Kichaka
Description de cette image, également commentée ci-après
Kichaka tué par Bhima

कीचक (Kīcaka)

Alias
सिंहबल (Siṃhabala)
Décès Palais du roi Virata
Activité principale
Commandant en chef de l'armée du roi Virata
Famille
Demi-frère de la reine Sudeshna, épouse du roi Virata
Aîné de 105 frères, les Upakichaka

Kichaka, nom sanskrit transcrit कीचक en devanagari et Kīcaka en IAST, parfois également transcrit Kîtchaka ou Kîchaka, désigne un personnage secondaire apparaissant dans le Livre de Virata, le quatrième chant du Mahabharata attribué à Vyasa.

Chef militaire aussi brave que pervers, il tente de séduire Draupadi venue se cacher avec ses maris les Pandava dans le royaume de son beau-frère, le vieux roi Virata. Comme elle le repousse, il essaye de la violer et l'humilie publiquement. Bhima le tue en représailles de l'affront fait à son épouse. Sa mort laisse le royaume de Virata apparemment sans défense ce qui attise la convoitise des Kaurava et relance la guerre avec les fils de Pandu.

Kichaka n'est pas lié aux deux groupes qui s'entre-déchirent mais son agression de Draupadi et la vengeance qui s'ensuit ont un effet important sur le cours des événements. Cela lui confère dès lors un rôle clé bien qu'indirect dans l'épopée. Au-delà de son implication dans la guerre, l'offense et la réaction de l'épouse outragée qui appelle à son meurtre comme celle du mari qui l'exécute brutalement peuvent aussi être envisagées dans une perspective religieuse.

Personnage mythologique décrit dans un livre particulièrement plaisant à entendre, il a excité l'imagination au cours des siècles au point qu'un grand nombre de villes et villages principalement indiens revendiquent encore aujourd'hui d'être le lieu où il a vécu et où il est mort.

Son histoire, bien que limitée à un seul livre de la centaine qui composent le Mahabharata, a suscité de multiples interprétations, adaptations et réécritures au cours siècles. Elle est jouée sur scène dans une multitude de genres au cours des manifestations profanes et religieuses, représentée au cinéma et a même fait l'objet d'adaptations en bande dessinée. Certains auteurs lui ont donné en outre une orientation politique au moment de la lutte pour l'indépendance de l'Inde.

Histoire de KichakaModifier

Dans le MahabharataModifier

Sauf indication contraire, l'identification d'un passage particulier du Mahabharata, signalé sous la forme « (MBh chant,chapitre) », se base sur la numérotation de l'édition critique[note 1].

L'histoire de Kichaka[1] est décrite dans le deuxième livre du Livre de Virata, le quatrième chant du Mahabharata attribué à Vyasa. Schaufelberger et Vincent, en traduisant l'édition critique aussi dite de Pune[2], la situent dans les chapitres 13 à 23 du Livre de Virata. Ils intitulent Meurtre de Kīcaka ce livre titré en en sanskrit कीचकवधपर्वा (Kīcakavadha parva) (trad. Le livre du meurtre de Kichaka)[3]. La traduction en anglais et en prose de K. M. Ganguli basée en partie sur l'édition de Calcutta[note 2] le place quant à elle dans les chapitres 14 à 24 et le nomme Kichaka-bhada Parva (trad. Le livre du meurtre de Kichaka)[5]. Kathleen Garbutt qui traduit la « vulgate »[note 3] en anglais le situe au même endroit, et intitule cet épisode Kíchaka’s Lust and Death (trad. Lubricité et mort de Kichaka)[6]. Dans la version de l'édition critique, ce livre est composé de 11 chapitres et de 353 shloka[7], soit l'équivalent d'environ 700 vers.

ContexteModifier

Le Mahabharata raconte qu'après avoir perdu la partie de dés contre Duryodhana, Yudhishthira, ses quatre frères et leur épouse commune Draupadi sont condamnés à douze années de bannissement suivie d'une année passée à se cacher. S'ils sont découverts, le cycle de treize ans recommencera. À l'issue de douze années d'errance dans la forêt, ils décident de passer leur exil secret au royaume des Matsya dissimulés sous divers déguisements. La courte histoire de Kichaka se situe à la fin de cette treizième année dans le palais de Virata, le roi des Matsya[8].

Présentation de KichakaModifier

La présentation qui suit apparaît dans les manuscrits du sud de l'Inde. Les traducteurs Schaufelberger et Vincent ont choisi de l'intégrer à la fin du chapitre MBh IV,15 alors qu'elle est rejetée en annexe par l'édition critique du Mahabharata[9].

Kichaka est le fils de Kekaya, un conducteur de char de la caste mixte des sūta exerçant la fonction de roi[note 4], et d'une princesse des Malava. Sa demi-sœur Sudeshna, née de Kekaya et d'une autre princesse des Malava, est l'épouse de Virata, roi des Matsya[12].

Il est l'aîné d'une fratrie composée de cent six frères dont il en est le plus fort et le plus habile au combat. Au service de sa demi-sœur et régnant sur ses cadets, il défait un grand nombre d'ennemis de Virata qui le nomme alors chef de son armée. Cet homme très brave et dont la force n'est comparable qu'à celle de Bhima, habite au palais et commande avec ses frères aux dix frères du roi[11].

Le meurtre par BhimaModifier

 
Draupadi humiliée par Kichaka sous les yeux du roi Virata et devant Bhima et Yudhishthira (au fond à droite)

Un jour qu'il rend visite à sa demi-sœur la reine Sudeshna, Kichaka est subjugué par la beauté de sa servante Sairandhri[note 5], en réalité Draupadi déguisée qui se cache au palais du roi Virata avec ses cinq maris les Pandava. Il tente de la séduire par des mots doux mais elle le repousse arguant outrée qu'elle est mariée à cinq êtres surnaturels, des gandharvas (MBh IV,13)[16].

Nullement effrayé et submergé de désir, Kichaka demande alors à Sudeshna de lui envoyer sa servante sous un prétexte quelconque. La reine accepte[note 6] et Sairandhri tremblante de peur se voit contrainte de se présenter seule dans les appartements de Kichaka. Il la poursuit à nouveau de ses assiduités et comme elle résiste, il la saisit par la main[note 7]. Elle se défait brutalement et parvient à s'enfuir vers la salle du conseil. Il la rattrape, l'agrippe par les cheveux, la fait tomber et la frappe du pied sous les yeux de Virata, Yudhishthira et Bhima. Le vieux roi n'ose pas s'opposer au chef de son armée tandis que ses deux époux n'interviennent pas de peur d'être découverts. Elle ne doit finalement son salut qu'à une intervention du dieu Surya qui foudroie Kichaka et le laisse inconscient (MBh IV,14-15)[22].

Le soir même, à la fois furieuse et très amère, Draupadi supplie Bhima, le plus fort de ses maris, de venger son honneur bafoué en tuant le soudard. Son époux imagine alors un stratagème qui lui permet de se retrouver seul[note 8] déguisé en femme dans le pavillon de danse du palais face à un Kichaka énamouré qui croit retrouver Sairandhri. Une lutte formidable s'ensuit. Finalement, Bhima terrasse Kichaka et fait de son cadavre une boule de chair informe en lui rentrant la tête et les membres dans le corps[note 9] (MBh IV,16-21)[25].

Après sa mortModifier

Les frères de Kichaka pensent Draupadi responsable de la mort de leur aîné et en représailles, l'enlèvent pour la brûler vive sur son bûcher funéraire[note 10]. Bhima, réveillé par les appels à l'aide de son épouse, surgit, la délivre et tue tous les frères (MBh IV,22)[28].

Virata, effrayé par la mort du chef de son armée et de ses frères, fait demander à Sairandhri de quitter la ville (MBh IV,23)[29]. Pendant ce temps à Hastinapur, la mort mystérieuse de Kichaka attire l'attention de Duryodhana, l'aîné des Kaurava, qui décide d'attaquer Virata pour piller son royaume maintenant sans défense (MBh IV,24-29)[30],[note 11].

Autres versionsModifier

 
Marionnette wayang représentant Kichaka (Java, 1856)

Le Mahabaratha a été adapté et traduit à de multiples reprises pendant des siècles, mais le personnage de Kichaka et son histoire sont restés très proches de la version sanskrite attribuée à Vyasa. Seuls l'éloignement, de fortes traditions locales et des visions religieuses ont amené à des modifications notables.

Variantes jaïnesModifier

Plusieurs auteurs jaïns ont interprété librement le Mahabharata dans une perspective religieuse[note 12]. C'est le cas en particulier de Jinasena (en) qui compose en 873 et en sanskrit sa propre version du Harivamsa (trad. La lignée de Hari) centrée sur Krishna[33]. Cette œuvre monumentale en 12 000 shloka et 66 chants[34] présente des différences importantes avec le Mahabharata, comme le fait que Draupadi ne soit mariée qu'avec Arjuna puisque la polyandrie est considérée comme un péché. Kichaka harcèle toujours Draupadi, mais Bhima ne le tue pas. Il se contente de le battre et le soldat libidineux réalise son « erreur ». Il se repent puis décide de se retirer dans l'ascèse jaïne ce qui peut lui permettre d'être sauvé[35],[36],[note 13].

Tous n'ont pas insisté à ce point sur la non-violence. Ainsi, dans sa version en kannada écrite vers 950[38] et titrée Vikramarjuna Vijaya (trad. Victoire du puissant Arjuna), Pampa revient au mythe original de Vyasa. Si Draupadi n'est également mariée qu'au seul Arjuna[39],[40], le personnage de Kichaka comme son histoire sont les mêmes que dans le Mahabharata. Bhima le tue et la seule différence significative réside dans le fait que le chef militaire intervienne dès l'arrivée des Pandava au royaume des Matsya en participant à un combat de lutte[41],[note 14].

Variantes indonésiennesModifier

La version indonésienne du Mahabharata écrite en kawi au Xe siècle et retrouvée incomplète à Bali présente un Kichaka très proche de à celui Vyasa[43]. En revanche, le théâtre de marionnettes wayang, qui comprend à son répertoire de nombreux événements relatés dans le Mahabharata dont l'histoire du chef militaire, a introduit d'importantes variations. Certaines versions n'ont même plus qu'un lointain rapport avec le personnage décrit par Vyasa.

