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Nicolas Boulte

militant de la gauche chrétienne étudiante dans les années 1960
Nicolas Boulte
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Biographie
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Décès
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Baruch Zorobabel
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Nicolas Boulte ( - ) est un militant de la gauche chrétienne étudiante. En Mai 68, il rejoint l'extrême gauche anti-impérialiste en devenant, notamment, le secrétaire du Comité Vietnam national.

En 1972, sous le pseudonyme de Baruch Zorobabel, il est l'auteur de Tentative de bilan du Comité de lutte Renault, une des rares analyses critiques, « de l'intérieur », des pratiques d'intervention en milieu ouvrier des maoistes de la Gauche prolétarienne (1969-1973) en France.

Déçu et victime des groupes issus de la gauche maoïste, il se suicide en 1975.

Chrétien de gauche anti-impérialisteModifier

Action dans l’ÉgliseModifier

En 1964, étudiant à l'Institut catholique de Paris il devient président de l'Association générale des étudiants de l'institut catholique (AGEIC)[1],[2] qui va adhérer à l'Union nationale des étudiants de France (UNEF). Faisant ainsi « entrer le syndicalisme dans une structure d’Église », il reconnaît l'importance centrale de la faculté de théologie mais réclame une réforme profonde en contestant vivement l'existence d'écoles et instituts annexes (tels que ESSEC, ESCOM, ISEP, ISIT) qui, selon lui, ne font qu'entretenir la classe sociale bourgeoise.

En novembre 1965, il est parmi les fondateurs la Jeunesse universitaire chrétienne (JUC), une scission de gauche de la Jeunesse étudiante chrétienne (JEC)[3],[1],[4] qui se réfère à l'option préférentielle pour les pauvres (théologie de la libération), à la justice (Isaïe) et au partage (Mathieu 25, 31-46 : « J'étais nu et vous m'avez vêtu, j'ai eu faim et vous m'avez donné à manger, ... »). Il devient président de la JUC après avoir été le chef de file des dissidents de la JEC.

On n’utilise pas Jésus Christ, comme Dieu d’ailleurs. Jésus n’est pas utile. Comme Nicolas Boulte répondait à la question : « Jésus, ça sert à quoi ? Il faut aimer Jésus Christ pour lui-même, pour rien, comme on aime, quoi ! » Voilà ce qu’il nous faut chercher dans la prière, la méditation, le recueillement, la rencontre avec lui et nos frères. La gratuité de l’amour. Dieu est amour et celui qui aime connaît Dieu parce que Dieu est amour » (1 Jean, 4-7)[5].

De 1966 à 1968, il contribue alors comme journaliste à plusieurs titres de presse dont Le Nouvel observateur et La Quinzaine littéraire. Il est au même moment un des fondateurs, avec Henri Nallet et André Sénik, du Centre de recherche et d'intervention révolutionnaire, l'un des groupes de réflexion à l'origine de Mai 68 qui a servi de point de jonction entre les militants catholiques, protestants et athées et d'éditeur d'analyses politiques et sociales.

Engagement politiqueModifier

En 1968, il est secrétaire du Comité Vietnam national (CVN)[6],[4].

Le 21 mars, il est interpellé à ce titre et à son domicile, suite à diverses actions violentes contre des sociétés américaines (Chase Manhattan Bank, Bank of America, TWA, American Express) dans le cadre du mouvement d'opposition à la guerre du Viêt Nam[1],[7].

La veille, le 20 mars, à l'occasion d'une manifestation organisée par le CVN « pour la victoire du peuple vietnamien contre l'impérialisme américain », trois cents étudiants saccagent le siège de l'American Express, à l'angle de la rue Scribe et de la rue Auber à Paris. Cinq activistes sont arrêtées[8] dont Xavier Langlade[9] (décédé à Cuba le ) du service d'ordre de la Jeunesse communiste révolutionnaire.

Ces arrestations vont provoquer, le 22 mars à la faculté de Nanterre, l'occupation du huitième étage du bâtiment administratif de l'université et la création du Mouvement du 22 Mars[4]. La libération de ces six personnes sera l'une des revendications des étudiants de la faculté de Nanterre, contribuant à déclencher Mai 68[10].

L'expérience comme ouvrier chez Renault à Boulogne-BillancourtModifier

Après Mai 68, il « s'établit » comme ouvrier chez Renault à Boulogne-Billancourt où il est actif, dès son origine, dans le Comité de lutte Renault, une structure créée par la Gauche prolétarienne dans l'usine[11],[12].

Très critique par rapport aux pratiques de ce comité, il rédige, sous le pseudonyme de Baruch Zorobabel, au printemps 1972, une Tentative de bilan du Comité de lutte Renault[13] qui est publiée en octobre par la revue conseilliste Informations et correspondances ouvrières[14],[15].

