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La dernière survivante est un archétype de cinéma lié aux genres nommés slasher et survival movies. Tous les personnages sont tués, sauf une femme (par exemple le personnage de Ripley dans le film de science-fiction Alien, le huitième passager, en 1979).

Le terme a été inventé par Carol J. Clover, issu de son ouvrage Men, Women, and Chain Saws: Gender in the Modern Horror Film, qui identifie les archétypes les plus courants du genre et s'inscrit dans un discours critique qui en attaque l'idéologie.

Le pitch du scénario est entièrement bâti sur le final lié à un tel personnage.

Le slasher movieModifier

La dernière survivante fait son apparition en même temps que le sous-genre du cinéma d'horreur appelé le slasher, dans les années 1960. Ce type de film met en scène les meurtres d'un tueur plus souvent qu'autrement psychopathe et qui élimine un à un les personnages du film. Slasher dérive en effet de « to slash », qui signifie couper, du moins taillader. Les tueurs se munissent d'objets tranchants pour tuer leur victime.

Certains films iconiques marquent ce sous-genre, notamment Psycho, Halloween, Texas ChainSaw Massacre, Friday the Thirteen, etc.

Caractéristiques de la dernière survivanteModifier

Toujours dans son essai intitulé Men, Women, and Chain saws, Carol J. Clover soulève le fait que depuis les années 1970, dans les films à suspense et d'horreur, plus particulièrement dans les slashers, ce sont les personnages féminins qui survivent. En effet, l'image de la femme en détresse se transforme et devient l'image de la femme qui ne meurt pas : la survivante[1].

Clover insiste sur des caractéristiques spécifiques de la survivante. La survivante est souvent plus petite et plus faible que le tueur[2]. Ni totalement féminine, ni complètement masculine (tout comme le tueur), la survivante joue avec les codes des genres. Intelligente, compétente, calculée, c'est souvent elle qui détectera le danger en premier[3].

Parce que le tueur est perçu comme étant un monstre, il n'est pas totalement un homme. L'objet qu'il utilise pour tuer ses victimes est à ce propos intéressant du point de vue analytique : le couteau, la scie ou tout objet coupant réfère probablement au phallus ou à une force phallique du moins. Le masculin dévorateur de vie, dérivé du vagin édenté, joue certainement avec les codes. À ce propos, le spectateur est appelé à s'identifier au personnage de la survivante, nous le rappelle Clover, et à espérer que le tueur fou ne nous tue pas. C'est parce que la survivante fait les choix les plus raisonnables qu'elle survit, et c'est ce qui la rend masculine, nous confirme Carol J. Clover :

« The gender of the Final Girl is likewise compromised from the outset by her masculine interests, her inevitable sexual reluctance, her apartness from other girls, sometimes her name. At the level of the cinematic apparatus, her unfemininity is singled clearly by her exercise of the "active investigating gaze" normally reserved for males and punished in females when they assume it themselves. »[4]

La dernière survivante a une posture féministe : elle investit l'action, contrairement à la récurrence perçue dans le cinéma jusque-là. Elle s'approprie l'action et permet au spectateur tant masculin que féminin de s'associer à elle. Elle impose ainsi une vision nouvelle qui s'écarte du regard masculin traditionnel.

La dernière survivante est souvent en fuite et le slasher met souvent en scène des films qui rappellent les scénarios d'un viol. Le tueur et son objet tueur phallique poursuivent la jeune femme en détresse. Une caractéristique très importante de la survivante tient du fait que cette dernière n'est pas sexuellement accessible : vierge ou asexuée, la dernière survivante se distingue des stéréotypes féminins qui sont traditionnellement associés à sa sexualité[5].

Ellen Ripley : une voie nouvelle pour la survivanceModifier

Comme le souligne Sherrie Inness dans son livre Action Chicks, Ripley a ouvert la voie à une série de personnages féminins puissants. En effet, les années Reagan voient éclore une série de films dont les héros ultra musclés deviennent des têtes d’affiches sérielles. Pensons à Mad Max, Terminator, Rambo, Rocky, Robocop, Indiana Jones, Batman, Die Hard, etc.

