Ouvrir le menu principal
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Maitron.

Jean Maitron, né le à Sardy-lès-Epiry (Nièvre) et mort le à Créteil (Val-de-Marne), est un historien français.

Animé d’une double passion, historienne et militante[1], pionnier de l'histoire ouvrière en France, il fait entrer celle-ci à l'université et lui donne ses bases archivistiques. Il est, notamment, à l'origine du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, ouvrage de référence appelé couramment « le Maitron ».

Spécialiste, par ailleurs, du mouvement anarchiste en France, « Jean Maitron, qui n’était pas libertaire, avait pour ce mouvement une grande empathie »[2].

Sommaire

BiographieModifier

Né le 17 décembre 1910 à Sardy-lès-Épiry (Nièvre), Jean Maitron est élevé dans une famille communiste, libertaire et anticléricale (son grand-père, Simon Maitron, cordonnier-bottier à La Charité-sur-Loire, est laïc et communard, son père Marius Maitron, socialiste libertaire, est un membre du Parti ouvrier français), ses deux parents étant instituteurs[3].

Après des études secondaires au lycée de Nevers, il entre en hypokhâgne en 1929 au lycée Louis-le-Grand où il adhère à l'Union fédérale des étudiants, puis l'année suivante au Parti communiste français qu'il quitte en 1933 après un voyage « consternant » en URSS[3]. Il le réintègre en 1935, après un court passage à la Ligue communiste (parti trotskiste français créé en 1930) puis quitte définitivement le PC en 1939 à la suite du pacte germano-soviétique. Il se rapproche alors durablement de l'équipe qui anime La Révolution prolétarienne : Maurice Chambelland, Pierre Monatte, Alfred Rosmer[4],[5]

La force du contentieux avec le Parti communiste est telle qu'il ne participe pas à la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. En 1949, il contribue à la fondation de l'Institut français d'histoire sociale[1],[6] et, selon Michelle Perrot, « se fait alors historien », reportant ainsi « sur l'histoire ouvrière ses espérances politiques déçues, mais non reniées[3] ».

Professionnellement, il est instituteur en 1936 puis professeur de cours complémentaire jusqu'en 1955, passant ensuite dans le second degré jusqu'en 1958[7].

Il obtient le doctorat ès lettres en 1950 en soutenant une thèse d'État sur l'histoire du mouvement anarchiste en France avant 1914[1] (sa thèse complémentaire est consacrée à Paul Delesalle, un militant anarcho-syndicaliste)[8]. Pierre Renouvin, son directeur de thèse, lui fait obtenir son détachement au CNRS de 1955 à 1963 puis le fait nommer maître-assistant à la Sorbonne[1], avec pour mission de fonder le Centre d'histoire du syndicalisme (1966)[1]. Il termine sa carrière en 1976 à l'Université Paris 1[9].

Pionnier de l'histoire ouvrière en France, il la fait entrer à l'université et lui donne ses bases archivistiques. Ses publications englobent des ouvrages de référence, notamment le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, poursuivi après sa mort et appelé couramment « le Maitron », et une histoire de l'anarchisme en France. Jean Maitron a fondé et dirigé deux revues : L'Actualité de l'histoire[10] (1953-1960), puis Le Mouvement social (1960-). Historien du mouvement et de l'anarchisme, il n'est pas anarchiste comme beaucoup le croient[11].

Son œuvre est poursuivie par une équipe dirigée par Claude Pennetier, dans le cadre du Centre d’histoire sociale du XXe siècle (CNRS / université de Paris I). En 2006, une nouvelle série du dictionnaire, en douze volumes, a vu le jour. Intitulée Dictionnaire biographique, mouvement ouvrier, mouvement social, achevée en 2016, elle couvre la période 1940-1968. L'entreprise se poursuit par l'actualisation des notices et la création de nouvelles par le biais de la numérisation du « Maitron en ligne ».

DistinctionsModifier

En 1982, Jean Maitron est promu chevalier de la Légion d'honneur puis, en 1985, chevalier des Arts et Lettres[8].

HommagesModifier

En 1996, la Fédération de l'Éducation nationale (aujourd'hui UNSA Éducation) crée le prix Jean-Maitron qui prolonge son œuvre et qui récompense un mémoire de master (initialement un mémoire de maîtrise). Le jury du prix Maitron, actuellement présidé par Antoine Prost, a l'originalité d'être composé pour moitié d'universitaires et pour moitié de syndicalistes[12].

Une collection de livres d'histoire sociale porte également son nom aux Éditions de l'Atelier[13].

En 2016, le journaliste Edwy Plenel publie Voyage en terres d’espoir, « hommage aux oubliés et aux méconnus qui se sont battus pour l’émancipation ». L'auteur précise : « j’ai souhaité rendre justice au Maitron, du nom de l’historien Jean Maitron, le fondateur de ce grand œuvre : le Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier et du mouvement social »[14],[15].

