John Nelson Darby

fondateur du darbysme et prédicateur protestant anglais
John Nelson Darby
Image dans Infobox.
John Nelson Darby
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 81 ans)
BournemouthVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Formation
Activités
Père
John Darby (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Mère
Anne Vaughan (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Autres informations
Religions

John Nelson Darby (né le et mort le ) est un prédicateur évangélique[1] du mouvement des Assemblées de Frères et le fondateur du mouvement des frères « étroits » (Exclusive Brethren), ainsi qu'un traducteur en plusieurs langues de la Bible.

BiographieModifier

JeunesseModifier

John Nelson Darby naît à Londres le dans la Cité de Westminster au sein d'une famille influente originaire d'Irlande [2]. Son deuxième prénom, Nelson, rend hommage à lord Nelson, un ami de la famille. Darby est le neveu de l'amiral de la Royal Navy Henry D'Esterre Darby.

Il fait des études en humanités à la Westminster School puis entre au Trinity College Dublin en 1815, où il termine médaillé d'or en Humanités classiques en 1819[3]. Il devient ensuite avocat selon les vœux de son père : le 9 novembre 1819, il rejoint la Lincoln's Inn de Londres, puis est admis au barreau d'Irlande en janvier 1822[4],[5].

Pendant l'été 1820 ou 1821, il se convertit au Christianisme[6] et il abandonne rapidement sa carrière pour se consacrer au service religieux[3],[7]. En 1825, il est ordonné Diacre, puis Prêtre de l'Église anglicane l'année suivante, par William Magee (en), Archevêque de Dublin[3]. Darby devient alors un ecclésiastique convaincu. Il déclare: « j'ai beaucoup pensé à Rome, à sa sainteté, à sa catholicité et à son antiquité. … J'ai jeûné pendant le Carême … J'allais toujours voir mon prêtre quand je voulais recevoir le sacrement, afin qu'il en juge. Je reconnaissais pleinement la succession apostolique, et qu'elle était le seul canal de la grâce. Je considérais donc que Luther, Calvin et leurs disciples étaient exclus. … J'ai cherché avec une diligence sérieuse les preuves de la succession apostolique en Angleterre…[8] ». Mais en février 1827, l'archevêque de Dublin signe une pétition pour requérir la protection de la chambre des communes vis-à-vis des tensions interreligieuses ayant lieu en Irlande[9]. Darby proteste par écrit contre la pétition[9],[10], et démissionne de sa cure[note 1],[11]. Selon Darby, l'église doit rester indépendante du pouvoir civil et ne doit pas sacrifier son pouvoir spirituel au profit de sa sécurité[12],[13].

Émergence des Assemblées: 1827—1845Modifier

Rapidement, Darby s'associe à des chrétiens qui partagent les mêmes idées que lui, notamment Anthony Norris Groves (en), et John Gifford Bellett (en)[14], ayant également étudié au Trinity College Dublin. Ils se réunissent périodiquement à Dublin pour rompre le pain (rappel du sacrifice de Jésus-Christ sur la croix).

En 1840, Darby quitte la Communion anglicane pour rejoindre le mouvement des Assemblées de Frères [15].

Darby voyage en Europe, rassemblant au passage des « frères » — en vieil anglais, brethren, nom que se donnent les groupes, ailleurs on parle aussi de « piétistes », de « darbystes » ou de « momiers ».

Affaire de Plymouth et de Bethesda: 1845—1848Modifier

En 1848, le mouvement des Frères se divisa en deux branches. Une aile « exclusive » suivra les positions de Darby, et les autres suivent l’approche plus « ouverte » de George Müller, Craik ou Chapman [16].

Après 1848: Darby, leader du courant exclusifModifier

Il développe alors des prises de position publiques radicales, engageant les fidèles à se détourner de l'Église officielle. Il écrira ainsi dans son Étude sur la seconde épître de Paul à Timothée : « Là où est la forme sans la puissance, nous ne devons pas aller ; et plus que cela, dans un sens positif, nous devons nous retirer de tels gens. » Il visitera divers pays comme les Îles Britanniques, la Suisse ou encore la France. Mais, progressivement, dans plusieurs domaines, ses positions provoquent une forte contestation notamment sur sa conception de l’apostasie de la chrétienté et son soutien au baptême des enfants[17].

Il voyage ensuite en Amérique, en Australie et en Nouvelle-Zélande. Les frères ne s'appellent jamais « darbystes » eux-mêmes, ils préfèrent le terme de « frères » en français, « brethren[note 2]» en anglais.