Dans l'une d'entre-elles par exemple, Kichala, nommé Kencaka ou Kencakarupa, tombe sincèrement amoureux de Draupdadi et lui propose le mariage. Cette demande met en danger les Pandava qui se cachent au royaume du roi Virata, et pour éviter d'être découverts, Bhima tue l'importun[44],[45]. Dans une autre version, le personnage de Kichaka est interprété par les deux frères jumeaux Rupakenca et Kencakarupa. Ils tentent de violer Draupdadi et Bhima les tue tous les deux en secret alors qu'elle tente de leur échapper. Draupadi est accusée de leurs morts mystérieuses par le roi Virata et doit subir un procès[46]. Enfin, dans une version qui ne fait pas intervenir Draupadi, Bhima tue les jumeaux Rupakenca et Kencakarupa car ils tentaient avec leurs autres frères de renverser le roi Virata[47],[48].

Variantes folkloriquesModifier

La tradition de peuples aborigènes indiens s'est parfois mélangée avec le fond légendaire du Mahabharata pour produire des mythes originaux assez éloignés du texte attribué à Vyasa. C'est ainsi que l'anthropologue Verrier Elwin a recueilli l'histoire suivante auprès du peuple Binjhwar dans l'état d'Orissa : Kichaka servait si bien Mahadeho, la divinité primordiale créatrice de toutes choses après le déluge, qu'il en reçoit en récompense une grande force. Mais il devient lubrique et s'attaque à la vertu de chaque jolie jeune fille qui passe à sa portée. Bhima vient à l'apprendre, le poursuit, l'attrape et le tue en l'écrasant entre ses mains au point d'en faire une bouillie qu'il jette dans le feu. Quelque temps après, la pluie vient à tomber et des cendres humides émerge une sangsue. Mahadeho avait promis à Kichaka la force et l'immortalité, c'est pourquoi il est impossible de tuer une sangsue[49].

Verrier Elwin a également entendu l'histoire suivante du peuple Kamar au centre de l'Inde qui fait de surcroît écho à l'enlèvement de Draupadi par Jayadratha (en) dans le Livre de la forêt (en) : Pendant le séjour des Pandava dans la forêt, un kichaka[note 15], un ogre affreux qui vivait là, avait pour habitude de venir effrayer Draupadi lorsque ses maris étaient partis à la chasse. Elle s'en plaint à Bhima qui attrape le kichaka et le tue sur les bords d'un réservoir. Il écrase son cadavre et du sang qui sort de son nez naît une sangsue[49].

Le personnageModifier

DescriptionModifier

 
Draupadi assiste à la lutte entre Kichaka (au centre) et Bhima.

Kichaka est un personnage puissant et imbu de lui-même. Chef de l'armée et beau-frère du roi, il se vante d'être en réalité le véritable maître du royaume des Matsya[51]. Mais le Mahabharata donne peu de détails. Il fait dire tout au plus à Susharma (en), le roi du royaume voisin de Trigarta (en) et allié des Kaurava, qu'il est « un homme cruel, intraitable, pervers, malfaisant et abject, malgré sa vaillance bien connue… » (MBh IV,29)[52]. Le texte sanskrit lui connait des parents et des épouses[note 16] mais n'évoque pas d'éventuels enfants. Il a une demi-sœur, la reine Sudeshna, et cent cinq frères[note 17] cadets nommés collectivement les Upakichaka, en sanskrit उपकीचक (upakīcaka) (trad. les Kichaka mineurs). Le Mahabharata ne dit rien de ses orientations religieuses mais une tradition du Karnataka lui prête Mailara (en), une manifestation de Shiva, comme divinité familiale[54],[note 18].

Il appartient comme son père à la caste mixte des sūta[51], inférieure à celle des brahmanes (les prêtres) et des kshatriya (les guerriers), mais supérieure à celle des vaishya (les artisans)[56],[note 19]. Il aurait pu être destiné à n'être qu'un conducteur de char, assistant sans réellement combattre un guerrier kshatriya[58]. Mais le système des castes offre quelques souplesses dans le Mahabharata[59] et Kichaka devient le chef de l'armée de Virata après avoir montré sa valeur au combat en terrassant ses ennemis. Habile de toutes les armes et au courage terrible, il vaut à lui-seul plusieurs dizaines de milliers de guerriers[60],[note 20]

Kichaka est un être malfaisant mais ce n'est pas un démon. Une interpolation du sud de L'Inde indique en revanche que ses frères, les Upakichaka, sont des Kaleya daityas (en) nés sur terre[62],[note 21], c'est-à-dire des démons fils de Kala personnifiant la colère et la destruction[63].

Interprétations religieusesModifier

 
Bhima tue les frères de Kichaka devant son bûcher funéraire (encre sur papier, vers 1600)

Le concept hindouiste abstrait de dharma, traduit très imparfaitement par la justice, l'ordre, la moralité, le devoir, la loi ou encore l'ordre du monde, constitue un thème central du Mahabharata. Tous les personnages y sont confrontés, et leurs actions sont envisagées à l'aune du dharma[64].

C'est le cas de Kichaka qui est le troisième à s'attaquer à Draupadi après Dushasana (en) qui tente de la déshabiller dans le Livre de l'assemblée (en) (MBh II,61)[65] et Jayadratha (en) qui l'enlève dans le Livre de la forêt (en) (MBh III,248-256)[66]. Comme Dushasana (en), Kichaka meurt des mains de Bhima. Une interprétation commune, telle que présentée dans le Kamasutra de Vatsyayana écrit vers le Ve siècle, est que son meurtre constitue un châtiment pour son crime, celui d'avoir été victime de son plaisir. Mais Vatsyayana suggère plutôt que Kichaka doit son sort funeste au fait qu'il n'a pas suivi la voie du dharma en se laissant emporter par son désir[67].

L'indianiste Madeleine Biardeau interprète le personnage du chef militaire comme le symbole d'un désordre qui règne au royaume des Matsya. Il se prétend le vrai roi et pousse même Draupadi à opposer publiquement au vieux Virata l'opinion de la cour au milieu de laquelle il trône. Il est donc au service de l’adharma tout comme peuvent l'être les Kaurava[68]. Dans le même temps, comme le rappelle le spécialiste des religions David Gitomer, il incite Draupadi et Bhima à une vengeance terrible contre l'avis de Yudhishthira, ce qui constitue en soi une opposition radicale au dharma[69].

Kichaka est également envisagé dans le contexte de l'identification de Draupadi à la Déesse. L’indianiste Alf Hiltebeitel remarque ainsi que Draupadi, l'œil enflammé de fureur, les cheveux défaits et la bouche en sang[note 22] après avoir été frappée du pied par le chef militaire, évoque irrésistiblement Kali, la déesse de la destruction[70]. Madeleine Biardeau abonde dans ce sens en commentant qu'en tuant Kichaka, Bhima est « comme le bras armé de la Déesse, armé par elle, pour tuer celui qui veut s'emparer d'elle »[54]. La fin du rustre des mains de Shiva, l'époux de Kali, est dès lors inéluctable. À l'issue d'un combat formidable, Bhima « lui enfonça entièrement dans le corps les pieds, les mains, la tête et le cou comme Shiva le fait avec les victimes sacrificielles » (MBh IV,21)[71],[72].

Pivot de l'épopéeModifier

Le Livre de Virata dans son ensemble est le point central du Mahabharata[73]. Placé à la fin de la première partie, l'épisode de Kichaka en constitue l'acmé : la mort du chef militaire marque le point de départ de la réapparition des Pandava, le préalable à la bataille de Kurukshetra qui compose le corps de la seconde partie[51]. Ainsi, bien que n'étant pas lié aux protagonistes principaux et ne participant pas à la guerre, il est le personnage pivot d'une épopée relancée par son meurtre.

David Gitomer observe que l'épisode de l'agression de Kichaka fait écho à l'humiliation que subit Draupadi lorsque Dushasana (en), le cadet des Kaurava, essaye de la dénuder à la fin du Livre de l'assemblée (en), comme si les auteurs cherchaient à revenir à l'épopée par delà les douze années passées dans la forêt. Kichaka est dès lors un prétexte pour approfondir les ressorts de Draupadi et Bhima comme le lien particulier qui les unis[74],[note 23].

Madeleine Biardeau remarque que 105, le nombre de ses frères, est un nombre « ouvert » qui n'indique pas l'idée de totalité. C'est un nombre imprécis qui veut dire beaucoup mais qui ne les identifie pas nécessairement tous. En conséquence, lorsque Bhima les tue, il n'éteint pas forcément leur lignée et l'histoire peut éventuellement recommencer[54]. Par ailleurs, des auteurs l'ont modifié pour lui donner un autre sens. Ainsi Agastya Pandita mentionne qu'ils sont cent dans le Balabharata qu'il écrit en sanskrit probablement au tout début du XIVe siècle. Puis il fait dire à Bhima que ces cent Upakichaka qu'il vient d'éliminer sont comme les cent Kaurava qu'il désire ardemment tuer sur le champ de bataille, reliant lui aussi l'épisode de Kichaka au thème principal de l'épopée[31].

Mythologie comparéeModifier

 
Draupadi vient demander réparation à Bhima

À la recherche d'une source indo-européenne commune à plusieurs traditions mythologiques, Georges Dumézil remarque un parallèle possible entre Kichaka qui caresse Bhima travesti dans le pavillon de danse et le dieu Faunus tel que le raconte Ovide dans les Fastes[76]. Dans cet épisode titré Les Lupercales, Hercule et Omphale dorment sagement l'un à côté de l'autre après avoir échangé leurs vêtements. Faunus, attiré par Omphale, tâte puis soulève la tunique qu'il croit être celle de la reine de Lydie. Mais il tombe avec effroi sur les jambes poilues du le fils de Jupiter qui le repousse d'un coup de coude et le fait chuter lourdement. Tous rient des malheurs du pauvre Faunus ridiculisé par Hercule[77].

Cette similitude entre le pervers indien et le satyre latin constitue un des arguments de l'historien Fernando Wulff Alonso pour cette fois tenter de montrer l'influence de la mythologie gréco-romaine sur le Mahabharata[78]. Il constate comme Georges Dumézil les points communs frappants entre Bhima et Hercule, mais leurs démonstrations sont nettement moins convaincantes en ce qui concerne Kichaka[79].

Le mythologue Nick J. Allen, partant de la ressemblance entre le royaume des Matsya et Ithaque tous les deux atteints après une longue errance, propose quant à lui de faire le rapprochement entre Kichaka et Antinoos, le premier prétendant de Pénélope dans l’Odyssée d'Homère. Selon cette vision, Bhima correspond à Ulysse, Draupadi à Pénélope et les 105 frères de Kichaka à ses 107 autres prétendants. Dans le Mahabharata comme dans l’Odyssée, l'histoire se termine par un bain de sang[80].

