Bataille de L'Écluse (1340)

La bataille de l'Écluse est un combat naval qui a opposé la couronne de France à celle d'Angleterre le . Elle s'est déroulée dans la rade de L'Écluse (en néerlandais Sluis), dans l'actuelle province de Zélande aux Pays-Bas, à proximité de l'estuaire du Zwin, un bras de mer qui menait alors à Bruges. La bataille fut l'un des premiers engagements de la guerre de Cent Ans.

ContexteModifier

Début de la guerre de Cent AnsModifier

 
1re phase de la guerre de Cent Ans.

Depuis la conquête normande de 1066, les monarques anglais détiennent des titres et des terres en France, et sont donc vassaux des rois capétiens. Ces derniers cherchent systématiquement à contrôler la croissance de la puissance anglaise, en reprenant les fiefs dès que l'occasion se présente. En 1337, le roi d'Angleterre Édouard III ne détient plus sur le continent que la Guyenne et le comté de Ponthieu.

Forces en présenceModifier

FlottesModifier

 
Miniature tirée des Chroniques du XVe siècle de Jean Froissart.

Édouard III a rassemblé tous les gros navires d'Angleterre et des Cinq-Ports, ce qui représente 190 bâtiments montés par 35 000 hommes d'armes et marins, dont 12 000 archers armés du fameux arc long. Les Flamands se joignent avec 50 autres navires de toutes tailles, montés par 8 000 hommes[1].

La flotte française est quant à elle un mélange hétéroclite de navires de commerce et de pêche[2]. Quatre-vingts de ces navires sont connus par un compte du Clos aux galées, le chantier naval de Rouen, qui permet de savoir qu'il y avait 50 nefs, 14 barges, 3 galées et une cogue[3]. La flotte comptait au total 212 bâtiments[4], dont une quarantaine de galères méditerranéennes[réf. nécessaire].

Les nefs sont des navires de haute mer, originaires de la Manche ou de la Baltique, dont les dimensions exactes ne sont pas connues. Elles ont entre un et trois mâts avec un gaillard d'avant et d'arrière. Le grand mât est gréé avec une voile carrée, à laquelle on ajoute parfois une bonnette. Elles naviguent uniquement à la voile et ne sont pas capables de remonter dans le vent[5].

Les galées (ou galères) sont plus longues, plus étroites et plus basses sur l'eau. Elles peuvent compter jusqu'à 28 bancs de trois rameurs sur chaque bord, ce qui leur permet de remonter facilement dans le vent. Cette grande agilité en fait le navire de guerre par excellence jusqu'au XVIIe siècle. Elles sont toutefois fragiles et peu faites pour les mers du nord[5].

Les barges sont des navires de charge sans gaillard d'avant à un ou deux mâts. Elles sont de même tonnage que les nefs, mais plus basses, et également propulsées à l'aviron[6]. Enfin, la cogue est un navire « rond » méditerranéen[3].

CommandementModifier

Alors que la flotte anglaise est directement commandée par le roi Édouard III, la flotte française est dirigée par deux amiraux improvisés : Hugues Quiéret, ancien sénéchal de Beaucaire, et Nicolas Béhuchet, ancien percepteur d'impôts. Ils sont assistés en sous-ordre par le vice-amiral Nicolas Hélie et le capitaine Matthieu Quiefdeville de Dieppe. Quant aux galères génoises, elles sont commandées par le capitaine Gilles Boccanegra, dit Barbanera (« Barbe Noire »)[1].

BatailleModifier

 
Miniature de la bataille.

Le matin du 24 juin, les 250 navires anglais avec 15 000 hommes plus les équipages apparaissent. À trois heures de l'après-midi, avec la marée et le vent portant, l'armada anglaise attaque. Du côté français, les arbalétriers ont l'initiative mais rapidement ils sont dominés par la vitesse de tir des archers gallois. Après l'abordage, les combats furieux se font sur les ponts. Quiéret et Béhuchet parviennent à investir le bateau d'Édouard, La Thomas, et à blesser ce dernier à la cuisse. Mais les chefs français sont faits prisonniers. Immédiatement Quiéret est décapité et Béhuchet pendu.

Dans l'après-midi, grâce au vent qui a changé de direction, la flotte flamande peut quitter la rive et vient se mêler au combat. La panique s’empare des Français : n’ayant pas d’autre échappatoire que de sauter à l’eau, ils périssent noyés par milliers.

Seule la moitié des Génois, dont Boccanegra, parvient à s'échapper.

Si on s'en tient au chroniqueur anglais Thomas Walsingham (v. 1360-1422), bénédictin de l'abbaye de Saint-Alban, né une vingtaine d'années après cet événement, les Français auraient perdu près de 30 000 hommes au cours de la bataille, ce qui semble vraiment excessif.

ConséquencesModifier

RéférencesModifier

  1. a et b Castex 2012, page 157
  2. Castex 2012, page 158
  3. a et b Bouzy 1996, page 17
  4. Le Moing 2013
  5. a et b Bouzy 1996, page 19
  6. Bouzy 1996, page 20

BibliographieModifier

  • Olivier Bouzy, « La bataille de L'Écluse », Connaissance de Jeanne d'Arc, Chinon, no 25,‎ , p. 17-26 (lire en ligne).
  • L'Écluse, bataille navale de, dans Jean-Claude Castex, Dictionnaire des Batailles navales franco-anglaises, Les Éditions du Phare-Ouest, , 423 p. (ISBN 9782921668194).
  • Guy Le Moing, Les 600 plus grandes batailles navales de l'histoire, Rennes, Marines Éditions, , 619 p. (ISBN 978-2-35743-077-8).
  • Guy Le Moing, La bataille navale de l’Écluse, 24 juin 1340, Paris, Économica, , 203 p. (ISBN 978-2717865530), Collection Campagnes et stratégies.
  • Rémi Monaque, Une histoire de la marine de guerre française, Paris, éditions Perrin, , 526 p. (ISBN 978-2-262-03715-4).
  • Michel Vergé-Franceschi (dir.), Dictionnaire d'histoire maritime, Paris, éditions Robert Laffont, coll. « collection Bouquins », , 1 508 p. (ISBN 2-221-08751-8).

Sources médiévalesModifier

Articles connexesModifier

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