inaugural le sur l'aérodrome de Melun-Villaroche, équipé de deux SNECMA Gnome et Rhône 14R de 1 600 ch chacun et piloté par Claude Chautemps[4].

Appelé Nord 2501, le deuxième prototype est équipé de moteurs beaucoup plus puissants, des Bristol Hercules 739 de 2 040 ch fabriqués sous licence en France. Il fait son premier vol le , et les deux prototypes entrent alors dans le programme d'essai destiné à valider leur utilisation. L'accident du second prototype le (voir plus bas) ne remet pas en cause le projet, et c'est la formule 2501 qui est finalement retenue.

Le premier avion de série décolle le et est livré en à l'Armée de l'air, qui reçoit au total 208 exemplaires sur les 425 construits. Les autres Noratlas sont exportés en Allemagne de l'Ouest (qui fabriquera 124 Nord 2501-D sous licence et en assemblera 57 autres, après en avoir reçu 25 construits en France), en Grèce (52 avions neufs), en Israël (6 avions neufs + 16 ex-allemands) et au Portugal (6 avions neufs + 26 autres d'occasion de diverses origines). Certains seront vendus à des compagnies civiles, comme Air Algérie.

Le chargement de cet avion imposait de prendre une précaution particulière : mettre en place les deux « chambrières » qui empêchaient le fuselage de se tasser lors du chargement d'un véhicule ou d'une lourde charge, limitant la hauteur d'autres véhicules capables de passer sous l'empennage.

En version militaire, le confort était réduit : les sièges alignés sur chaque bord de la soute n'étaient qu'une toile tendue ; les « toilettes » étaient remplacées par un passe-coque, un tuyau de caoutchouc et un entonnoir, utilisables exclusivement par des hommes.

VersionsModifier

 
Sauts d'exercice depuis des Nord 2501 en France.
  • Nord 2500 : premier prototype avec moteurs SNECMA Gnome et Rhône 14R ;
  • Nord 2501 : second prototype et avions de série avec moteurs Bristol Hercules 739. Certains avions ont été modifiés par la suite pour la guerre électronique (Nord « Gabriel »), l'entraînement à la radio navigation, etc. ;
  • Nord 2501-D : version construite sous licence en Allemagne de l'Ouest par Weserflugzeugbau (WFB) (devenu ensuite VFW) à Brême et par HFB à Hambourg ;
  • Nord 2502 : version destinée au transport civil (47 passagers, équipée de deux turboréacteurs Turbomeca Marboré IIE de 3,92 kN (400 kgp) de poussée unitaire en bout d'aile) ;
  • Nord 2503 : version équipée de moteurs Pratt & Whitney R-2800 (un seul prototype) ;
  • Nord 2504 : adaptation du Nord 2502 pour les expérimentations de lutte anti-sous-marine à la CEPA (un seul exemplaire)[5] ;
  • Nord 2506 : adaptation aux terrains sommaires et augmentation de l'autonomie (deux prototypes) ;
  • Nord 2507 : adaptation aux missions de sauvetage en mer (jamais construit) ;
  • Nord 2508 : Nord 2503 équipés de deux turboréacteurs d'appoint Marboré en bout d'ailes (deux prototypes).

EngagementsModifier

 
Un Nord 2501 de l'aviation nigérienne, en 1979.

Le Nord 2501 arriva trop tard dans l'armée française pour participer réellement à la guerre d'Indochine. Il fut par contre engagé pendant la guerre d'Algérie à partir de novembre 1954 afin de transporter des parachutistes, des vivres et des munitions. C'est d'ailleurs à cette occasion que le surnom de "Grise" lui est donné à cause de la couleur de son fuselage[2]. Il fut aussi utilisé pendant la crise du canal de Suez en 1956 où l'Armée de l'air mobilisa 40 Nord 2501, pendant la crise de Bizerte (opération Charrue en 1961) et aussi lors de diverses opérations humanitaires : pour secourir le Liban après le tremblement de terre de 1956, pour ravitailler Tananarive (Madagascar) après les inondations de 1957, pour apporter 1 000 tonnes de céréales aux pays du Sahel touchés par la sécheresse en 1973[2]. Lors des évènements de mai-juin 1968, les Noratlas militaires furent même utilisés en remplacement des avions civils cloués au sol par les grèves. De 1962 à 1984, l'appareil servit à l'école des troupes aéroportées (ETAP) à Pau pour le largage des parachutistes de haut vol et de précision.