Son nomModifier

ÉtymologieModifier

kichaka, transcrit कीचक en devanagari et kīcaka en IAST, est en sanskrit le nom d'un bambou creux, de la sorte qui siffle ou claque dans le vent[81]. C'est également en botanique le nom du bambou géant ou Bambusa arundinacea[82]. Plus généralement, kichaka désigne aussi souvent simplement un bambou[note 24], ce que certains ont pu trouver ironique pour nommer un soudard[84]. Ce mot sanskrit serait dérivé d'un ancien mot chinois, ki-chok, qui désigne un type de bambou mince dont on peut faire des flûtes[85],[86]. Il aurait été amené en Inde vers le IIe ou IIIe siècles av. J.-C. lors des premiers contacts commerciaux avec des marchands chinois[87].

Alternativement, Madeleine Biardeau traduit Kichaka par « roseau » ce qui selon-elle constitue un indice qui rapproche le personnage de Karna, un autre sūta[88].

L'histoire de Kichaka est contée dans le livre intitulé Kichaka Vadha, transcrit कीचकवध en devanagari et Kīcakavadha en IAST, dont le mot vadha a un sens large qui signifie selon le contexte le fait de frapper, tuer, massacrer, détruire, paralyser, appliquer un châtiment corporel et même faire disparaître[89]. Ce titre que le Dictionnaire Héritage du Sanscrit traduit par La mise à mort de Kīcaka[82], est souvent désigné par Le meurtre de Kichaka mais certains auteurs ont proposé des versions plus fortes telles que Le massacre de Kichaka ou La destruction de Kichaka.

Autres nomsModifier

 
Draupadi humiliée par Kichaka (à gauche) sous les yeux de Yudhishthira (à droite) (peint par Raja Ravi Varma)

Certaines versions du Mahabharata telles que la traduction en télougou de Tikkana (en) (1205–1288) nomment le personnage Simhabala, mot sanksrit transcrit सिंहबल en devanagari et Siṃhabala en IAST qui signifie « l'homme à la puissance du lion »[90],[91]. Dans ce cas, « Kichaka » est considéré comme le nom de sa famille ou de son clan tandis que « Simhabala » est le sien propre. Dans la version abrégée en prose de Nanduri Ramakrishnamacharya, il se vante qu'on lui attribue ce nom lorsqu'il cherche à séduire Draupadi[90].

Kichaka est aussi parfois nommé sutaputra — mot sanskrit transcrit सूतपुत्र en devanagari et sūtaputra en IAST signifiant « fils de sūta » — car son père Kekaya est lui-même de la caste mixte des sūta. Draupadi emploie cette expression dans un sens nettement péjoratif[92] pour signifier qu'il est de bas statut contrairement à elle, une princesse[51]. Dans certaines versions par contre, elle s'adresse à lui avec respect en l'appelant senapati, transcrit सेनापति en devanagari et senāpati en IAST, ce qui signifie général d'armée[93].

Transcriptions latinesModifier

Outre la translittération IAST qui donne Kīcaka, la transcription simplifiée Kichaka est probablement la plus courante en français même si plusieurs autres sont aussi utilisées dans la littérature. Kitchaka semble être la première apparue en français, introduite dès 1844 par Théodore Pavie dans sa traduction partielle du Mahabharata[94],[95]. C'est également celle qu'a retenue Jean-Claude Carrière dans sa pièce Le Mahabharata jouée à partir de 1985[96]. Hippolyte Fauche propose quant à lui Kîtchaka dans le tome 5 de sa traduction du Mahabharata paru en 1866[97]. Plus récemment, Serge Démétrian a choisi Kîchaka dans sa version abrégée en prose publiée en 2006[19].

La transcription simplifiée Kichaka est généralement employée en anglais comme le font par exemple K. M. Ganguli dans sa traduction complète de l'épopée publiée en 1896[98], ou Peter Brook dans sa traduction en anglais du Mahabharata de Jean-Claude Carrière[99]. Les transcriptions Keechaka et même parfois Keechak sont également très utilisées par des auteurs indiens transcrivant le sanskrit. Partant d'autres langues indiennes, certains l'écrivent aussi parfois Keechakan sur la base du tamoul கீசகன், ou Keechakudu en transcrivant le télougou కీచకుడు.

HistoricitéModifier

 
Kichaka cherchant à séduire Draupadi (vers 1670)

L'historicité du Mahabharata fait l'objet d'âpres débats, nombre d'auteurs indiens considérant que les événements relatés dans l'épopée ont réellement eu lieu et que ses protagonistes ont réellement existé[100],[101]. Cependant, le consensus scientifique est que l'œuvre est avant tout un mythe, ce que l'historienne Upinder Singh résume de la façon suivante :

« Il ne peut être ni prouvé ni réfuté qu'une guerre acharnée ait jamais opposé les Pandava et les Kaurava. Il est possible qu'un petit conflit ait été transformé en une gigantesque épopée par des bardes et des poètes. Certains historiens et archéologues ont estimé que ce conflit pourrait avoir eu lieu vers l'an 1000 av. J.-C. »[102]

La communauté des historiens considère également que les événements décrits dans le Mahabharata se situent en grande partie dans la plaine indo-gangétique entre le nord de la vallée du Gange et au sud de la rivière Sutlej[102], ce qui correspond approximativement à une vaste région couverte par les états indiens actuels d'Uttar Pradesh, d'Haryana, du Pendjab, et d'Uttarakhand. Certaines villes comme Hastinapur existent toujours mais nombre d'autres n'ont pas été formellement identifiées. Déterminer exactement quand et où a « vécu » un personnage mythologique tel que Kichaka est donc particulièrement délicat. Pourtant de nombreux lettrés ont proposé des dates et des lieux précis pour ancrer l'agresseur de Draupadi dans le réel.

DatationsModifier

Des textes anciens tels que le Devi Bhagavata Purana (en) font référence à Kichaka, mais seul le Mahabharata fournit des détails sur son histoire. Par conséquent, il ne peut être daté qu'à partir de l'épopée elle-même. Vyasa le fait intervenir et mourir à la fin de l'année d'exil secret des Pandava qui précède celle de la grande bataille de Kurukshetra. Il ne donne en revanche aucune indication sur son age[note 25], mais déterminer quand cette guerre fratricide a eu lieu permet au moins de savoir quand ce personnage est « mort ».

La littérature examinant la date du début de la bataille est abondante et les dates obtenues sont très variées. Ainsi, en affirmant que Chandragupta Ier est un contemporain d'Alexandre le Grand et en utilisant la chronologie des rois indiens remontant à Yudhishthira documentés dans les puranas, le lettré Kota Venkatachelam arrive comme plusieurs autres avant lui à la conclusion que Kichaka a été tué en 3139 av. J.-C.[104],[note 26]. Certains auteurs se basant sur les textes sacrés et des calculs astronomiques comme le Dr. P.V. Vartak, proposent des dates beaucoup plus anciennes telles qu'environ 5680 av. J.-C.[105]. En partant du thème astral de Krishna, des astrologues ont de leur côté « déterminé » que la bataille de Kurukshetra avait commencé le vendredi 22 novembre 3067 av. J.-C. à 6h30 du matin[106],[note 27]. Enfin, dans une tentative de conciliation entre la foi et quelques rares preuves scientifiques, K.C. Varma indique une date probable située en 1430 ± 20 ans av. J.-C.[107].

LocalisationsModifier

 
Bhima tuant Kichaka à Kichak Badha près de Prithivinagar (Népal)

Malgré la difficulté liée à l'absence de données précises, des chercheurs ont entrepris de tenter de localiser les différents royaumes de l'épopée dès la fin du XIXe siècle. Ainsi, en partant du seul vers évoquant un peuple Kichaka dans le Livre du commencement (en)[note 28], le premier chant du Mahabharata, James Francis Hewitt propose de le situer au sud du Gange, entre Bénarès et les moyennes montagnes du Kaimur-Vindhya[109], près de Katangi dans l'actuel état du Madhya Pradesh. Il ajoute que la capitale de ce pays est Ekachakra[109], identifiée à la ville actuelle d'Arrah dans l'état du Bihar[110]. Quelques années plus tard, il l'indique comme étant bordé par le même Gange mais à l'est d'Allahabad[111], soit une cinquantaine de kilomètres plus au nord. Dans une variante tamoule, la capitale n'est plus Ekachakra mais Vetrakiya, une ville située sur la rivière Vetravat actuellement nommée Betwa[112],[note 29]. D'autres historiens tels que Buddha Prakash désignent sur la base des travaux linguistiques de Sylvain Lévi une région beaucoup plus éloignée : les berges de la rivière Hotan dans l'ancien royaume de Khotan, actuellement en Chine[113].

Le Mahabharata ne fait cependant pas de lien explicite entre le peuple Kichaka et le personnage qui meurt sous les coups de Bhima, tout au plus peut-on imaginer que le chef militaire est issu de ce peuple. Son histoire se passe intégralement au palais du roi Virata mais le texte est de peu de secours pour le localiser. Il indique que les Pandava accèdent au royaume des Matsya en remontant la rive droite de la rivière Yamuna puis après avoir bifurqué vers l'ouest, traversent des forêts et des montagnes. Mais il n'y a pas de montagne sur les bords de la Yamuna[114]. Plusieurs villes revendiquent pourtant être le lieu où il se situait. C'est le cas par exemple de la ville de Wai (en) à l'ouest de l'état du Maharashtra, à environ 150 km de la mer d'Arabie, où la tradition fait dire qu'elle s'appelait autrefois Viratnagar (trad. Ville de Virata)[115]. Plus à l'est dans le même état, la station de moyenne montagne de Chikhaldara (en) s'appelait aussi anciennement Virat Nagar. Elle abrite une vallée nommée Kichakdara[note 30] où dit-on, Bhima aurait jeté le corps de Kichaka après l'avoir tué. Il se serait ensuite lavé les mains dans l'immense cascade[116].

De la même façon, la petite ville de Dholka (en) non loin d'Ahmedabad dans l'état du Gujarat revendique également de s'être autrefois appelée Viratnagar, et donc d'être elle aussi le lieu du meurtre de Kichaka[117]. Au centre de l'Inde, on raconte la même histoire dans la ville de Viratnagar aussi appelée Bairat[note 31], située dans l'état du Rajasthan près de Jaipur[120],[121]. Plus à l'est, les villageois de Balmiar-Barkhar près de Lakhimpur dans l'état d'Uttar Pradesh montrent depuis toujours le trou creusé par le gigantesque coup de poing asséné par Bhima à Kichaka ainsi que le monticule où s'est tenue sa crémation[122]. La tradition de la région de Dijnapur partagée entre l'Inde et le Bangladesh fondée sur quelques rares ruines raconte encore aujourd'hui des histoires analogues[123],[124]. La légende franchit même la frontière du Népal juste au nord de l'état du Bihar dans un lieu nommé Kichak Badha près de Prithivinagar, une centaine de kilomètres à l'est de Biratnagar dont le nom se traduit encore par « Ville de Virata ». Un mela réuni là tous les ans les fidèles autour de la fontaine où Kichaka aurait été tué des mains de Bhima[125].

