Massacre à la tronçonneuse (film, 1974)

film sorti en 1974
Massacre à la tronçonneuse
Titre québécois Le Massacre à la scie
Titre original The Texas Chainsaw Massacre
Réalisation Tobe Hooper
Scénario Kim Henkel
Tobe Hooper
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau des États-Unis États-Unis
Genre Horreur
Durée 84 min
Sortie 1974

Série

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Massacre à la tronçonneuse ou Le Massacre à la scie au Québec (The Texas Chain Saw Massacre) est un film d'horreur américain réalisé par Tobe Hooper, sorti en 1974.

Le film bénéficie d'une ressortie le après notamment un reétalonnage des couleurs et du son.

SynopsisModifier

Jeunes et insouciants, cinq amis, Sally, son frère handicapé Franklin, Jerry, Kirk et Pam, traversent le Texas sous une chaleur infernale, à bord d'un minibus. Ils s'aperçoivent bien vite qu'ils sont entrés dans un territoire étrange et malsain, à l'image d'un vagabond qu'ils ont pris en stop : un jeune homme au visage plein de stigmates, vicieux, et en proie à des obsessions macabres. Ce dernier ne tarde pas à se faire menaçant, mais les cinq amis parviennent à s'en débarrasser. L'ambiance est d'autant plus pesante que de mystérieux profanateurs de sépulture sévissent dans la région, déterrant des cadavres pour les ériger en totems. Peu de temps après, l'équipe s’arrête pour faire le plein d'essence, à une station-service.

Les cuves étant vides, ils décident de poursuivre vers la maison d'enfance de Sally et Franklin, malgré les mises en garde du pompiste concernant l'inhospitalité de certains autochtones. Parvenus à la maison en ruine, les amis se séparent. Kirk et Pam, partis se baigner, aperçoivent une vieille ferme isolée aux alentours, et décident de s'y aventurer afin d'acheter de l'essence aux propriétaires. Lorsqu'ils tentent de pénétrer à l'intérieur, un colosse masqué, Leatherface, surgit et tue Kirk en lui fracassant le crâne d'un coup de massette ; puis il s'en prend à Pam qu'il empale sur un croc de boucher tandis qu'il découpe le cadavre de Kirk. Jerry, parti à leur recherche, découvre Pam dans un congélateur, mais il est lui aussi tué d'un coup de massette. Il ne reste alors plus que deux survivants, et la nuit commence à tomber.

Franklin et Sally, restés seuls avec le minibus mais sans les clefs de contact, décident de partir à la recherche de leurs compagnons. L'homme masqué s'abat subitement sur eux, armé cette fois d'une tronçonneuse avec laquelle il découpe Franklin. La dernière survivante, Sally, s'enfuit vers la maison et découvre à l'étage les restes desséchés d'un vieux couple. Elle parvient à échapper à Leatherface en sautant par la fenêtre et arrive à la station service. Le gérant de la station, faisant mine de vouloir l'aider, l'attache, la bâillonne et l'emmène de force dans son camion à la maison. Ils y sont rejoints par l'auto-stopper, qui se révèle être le frère de Leatherface.

Leatherface et son frère descendent l'un des corps de l'étage, qui est en réalité vivant : il s'agit de leur grand-père. Les hommes décident que ce sera lui qui devra tuer Sally, mais le viel homme est trop faible. Une lutte s'ensuit, au cours de laquelle Sally arrive à s'échapper à travers la fenêtre. Poursuivie par Leatherface et son frère, elle rejoint la route. Un camion renverse et tue le frère et Leatherface attaque le véhicule avec sa tronçonneuse. Le conducteur l'assomme avec une clé serre tube, mais est blessé à la jambe et s'enfuit. Sally monte dans un autre camion qui passe par là, tandis que Leatherface brandit sa tronçonneuse dans les airs, dépité.

ProductionModifier

Le tournage s'est déroulé à Austin, Bastrop et Round Rock, au Texas. Le réalisateur Tobe Hooper a expliqué lors d'un entretien que la raison pour laquelle il a choisi la tronçonneuse plutôt qu'autre chose c'est que le bruit de l'engin remplaçait n'importe quelle musique d'horreur pendant les scènes et donc un gain d'argent[1]. Dans un entretien à Mad Movies, en , Tobe Hooper précise que, afin de renforcer l'aspect cinéma vérité, documentaire, les tronçonneuses fonctionnaient vraiment sur le tournage, ceci afin d'obtenir un rendu sonore le plus proche possible de la réalité. Il n'y eut qu'une seule blessure à déplorer pendant le tournage (Gunnar Hansen)[réf. nécessaire].

Lors du tournage d'une scène, la comédienne Marilyn Burns frisa la crise d'hystérie. Tobe Hooper l'avait poussée dans ses derniers retranchements.