Les avions ouest-allemands participèrent également à plusieurs opérations humanitaires en Afrique ou en Turquie.

Le Portugal engagea ses Noratlas durant ses guerres coloniales en Angola et au Mozambique.

En Grèce, 15 Nord 2501 participèrent, dans la nuit du 21 au à l'opération Niki (en), visant à contrer le débarquement turc à Chypre du . Deux d'entre eux seront abattus en vol, deux autres détruits au sol[6].

RéutilisationModifier

Au fil du temps, les Noratlas sont revendus d'occasion par leurs différents propriétaires et équipent divers pays africains comme l'Angola, Djibouti, le Mozambique et le Zaïre. Au Zaïre il volait comme avion cargo exploité par la compagnie Guila Air jusqu’aux derniers événements en 1997. Guila Air possédait 4 appareils : les n° 131, 142, 135, 169. Le dernier vol eut lieu en février 1998.

Le dernier Noratlas en état de vol, le n° 105, est basé en France, sur l'aéroport de Marseille Provence, où il est mis en œuvre par l'association Le Noratlas de Provence[7], qui a réussi à le faire classer Monument historique en 2006[8]. Son premier vol fut effectué le . Il est passé successivement par les escadrons suivants : Touraine, Sahara, CIET, Anjou, GAMOM 88, Bigorre, CIFAS, Vercors. Il continue à être utilisé occasionnellement par les forces armées françaises, pour des sauts de cohésion, par exemple en 2016 au 1er RPIMa à l'occasion d'une passation de commandement[9], mais également pour des missions d’entraînement au profit des forces armées et de la DGSE, notamment en 2012, 2014 et 2016[10].

Le Noratlas no 111 orne, en élément décoratif, l'entrée du Quartier Soult à Tarbes, garnison du 35e Régiment d'Artillerie Parachutiste.

Un Nord 2501 végète depuis 20 ans en pièces détachées du côté de Uchaud, dans le Gard[11].

Le site des « Ailes Anciennes », situé à côté du musée de l'aéronautique Aéroscopia à Toulouse Blagnac, possède les Noraltas no 191 et 201. Le premier, portant le code 64-BQ, apparemment complet et en relativement bon état, a servi au sein de la 64e escadre de transport de l'Armée de l'air basée à Évreux-Fauville et a régulièrement séjourné sur la base 188 de Djibouti. Il a rejoint Toulouse depuis Châteaudun par les airs en 1984. Le second appareil, le no 201, a quant à lui été cédé à l'association en 2003 par un particulier[12].

Le Nord 2501 no 160,[13] en bon état et en cours de restauration, se trouve exposé à l’aérodrome Vannes-Meucon au Morbihan Aero Musée [14]. Il reste également un Noratlas sur la base aérienne 279 de Châteaudun.

Le Noratlas 146, construit en 1953, est conservé en très bon état et est exposé devant l'École de production ECAUT (École des Métiers de l'Automobile ) à Viuz-en-Sallaz (Haute-Savoie) depuis 1989. Il est utilisé comme chapelle par cette école catholique[15].

AccidentsModifier

Pays utilisateursModifier

 
Carte des pays utilisateurs.
 
Un Nord 2501 Noratlas de la Luftwaffe en exposition.