Dans la culture populaireModifier

Le Livre de Virata a suscité de très nombreuses variations et réécritures dès l'antiquité montrant qu'il a beaucoup plu[126]. Écrit dans un style précieux qui préfigure le théâtre, il présente à l'auditeur une large palettes de sentiments tels que le désir amoureux insatiable de Kichaka pour la très belle Draupadi, le moment comique du chef militaire qui vient apprêté et parfumé caresser le colossal Bhima déguisé en en femme, ou l'horreur du massacre final[127]. Il n'est donc pas surprenant que le court passage de l'histoire du harcèlement de Draupadi par Kichaka suivi d'une vengeance sanglante ait inspiré de nombreuses œuvres par delà le Mahabharata, ses épitomés et ses multiples traductions[note 32]

Adaptations littérairesModifier

 
Extraits d'un manuscrit du Kichaka-Vadha de Nitivarman (sanskrit en alphasyllabaire bengali, vers 1600)

Le premier poète qui ait adapté l'histoire de Kichaka semble être Nitivarman au tout début du VIIe siècle lorsqu'il écrit en sanskrit un court poème composé de cinq chants et 177 vers titré Kichaka-Vadha (trad. Le meurtre de Kichaka)[131],[note 33]. Après un premier chant d'ouverture qui rend hommage à son mécène[133], Nitivarman conte l'histoire du meurtre de Kichaka dans les chants II et III, puis il poursuit avec l'attaque de l'armée des Kaurava par Arjuna décrite dans le troisième livre du Livre de Virata[134]. Kichaka-Vadha présente l'originalité de mélanger deux styles poétiques différents : la poésie versifiée (yamaka) et une poésie sophistiquée du double sens qui joue avec les ambiguïtés du sanskrit (shlesha[note 34]). Les parties narratives sont en yamaka tandis que les dialogues sont en shlesha. Cette technique dont Nitivarman pourrait être un précurseur[136] permet par exemple au poète de faire parler Draupadi à la fois au roi Virata et à Yudhishthira sans qu'aucun des deux ne comprenne le discours qui s'adresse à l'autre[132]. Elle peut de cette manière indiquer simultanément à Virata que son beau-frère Kichaka a commis une faute, et reprocher à Yudhishthira d'avoir toujours été humilié par son cousin Duryodhana[137].

Nitivarman ne s'éloigne pas de la trame du Mahabharata mais la simplifie considérablement[136]. C'est également le cas du poète jaïn Dhananjaya qui inclut lui-aussi l'histoire de Kichaka dans son œuvre monumentale Dvisandhana Mahakhavya (trad. Le grand poème des deux cibles) qu'il écrit en sanskrit vers l'an 800[138]. Ce poème composé de dix-huit chants appartenant au genre shlesha est un tour de force qui raconte simultanément une grande partie du Mahabharata et quelques épisodes du Ramayana[139]. Toujours en shlesha, Kaviraja écrit Raghavapandaviya (trad. La geste du descendant de Raghu et des fils de Pandu) vers 1175, un poème en sanskrit composé treize chants et 770 strophes[140]. L'agression de Draupadi par Kichaka comme la vengeance de Bhima font là encore partie des scènes du Mahabharata racontées par le poète[139]. Il lie en particulier l'agression de Draupadi par Kichaka dans le Mahabharata, à celle de Vali qui s'empare de la femme de son frère Sugriva (en) dans le Ramayana. Il peut alors dans les mêmes vers faire tuer Vali par Rāma et Kichaka par Bhima, les deux protagonistes partageant une gloire similaire et les deux antagonistes un discrédit commun[141].

L'évocation littéraire de Kichaka ne se limite pas à l'Inde. L'orientaliste anglais Edwin Arnold publie ainsi en 1887 à la fin du recueil titré Lotus and Jewel un poème nommé A Queen's Revenge (trad. La vengeance d'une reine). Il y traduit en vers libres dans un style victorien une version abrégée du texte sanskrit tiré du Livre de Virata tel qu'attribué à Vyasa. Dans sa courte introduction reprise par les publicités de son éditeur londonien, Arnold indique que ce poème « éclaire la vie et les coutumes des anciens Indiens »[142].

En 1904, Gangadhar Meher (en), un poète désargenté originaire de Sambalpur dans l'État d'Orissa parvient avec difficultés à faire publier un long poème écrit en oriya titré Kichaka Badha, en sanskrit କୀଚକ ବଧ (Kīcaka vadha) (trad. Le meurtre de Kichaka). Il y adapte l'histoire tirée du Livre de Virata tout en apportant quelques modifications mineures telles que la présence d'Uttarā (en), la fille de la reine Sudeshna, ou l'apparition de la servante Chapala chargée d'amener Draupadi à un Kichaka éperdu de désir[143]. La douceur des sentiments et les considérations morales sont les éléments distinctifs de la poésie de Gangadhar Meher. Il les met en évidence dans Kichaka Badha en juxtaposant un style poétique exubérant avec des éléments profondément dramatiques[144].

Dans le contexte d'une autonomie régionale limitée accordée en Inde en 1935[145], Tantranath Jha (1909-1984) écrit Kichak-Badh en langue maïthili à partir de 1938. Ce poème en vers libres, publié tout d'abord dans son propre journal Maithili Sahityaprata, se compose de dix chants qui ne sont achevés qu'en 1976[146]. Cette œuvre majeure influencée par la littérature sanskrite porte haut la douleur et l'émotion, en particulier dans la description des sentiments éprouvés par Draupadi[147].

Adaptations théâtralesModifier

La très ancienne tradition théâtrale indienne remonte probablement au théâtre sanskrit joué à la cour des rois quelques siècles av. J.-C.. Il a donné naissance entre le Xe siècle et le XVIe siècle au théâtre folklorique représenté essentiellement lors des fêtes religieuses publiques ou privées, puis au théâtre moderne à l'orée du XXe siècle[148]. Mais quelles que soient sa forme et les époques, Kichaka est un des personnages récurrents de la scène indienne.

Théâtre sanskritModifier

Le nom de Kichaka n'est qu'évoqué par Bhasa (en), un des plus anciens dramaturges indiens. Il fait simplement du meurtre des Upakichaka le point de départ de sa pièce titrée Pancaratra, en sanskrit पञ्चरात्र (pañcarātra) (trad. Cinq nuits), écrite probablement vers le IIIe siècle[149],[note 35].

Dans son traité sur le théâtre sanskrit titré Natakalakshanaratnakosha , en sanskrit नाटकलक्षणरत्नकोश (nāṭakalakṣaṇaratnakośa) (trad. Trésor des joyaux du drame[151]), qu'il écrit peut-être vers le XIIIe siècle, Sagaranandin fait référence à de nombreuses pièces de théâtre classique aujourd'hui perdues. Il mentionne notamment Kichakabhima, en sanskrit कीचकभीम (kīcakabhīma), un mystérieux Acte Kichaka tiré d'une pièce inconnue, et une autre peut-être titrée Kichakakanka, en sanskrit कीचककङ्क (kīcakāṅka). Il utilise ces œuvres pour illustrer les nombreux styles propres au théâtre tels que l’uttejana où un protagoniste incite implicitement un autre au meurtre pour accomplir sa propre vengeance. Il note ainsi l'exemple suivant extrait de Kichakabhima où Draupadi s'adresse à Bhima dans ces termes : « Ce Kichaka m'a appelée “ mon amour ” et toi aussi tu m'as appelée “ mon amour ”. Malheureuse que je suis de ne pas savoir de qui je dois être l'amour ! »[152].

Théâtre folkloriqueModifier

 
Acteur interprétant Kichaka dans le théâtre Koothu (en)

Le théâtre folklorique indien se présente sous de nombreuses formes. Il dérive du théâtre sanskrit à partir du kutiyittam qui a donné ensuite le kathakali par l'intermédiaire du krishnanattam et du ramanattam (en), tous joués essentiellement au sud de l'Inde notamment au Kerala par des troupes familiales itinérantes. Peut-être par d'autres traditions, il a évolué en une multitude de genres tels que le koothu et le therukoothu (en), le chhau (en) du Bengale occidental, le Nautanki ou encore le yakshagana[148]. Dans la plupart d'entre-eux, l'histoire du meurtre de Kichaka a fait l'objet d'adaptations scéniques.

Mais si ces arts sont anciens, les pièces publiées sont rares et récentes. La plus ancienne version d'un Meurtre de Kichaka destinée au théâtre therukoothu que l'indianiste Alf Hiltebeitel a pu trouver lors de ses recherches au Tamil Nadu ne date par exemple que de 1873[153]. Pourtant, cette histoire est l'une des attractions importantes de fêtes religieuses. Kīcaka Cammāram (trad. La destruction de Kichaka) par exemple, jouée près de Madurai dans théâtre therukoothu sans discontinuer depuis au moins le tout début du XIXe siècle, représente l'épisode de l'épopée sans s'en éloigner significativement[note 36]. Le public participe même à cet événement populaire centré sur Draupadi en conspuant copieusement Kichaka à des moments prévus par la mise en scène[154].

L'histoire du meurtre de Kichaka constitue également un des thèmes importants du théâtre de marionnettes tholu bommalata d'Andhra Pradesh[155],[156]. Cette tradition qui remonte au XIIe siècle est aujourd'hui sur le déclin[157], laissant place au théâtre vivant comme lorsque les frères Vanarasa ont créé en 1895 dans le village de Surabhi leur première pièce Keechaka Vadha. Ils remplaçaient ainsi leur spectacle de marionnettes en cuir et donnaient naissance au théâtre Surabhi (en) toujours populaire aujourd'hui[158],[159].

 
Kichaka (à droite) et Bhima dans une scène de Kichaka-vadham du théâtre kathakali

La version folklorique la plus renommée est probablement à mettre au crédit d'Irayimman Thampi (en) (1782–1856) qui écrit Kichaka-vadham en malayalam et sanskrit au tournant du XIXe siècle[160]. Cet attakatha en treize tableaux fait partie du répertoire traditionnel kathakali joué sans interruption depuis sa création[161],[162],[note 37]. La pièce suit fidèlement la trame du Mahabharata entre l'arrivée des Pandava au royaume de Virata et la mort de Upakichaka[note 38], mais elle est rarement présentée dans son intégralité pour se concentrer sur le drame de la mort de Kichaka[161]. Dans une version courte interprétée par seulement trois acteurs qui jouent Kichaka, Bhima et Draupadi, le spectacle très codifié dure environ 90 minutes[164] tandis que des interprétations plus complètes durent trois heures[165] et même parfois plus. Kichaka est distingué par un masque rouge et blanc de type kathi ou en couteau, qui caractérise aussi bien les personnages valeureux, agressifs et romantiques que ceux qui sont maléfiques tels que Ravana ou Duryodhana[166].