OuvragesModifier

  • Histoire du mouvement anarchiste en France (1880-1914), SUDEL, Paris, 1951, 744 p., épuisé. Deuxième édition avec une préface de Georges Bourgin, 1955, épuisé. Réédition revue et complétée en deux volumes aux éditions Maspero, Paris sous le titre :
    • Le mouvement anarchiste en France, des origines à 1914, tome 1, Paris, Éditions Maspero, 1975, 486 p., réédition Gallimard, 2011.
    • Le mouvement anarchiste en France, de 1914 à nos jours, tome 2, Paris, Éditions Maspero, 1975, 440 p., réédition Gallimard, 2011.
  • Le Syndicalisme révolutionnaire, Paul Delesalle. Préface d'Édouard Dolléans, Éditions ouvrières, 1952, 176 p. Réédité augmenté d'un avant-propos de Jean Maitron, sous le titre :
    • Paul Delesalle. Un anarchiste de la Belle époque, éditions Fayard, Paris, 1985, 208 p.
  • De la Bastille au Mont Valérien. Dix promenades à travers Paris révolutionnaire, Éditions ouvrières, Paris, 1956, 286 p.
  • Ravachol et les anarchistes, collection Archives-Julliard, Paris, 1964, 216 p.
  • Publication de textes : H. Messager, Lettres de déportation, 1871-1876, Paris, Le Sycomore, 1979, 380 p.
  • Syndicalisme révolutionnaire et communisme. Les Archives de Pierre Monatte (en collaboration avec Colette Chambelland), préface de Ernest Labrousse, Éditions Maspero, Paris, 1968, 462 p.
  • La Sorbonne par elle-même, mai-juin 1968, (avec Michelle Perrot & Madeleine Rebérioux), Le Mouvement social, N° 64, juillet-septembre 1968, éditions ouvrières, 416 p. Préface rééditée in Jean-Claude Perrot, Michelle Perrot, Madeleine Rebérioux, Jean Maitron, La Sorbonne par elle-même, envoyé par Sophie Cœuré, Paris, Editions de la Sorbonne, coll. « Tirés à part », 2018

DictionnairesModifier

La série de 78 volumes du Maitron français et international, 34 de son vivant, 44 après sa mort, sous la direction de Claude Pennetier, Éditions de l'Atelier.
  • Ces dictionnaires sont désormais en accès libre et gratuit[16].

AudiovisuelModifier

IconographieModifier

VidéographieModifier

RadioModifier

Notes et référencesModifier

  1. a b c d et e Rossana Vaccaro, Une collecte contestée : les archives de militants au Centre d’histoire sociale du XXe siècle, La Gazette des archives, Association des archivistes français, 2011, 221, pp. 87-101, lire en ligne.
  2. Julie Clarini, Claude Pennetier : « Dans la tradition anarchiste, une attention portée à l’individu », Le Monde, 3 juin 2015,lire en ligne.
  3. a b et c Michelle Perrot, « Les Vies ouvrières », dans Pierre Nora (dir.), Les Lieux de mémoires, vol. III, Gallimard, , p. 191.
  4. Madeleine Rebérioux, Maitron Jean (1910-1987), Encyclopédie Universalis.
  5. René Bianco, Répertoire des périodiques anarchistes de langue française : un siècle de presse anarchiste d’expression française, 1880-1983, thèse de doctorat, université d’Aix-Marseille, 1987, 3503 pages, La Révolution prolétarienne, revue bimensuelle, mensuelle, syndicaliste révolutionnaire.
  6. Claude Pennetier, « L'histoire collective de Jean Maitron », La Vie des idées,‎ (lire en ligne, consulté le 6 décembre 2018)
  7. Maurice Joinet, Les grandes heures du mouvement ouvrier dans la Nièvre, Association culturelle ouvrière nivernaise, , p. 8
  8. a et b Biographie de Jean Maitron, Association des Amis du Maitron, 2002.
  9. Jean-François Sirinelli, Génération intellectuelle, Fayard, , p. 255
  10. L'Actualité de l'histoire, bulletin de l'Institut français d'histoire sociale, directeur : Jean Maitron, en lecture libre sur gallica.bnf.fr.
  11. Claude Pennetier, « Le dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français », Genèses, vol. 14, no 14,‎ , p. 131
  12. Prix Jean-Maitron.
  13. Collection Jean Maitron sur bibliotheques-admin.paris.fr, (OCLC 931980112).
  14. Edwy Plenel, Voyage en terres d'espoir, Editions de l'Atelier, 2016, présentation éditeur, (ISBN 270824499X), (OCLC 962069045).
  15. Voyage en terres d'espoir, une conférence d'Edwy Plenel sur bu.univ-paris8.fr.
  16. Annonce et mise en service faites lors de la « journée du Maitron », le

Voir aussiModifier

Sur Jean MaitronModifier

  • Notice "Jean Maitron", Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français, 1989
  • Notice "Marius Maitron", ibid.
  • Avec Jean Maitron, témoignages, études, textes inédits, Le Mouvement social, Numéro spécial supplément au N° 144, octobre-novembre 1988, Les éditions ouvrières, 168 p.
  • Colette Chambelland, Jean Maitron dans Le Mouvement social (listes des articles publiés), dans Le Mouvement social, N° 142, janvier-mars 1988.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

  • Vidéo en hommage à Jean Maitron (vidéo de 43 minutes sur le site Dailymotion avec une présentation biographique et des extraits d'émissions de télévision auxquelles il avait participé).