Il meurt en 1882 et est enterré à Bournemouth, dans le Dorset en Angleterre. Durant sa vie, Darby est passé d'une position de prêtre de l'église anglicane à une conception révolutionnaire des institutions ecclésiales : pour lui, nul besoin d'une organisation pour se réunir entre chrétiens, nul besoin de l'ordination (chaque croyant est fait prêtre, sans aucune ordination) ; il conclut même que la notion de clergé est un affront fait à Jésus-Christ. Sa formation anglicane laissa des traces dans sa doctrine concernant les peines éternelles.

Darby et le dispensationalismeModifier

Darby est à l'origine de la systémisation et de la diffusion de la méthode de lecture de la Bible appelée « dispensationalisme », qui distingue des grandes époques dans la révélation progressive de Dieu[18]. Il affirme qu'après l'époque actuelle de la grâce viendra celle du royaume dans laquelle le Christ reviendra sur terre avec une série d'événements avant-coureurs (Enlèvement de l'Église, guerre, apparition d'un nouvel ordre politique et économique mondial, arrivée de l'Antéchrist, bataille d'Armageddon), et établira un règne de paix pendant mille ans, avant que ne vienne le jugement dernier.

Cette méthode de lecture, popularisée par Cyrus Scofield, est très influente dans les milieux évangéliques fondamentalistes.

Traduction de la BibleModifier

Darby qui connaît six langues (hébreu, grec ancien, anglais, français, allemand et italien), traduit la Bible, directement à partir des textes hébreu et grec, en trois langues: anglais, allemand et français[19]. En 1859, il publie Le Nouveau Testament en français[20]. Cette traduction est titrée « Version Nouvelle » parce qu'elle ne se base pas, contrairement aux traductions précédentes de la Bible, sur le « Texte Reçu » des Elzévir de Hollande, mais sur les travaux critiques qui ont eu lieu au court du XIXe siècle, en particulier ceux de Griesbach, Scholz (en), Tischendorf ou Lachmann[21]. Cette traduction a pour particularité d'être très littérale, de vouloir avant tout respecter le texte, en sacrifiant au besoin l'élégance du style, voire la clarté du texte traduit. La traduction complète de la Bible est publié en 1885, trois ans après la mort de Darby[22]. Cyrus Ingerson Scofield s'inspira de la Bible Darby pour la Bible annotée par lui-même et qui est aujourd'hui la Bible commentée de référence aux États-Unis.

ŒuvresModifier

  • Sur l’Apostasie de l’Économie Actuelle, Lausanne & Genève, Ducloux & Kaufmann, , 24 p. (lire sur Wikisource)
  • L’Attente Actuelle de l’Église, Genève & Paris, Kauffman & Delay, , 231 p. (lire sur Wikisource)
  • Sur la Formation des Églises, Lausanne, Ducloux, , 29 p. (lire sur Wikisource)
  • De la Présence et de l’Action du Saint-Esprit dans l’Église, Valence, Aurel, , 180 p. (lire sur Wikisource)
  • Vues Scripturaires sur la Question des Anciens, Genève, Kaufmann, , 70 p. (lire sur Wikisource)
  • L’Église selon la Parole, Montpellier, Bokhm, , 67 p. (lire sur Wikisource)
  • Le Culte selon la Parole, Paris, Genève & Montpellier, Cherbuliez, Kauffmann & Boehm, , 71 p. (lire sur Wikisource)

Darby rédige aussi un synopsis de la Bible, de nombreux commentaires bibliques, et des traités doctrinaux. Sa correspondance est également très abondante.

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Selon Neatby, qui cite Bellett, sa démission n'a pas eu lieu immédiatement après ces évènements, mais il est probable qu'ils en soient la cause. Darby poursuit son travail d’ecclésiastique au moins jusqu'en 1828. Il quitte définitivement l'église anglicane vers le milieu des années 1830.
  2. Les brethrens constituent en fait un mouvement plus ancien, dont les origines remontent au moins au XVIIe siècle. Les écrits de Darby s'inscrivent, avec ses nuances propres, dans la doctrine générale de ces chrétiens.