Théâtre moderneModifier

Au-delà des genres folkloriques mêlant danse, chants et comédie, le drame de Kichaka est également adapté dans plusieurs langues lors du mouvement de renouveau théâtral qui secoue l'Inde à partir de la fin du XIXe siècle.

Girish Chandra Ghosh (en) (1844-1912) écrit ainsi en 1882 Pandaber Ajnatabas (trad. L'Exil secret des Pandava) qu'il monte sur la scène de son Great National Theatre en février 1883[167]. Cette pièce versifiée en bengali inspirée fidèlement par le Mahabharata en prose de Kashiram Das (en) est composée de quatre actes qui retracent les quatre livres qui composent le Livre de Virata[168]. Il décrit donc le meurtre de Kichaka sans pour autant être centré sur ce seul épisode, ce que feront d'autres auteurs de théâtre après lui. Par exemple en 1889, Chilakamarti Lakshmi Narasimham (en) (1867-1946) publie en télougou sa première pièce nommée Keechaka Vadha (trad. Le Meurtre de Kichaka)[169]. Balacharya Gopalacharya Sakkari connu sous le nom de Santakavi (1856-1920) écrit Kīcaka Vadh (trad. Le Meurtre de Kichaka) en kannada qu'il publie en 1891; tandis que Kannaiya Naidu publie en 1897 une version tamoule titrée Kicaka Vilacam (trad. Une description de Kichaka).

 
Draupadi déguisée en Sairandhri subit les avances de Kichaka (peint par Raja Ravi Varma vers 1890)

Ces pièces à succès sont des adaptations mélodramatiques du Mahabharata qui mettent l'accent sur la chasteté de Draupadi, mais tel n'est pas le cas de la version marathi de Krushnaji Prabhakar Khadilkar (en) (1872-1948) écrite en 1907[170]. Son Kichaka-Vadha (trad. Le meurtre de Kichaka) en cinq actes est présenté pour la première fois à Pune en 1907. C'est un très grand succès critique et populaire mais les autorités britanniques sont avant tout interpellées par la tonalité anticolonialiste de la pièce. Khalidkar a en effet écrit une allégorie de la colonisation britannique où le personnage de Draupadi symbolise l'Inde et celui de Kichaka qui cherche la violer, le vice-roi Lord Curzon. Le vieux roi Virata dominé par Kichaka représente le premier ministre britannique, tandis que l'aile nationaliste du Parti du Congrès menée par Bal Gangadhar Tilak et Aurobindo Ghose se retrouve sous les traits de Bhima. La pièce est finalement interdite de représentation en octobre 1910[171]. La censure n'a pourtant pas empêché d'autres adaptations théâtrales telle que celle en tamoul et en trois actes de G.V. Sambandha Chetti publiée en 1912[172], et celle de K.R. Nasamivaya Mudaliar (1876-1931), un élève de U. V. Swaminatha Iyer (en), qui publie aussi à Madras trois ans plus tard une pièce en cinq actes en tamoul également titrée Keechakan mais avec le titre alternatif They stooped to conquer (trad. Ils daignèrent conquérir)[173],[174],[note 39].

Des auteurs proposent par la suite des versions plus littéraire du mythe. Tel est le cas de Viswanatha Satyanarayana (en) (1895-1970) qui écrit Nartanasala (trad. Le Pavillon de Danse) en 1924. Cette œuvre importante en télougou pourtant rarement jouée, est une tragédie shakespearienne où le désir de Kichaka entraîne sa perte[175].

Tout à la fin de sa vie, le dramaturge Thanjavur Paramasiva Kailasam (en) (1884–1946) propose une interprétation radicalement nouvelle sous la forme d'une tragédie qui sera couchée sur papier par d'autres dont B.S. Rama Rao en 1949[176]. Son Keechaka n'est plus un vil personnage mais un amoureux sincère de Draupadi qui avait participé à son svayamvara 25 ans plus tôt[177]. C'est un héros protecteur qui veut même la marier à un homme de bien, mais quand il est témoin d'une rencontre secrète entre Draupadi et Bhima, son amour se transforme en haine. Ce n'est que lors de son combat avec Bhima qu'il reconnait son erreur et accepte la mort des mains du pandava[178].

Même si l'histoire de Kichaka a été adaptée pour la scène dans de nombreuses langues indiennes, certains auteurs contemporains tels que Ogeti Parikshit Sharma (1930-2001) ont cherché à retrouver le style du théâtre traditionnel. Il publie à cet effet en 1983 Parikshit Nataka Chakram, un compendium de 27 pièces en sanskrit s'inspirant du Bhasa Nataka Chakram de l'auteur antique Bhasa (en). Il comprend Nartanasala (trad. Le Pavillon de Danse) qui reprend le mythe en se concentrant sur le harem de Kichaka, sa passion pour Sairandhri et leur confrontation. La mort du chef militaire à la fin n'est que suggérée[179],[180].

Plus récemment, le dramaturge Prasanth Narayanan s'éloigne à son tour encore un peu plus du mythe original avec sa pièce en malayalam Chayamukhi qui a obtenu plusieurs prix lors du festival de la Kerala Sangeeta Nataka Akademi (en) en 2003[181]. Il y dépeint un triangle amoureux où Kichaka est un poète qui aime Draupadi mariée à Bhima. Les deux hommes s'affrontent et après avoir tué le chef de l'armée de Virata, Bhima réalise que Draupadi a fini par tomber amoureuse de Kichaka[182].

Adaptations cinématographiquesModifier

 
Virata, Draupadi et Kichaka dans Sairandhri (1933)

L'histoire de Kichaka est un des thèmes mythologiques les plus représentés dans le cinéma indien[183]. Ainsi, alors que le premier film indien, Raja Harishchandra, sort sur les écrans en 1913, le meurtre de Kichaka fait l'objet d'une adaptation au cinéma dès 1916 par R. Nataraja Mudaliar. Il produit et réalise à Madras Keechaka Vadham qui devient le premier film d'Inde du Sud[184].

Ce film mythologique muet est aujourd'hui perdu, tout comme Sairandhri (en), le premier film de Baburao Painter (en) qu'il tourne à Kolhapur en 1920. Inspiré de la pièce Kichaka-Vadha écrite par Khadilkar (en) en 1907 et interdite par les Anglais pour son nationalisme affiché, Sairandhri est une œuvre sophistiquée avec une forte tonalité anti-coloniale[185],[186]. Sa production coïncide avec la création de comités de censure en Inde mais ce n'est pas son message politique qui amène à la coupure de la scène finale. Baburao Painter avait représenté de manière si réaliste le meurtre de Kichaka par Bhima que les spectateurs poussaient des cris devant tant d'horreurs[187].

En 1926, G.V. Sane réalise pour le studio Hindustan Cinema Film Company de Dadsaheb Phalke, Keechak Vadh, le dernier film mythologique indien de l'ère du muet racontant l'histoire de Kichaka[note 40]. Ce film aujourd'hui perdu et écrit par Dadsaheb Phalke lui-même, n'est peut-être resté dans les mémoires que parce que Anna Salunke (en), l'acteur principal Raja Harishchandra, en était le cameraman[190].

Le genre des films mythologiques attire déjà moins le public au nord de l'Inde à l'orée des années 1930. V. Shantaram choisi pourtant en 1933 d'inaugurer les nouveaux locaux du studio Prabhat à Pune en refaisant le Sairandhri de Baburao Painter sorti treize ans plus tôt. Ce film ambitieux, bilingue hindi et marathi, était prévu en couleurs avec une bande originale prise sur le vif[note 41], mais Sairandhri (en) est à la fois un échec technique et un désastre commercial. De plus, les acteurs principaux, Master Vinayak (en) qui jouait le roi Virata, Leela qui incarnait Draupadi et Nimbalkar qui tenait le rôle de Kichaka[188], quittent le studio avant même la sortie en salle[191].

En 1939, il semble que le réalisateur vétéran Kanjibhai Rathod (en) tourne à son tour un Sairandhri en tamoul à la fin de sa carrière alors qu'il n'était plus affilié à aucun studio[192]. Ce film est très probablement perdu, ce qui n'est pas le cas de Keechak Vadha, un film bilingue hindi et marathi réalisé 20 ans plus tard, en 1959, par Yashwant Pethkar et qui fut fraîchement accueilli par le public[193],[note 42]. Il relate en prenant quelques libertés mineures avec la lettre du Mahabharata attribué à Vyasa, les deux premiers livres du Livre de Virata, depuis l'arrivée des Pandava au royaume des Matsya jusqu'à la mort de Kichaka des mains de Bhima vue comme un dénouement heureux.

Le plus grand succès aussi bien critique que commercial d'un film racontant l'histoire de Kichaka est certainement à mettre au crédit de Kamalakara Kameswara Rao (en) qui réalise Nartanasala (en) (trad. Le pavillon de dance) en 1963[195]. Ce film en langue télougou de près de trois heures retrace l'ensemble du livre de Virata, jusqu'au mariage d'Abhimanyu (en) et d'Uttarā (en) sous le regard bienveillant de Krishna[196]. Il suit assez fidèlement le Mahabharata attribué à Vyasa même si l'épisode du meurtre de Kichaka en constitue la partie la plus importante. S. V. Ranga Rao (en) qui incarne le chef militaire a marqué les esprits et a reçu un prix d'interprétation au festival de cinéma afro-asiatique de Jakarta en 1964[197],[198].

Nartanasala (en) avait été précédé en télougou d'un Virata Parvam oublié produit en 1937 par A. Narayana[199]. Il est refait en 1979 en couleurs sous le titre Srimad Virata Parvam (en) (trad. Le saint livre de Virata) par N. T. Rama Rao (en) qui interprète cinq rôles dont Kichaka, Arjuna et Duryodhana[200]. Tout à sa gloire, le film distord un peu l'histoire du Mahabharata en faisant par exemple tuer le soudard d'un coup de couteau asséné « en traître » par un Bhima physiquement dominé.

Autres évocations du personnageModifier

 
Sharat Saxena (en) qui incarne Kichaka dans le feuilleton Mahabharat (1988-1990)[201]

Le personnage de Kichaka est également évoqué parfois succinctement dans un si grand nombre d'œuvres de tous genres et à toutes les époques qu'il n'est pas possible de les lister toutes.