Que vient faire une Ripley dans ce monde d’homme ? « Ce rôle masculin qu’Alan Ladd Jr avait nonchalamment transformé en rôle féminin, et qui [est confié] à Sigourney Weaver, devint par pur accident l’un des plus emblématiques du cinéma moderne[6] ». L’Alien de Ridley Scott apparait au bon moment, comme le souligne Roger Luckhurst, le film arrive en effet « en tête de la vague des slashers des années 1979-1980 […] mais l’abondance de slashers permet de déceler toute l’inventivité d’Alien, qui remanie ses sources en profondeur[7] » Alien remanie audacieusement la Final Girl, (dernière survivante) un élément typique du slasher. Le producteur de la 20th Century Fox n’a pas changé le personnage de Ripley pour des raisons féministes, c’est bien parce qu’il était lui-même un fan de l’œuvre d’Hitchcock et parce que comme tout bon personnage féminin de film d’horreur, c’est une jeune fille qui survit au meurtrier. Ce qu’il ignorait, c’est que Ridley Scott choisirait une Sigourney Weaver, une femme de presque six pieds, athlétique et élancée pour jouer le rôle de Ripley. Une femme qui se montre tout au long de la tétralogie capable de se défendre, qui n’a pas peur de prendre des décisions et de pousser des hommes devant elle, peu importe le prix à payer. Ripley possède les caractéristiques de ce que décrit Carol J. Clover, elle est intelligente, vigilante, pondérée, sérieuse et compétente. Tout comme la Final Girl de Clover, Ripley n’est ni totalement masculine, ni complètement féminine[8].

Lucide et raisonnable, elle n’hésite pas à s’armer de fusils et d’explosifs pour combattre le monstre.

Évolution depuis les années 2000Modifier

Avec l'entrée dans le XXIe siècle et l'arrivée d'un cinéma d'horreur plus noir, plus désespéré, le final des slashers, mais aussi des survival movies ne connaît plus systématiquement de dernière survivante.

Si certaines œuvres poursuivent dans cette voie (The Forgotten Ones aka The Tribe - Jörg Ihle - 2009 - États-Unis), d'autres se terminent par le massacre de tous les personnages (Skeleton Crew - Tommi Lepola - 2009 - Finlande / The Last Resort - Brandon Nutt - 2009 - États-Unis).

Dans d'autres cas, le film laisse planer un doute sur le sort qui attend la dernière survivante, laissant le spectateur dans l'indécision (Staunton Hill - Cameron Romero - 2009 - États-Unis / The Descent - Neil Marshall - 2005 - Royaume-Uni) ou inverse les rôles par surprise (All the Boys Love Mandy Lane - Jonathan Levine - 2006 - États-Unis)

Malgré tout, les dernières survivantes n'ont pas complètement disparu du cinéma d'horreur. Un des cas les plus emblématiques de ces dernières années reste le personnage d'Erin interprété par Sharni Vinson dans le slasher You're Next. Ici, contrairement à beaucoup de dernières survivantes, Erin ne va pas juste tenter de s'échapper ou de trouver une aide quelconque, elle va tout simplement inverser les rôles en traquant les tueurs masqués qui s'en prennent à la famille de son compagnon en posant divers pièges à travers la maison afin des les neutraliser, ce qui bouscule un des schémas classiques de la dernière survivante qui veut que le combat final entre elle et l'antagoniste se joue à la toute fin du film alors qu'ici, pendant la totalité du film, Erin va tout faire pour supprimer les tueurs un par un tout en restant la dernière survivante.

AnnexesModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • (en) Carol J. Clover, Men, Women and Chain Saws: Gender in the Modern Horror Film, Princeton University Press, 1992, 276 p. (ISBN 978-0691048024)
  • (en) Jim Harper, Legacy of Blood: A Comprehensive Guide to Slasher Movies, Critical Vison, 2004, 192 p. (ISBN 978-1900486392)
  • Olivia Gazalé, Le Mythe de la virilité: un piège pour les deux sexes, Paris, Robert Laffon, 2017. (ISBN 9782221145012)
  • Roger Luckhurst, Alien, Sandy Julien trad., Valence, Akileos, 2014, 96 p. (ISBN 978-1844577880)

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Carol J. Clover, Men, Women, and Chain saws. Gender in the modern horror film., Princeton, Princeton University Press, 1992, p. 35.
  2. Carol J. Clover, Men, Women, and Chain saws. Gender in the modern horror film., Princeton, Princeton University Press, 1992, p. 40.
  3. Carol J. Clover, Men, Women, and Chain saws. Gender in the modern horror film., Princeton, Princeton University Press, 1992, p. 44.
  4. Carol J. Clover, Men, Women, and Chain saws. Gender in the modern horror film., Princeton, Princeton University Press, 1992, p. 48.
  5. Olivia Gazalé, Le Mythe de la virilité: un piège pour les deux sexes, Paris, Robert Laffon, 2017.
  6. Roger Luckhurst, Roger, Alien, Sandy Julien trad., Talence, Akileos, 2014, p.73., Alien, Talence, Akileos, , p. 40.
  7. Roger Luckhurst, Alien, Talence, , p. 73.
  8. (en) Carol J. Clover, Men, Women, and chain saws. Gender in the Modern Horror Film, Princeton, Princeton University Press, 2015 [1993], p. 40-43.