RéférencesModifier

  1. Aharonian, S., Les frères larges en France métropolitaine: Socio-histoire d'un mouvement évangélique de 1850 à 2010., Cerf, ([1])
  2. (en) J. Gordon Melton, Martin Baumann, Religions of the World: A Comprehensive Encyclopedia of Beliefs and Practices, ABC-CLIO, États-Unis, 2006 p. 862.
  3. a b et c (en) Stokes, George T., « John Nelson Darby », The Contemporary Review, vol. 48, no Oct.,‎ , p. 537-52 ([2], consulté le ), p. 537.
  4. (en) Weremchuk, M., John Nelson Darby Research Papers, ([3]), p. 9.
  5. Akenson, D. A., Discovering the End of Time: Irish Evangelicals in the Age of Daniel O'Connell, McGuill-Queen's University Press, , p. 161.
  6. (en) Weremchuk, M., John Nelson Darby Research Papers, ([4]), p. 10.
  7. Herzog, J. J., Les Frères de Plymouth et John Darby, leur doctrine et leur histoire, Lausanne, Bridel, (lire sur Wikisource), p. 7.
  8. Darby, J. N., Analysis of Newman's Apologia, 1891 [1866], p. 31.
  9. a et b (en)Burnham, J. D., A Story of Conflict: The Controversial Relationship between Benjamin Wills Newton and John Nelson Darby, , p. 26.
  10. (en)Darby, J. N., Considerations addressed to the Archbishop of Dublin and the Clergy who signed the petition to the House of Commons for Protection, ([5]), published in the Collected Writings of J. N. Darby, Ecclesiastical, N°1, 1-19.
  11. (en)William Blair Neatby, A history of the Plymouth Brethren, London, Hodder and Stoughton, (lire sur Wikisource), p. 17.
  12. (en)Darby, J. N., Considerations addressed to the Archbishop of Dublin and the Clergy who signed the petition to the House of Commons for Protection, ([6]), published in the Collected Writings of J. N. Darby, Ecclesiastical, N°1, p. 8.
  13. (en)William Blair Neatby, A history of the Plymouth Brethren, London, Hodder and Stoughton, (lire sur Wikisource), p. 16.
  14. (en)William Blair Neatby, A history of the Plymouth Brethren, London, Hodder and Stoughton, (lire sur Wikisource), p. 4.
  15. (en) William H. Brackney, Historical Dictionary of Radical Christianity, Scarecrow Press, États-Unis, 2012, p. 99.
  16. (en) Samuel S. Hill, Charles H. Lippy, Charles Reagan Wilson, Encyclopedia of Religion in the South, Mercer University Press, États-Unis, 2005, p. 246.
  17. (en) Ian S. Markham, The Blackwell Companion to the Theologians, 2 volumes, John Wiley & Sons, États-Unis, 2009, p. 42.
  18. (en) Ed Hindson, Dan Mitchell, The Popular Encyclopedia of Church History, Harvest House Publishers, États-Unis, 2013, p. 119.
  19. (en) Ed Hindson, Dan Mitchell, The Popular Encyclopedia of Church History, Harvest House Publishers, États-Unis, 2013, p. 116.
  20. Les Livres Saints Connus sous le Nom de Nouveau Testament. Version nouvelle, Vevey & St-Agrève, Prenleloup & Revel, , 584 p. (lire sur Wikisource).
  21. Les Livres Saints Connus sous le Nom de Nouveau Testament. Version nouvelle, Vevey & St-Agrève, Prenleloup & Revel, (lire sur Wikisource), Préface, p. iii.
  22. La Sainte Bible qui comprend l’Ancien et le Nouveau Testament, traduits sur les textes originaux, Pau & Vevey, Laügt & Guignard, (lire sur Wikisource).

AnnexesModifier

BibliographieModifier

  • F. Cuendet, Souvenez-vous de vos conducteurs, éd. ELBC, 160 p..
  • Estéoule, F., Le plymouthisme d’autrefois et le darbysme d’aujourd’hui, Paris, Grassart & Meyrueis, , 119 p. (lire sur Wikisource).
  • Herzog, J. J., Les Frères de Plymouth et John Darby, leur doctrine et leur histoire, Lausanne, Bridel, , 92 p. (lire sur Wikisource).
  • Christian Maillebouis, Vie et pensées d’un darbyste, A. Dentan : 1805-1873, Mazet-Saint-Voy, Sociéte d’histoire de la montagne, 1991, 174 p.
  • Christian Maillebouis, Influences darbystes au Mazet-Saint-Voy, dans la deuxième moitié du XIXe siècle, Cahiers de la Haute-Loire, Le Puy-en-Velay, 2003, p. 289-357.
  • Christian Maillebouis, Sur l’implantation du “darbysme” en France au XXe siècle, Bulletin de la Société de l'Histoire du Protestantisme Français, vol. 159, 2013, p. 329‑364.
  • Christian Maillebouis, Le plateau du nord Mézenc, terre d’élection du darbysme français, Cahiers de la Haute-Loire, 2016, p. 211‑261.
  • Christian Maillebouis, Assemblées darbystes, dans Anne-Laure Zwilling (dir.), Les minorités religieuses en France, un état des lieux, Paris, CNRS, 2018, p. 964‑979.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Ressources et noticesModifier

Sur les autres projets Wikimedia :