Dans ce mémoire, l'auteur analyse une « idéologie de l'activisme coupée de la réalité quotidienne » : par manque d'implantation réelle chez les ouvriers, les maos sont contraints pour exister à mettre en œuvre une stratégie « militariste » de surenchère permanente dans l'affrontement avec les agents de maîtrise aux portes de l'usine. C'est, d'après l'auteur, ce type d'action qui est à l'origine du meurtre de Pierre Overney, le 25 février 1972, par un vigile de Renault[16].

En 2008, Morgan Sportès reprend cette trame dans son roman Ils ont tué Pierre Overney.

En 1975, il se suicide après avoir envoyé au journal Le Monde sa notice nécrologique : « On nous prie d'annoncer que Nicolas Boulte s'est donné la mort volontairement, lucidement, le 10 mai 1975. "A ce dont l'esprit se contente, l'étendue de sa perte se mesure (Hegel)"»[4].

PublicationsModifier

Le Nouvel observateurModifier

Nicolas Boulte collabore au Nouvel Observateur de 1966 à 1968 et instruit pour Jean Daniel les suites du concile Vatican II (1962-1965), en particulier la contestation dans l'Église.

  • Un technocrate de droit divin, Le Nouvel Observateur n° 79, 20 avril 1966 (les méthodes de Monseigneur Pierre Veuillot, « les flics de Dieu »)
  • Le patron des jésuites français, Le Nouvel Observateur n° 126, 18 avril 1967
  • Guerre de cardinaux, Le Nouvel Observateur n° 127, 19 avril 1967
  • Le synode se cherche, Le Nouvel Observateur n° 152, 11 octobre 1967
  • Le pari de Paul VI, quatre ans d'hésitation pour condamner des siècles de progrès, Le Nouvel Observateur, n° 195, 5 août 1968 (pourquoi le pape a dit non à la pilule, « le coup de Galilée »).

Tentative de bilan du Comité de lutte RenaultModifier

Bibliographie et sourcesModifier

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b et c Rédaction, M. Boulte, l'un des dirigeants du Comité Vietnam National et plusieurs lycéens sont arrêtés, Le Monde, 23 mars 1968, lire en ligne.
  2. Rédaction, Affrontement de tendances à l'Association des étudiants de l'Institut catholique de Paris, Le Monde, 5 juin 1965, lire en ligne.
  3. Robert Chapuis, Témoignage : itinéraire d’un chrétien de gauche, in Gerd-Rainer Horn, Yvon Tranvouez, L'esprit de Vatican II Catholiques de gauche dans l'Europe occidentale des années 1968, Histoire@Politique, n°30, septembre-décembre 2016, lire en ligne.
  4. a b c et d Pierre Viansson-Ponté, Entre la résignation et la violence, Le Monde, 30 juin 1975, lire en ligne.
  5. Fr. Jacques Sylvestre o.p., Que cherchez-vous ? Spiritualité 2000, Parole et Vie, homélie pour le 2e dimanche du temps ordinaire, année B, janvier 2006.
  6. Étienne Fouilloux, Les chrétiens français entre guerre d'Algérie et mai 1968, Parole et Silence, 2008, page 207.
  7. Christophe Carmarans, Mai-68: il y a 50 ans, l’étincelle jaillissait de Nanterre, RFI, 22 mars 2018, lire en ligne.
  8. Rédaction, « La salle du Conseil de la faculté des Lettres de Nanterre occupée », L'Obs, 1er avril 2008, [lire en ligne].
  9. Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, « Le Maitron » : Xavier Langlade.
  10. Michelle Zancarini-Fournel, « Mai 68 : « Le mouvement du 22 mars à Nanterre peut être perçu comme un détonateur » », sur lemonde.fr, (consulté le 22 mars 2018).
  11. Morgan Sportès, Ils ont tué Pierre Overney : roman, Grasset & Fasquelle, 2008, page 158.
  12. Denis Pelletier, Religion et politique autour de Mai 68, Socio, 10|2018, lire en ligne, DOI:10.4000/socio.3128.
  13. Jean-Pierre Duteuil, Mai 68: Un mouvement politique, Éditions Acratie, 2008, page 212.
  14. Christian Beuvain, Florent Schoumacher, Chronologie des maoïsmes en France, des années 1930 à 2010, revue électronique Dissidences, no 3, printemps 2012, lire en ligne.
  15. Centre International de Recherches sur l'Anarchisme (Lausanne) : notice.
  16. Rémi Hess, Le maoïsme, l'analyse et les analyseurs, L'Homme et la société, n°29-30, 1973, Analyse institutionnelle et socio-analyse, DOI:10.3406/homso.1973.1832, pp. 41 & 44.