Le titre du film fut choisi quelques semaines avant sa sortie en salle. Bien que le film se nomme Massacre à la tronçonneuse, un seul membre du groupe d'amis est assassiné avec l'instrument en question, les autres sont tués à l'aide de masse, de croc de boucher et de réfrigérateur.

InspirationsModifier

Le personnage de Leatherface s'inspire d'Ed Gein[2], un profanateur de tombes et tueur de femmes, de Plainfield dans le Wisconsin en 1957. Quand Gein a été finalement capturé, les restes de quinze femmes ont été trouvés dans sa maison.

« C'était l'époque du Watergate. Une époque où je commençais à me dire que peut-être ces gens à la télé ne disaient pas la vérité. Je crois que je devenais désillusionné. Et les jeunes de mon entourage étaient soit désillusionnés soit déterminés à faire changer les choses. C'était une époque étrange. Le film est devenu une métaphore cinématographique de la conjoncture de l'époque. Voilà à mon avis le propos de Massacre à la tronçonneuse. » (Tobe Hooper)[réf. nécessaire]

Fiche techniqueModifier

DistributionModifier

Note : Premier doublage (1982) / Second doublage (2001)

RéceptionModifier

Interdictions de projection à l'étrangerModifier

Le film a obtenu le prix de la critique au Festival international du film fantastique d'Avoriaz 1976. Censuré, le film est sorti en Finlande en novembre 1996 ainsi qu'au Royaume-Uni en avril 1999. . Les Britanniques auront attendu près d'un quart de siècle avant de pouvoir regarder Massacre à la tronçonneuse sur grand écran. Rejeté par la censure en 1975, ce classique de l'horreur est sorti le dans les cinémas du Royaume-Uni. Le British Board of Film Classification a finalement autorisé la diffusion du film, qui reste interdit aux moins de 18 ans.

Versions françaisesModifier

La commission de contrôle interdit aussi la sortie de ce film en France après une semaine d'exploitation en salle en 1974 et ce n'est qu'en mai 1982 que l'interdiction fut levée. En France, le film est sorti dans sa version intégrale huit ans après sa réalisation avec une interdiction aux moins de 18 ans, accompagnée d'un avertissement

Interdit par la censure par cinq ministres de la Culture successifs, Massacre à la tronçonneuse est le premier film que René Chateau édite en vidéogramme VHS en 1979, en version intégrale, dans la collection « Les Films que vous ne verrez jamais à la Télévision » (aux côtés de Zombie, Maniac, etc.). Le film a été doublé une première fois en français en 1982, puis à nouveau en 2001 pour la sortie DVD chez Studio Canal. Néanmoins, la première VF a été réintégrée sur le Blu-Ray et le DVD sortis en 2014 chez TF1 Video. Il existe également une version française doublée au Québec connue sous le titre de Massacre à la scie[4].

SuitesModifier

Bien que les noms réels des protagonistes joués par Edwin Neal, Gunnar Hansen et Jim Siedow ne soient pas révélés dans le film, leur véritable identité est donnée dans la suite : Massacre à la tronçonneuse 2 (The Texas Chainsaw Massacre 2). Le personnage de l’auto-stoppeur se nomme Nubbins Sawyer, celui du cuisinier et tenant de la station-service est Drayton Sawyer et le nom de Leatherface est Bubba Sawyer. Contrairement à ce qui a pu être cru, Drayton Sawyer n'est pas le père de Leatherface et Nubbins ; il est leur frère aîné. La famille comprend également un autre frère jumeau de Nubbins, nommé Chop Top, mais il n'apparaît que dans la suite. Il est incarné par l'acteur Bill Moseley.

Impact culturelModifier

Massacre à la tronçonneuse est considéré comme l'un des films d'horreur les plus importants de tous les temps [5]. Dans la continuité de Psychose (1960) d'Alfred Hitchcock, dont la source avait été le même fait divers, il contribue à jeter les bases des slashers [6] tels que La Nuit des masques (1978), Vendredi 13 (1980), Les Griffes de la nuit (1984) : des outils ordinaires (tronçonneuse, marteau, pioche) y servent d'armes meurtrières, le tueur est un homme silencieux et dénué de sentiments. Massacre à la tronçonneuse est aussi considéré comme l'un des plus importants films du genre survival, et aura été une source d'inspiration importante pour de nombreux réalisateurs dont, dans la jeune génération, Alexandre Aja (La colline a des yeux, Haute Tension), Quentin Dupieux (Rubber, Steak) ou Julia Ducournau (Grave).

Le titre Chainsaw du premier album (1976) du groupe The Ramones fait référence à ce film.

