Jean Froissart

chroniqueur français

Jean Froissart ou Jehan Froissart, né vers 1337 à Valenciennes et mort vers 1410 à Chimay, est l'un des plus importants chroniqueurs de l'époque médiévale. Pendant des siècles, les Chroniques de Froissart ont été reconnues comme l'expression majeure de la renaissance chevaleresque dans l'Angleterre et la France du XIVe siècle. Il s'agit également d'une des sources les plus importantes sur la première moitié de la guerre de Cent Ans.

Jean Froissart
Jean-Froissart.jpg
Jean Froissart
Portrait à la sanguine dans le Recueil d'Arras
(Bibliothèque municipale d'Arras)
Biographie
Naissance
Décès
Activités

BiographieModifier

Très peu de choses de la vie de Froissart sont connues et le peu qui est su vient principalement de ses propres chroniques et de ses poésies. Froissart est né à Valenciennes, dans ce qui était alors le comté de Hainaut. Ses écrits nous indiquent que son père était vraisemblablement un peintre en armoiries. Froissart commence à travailler en tant que négociant mais abandonne bientôt pour la prêtrise à laquelle son père le destine. Il reçoit alors l'éducation religieuse destinée aux clercs[1].

Clerc cultivé, le jeune homme préfère la vie et les plaisirs. Aussi, vers l'âge de 24 ans, il devient poète dans la veine de Guillaume de Machaut. Robert de Namur l'engage à composer la chronique des guerres du temps[2] et ses activités le désignent comme historien officiel à la cour de Philippa de Hainaut, l'épouse d'Édouard III d'Angleterre.

Les mémoires de son temps au service de Philippa, entre 1361 et 1369, seront regroupés avec les récits d'autres événements dont il avait été témoin, dans le premier livre de ses Chroniques.

En 1361, il arrive en Angleterre, part en 1365 avec des lettres de recommandation de la reine en Écosse où il demeure trois mois auprès de Robert Bruce, puis quinze jours au château de Dalkeit auprès de Guillaume de Doulas, le héros de l'indépendance écossaise. Au mois de septembre, il visite l'est du pays, s'arrête, avec Edouard Le Despenser, au château de Berkley qui avait été témoin en 1327 de la mort d'Edouard II. En janvier 1367, il faillait accompagner le prince de Galles dans son expédition d'Espagne mais, arrivé à Dax, il reçut l'ordre (pour des raisons qui ne nous sont parvenues) de repartir pour l'Angleterre.

En 1368, il put cependant accompagner à Milan le duc de Clarence, le fils de Philippa, pour son mariage avec la fille de Galéas Visconti. Le cortège qui traversa la France était composé de 447 personnes. À ce mariage étaient aussi présents deux autres auteurs qui marquèrent cette époque, Chaucer (avec qui il avait fait le voyage) et Pétrarque. Il parcourt ensuite la Savoie, Bologne, Ferrare (où il rencontra Pierre de Lusignan, le roi de Chypre) et Rome où il rencontra Jean Paléologue, qui venait demander l'appui du pape[2]. Sur la route du retour, il apprend la mort de Philippa (15 août 1369) et décide de retourner dans son pays.

Il y retrouve Robert de Namur, qui avait épousé la soeur de la reine et qu'il avait rencontré à Londres.

 
Statue de Jean Froissart - Place Froissart, Chimay (Belgique).

Il bénéficie de la protection en passant aux services du duc Venceslas de Luxembourg comme secrétaire et de Jeanne de Brabant, puis du comte Guy de Blois dont il est clair de la chapelle (1384) et avec qui il séjourne à la cour des Valois (1384-1386). Il compose alors pour la cour du comte de Blois des pastourelles et des épithalames[2]. Il sert encore Aubert de Bavière et Guillaume IV de Hainaut, ce qui lui permet de poursuivre le travail touchant aux Chroniques[3]. Il obtient en 1373 (avant le 19 septembre) la cure de Lestines (aujourd'hui Estinnes, un village près de Binche) qui dépendait alors du diocèse de Cambrai. Il devient ensuite chanoine de Chimay, ce qui le libère des soucis financiers.

Mettant en valeur les prouesses des chevaliers de ses protecteurs, ce qui le conduit à faire œuvre historique, il espère par là atteindre à une renommée comparable à la leur[1]. Son ouvrage s'inspire en grande partie de l'œuvre d'un autre chroniqueur, Jean le Bel, mais il est fondé aussi sur des souvenirs personnels et des témoignages nombreux, gage d'une certaine impartialité. Les qualités de l'écrivain rachètent les faiblesses de l'historien. La prose de Froissart peut être tour à tour sobre et vigoureuse lorsqu'elle décrit les scènes de bataille, ou colorée et chatoyante lorsqu'elle évoque la vie luxueuse des cours princières[4].

Il revient en Angleterre en 1395 mais semble déçu par des changements qu'il considère comme la fin de la chevalerie. La date et les circonstances de sa mort sont inconnues, il semblerait avoir fini ses jours à Chimay où il avait été nommé chanoine et trésorier du chapitre de Sainte-Monégonde.