Il se retrouve par exemple massacré par Bhima gravé sur un bas-relief de la cité de Vijayanagara à Hampi[202],[203] et sculpté dans les grottes Panhalakaji près de Ratnagiri au Maharashtra[204]. À la fin du XIXe siècle, le chef militaire est peint par Raja Ravi Varma[205]. Il apparaît aussi en 1974 sous le crayon de Pratap Mullick (en) dans la bande dessinée en anglais Draupadi publiée par Amar Chitra Katha (en)[206],[note 43].

Kichaka fait également partie de la plupart des adaptations du Mahabharata telles que Mahabharat, un film de 1965[207] dans lequel il est incarné par Paul Sharma, ou le feuilleton télévisé en 94 épisodes Mahabarat (en) produit par B.R. Chopra et diffusé sur la chaîne nationale de Doordarshan entre 1988 et 1990 avec des scores d'audience phénoménaux en Inde[208]. Son histoire, contée dans le cinquante-huitième épisode, est fidèle au texte sanskrit si ce n'est l'ajout de la présence d'Arjuna déguisé en Brihannala jouant du mridang dans le pavillon de danse pendant la lutte à mort qui l'oppose à Bhima[209]. À la même époque, Peter Brook adapte pour la télévision sa pièce Mahabharata inaugurée lors du festival d'Avignon en 1985[210]. Dans cette version très épurée, Yoshi Oida qui avait créé le rôle de Kichaka au théâtre[211] est remplacé à l'écran par Maurice Bénichou pour cette mini-série internationale de six épisodes[212].

Dans les années 2010, l'intégralité du Mahabharata est diffusée sur les chaînes de télévision privées indiennes sous forme de longs feuilletons. Les spectateurs peuvent ainsi voir à partir de 2013 Mahabharat en 267 épisodes de 22 min sur StarPlus[213], les 166 épisodes hebdomadaires d'environ 40 min de Mahabharatham en tamoul sur Sun TV à peu près au même moment[214], et Suryaputra Karn (trad. Karna fils de Surya) en 307 épisodes quotidiens d'environ 24 min sur Sony TV et sur le Web[215]. Ils prennent d'importantes libertés avec le texte sanskrit mais l'épisode de Kichaka est à chaque fois présenté dans la longueur[note 44]. Si le déroulement de l'histoire du chef militaire ressemble beaucoup à ce que Vyasa décrit dans le Livre de Virata, à chaque fois, le chef militaire démasque les Pandava et les fait chanter ce qui les obligent à le tuer[216],[217],[218].

Le personnage est même évoqué en chansons comme dans Keechaka Vadha composée par Ghantasala (en) et présentée à l'écran dans un style proche du yakshagana dans le film télougou de 1955 Kanyasulkam (en)[219], ou encore Kichaka Vadha chantée par Ramu dans le film d'action télougou Mahankali sorti en 2013[220].

Au-delà de la mythologie, son nom est pour beaucoup synonyme de harceleur ou du violeur. C'est ainsi qu'ébranlé par l'affaire du viol collectif de New Delhi, N.V.B Chowdary intitule Keechaka son film s'inspirant de la vie du violeur en série Akku Yaddav (en)[221],[222],[223]. Ce film violent en langue télougou est sorti en salles en 2015, puis a été doublé en tamoul sous le titre Asuragan (trad. Démons). Il a nouveau été doublé l'année suivante cette fois en hindi, et titré Haiwaniyat (trad. Bestialité)[note 45].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Le Mahabharata est généralement composé de 18 parva principaux, en sanskrit पर्वन् (parvan) ou « livres », traduits également par « chants » dans le contexte de ces grandes parties. Chacun de ces chants est lui-même constitué de plusieurs parva souvent désignés sous le nom de « livres ». Pour limiter la confusion avec les grandes parties de l'épopée, ils sont aussi parfois appelés utaparva c'est à dire « sous-livres ». Ces livres ou sous-livres sont constitués à leurs tours d’adhyaya, en sanskrit अध्याय (adhyāya), traduits par « chapitres ». Enfin, chaque chapitre est en général composé de shloka, terme sanskrit transcrit श्लोक en devanagari et śloka en IAST, des vers doubles traduits parfois par « distiques » ou « strophes ». L'identification d'un passage particulier est effectuée en associant le numéro du chant et celui du chapitre dans ce chant.
  2. K. M. Ganguli a combiné plusieurs éditions pour constituer sa propre version du Mahabharata. Aidé par les commentaires de Neelakantha Chaturdhara (en), il a utilisé l'édition de Calcutta ainsi que l'édition de Bombay déjà publiées à l'époque de sa traduction[4].
  3. La « vulgate » est l'édition complète du Mahabharata réalisée par Neelakantha Chaturdhara (en) au XVIIe siècle. Il en a accompagné la publication d'un commentaire titré Bharatabhavadipa encore largement utilisé aujourd'hui.
  4. Dans le contexte de Kichaka, les sūta constituent une caste mixte dont les membres sont issus du mariage d'une mère brahmane avec un père kshatriya[10]. Ses fils peuvent exercer la fonction de roi mais ne peuvent en porter le titre[11].
  5. Draupadi se fait appeler Sairandhri qui est le nom de sa fonction au palais : dame de compagnie et coiffeuse de la reine[13]. L’indianiste Alf Hiltebeitel indique par ailleurs que le mot sairandhri est également la forme féminine d'une basse caste[14]. Mais lorsqu'elle arrive au palais déguisée, Draupadi dit s'appeler Malini, en sanskrit मालिनी (Malinī) (trad. celle qui fait des guirlandes de fleurs) (MBh IV,8)[15].
  6. Dans certaines versions tardives du Mahabharata comme la traduction de Tikkana (en) probablement influencée par le Balabharata de Agastya Pandita[17], Sudeshna met en garde Kichaka contre son attitude vis-à-vis de Sairandhri[18],[19].
  7. Dans certaines éditions telles que la « vulgate » compilée au XVIIe siècle, il la saisit par le corsage et non par la main[20]. Hippolyte Fauche ajoute dans sa traduction de 1866 qu'il l'attrape par le corsage dans une tentative pour l'embrasser[21].
  8. Dans certaines versions telles que celle de Tikkana (en) écrite en télougou au XIIIe siècle, Draupadi assiste cachée à la scène[23].
  9. Le texte sanskrit du Mahabharata n'est pas clair dans la description de ce que Bhima fait de Kichaka après l'avoir tué indiquant seulement qu'il lui rentre les membres dans le torse. Madhva détaille dans son commentaire titré Mahabharata Tatparya Nirnaya (en) écrit en kannada au XIIIe siècle que Bhima lui rentre la tête, les mains et les jambes dans le corps par l'anus[24].
  10. Le texte sanskrit laisse entendre que les frères de Kichaka ont tenté de forcer Draupadi à devenir sati, accomplissant post-mortem le désir de leur aîné de se voir marié avec elle. D'autres interprétations affirment plutôt qu'ils essayent de la tuer de manière atroce pour se venger[26]. D'autres encore indiquent que cette tentative de meurtre fait écho à une ancienne coutume consistant à enterrer les esclaves avec leur maître[27].
  11. Dans d'autres versions tardives telle que le Balabharata écrit par Agastya Pandita au XIVe siècle, Duryodhana réalise que Kichaka n'a pu être tué que par les Pandava. Il décide alors d'attaquer le royaume des Matsya pour les obliger à se révéler avant le terme de la treizième année[31].
  12. Les chercheurs s'opposent sur le fait de savoir si le Mahabharata jaïn est inspiré de celui du Vyasa ou s'il est issu d'une tradition indépendante. Il est par contre établi que les textes jaïns tardifs tels que le Vikramarjuna Vijaya de Pampa ont été écrits en se basant sur la version brahmanique de Vyasa[32].
  13. Une tradition locale raconte que Kichaka, devenu moine, aurait fait sa retraite ascétique à Udayadri près de Hampi, au Karnataka[37].
  14. Sarala Dasa (en) fait également intervenir Kichaka dès l'arrivée des Pandava dans son Mahabharata écrit en oriya au XVe siècle : un guerrier adivasis nommé Pradesimalla propose au roi un combat entre un tigre et Kichaka. Le roi refuse et il revient à Bhima de tuer le fauve dans un combat acharné[42].
  15. Dans le contexte de ces mythes, Kichaka est devenu un nom commun qui désigne toute sorte d'ogre indésirable[50].
  16. James Talboys Wheeler (en) qui traduit très probablement une version tardive du Mahabharata, remarque qu'il a l'habitude d'inviter ses amis dans son harem, ce qu'il comprend comme le fait que Kichaka traite ses femmes comme des maîtresses plutôt que comme des épouses[53].
  17. Certaines traductions évoquent des parents ou des cousins plutôt que des frères.
  18. Certains gurus tels que V.S. Karunakarachariar décrivent Kichaka comme priant Shiva de lui accorder au choix Draupadi ou la mort ce qui rend la fin brutale du chef militaire inévitable[55].
  19. Sans dénigrer réellement la caste des sūta, le Mahabharata présente plusieurs scènes où des sūta sont méprisés. C'est le cas par exemple lorsque Bhima indique à Karna, un autre sūta, qu'il ne mérite pas d'être tué par un kshatriya et qu'il n'a aucun droit d'être roi[57].
  20. Le Mahabharata est familier des exagérations aux proportions épiques. Il dit par exemple qu'une armée composée de « dix mille éléphants, un million de chevaux, dix millions de chars et mille millions de fantassins » vient à la suite de Krishna assister au mariage qui clôt le Livre de Virata (MBh IV,67)[61].
  21. On peut noter une certaine incohérence de cet ajout tardif qui donne à Kichaka une nature différente de celle de ses frères.
  22. Ce dernier détail est issu d'interpolations tardives d'Inde du Sud.
  23. Dushasana (en) subit le même sort que Kichaka : il est tué de façon similaire et pour la même raison par Bhima au seizième jour de la bataille de Kurukshetra[75]. L'unique différence réside dans le fait que Bhima ne boit pas le sang de Kichaka après l'avoir tué.
  24. Le mot sanskrit usuel désignant un bambou ou un roseau est venu, transcrit वेणु en devanagari et veṇu en IAST[83].
  25. Certains tels que Sathya Sai Baba véhiculent une légende disant qu'il aurait eu 22 ans au moment de sa mort[103].
  26. Les calculs supposent comme vraie et exacte la liste des rois ainsi que toutes les durées de leurs règnes. De plus, Venkatachelam assimile le contemporain d'Alexandre le Grand que les chroniqueurs grecs ont nommé Sandrocyptus à Chandragupta Ier, et non comme il généralement admis Chandragupta Maurya.
  27. Kichaka est dans ce cas mort dans les jours qui ont précédé c'est à dire début novembre 3067 av. J.-C..
  28. « Les Pandava s'en allèrent alors de forêt en forêt, tuant de nombreux animaux et voyageant vite à travers les pays des Matsya, Trigarta, Panchala et Kichaka, où ils virent de nombreux bois et lacs » (MBh I,144)[108]
  29. En se référant aux localisations proposées de la capitale du royaume des Kichaka, Ekachakra et Vetrakiya sont distantes d'au moins 600 km.
  30. dari signifie « vallée » en marathi. Kichakdara est donc « la vallée de Kichaka ».
  31. Schaufelberger et Vincent rapportent que la ville de Bairat, aussi transcrit Vaîrat, tire son nom de Virata[114]. Des fouilles effectuées là dès le XIXe siècle par Alexander Cunningham ont montré une présence humaine remontant au moins au début du Ier millénaire av. J.-C.. Il l'a identifiée comme étant la capitale du royaume des Matsya ce qui semble aujourd'hui faire un certain consensus[118],[119].
  32. Les réécritures du Mahabharata sont nombreuses et incluent le plus souvent l'histoire de Kichaka telle que racontée par Vyasa. Le plus ancien épitomé important du Mahabharata est probablement à mettre au crédit de Kshemendra Vyasadasa qui écrit Bharatamanjari au début du XIe siècle[128]. Il raconte en dix-huit chants et 8 810 vers l'histoire des fils de Pandu, comme le fait également par exemple Agastya Pandita dans son Balabharata écrit en vingt chants et 1 794 vers dans la première moitié du XIVe siècle[129]. Là où la plupart des auteurs résument l'épopée, certains comme Sarala Dasa (en) l'ont développée. Ce poète de langue oriya écrit ainsi dans la seconde moitié du XVe siècle sa propre version du Mahabharata, également en 18 chants, mais composée d'à peu près 140 000 distiques contre « seulement » environ 100 000 pour celui de Vyasa[130].
  33. La vie de Nitivarman est très mal connue. Seule la lecture de l'hommage qu'il rend à son riche mécène dans le premier chant de son Kichaka-Vadha laisse à penser qu'il aurait peut-être vécu aux alentours de l'an 600 dans l'est de l'Inde[132].
  34. Le genre poétique du shlesha joue principalement sur les homophonies, la polysémie de la langue et les coupures des mots pour tenir plusieurs discours simultanés. On a vu ainsi des poèmes racontant en même temps jusqu'à sept histoires différentes, d'autres qui se lisent dans plusieurs langues à la fois, et même des œuvres qui expriment tout autre chose lorsqu'elles sont lues dans un sens ou dans l'autre. Ce phénomène littéraire qui débute vers le VIe siècle est particulièrement fécond dans toute l'Asie du Sud-Est au-delà du seul sanskrit[135].
  35. Bhāsa (en) est très mal connu. Il semble que le consensus historique actuel le situe vers le IIIe siècle mais certains sanskristes tels que Sheldon Pollock (en) affirment qu'il aurait plutôt vécu au VIIe siècle[150]. Comme pour ajouter à la confusion, les historiens se déchirent sur le fait que Bhasa soit ou non l'auteur des pièces découvertes en 1910 qui lui sont attribuées[131].
  36. Alf Hiltebeitel rapporte que la pièce innove en fournissant une raison pour expliquer que la reine Sudeshna livre sa servante à Kichaka : le chef militaire lui annonce qu'il mourra s'il n'obtient pas Sairandhri, faisant de la reine une veuve car son mari, le roi Virata, risque fort d'être tué sans sa protection[154].
  37. La renommée de la version du théâtre kathakali est telle qu'elle fait l'objet d'allusions et de citations dans des films de cinéma. Un long extrait de la scène de séduction de Kichaka est ainsi par exemple présenté dans le film malayalam Mayavi sorti en 1965, et la pièce dans son intégralité sert même de toile de fond à Marattam (en), un autre film malayalam réalisé en 1988 par G. Aravindan (en)[163].
  38. Probablement pour des raisons pratiques de scénographie, Irayimman Thampi (en) a réduit la fratrie de Kichaka à une seule personne sans pour autant le nommer. Il appelle ce frère unique Upakichaka[161].
  39. Le titre anglais de cette pièce, They stooped to conquer, peut laisser penser que comme la version de Khadikar, il s'agit en réalité d'une allégorie de la colonisation britannique.
  40. Certains auteurs tels que l'historienne de cinéma Shruti Narayanswamy évoquent l'existence d'un film muet de 1928 réalisé par le studio Prabhat et titré Keechak Vadhan[188]. D'autres comme l’Encyclopedia of Indian Cinema suggèrent un film nommé Sairandhri ou peut-être Keechaka Vadha tourné cette même année 1928 par le studio United Pictures Syndicate à Pune[189]. Ces références sont cependant probablement erronées et issues de confusions avec les versions de Baburao Painter et de G.V. Sane aujourd'hui toutes les deux perdues.
  41. La technique du playback n'existait pas en 1933 et les chansons tirées des films devaient être réenregistrées pour être diffusées sur disque.
  42. Le genre des films mythologiques était déjà en voie d'extinction dans le cinéma marathi lorsque Keechak Vadha est sorti en salles. Le dernier film mythologique marathi a été produit cinq ans plus tard; il s'agit de Swayamwar Jhaale Siteche réalisé en 1964 par Madhukar Pathak[194].
  43. Le personnage avait déjà été évoqué de manière succincte dans Mahabharata, une autre bande dessinée publiée par Amar Chitra Katha en 1971, dessinée cette fois par S.B. Tendle.
  44. L'histoire de Kichaka fait l'objet des épisodes 166 à 168 dans Mahabharat, des épisodes 108 à 111 de Mahabharatham et des épisodes 169 à 174 de Suryaputra Karn.
  45. Keechaka a été un échec tant commercial que critique. Sa sortie a de plus fait l'objet de protestations véhémentes de la part d'associations féminines. Ni Asuragan ni Haiwaniyat ne sont sortis en salle.