De la singularité du film vis à vis de son héritage culturelModifier

Avec le recul, Massacre à la tronçonneuse peut être considéré comme quasi-fondateur du genre Slasher. Ses caractéristiques ont influencé de près ou de loin tous les films appartenant à ce sous-genre de l'horreur. Un scénario type se dégage notamment : des jeunes gens imprudents viennent à s'isoler dans un territoire esseulé dont ils ignorent tout, et deviennent la proie d'un tueur (souvent masqué et silencieux) qui les décimera les uns après les autres, par des procédés originaux voir ludiques. Cette histoire symbolise d'une certaine manière la vengeance des exclus sur les "belles gens". Les notions de bien et de mal s'y retrouvent chamboulées, les "monstres" devenant ici les héros de franchises sanglantes (Scream, Halloween…) A noter en ce sens que l'usage tend à remplacer le nom réel des franchises en question par celui des monstres (on parlera des "Freddy" plutôt que des Griffes de la nuit ; des" Jason" au lieu des Vendredi 13.) Les jeunes gens y incarnent divers travers des sociétés occidentales, liés à un certain degré de réussite sociale. Aussi la vengeance du tueur n'est elle pas si aveugle qu'elle parait. Celui-ci sait cibler ceux qui ont troublé son environnement, et les tue : soit pour les punir, soit pour les intégrer rituellement à son mode de vie en guise de réparation.

Massacre à la tronçonneuse est également considéré comme un représentant majeur du genre Survival. Ce qui singularise ce genre vis à vis du Slasher (les deux genres étant très proches), c'est l'empathie que suscite chez le public la situation des victimes. Les connaissances du spectateur concernant les forces à l'œuvre étant aussi limitées que celles des personnages, ceux-là souhaitent voir ceux-ci s'en sortir (à la différence du Slasher pur qui créé plutôt une satisfaction à voir mourir des gens détestables). Ainsi l'intérêt du Survival réside-t-il dans la survie finale d'un des personnages. Dans Massacre à la tronçonneuse, c'est Sally qui s'en sort. Elle est la Dernière Survivante, celle qui a su s'emparer des armes du chasseur (des codes du genre) pour le vaincre.

Ainsi, par le truchement du Slasher et du Survival, Massacre à la tronçonneuse met en scène la rencontre sanglante de deux modes de vie, mais ne nous incite pas à prendre parti pour l'un ou l'autre camp. Tobe Hopper lui-même décrit Leatherface comme un « grand bébé » qui tue car il se sent menacé. Ce caractère primitif, instinctif, Sally le retrouvera à la fin du film, ce qui la sauvera. Les deux personnages sont donc assez proches de ce point de vue. Les jeunes gens sont certes imprudents et arrogants, mais certains membres de la "famille tronçonneuse" présentent des défauts équivalents. En filigrane, le film induit que l'horreur a une matrice : le capitalisme. Celui qui a créé les tronçonneurs (leur déchéance étant le fruit de l'industrialisation) et les jeunes gens (qui le symbolisent directement). Massacre à la tronçonneuse travaille donc à nous montrer que l'horreur à l'œuvre n'est que la conséquence d'un système vaste, dont les indices sont partout. Le titre du film illustre parfaitement ce truchement : le "massacre" se faisant au moyen d'une "tronçonneuse", soit un objet emblématique de l'industrialisation conquérante.

Notes et référencesModifier

  1. Bruno Icher, « Horreur, bonheur ! », sur liberation.fr, Libération, (consulté le 21 septembre 2020).
  2. (en) Rachael Bell et Marilyn Bardsley, « Eddie Gein », sur trutv.com (consulté le 21 juillet 2009)
  3. « Massacre à la tronçonneuse : le commencement - Les anecdotes », sur Evene.fr (consulté le 18 septembre 2008).
  4. « Fiche du film Massacre à la scie » sur Doublage.qc.ca.
  5. Olivier Père, « Tobe Hooper, cauchemars américains », sur arte.tv, Arte, (consulté le 7 juillet 2013)
  6. Richard Zoglin, « Cinema: The Predecessors: They Came from Beyond », Time, (consulté le 7 juillet 2013)

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • (en) Larrie Dudenhoeffer, « Monster Mishmash : Iconicity and Intertextuality in Tobe Hooper's The Texas Chain Saw Massacre », Journal of the Fantastic in the Arts, International Association for the Fantastic in the Arts, vol. 19, no 1 (72),‎ , p. 51-69 (JSTOR 24352405).
  • (en) Gunnar Hansen, Chain Saw Confidential: How We Made the World's Most Notorious Horror Movie, Chronicle Books, 2013.
  • (en) Stefan Jaworzyn, The Texas Chain Saw Massacre Companion, Titan Books, 2004.
  • (en) James Rose, The Texas Chain Saw Massacre, Auteur Publishing, coll. « Devil's Advocate », 2012, (ISBN 978-1906733643)
  • Julien Sévéon, Massacre(s) à la tronçonneuse - 1974-2017 une odyssée horrifique, CinExploitation, 2020
  • Jean-Baptiste Thoret, Massacre à la tronçonneuse : une expérience américaine du chaos, Dreamland, 2000.

Liens externesModifier

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