 
Statue de Froissart (Cour du Palais du Louvre, Paris).

ŒuvresModifier

 
La mort de Wat Tyler (Chroniques de Froissart).
  • Chroniques
  • Dits et débats (Le Temple d'Honneur, Le Joli Mois de mai, Le dit de la Marguerite, Le Dit dou Bleu Chevalier, le Débat dou Cheval et dou Lévrier, Le dit dou Florin, La Plaidoirie de la Rose et de la Violette)
  • Meliador Roman en trois tomes publié en 1895 et 1899 par la Société des anciens textes français[5]
  • Le paradis d'amour
  • L'orloge amoureus
  • Lais amoureus et de Nostre Dame
  • Pastourelles
  • La Prison amoureuse
  • Le Joli Buisson de Jonece
  • Ballades
  • Virelais
  • Rondeaux

PostéritéModifier

Bien plus qu'à sa poésie, Froissart doit sa gloire à ses monumentales Chroniques dont les textes sont conservés dans plus de 100 manuscrits enluminés. L'un des exemplaires les plus richement enluminés est le manuscrit de Gruuthuse.

ControverseModifier

Écrites dans un style vif et coloré, remplies d'anecdotes souvent inexactes, ces Chroniques sont destinées à un public anglo-flamand lettré[1]. Comme dans beaucoup de chroniques médiévales de son époque, les récits de Froissart relatent l'histoire officielle des différents protecteurs de Froissart et sa version des faits, qu'il ne manque pas de transformer, correspond à la propagande d'Edouard III, en justifiant notamment les meurtres gratuits de sa soldatesque. Il contredit ainsi les textes rédigés par les chroniqueurs de la cour de France comme Cuvelier[6] (il ne fait aucune critique historique de ces sources), embellissant et purifiant les actions des personnages commanditaires dont il relate les exploits[7].

Horloge et foliotModifier

Jean Froissart est également connu pour avoir été l'un des premiers à parler de l'échappement à foliot des horloges dans le poème Li Orologe amoureus datant de 1368, le mot « foliot » semblant avoir été forgé à cette occasion[8].

HommagesModifier

Une station du métro de Paris porte son nom ainsi qu'une place à Valenciennes, un collège à Quievrechain, une place et une statue à Chimay.

Notes et référencesModifier

(en) Cet article est partiellement ou en totalité issu de l’article de Wikipédia en anglais intitulé « Jean Froissart » (voir la liste des auteurs).
  1. a b et c Bernard Guenée, Du Guesclin et Froissart. La fabrication de la renommée, Tallandier, , 237 p.
  2. a b et c Dezobry et Bachelet, Dictionnaire de biographie, vol. 1, Ch. Delagrave, 1878, p. 1114
  3. Jean Froissart sur Arlima
  4. Luce Pietri, Le Monde et son histoire, Paris, Editions Bordas et Robert Laffont, , p. 185 La fin du Moyen Age
  5. Meliador, roman comprenant les poésies lyriques de Wenceslas de Bohème (lire en ligne) sur Gallica
  6. poète officiel de la cour de Charles V de France: voir Chronique de Bertrand du Gueselin par Cuvelier, trouvère, E. Charriere, 1839
  7. Peter F.Ainsworth, « Rois, reines et capitaines : échos de parti-pris dans quelques manuscrits des Chroniques de Froissart », in : Actes du colloque international Jehan Froissart (Lille 3-Valenciennes, 30 septembre-), éd. M.-M. Castellani et Ch. Herbin, Perspectives Médiévales, Société de langues et de littératures médiévales d'oc et d'oïl (Paris, 2006), p. 9-51
  8. Horloge, Encyclopédie Larousse

BibliographieModifier

  • Siméon Luce, Chroniques de J. Froissart, Renouard Paris, 1869.
  • Maurice Wilmotte, Froissart, Éditions La Renaissance du livre, 1944.
  • Peter Ainsworth, « Froissart, Jean », in Graeme Dunphy, Encyclopedia of the Medieval Chronicle, Leiden, Brill, 2010, p. 642–645 (ISBN 90-04-18464-3)
  • Froissart dans sa forge : actes du colloque réuni par Michel Zink à Paris du 4 au , Paris, Académie des inscriptions et belles lettres, diffusion de Boccard, 2006, 238 p., (ISBN 2-87754-180-0), présentation en ligne.
  • Valérie Fasseur (éd.), Froissart à la cour de Béarn : l'écrivain, les arts et le pouvoir, Turnhout, Brepols, 2009, (ISBN 978-2-503-52867-0).
  • (en) J. J. N. Palmer, Froissart : Historian, Woodbridge, Boydell Press, 1981, XI-203 p., présentation en ligne.

IconographieModifier

Sculptures

Articles connexesModifier

Liens externesModifier

Éditions en ligne
Manuscrits en ligne