RéférencesModifier

  1. Dowson 1888, p. 187.
  2. Sukthankar, Belvalkar et Vaidya 1966.
  3. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 52–90.
  4. Ganguli 1893.
  5. Ganguli 1889, p. 40-65.
  6. Garbutt 2006, p. 103–189.
  7. Debroy 2012, p. 24.
  8. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 209.
  9. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 61.
  10. Mittal et Thursby 2004, p. 156.
  11. a et b Schaufelberger et Vincent 2015, p. 63–64.
  12. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 62–63.
  13. Huet (sairandhra) 2018.
  14. Hiltebeitel 2011, p. 17.
  15. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 41.
  16. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 52–54.
  17. Prasād 1992, p. 275.
  18. Narayana Rao et Shulman 2002, p. 86-87.
  19. a et b Demetrian 2006, p. 260.
  20. Garbutt 2006, p. 119.
  21. Fauche 1866, p. 149.
  22. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 54–65.
  23. Narayana Rao et Shulman 2002, p. 99-100.
  24. Prabhanjanacharya 2009, p. 20.
  25. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 65–84.
  26. Sen 2005, p. 253.
  27. Sharma et Ray 1988, p. 33.
  28. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 85–87.
  29. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 87–90.
  30. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 91–102.
  31. a et b Prasād 1992, p. 134.
  32. Sumitra Bai et Zydenbos 2007, p. 260.
  33. Sircar 1973, p. 100-117.
  34. Sumitra Bai et Zydenbos 2007, p. 255.
  35. Sircar 1973, p. 104.
  36. Pattanaik 2017.
  37. Iyer 2018.
  38. Sītārāmayya 1967, p. 16-17.
  39. Datta 1992, p. 4574-4575.
  40. Acharya 2016, p. 182.
  41. Acharya 2016, p. 216-217.
  42. Mishra 1993, p. 165.
  43. Phalgunadi 1992, p. 40-86.
  44. Negoro 1998.
  45. Bandyopadhyay 2013, p. 25.
  46. wayang 2010.
  47. Tokoh Pewayangan Jawa 2014.
  48. Informasi Wayang Nusantara 2017.
  49. a et b Elwin 1954, p. 215-216.
  50. Elwin 1954, p. 638.
  51. a b c et d Biardeau 1997, p. 42.
  52. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 100.
  53. Wheeler 1867, p. 229.
  54. a b et c Biardeau 1973, p. 96-97.
  55. The Hindu 2018.
  56. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 62.
  57. Sen 2005, p. 180.
  58. Miller 2000, p. 105.
  59. Sen 2005, p. 190.
  60. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 64.
  61. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 208.
  62. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 63-64.
  63. Krishna 2007.
  64. Shalom 2017, p. 16-17.
  65. Schaufelberger et Vincent 2013, p. 449–454.
  66. Schaufelberger et Vincent 2013, p. 406–407.
  67. Vātsyāyana 1925, p. 11.
  68. Biardeau 1997, p. 42-44.
  69. Gitomer 2007, p. 302.
  70. Hiltebeitel 2011, p. 20.
  71. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 84.
  72. Hiltebeitel 2011, p. 21.
  73. Van Buitenen 1978, p. 21.
  74. Gitomer 2007, p. 302-303.
  75. Dowson 1888, p. 98.
  76. Dumézil 1968, p. 93.
  77. M. Nisard 1857.
  78. Alonso 2014.
  79. Bhattacharya 2015.
  80. Allen 2009, p. 85.
  81. Monier-Williams 1960, p. 284.
  82. a et b Huet (kiicaka) 2018.
  83. Huet (venu) 2018.
  84. Joshi 1994, p. 148.
  85. Chatterji 1944, p. 21.
  86. Lévi 1925, p. 43.
  87. Thapar 2002, p. 255.
  88. Biardeau 1978, p. 173.
  89. Monier-Williams 1960, p. 882.
  90. a et b Ramakrishnamacharya 1983, p. 182.
  91. Narayana Rao et Shulman 2002, p. 82-101.
  92. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 54.
  93. Huet (senaapati) 2018.
  94. Barthélemy Saint-Hilaire 1865, p. 470.
  95. Pavie 1844, p. 270.
  96. Carrière 2008, p. 83.
  97. Fauche 1866, p. 140.
  98. Ganguli 1889, p. 31.
  99. Carrière et Brook 1989, p. 114.
  100. Kumar 2015.
  101. Sethi 2007.
  102. a et b Singh 2009, p. 19.
  103. Sai Baba 2015.
  104. Venkatachelam 1956, p. 200.
  105. Agarwala 1979, p. 297.
  106. Agarwala 1979, p. 244.
  107. Agarwala 1979, p. 142.
  108. Debroy 2010, p. 266.
  109. a et b Hewitt 1889, p. 294-295.
  110. Dowson 1888, p. 102.
  111. Hewitt 1893, p. 252.
  112. Hiltebeitel 1988, p. 173.
  113. Prakash 1962, p. 352.
  114. a et b Schaufelberger et Vincent 2015, p. 215.
  115. Kincaid et Parasnis 1925, p. 5.
  116. Goyal 2015.
  117. Dalal 1987, p. 67.
  118. Singh 2009, p. 263.
  119. Dowson 1888, p. 206.
  120. Saraswat 1982, p. 59.
  121. Dowson 1888, p. 359.
  122. Benett 1877, p. 236.
  123. Wheeler 1867, p. 232.
  124. Sanat 2010.
  125. Roy Chaudhury 1968, p. 737.
  126. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 210.
  127. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 226-227.
  128. Shalom 2017, p. 65.
  129. Shalom 2017, p. 77.
  130. Schaufelberger et Vincent 2015, p. 514-515.
  131. a et b Shalom 2017, p. 58.
  132. a et b Bronner 2010, p. 60-61.
  133. Srinivasachariar 1989, p. 370.
  134. Warder 1988, p. 283-286.
  135. Bronner 2014, p. 82-84.
  136. a et b Warder 1988, p. 286.
  137. Warder 1988, p. 285.
  138. Bronner 2010, p. 102.
  139. a et b Shalom 2017, p. 59.
  140. Brocquet 2014, p. 120.
  141. Bronner 2010, p. 146-147.
  142. Arnold 1887, p. 217.
  143. Naik 1996, p. 20-24.
  144. Mehera et Pati 2001, p. xxv-xxvi.
  145. George 1992, p. 225.
  146. Datta 1988, p. 1832.
  147. Choudhary 2010, p. 148.
  148. a et b Withey 1971, p. 129-133.
  149. Iyer 2013, p. 119.
  150. Pollock 2009, p. 81.
  151. Frédéric 2018.
  152. Dillon, Fowler et Raghavan 1960.
  153. Hiltebeitel 1988, p. 159.
  154. a et b Hiltebeitel 1988, p. 295-298.
  155. Paramashivam 2015, p. 221.
  156. Gaatha 2018.
  157. Govind 2017.
  158. Sri Rama Sastry 1975, p. 8-11.
  159. The Hans India 2017.
  160. George 1992, p. 213.
  161. a b et c Bolland 1980, p. 35-37.
  162. Kaladharan 2016.
  163. Rattis Books 2017.
  164. Vilecar 2017.
  165. B.M.G. 2003.
  166. Sumana 2016, p. 208.
  167. Das Gupta 1944, p. 27.
  168. Guha-Thakurta 2000, p. 119.
  169. Datta 1987, p. 67.
  170. Das 1960, p. 281-282.
  171. Solomon 2015, p. 25-38.
  172. Barnett et Pope 1995, p. 331.
  173. Subrahmanian 1981, p. 90.
  174. Barnett et Pope 1995, p. 223.
  175. Sinha 2007, p. 223.
  176. Kumar 2003, p. 108.
  177. TNN 2014.
  178. Kumar 2003, p. 106-113.
  179. Ranganath 2001.
  180. Sharma 1983, p. 7.
  181. Haridas 2005.
  182. Janak 2008.
  183. Rajadhyaksha et Willemen 2014, p. 726.
  184. Mail 1936.
  185. Rajadhyaksha et Willemen 2014, p. 788.
  186. Jasraj 2015, p. 47.
  187. Garga 1996, p. 31.
  188. a et b Narayanswamy 2014.
  189. Rajadhyaksha et Willemen 2014, p. 1482.
  190. Chabria 2013, p. 113.
  191. Jasraj 2015, p. 134-148.
  192. Rajadhyaksha et Willemen 2014, p. 636-637.
  193. Narwekar, Kul et Samant 1995, p. 88.
  194. Pandit Shimpi 1989, p. 121.
  195. Sakshi 2013.
  196. Lutgendorf 2006.
  197. Narasimham 2017.
  198. Aravind 2018.
  199. Rajadhyaksha et Willemen 2014, p. 548.
  200. iQlik Movies 2013.
  201. Ghosh 2013, p. 165.
  202. Abram 2003, p. 232.
  203. Hampi.in 2007.
  204. Deshpande 1986, p. 72.
  205. Pinney 2004, p. 68-70.
  206. Gibbs 2018.
  207. Lutgendorf 2006.
  208. Manwani 2013.
  209. Razā et Bhatnagar 1991, p. 182.
  210. Hazarika 1989, p. 18.
  211. Carrière 2008, p. 173.
  212. Santas 2014, p. 666.
  213. Unnikrishnan 2013.
  214. Suganth 2015.
  215. indiantelevision.com 2015.
  216. mas.io.
  217. Venkataraman 2015.
  218. MA 2015.
  219. desibantu 2011.
  220. FilmiBeat 2013.
  221. Kavirayani 2015.
  222. Ragalahari 2015.
  223. Webdunia 2015.