Notes et référencesModifier

  1. https://noratlas-de-provence.com/le-noratlas-2501/l-ambiance-d-une-mission-sur-la-grise.html
  2. a b c et d Jean-Paul Talimi, « La Grise, avion de transport français », Air actualités n°742,‎ , p. 58
  3. « Histoire du Nord-aviation 2501 », sur https://noratlas-de-provence.com/ (consulté le )
  4. Roland de Narbonne, 2009, p. 74.
  5. Franck Dubey, « Nord 2504 Noratlas », Mer et Marine (consulté le )
  6. (en) Mihail Solanakis, « Operation "Niki" 1974 - A suicide mission to Cyprus »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  7. « Le Nord 2501 " Noratlas " N° 105 est le dernier Noratlas volant au monde ! Classé Monument Historique », sur noratlas-de-provence.com (consulté le )
  8. Notice no PM13001585, base Mérimée, ministère français de la Culture
  9. JVC, « Le 1er RPIMa saute...Dans le temps ! », sur www.veterans-jobs-center.com, (consulté le ).
  10. Laurent Lagneau, « Un Noratlas 2501 reprend du service pour l’entraînement des parachutistes », sur Opex 360, (consulté le ).
  11. « Noratlas 2501 N°78 », sur chemin-de-memoire-parachutistes.org, Chemin de mémoire des parachutistes, (consulté le ).
  12. Ailes anciennes de Toulouse, « SNCAN N2501 Noraltas », sur aatlse.org/fr (consulté le )
  13. Frédéric Marsaly, « Le Noratlas de Vannes-Meucon cambriolé » [archive du ], sur aerobuzz.fr, (consulté le )
  14. Christian Ravel, « Histoire succincte du Nord N.2501 Noratlas n°160 » [PDF], sur morbihan-aero-musee.com (consulté le )
  15. « Noratlas 2501 N°146 »
  16. Jacques Nœtinger, Histoire de l'aéronautique française : l'épopée 1940-1960, Paris, Éditions France-Empire, , 342 p. (ISBN 2-7048-0205-X)
  17. https://aviation-safety.net/database/record.php?id=19531229-0&lang=fr
  18. a b c d e f g h i j k l m n o p q r s t u v w x y et z « Nord-Aviation Nord 2501 Noratlas », AviationsMilitaires.net (consulté le )
  19. Revue Icare no 221, p. 78-87
  20. Jean-Louis Vienne, « Saint-Mandrier : commémoration de la catastrophe aérienne de Prémian », Mer et Marine, (consulté le )
  21. « liste des victimes »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  22. (en) « Israeli Air Force Noratlas », sur airliners.net, (consulté le )

Voir aussiModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

BibliographieModifier

  • Enzo Angelucci et Paolo Matricardi, Les avions, t. 5 : L'ère des engins à réaction, Elsevier Sequoia, coll. « Multiguide aviation », (ISBN 2-8003-0344-1), p. 242.
  • Xavier Capy, Le Noratlas : l'histoire des Nord 2500 à 2508, Albi, Éd. Escale, (ISBN 2-912394-00-7)
  • Xavier Capy et Gilbert Millas, Le Noratlas, du Nord 2500 au Nord 2508, Lela Presse, coll. « Profils Avions » (no 29), , 2e éd. (1re éd. 1997), 238 p. (ISBN 978-2-914017-96-1 et 2912394007, présentation en ligne)
  • (en) William Green, Macdonald Aircraft Handbook, Londres, Macdonald & Co. Ltd.,
  • (en) Paul A. Jackson, German military aviation, 1956-1976, Hinckley, Midland Counties Publications, (ISBN 0-904597-03-2)
  • Gilbert Koch, Parachutiste un jour...Pilote un autre jour, 2020 (ISBN 979-10-359-2209-2)
  • Roland de Narbonne, « Septembre 1949 dans l'aéronautique française ; Nord 2500, SOM.1 et VG90 : Une réussite masque deux échecs », Le Fana de l'Aviation, Clichy (France), Éditions Larivière, no 478,‎ , p. 74-78 (ISSN 0757-4169).  .

Avions similairesModifier

Liens externesModifier