DocumentationModifier

Mahabharata, traductions et variantesModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Encyclopédies et dictionnairesModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Théâtre et littératureModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Histoire et civilisation indienneModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • (en) Suniti Kumar Chatterji, The National Flag : a selection of papers cultural and historical, Calcutta, Mitra and Ghosh, (OCLC 953924850, lire en ligne).  
  • (en) Romila Thapar, Early India : from the origins to AD 1300, Berkeley, University of California Press, , 555 p. (ISBN 978-0-520-23899-2, OCLC 472802890, lire en ligne).  
  • (en) James Francis Hewitt, Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain & Ireland, Cambridge, etc. Cambridge University Press for the Royal Asiatic Society etc., (lire en ligne).  
  • (en) James Francis Hewitt, Journal of the Royal Asiatic Society of Great Britain & Ireland, Cambridge, etc. Cambridge University Press for the Royal Asiatic Society etc., (lire en ligne).  
  • (en) Buddha Prakash, Studies In Indian History And Civilization, Agra, Shiva Lal Agarwala, (OCLC 6740796, lire en ligne).  
  • (en) Suresh Dalal, Prateechi : A Literary Digest of West Indian Languages, New Delhi, Sahitya Akademi, , 356 p. (ISBN 978-81-7201-089-8, OCLC 311745774, lire en ligne).  
  • (en) Rawat Saraswat, Cultural heritage of Jaipur, Jaipur, Rajasthan History Congress, (OCLC 82235951, lire en ligne).  
  • (en) William Charles Benett, Gazetteer of the province of Oudh : Vol. II, Allahabad, Lucknow : Printed at the Oudh Government Press, (OCLC 221539913, lire en ligne).  
  • (en) Pranab Chandra Roy Chaudhury, Bihar District Gazetteers : Purnea, Patna, Patna : Superintendent, Secretariat Press, Bihar, (OCLC 863581829, lire en ligne).  
  • (en) Upinder Singh, A history of ancient and early medieval India : from the Stone Age to the 12th century, Upper Saddle River, Pearson Education, , 677 p. (ISBN 978-81-317-1677-9, OCLC 1036336459, lire en ligne).  
  • (en) Kota Venkatachelam, Age of Buddha, Milinda & Amtiyoka and Yugapurana, Kollur, Sri Ajanta Art Printers, (OCLC 969567205, lire en ligne).  
  • (en) Giriwar Charan Agarwala, Age of Bhārata war, New Delhi, Varanasi & Patna, Motilal Banarsidass, (OCLC 464707531, lire en ligne).  
  • (en) Charles Augustus Kincaid et Rao Bahadur Dattatraya Balavant Parasnis, A history of the Maratha people, Londres, Oxford University Press, (OCLC 311993611, lire en ligne)
  • Sylvain Lévi, « Ptolémée, le Niddesa et la Bṛhatkatha », Etudes asiatiques,‎ , p. 43-44 (lire en ligne, consulté le 5 juin 2018).  

Mythologie et religionModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Georges Dumézil, Mythe et épopée. 1, L'idéologie des trois fonctions dans les épopées des peuples indo-européens, Paris, Éditions Gallimard, (OCLC 644510893, lire en ligne).  
  • (en) Fernando Wulff Alonso, The Mahābhārata and Greek mythology, New Delhi, Motilal Banarsidass Publishers, (ISBN 978-81-208-3791-1, OCLC 964663437).  
  • (en) Indrajit Bandyopadhyay, Mahabharata Folk Variations, Lulu Press, Inc, (ISBN 978-1-105-32076-7, lire en ligne).  
  • (en) Alf Hiltebeitel, The cult of Draupadī. [Vol. 1], Mythologies: from Gingee to Kurukṣerta, Chicago et Londres, The University of Chicago Press, (ISBN 978-0-226-34045-6, OCLC 750986833, lire en ligne).  
  • (en) Kottapalli Ghanaśyāmala Prasād, Agastya Pandita's Bala Bharata : a critical study, Hyderabad, K.S. Mahalakshmi, (OCLC 30028601, lire en ligne)
  • (en) Chitrabhanu Sen, The Mahabharata, a Social Study, Calcutta, Sanskrit Pustak Bhandar, (OCLC 607380573, lire en ligne).  
  • (en) Arvind Sharma et Ajit Ray, Sati : Historical and Phenomenological Essays, New Delhi, Motilal Banarsidass, , 129 p. (ISBN 978-81-208-0464-7, OCLC 476149331, lire en ligne).  
  • (en) David L. Gitomer, « Rākṣasa Bhīma:Wolfbelly among Ogres and Brahmans in the Sanskrit Mahābhārata and the Veṇīsaṃhāra », dans Arvind Sharma, Essays on the Mahābhārata, New Delhi, Motilal Banarsidass, (ISBN 978-8-120-82738-7, OCLC 80163615, lire en ligne).  
  • (en) B.N. Sumitra Bai et Robert J. Zydenbos, « The Jaina Mahābharā », dans Arvind Sharma, Essays on the Mahābhārata, New Delhi, Motilal Banarsidass, (ISBN 978-8-120-82738-7, OCLC 80163615, lire en ligne).  
  • (en) Vi Sītārāmayya, Mahakavi Pampa, Bombay, Popular Prakashan, (OCLC 832988228, lire en ligne).  
  • Madeleine Biardeau, « Un certain Kīcaka », dans Siegfried Lienhard et Irma Piovano, Lex et litterae: studies in honour of professor Oscar Botto, Alexandrie, Edizioni dell'Orso, (ISBN 978-8-876-94279-2, OCLC 243902511).  
  • (en) Pradip Bhattacharya, « Did Homer Influence Vyasa? », Boloji,‎ (lire en ligne, consulté le 22 mai 2018).  
  • Nick J. Allen, « L'Odyssée comme amalgame : Ulysse en Ithaque et comparaisons sanskrites », Gaia : revue interdisciplinaire sur la Grèce archaïque, no 12,‎ , p. 79-102 (lire en ligne, consulté le 22 mai 2018).  

Cinéma et télévisionModifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :