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El-Harrach (anciennement Maison-Carrée) est une localité dans la banlieue d'Alger en Algérie. Simple lieu-dit sur la route d'Alger jusqu'au milieu du XIXe siècle, cette localité devient la 12e ville d'Algérie au début des années 1950, avant d'être absorbée par la ville d'Alger à laquelle elle est rattachée administrativement en 1959 en tant qu'arrondissement. Le territoire historique d'El-Harrach est aujourd'hui partagé entre plusieurs communes de la wilaya d'Alger et certains de ses faubourgs constituent encore certains des quartiers les plus populaires et populeux de la capitale algérienne.

Sommaire

Périodes anciennesModifier

La plus ancienne trace d'une présence humaine aux alentours de la localité d'El-Harrach a été consignée par un scientifique français dans le quartier de Belle-Vue, au début des années 1930. Il s'agit plus d'un instrument préhistorique, découvert près de l'embouchure de Oued El Harrach, se présentant sous la forme d'une petite hache en pierre polie et dont la datation remonterait au Néolithique [1].

Sinon, l'archéologie n'ayant jamais mis au jour de vestiges sur le site d'El-Harrach ou dans ses alentours immédiats, rien ne peut indiquer une origine antique pour la ville elle-même. Certes, dans sa « Description générale de l’Afrique »[2], le chroniqueur espagnol Luis del Marmol Carvajal (1520-1600) affirme que « La ville de Sasa, que Ptolémée appelle Tipaso, est détruite et ses édifices se voient au levant d’Alger, sur les bords de la Méditerranée sarde, à l’O. de la cité de Métafuz [Matifo]. Cette ville a été de plus de 3 000 habitants. Son emplacement était joint à la rivière qu’on appelle Huet el-Harrax [Oued El-Harrach] ; quelques-uns prétendent qu’elle a été édifiée avant Alger par les anciens africains. Elle fut détruite ensuite par le peuple de Mozgane [Beni Mazghanna] qui sont des gens plutôt basanés que blancs, ayant leur principale population en Libye d’où ils sont devenus puissants dans cette province d'Alger et en furent les maîtres avant que les Romains entrassent en Afrique. Ce sont des Berbères africains parlant une langue qu’ils appellent Mozgana ou Mozabia qui est au contraire et différente de celle que parlent les autres africains. Finalement cette cité détruite et les écrivains disent qu’elle est plus ancienne qu’Alger et quelques-uns l’appellent le Vieil-Alger ». Certains auteurs postérieurs ont repris l'information[3], mais il s'agit manifestement d'une erreur car, dès 1875, le Français Albert Devoulx fait remarquer que Marmol ne fait que reprendre une fausse information du géographe maghrébin Hassan b. Mohammad al-Wazzân (dit Léon l'Africain, v. 1494 - v. 1554), qui « [...] prenant Alger pour Caesarea [Cherchell] attribue la dénomination de Sasa, qu’il prend on ne sait où, aux ruines de Tipaza, changée par lui en Tipaso »[4]. Toutefois, si le texte de Marmol ne vaut pas information historique par son contenu comme on vient de le voir, il nous permet en lui-même de constater que le nom de Oued El-Harrach était déjà en usage au XVe siècle. Un siècle plus tôt, Léon l'Africain ne cite pas nommément le cours d'eau dans son ouvrage sur la description du Maghreb, mais on pourrait peut-être l'identifier lorsqu'il indique qu'à l'E. d'Alger « se voient des moulins sur un petit fleuve, qui sert à toutes les commodités de la cité, tant à boire qu'à autre chose »[5], même si on penche plutôt à identifier ce cours d'eau au Oued Kheniss (act. Oued Kniss) qui est plus proche des murs d'Alger.

Période ottomaneModifier

 
A l'époque ottomane : la maison carrée, fort de l'odjak.

Ce n'est qu'après l'installation des frères Barberousse à Alger dans les années 1514-1516 que cette ville devient un acteur majeur dans l'histoire méditerranéenne et nord-africaine. Dès lors, au rythme des expéditions chrétiennes, les flottes et les armées européennes vont se succéder devant les murs et les bastions qui entourent Al-Mahroussa et c'est uniquement dans ce contexte que le site de la future ville d'El-Harrach va faire son appararition dans certaines sources historiques, essentiellement comme point stratégique de la région algéroise.

XVIe siècleModifier

 
Expédition de Charles-Quint contre Alger: l'attaque de la porte Bab-Azoun.

1541 (21 - 26 octobre) – Charles-Quint décide de prendre personnellement la tête d'une grande expédition pour soumettre la ville dont la puissance n'avait cessé de croitre et qui constituait désormais une sérieuse menace en Méditerranée. Mais, si les effectifs étaient beaucoup plus importants que pour la précédente expédition espagnole [6], c'est pratiquement un scénario identique qui allait se répéter : le débarquement (environ 26 000 hommes) se fera encore une fois près l’embouchure de l'oued El-Harrach, sur sa rive gauche et, trois jours plus tard, l'empereur et sa garde établissaient de nouveau leur camp sur les hauteurs de Koudiet Essaboune. Alger, défendue à ce moment par le beylerbey Hassan Agha (1535 à 1543), se retrouva encerclée et se voyait pratiquement perdue vu la taille du corps expéditionnaire. Mais, comme par miracle, une nouvelle grosse tempête éclate dans la nuit du 25 octobre[7] et emporte quelque 150 navires de la flotte impériale. Au petit matin du 26 octobre, les défenseurs profitent de l’épais brouillard et de la pluie battante pour surprendre une partie de l’armée espagnole qu'ils parviennent à bousculer alors que, pendant ce temps, l'amiral génois Andréa Doria avait retiré ce qui restait de sa flotte à l’abri derrière le cap Matifou, de l'autre côté de la baie et, craignant d'être lui-même coupé de la mer et capturé par les algériens, Charles-Quint ordonne une retraite générale pour rejoindre ce qui restait de la flotte à Matifou.

Les conditions météorologiques difficiles rendaient le mouvements des troupes très difficiles et les impériaux furent ainsi poursuivis et harcelées par les unités algéroises et par la cavalerie des tribus makhzen alliées tout au long du trajet. Les rives de l'oued El-Harrach sont atteintes le 27 octobre alors que cours d'eau était en crue. Mais, le danger imminent obligea les espagnols à traverser à gué (le franchissement a dû avoir lieu soit sur la plage au niveau de l'embouchure soit plus en amont, là où se situe le pont de nos jours). On raconte que l'Empereur lui-même dut traverser entre deux lignes de mousquetaires avec l'eau qui lui arrivait aux aisselles. En tout, les assaillants auraient laissé plus de 2 000 morts et disparus rien que sur la route entre Tafourah et le lieu-dit Oued El-Harrach et, le 1er novembre, ce sont seulement 11 000 soldats qui vont quitter Alger vivants, laissant à la ville une réputation d'invincibilité et une légende qu'elle entretiendra pour les trois siècles qui vont suivre.

Les chefs de la Régence tirèrent certaines leçons de ces deux expéditions, et prirent soin de fortifier immédiatement la colline de Koudiet Essaboune en y érigeant une importante forteresse (act. Fort l'Empereur, juste à côté de l'Hôtel El Aurassi). Par contre, rien ne permet d'affirmer que des dispositions particulières furent prises dès cette époque du côté d'El-Harrach, et le fait que l'armée espagnole eut traversé à gué laisse croire qu'il n'existait pas encore de pont permanent à cet endroit. On pourrait donc supposer que le site d'El-Harrach devait être encore totalement vierge au milieu du XVIe siècle

Séjournant plusieurs fois à Alger entre 1578 et 1581, le moine espagnol Diego de Haëdo décrit la ville et ses alentours en citant notamment « l'immense et fertile Motija (Mitidja) qui est coupée dans sa partie médiane par une grande rivière prenant naissance dans les montagnes éloignées vers le Sud. Sur cette rivière, il existe un grand nombre de moulins dont la ville d'Alger fait usage sur ses moutures pendant toute l'année »[8]. Là, la position de la rivière au milieu de la Mitidja, sa longueur notable et l'éloignement de ses sources vers le Sud ne laisse aucun doute sur son identification avec Oued El-Harrach. On note aussi que, comme avec Léon l'Africain au siècle précédent, l'existence de nombreux moulins à eau sur les rives des oueds de l'Algérois.

XVIIe siècle : Un point de passageModifier

En 1697, le dey Hadj-Ahmed b. Hadj-Mosly (1695 à 1699), fait construire un pont de pierre (qanatra) sur l’emplacement de l’actuel « Pont Blanc » d’El-Harrach. Il paraît que ce premier ouvrage fut emporté par les eaux quelque temps plus tard, mais il s'agit manifestement de la toute première construction à El-Harrach qui soit attestée par des sources écrites.

XVIIIe siècle : Une position militaireModifier

En 1710, Mustapha Bouchelaghem, bey de l'Ouest et jusque-là favori du dey Baba-Ali Chaouche (1710 à 1718), se révolte et tente un coup de force contre Alger. Ses troupes seront toutefois écrasées sur les rives de l'oued El-Harrach où il fut lui-même capturé et décapité. L'endroit exact de l'affrontement n'est pas connu, mais si c'était sur la route d'Alger il y'a des chances que soit sur le site actuel de la ville et c'est ce qui expliquerait, peut-être, la fortification des lieux quelques années plus tard.

1721, sur ordre du dey Mohamed b. Hassan (1718 à 1723), un fortin est bâti en cette année sur la colline appelée alors Drâa’ El-Harrach et qui surplombe l’oued éponyme à l’endroit où il était traversé par le premier pont de pierre[9]. Surnommé Bordj el-Qanatra, l'ouvrage était conçu en premier lieu pour la surveillance de l’accès au pont et à la route d’Alger (Trîq el-Soltân), mais il servait aussi de dépôt d’armes et de munitions pour un détachement de cavalerie mis sous le commandement de l’Agha des Arabes (équivalent du ministre de l’intérieur dans le régime de la Régence d’Alger), d’où l'autre nom qu'on lui donnera plus tard : Bordj l’Agha.

Le 1er octobre 1725, dans une lettre datée de ce jour, le médecin et naturaliste français Jean-André Peyssonnel qui était de passage dans la Régence, signale l'existence du Bordj d'El-Harrach et donne quelques informations sur sa consistance et sur sa place dans le système de défense de la baie d'Alger à cette époque :« La rade est défendue par plusieurs forts. On trouve du côté de l’E., à quatre lieues de distance de la ville, un fort de vingt pièces de canon, bâti sur le point du Cap Matifou, qui défend le mouillage qu’il y a de ce côté-là. Au fond de la rade, près de la rivière de l’Arache, il y en a un autre à peu près de même force ; on en trouve un troisième à un quart de lieue de la ville, et un quatrième près de la porte de Bab-Azzoun, au Sud de la ville »[10].

En 1736, le dey Ibrahim b. Ramdane (1731 à 1745) ordonne d'importants travaux de reconstruction sur le pont d’El-Harrach. Le fait est commémoré par une inscription en langue arabe placée sur le parapet du pont et qui demeura en place jusqu'aux premières décennies du XXe siècle avant d'être remise au Musée des Antiquités d'Alger où elle se trouve toujours.

 
Bombardement d'Alger en 1783 par les Espagnols.

En juin-juillet 1775, ayant appris qu'une expédition espagnole commandée par le comte Alejandro O'Reilly venait d'être lancée contre Alger, le dey Mohamed b. Othman (1766 à 1791) ordonne à tous les beys de provinces et aux tribus du makhzen de dépêcher leurs contingents pour défendre la capitale. Salah bey de Constantine arrive fin juin et installe sont campement devant le pont de l'Harrach. Il y est aussitôt rejoint par des détachements algérois menés par Hassan Khaznadji. Le 1er juillet, la flotte est en vue d'Alger. Une semaine plus tard on commence à pilonner les batteries côtières qui s'étalaient entre l'embouchure de l'oued El-Harrach et celle de l'oued Kheniss (act. oued Kniss) afin de préparer le débarquement qui commencera effectivement le 10 juillet. Pendant ce temps, le commandement algérien s’étant réuni au campement d’El-Harrach, il fut décidé d'attaquer immédiatement avant que l'ennemi n'achève de débarquer toutes ses forces. Toutefois, lorsque l'assaut algérien fut lancé plus de 7 500 soldats espagnols et une douzaine canons étaient déjà à terre. De violents combats eurent donc lieu sur la plage puis, à la fin de la journée, les pertes espagnoles (191 officiers et 2 428 hommes de troupe entre morts et blessés selon les sources) furent telles que les chefs de l'expédition décident d'abandonner la partie et de rembarquer les survivants. Les 200 morts algériens furent enterrés sur place (ce cimetière que les locaux appelaient toppanat el-moudjahidine était encore visible à l'époque française), et cette année fut longtemps fameuse chez les Algérois sous le nom de 'Âam e-Rmell ("Année du Sable" ou "Année de la Plage").

À noter que les sources relatives à l'expédition de 1775 citent le pont de l'Harrach mais ne font pas mention du Bordj El-Qanatara lui-même. Toutefois, le fait que le point de ralliement convenu pour les contingents algériens ait été fixé devant le pont et en contrebas de Koudiet El-Harrach et que la convention des commandants eut lieu là-bas, présuppose que des provisions et des stocks militaires devaient être disponibles sur place. Il est donc probable que le Bordj signalé dans les années 1724-1725 existait toujours à cette date.

XIXe siècle : Un domaine de l'AghaModifier

En 1822, Yahia Agha, homme fort du régime du dey Hussein (1818 à 1830) à cette date, fait reconstruire le vieux Bordj El-Qantara d'El-Harrach. L'édifice fut agrandi et on y installa des magasins pour munitions et autres approvisionnements militaires. Il devint dès lors le lieu de rassemblement de la mhalla annuelle qui se réunissait avant cela au Djenâne El-Agha (act. Marché Clauzel à Alger). Les travaux auraient été achevés en 1824.

Pour cette période tardive, nous disposons d’informations assez précises sur le fonctionnement du Bordj d'El-Harrach. Le fort recevait l’Agha accompagné de sa garde (environ 500 hommes) à la veille de chaque mouvement de troupes vers l’intérieur du pays (la mhalla, expéditions contre des tribus insoumises, etc.). En dehors de cela, l’édifice demeurait sous la responsabilité d’un petit détachement de la garde de l’Agha commandés par un officier (Chaouche) et abritait, en même temps, l’intendant financier de la Régence (Oukil el-Kharradj). On y entreposait en permanence un lot d’armes à feu et de munitions, des armes blanches, des tentes et quatre ou cinq canons de petit calibre ainsi que 200 à 300 chevaux avec leur équipement[11].

En 1827, début des hostilités entre la Régence d'Alger et le Royaume de France à la suite de l'« affaire du chasse-mouche », la flotte française imposant dès lors un sévère blocus à la ville.

Pendant ce temps, les intrigues de sérail se poursuivaient à la cour du Dey. Ainsi, on raconte que l’opulent Hadj-Ahmed bey de Constantine -qui était en conflit avec Yahia Agha depuis quelque temps- parvint à faire douter le dey Hussein de la loyauté de son ministre, l'accusant notamment d'avoir des visées sur le pouvoir et qu'il se constituait un parti parmi les chefs des tribus makhzen dont, il est vrai, Yahia était fort apprécié. Dans ce sillage, on prétendit que les travaux de fortification qui venaient d'être effectués au bordj d'El-Harrach avaient pour seul but d'offrir une citadelle à l'Agha et de lui assurer une base solide en cas de difficultés. On ne saura probablement jamais quelles furent les intentions réelles de Yahia Agha, mais le fait est que Hussein ne fut pas insensible à ces ragots et qu'il disgracia Yahia peu de temps après en le faisant remplacer par son gendre Ibrahim Agha, beaucoup moins compétent à ce qu'il parait mais jugé plus sûr. L'homme sera exécuté peu de temps après.

En 1830, malgré deux années de blocus et de pourparlers, la crise avec la France n'a pas été résolue. On savait à Alger qu'une attaque était imminente et on s'affaira à renforcer les défenses aussi rapidement que possible. En arrêtant ses plans de bataille, le commandement algérien était parti de l'hypothèse (devenue évidence depuis maintenant trois siècles) que l’offensive chrétienne sera entamée par un débarquement de troupes sur les plages qui s'étendent entre les embouchures des Oued El-Harrach et Oued Kheniss. Sur cette base, et dès le Printemps de cette année, le camp principal de l'Agha fut installé à Bordj El-Qantara afin de surveiller la baie tout en s’assurant les voies de ravitaillement et de renfort par le S. et par l’E. Ainsi, le 14 juin, lorsque la flotte française vint mouiller dans la baie de Sidi-Fredj la surprise sera réelle chez les algériens et si l’on se hâta alors de transférer le camp de l'armée vers Staouéli ça sera uniquement pour y subir la dramatique défaite qui va ouvrir la route d'Alger au corps expéditionnaire français. Trois semaines plus tard, le 5 juillet 1830, la ville tombait et la Régence aura vécu.

Pendant ce temps, Hadj-Ahmed Bey était accouru de Constantine avec des renforts et campait avec ses troupes autour de Bordj El-Qantara d’El-Harrach lorsque va lui parvenir la nouvelle de la capitulation du Dey. Il décide aussitôt d'évacuer les lieux et de rentrer dans sa province. À cette occasion, une source française rapporte une anecdote : «  On raconte que, le jour de son départ de l’Arach, il [Hadj-Ahmed Bey] était déjà à cheval, lorsque tout à coup, se retournant vers Alger et dressé sur ses étriers, il s’écria : « je vois d’ici Alger pour la dernière fois peut-être ; car, je fais serment de n’y jamais rentrer, tant qu’elle sera soumise aux Chrétiens ou aux Turcs […] »[12]. Le propos est très probablement apocryphe ou en tout cas fortement romancé mais, quoi qu'il en soit, l'épisode ottoman s'achève effectivement sur ces faits et commence alors la période coloniale française en Algérie.

Période coloniale françaiseModifier

On a vu que, jusque-là, le site inhabité d'El-Harrach n'a revêtu qu'une valeur stratégique et militaire comme point de passage obligé depuis et vers Alger depuis le Sud et depuis l'Est. Cette situation ne va pas vraiment changer au cours des premières années de l'occupation française, et ce n'est qu'une trentaine d'années après 1830 sous l'administration du Second Empire qu'un village est formé sur les lieux, de manière presque fortuite.

Depuis le début du XIXe siècle au moins, les territoires de la Mitidja qui s'étendent sur la rive droite de l'oued El-Harrach relevaient normalement de l'outhan des Beni Moussa el-Outa (de la plaine). Cette tribu recouvrait globalement les régions actuelles de Bougara (anciennement Rovigo), Larba, Meftah (anciennement Rivet), Sidi-Moussa et une partie d'El-Harrach (anciennement Maison-Carrée). Le lieu-dit au moment où arrivent les Français est assez bien connu. Hormis le bordj (fortin) perché sur la colline de la rive droite et le pont de l’Harrach en contrebas, il y avait très peu de constructions humaines dans les alentours. Au S.-E. du fort, là où se trouvent de nos jours la mosquée et le quartier Sidi Embarek, se trouvait la qubba de ce marabout dont on ne sait pas grand-chose. Tout autour, la campagne était inculte, essentiellement couverte de broussailles, de lentisques et de jujubiers. Seuls, des troupeaux de chèvres et de moutons, gardés par des bergers locaux mettaient un peu de vie dans ce paysage[13].

Une bonne partie du vallon où se trouve de nos jours la ville basse d'El-Harrach était à l'époque une zone de marécages, les plus importants étant du côté de l'oued Smar à son point de jonction avec l'oued El-Harrach près de la zone où se trouvent de nos jours la rue Saïd Mokrani sur la rive Nord et les dépôts de Naftal sur la rive Sud. C'est aussi un peu plus au S.-O. de cette région que se trouvait une autre qubba, dans ce qui était appelé Haouch Ouali Dadda (à 2 700 m au S.-E. du Bordj) mais qui fut tôt démolie et dont il ne reste aucune trace. Le point le plus éloigné au Sud, celui qui marquait les confins de ce territoire avec la vaste plaine de la Mitidja, était la qubba de Sidi Rzîn, là où se trouve encore de nos jours le cimetière éponyme, un peu au-delà du quartier des Trois-Caves et l'Hôpital Zmirli.

En fait, la principale infrastructure - si l'on peut appeler cela comme ça - était la route d’Alger (anciennement Trîq El-Soltân) qui passait par là et qui donnait son importance au lieu. À cette date, en venant de la porte Bab-Azzoun via Hamma, le chemin suivait les tracés actuels des rues de Tripoli et Hassan-Bey (anciennement rue d’Alger) et débouchait - après un virage net vers l'Est - sur le pont par la rive gauche. De là, on traversait la plaine par l'actuel centre-ville d’El-Harrach (rue qui longe le siège de l'APC), où il y avait apparemment une fontaine d'eau potable aujourd’hui disparue. De là, la route poursuivait progressivement en pente avant de monter en zigzags vers le bordj en suivant le même chemin (actellement avenue Ghiboub Boualem) qui passe de nos jours par le lycée Ourida Meddad. Une fois passée devant la caserne de l'Agha au sommet du plateau, la route se traçait tout droit en suivant l'actuelle rue des Frères Ouddak avant de rejoindre les champs d'El-Alia et de continuer ainsi vers l'Est. Telle était, en somme, la topographie du lieu-dit El-Harrach en 1830.

1830-1837 : Un poste frontièreModifier

1830

 
Général Bertrand Clauzel (1772-1842)

Août - Le fort de Bordj El-Qantara, demeuré désert depuis le départ de Hadj-Ahmed Bey, et le pont de l’Harrach sont enfin investis par des troupes françaises. En découvrant les lieux, les soldats nomment tout simplement « la maison carrée » ce grand édifice quadrangulaire, puis, assez rapidement, ce nom deviendra commun chez les Français pour désigner l'endroit lui-même et ses alentours, tandis que la vieille qantara sera toujours appelée Pont de l'Harrach. Cependant, si le fort fut occupé militairement sans résistance, l'installation des Français sur les lieux s'avéra beaucoup plus difficile et ce pour des raisons d'abord naturelles. En effet, les marécages qui baignaient à l'époque toute la partie basse du vallon rendaient l’air très insalubre pour les Européens : dès les premières semaines d'août, le taux de maladie et de mortalité parmi la troupe était tel que le commandement français ordonne l'évacuation de la garnison de la Maison-Carrée et instaure à la place une rotation de cinq jours aux divers régiments afin de limiter l'exposition des hommes. Il est à noter qu'à cette date les positions françaises ne s'éloignaient pas trop des murs d'Alger, et le Bordj El-Kantara était encore trop avancé en territoire hostile.

3 décembre - La région intéresse soudain le général Clauzel, commandant en chef de l'armée d'Afrique, et grand partisan de la colonisation. Ainsi, il acquiert en ce jour le Haouch Ouali Dadda (le nom sera orthographié le plus souvent « Oulid Adda » par la suite), de même que le fort lui-même : la ferme - qui était un bien waqf au marabout Oualid Adda à Alger - fut reprise contre une rente annuelle de 100 boudjous algériens(180 francs d’époque). Ils devaient être versés à un certain Sidi Hadj Hamidou Raïs, cheikh de la confrérie concernée. Pour le fort, la transaction consista en une reprise par le général de la rente de 60 francs que payait jadis Yahia Agha à la même confrérie pour le terrain, tandis que les héritiers de l'Agha recevaient, en échange de leur renoncement à la propriété du bâtiment, une ancienne boutique du beylik à Alger et que Clauzel aurait payé 1 200 francs de sa poche. Arrivé sur les lieux le lendemain de l'acquisition, Clauzel constate que les bâtiments avaient été pillés par les locaux (boiserie enlevée, terrasse défoncée... etc.) et estima les dégâts à quelque 4 000 francs d’époque. Il décide alors de fortifier la bâtisse et d’y établir un poste militaire : 500 hommes et 60 chevaux y stationneront en permanence, sauf entre juin et septembre où l'on craignait trop pour la santé des soldats[14]. Clauzel sera rappelé de ses fonctions à Alger un mois plus tard (janvier 1831). La position militaire sera maintenue dans la Maison-Carrée, mais s'il sera honoré du titre de maréchal (juillet 1831), les deux acquisitions harrachies seront pour lui la source de tracas avec l'administration comme nous le verrons plus loin.

1831

Printemps - Un soulèvement des tribus de la Mitidja mène à des attaques contre les garnisons françaises de la Maison-Carrée et de la Ferme-Modèle (act. Baba-Ali), tous deux situés sur le cours de l'oued El-Harrach.

10 juillet - El-Hadj Mohamed b. Zamoun, chef de la tribu berbère des Flissa de Kabylie se réunit avec un chérif algérois nommé El-Hadj Ali b. Sidi Sâadi au lieu-dit Sidi Arzin (là où se trouve de nous jours le cimetière de Sidi Rzine, à la sortie Sud d'El-Harrach en allant vers Baraki) sur la rive droite de l'oued El-Harrach, dans le but de coordonner une nouvelle action contre l'armée française. Le chef kabyle, qui était à la tête de 4 000 hommes, avait établi son camp à cet endroit depuis quelques jours et y attendait l'arrivée d'autres contingents des tribus de l’Est, tout en recevant des munitions et des vivres de Blida. Des détachements sortaient chaque jour du campement pour aller piller les possessions coloniales des alentours puis, le 17 juillet, une grande attaque est menée contre la Ferme-Modèle.

18 juillet - Le général Pierre Berthezène, commandant en chef des troupes d'Algérie à ce moment, fait mouvement depuis Alger à la tête d’une division de 3 000 hommes et parvient à disperser le camp de Sidi Arzin. La révolte est ainsi étouffée dans l'œuf, mais Mohamed b. Zamoun et ses Flissa rentrent dans leurs villages en Kabylie en emmenant El-Hadj Ali qui continuera ainsi à exhorter les populations contre l'invasion française, mais loin d'Alger.

Août - Voulant maintenant asseoir leur autorité de manière totale sur la Mitidja, les impératifs sécuritaires exigeaient du commandement français en Algérie une présence forte et permanente au poste de la Maison-Carrée, ce qui a été confirmé par les événements de juillet. Mais, les contraintes sanitaires étaient un réel obstacle, d'où la décision de faire assécher les marais qui se trouvaient immédiatement en contre-bas du fort afin de permettre un séjour plus long pour la garnison. La tâche fut confiée à la troupe, mais on procéda aussi à la réquisition de 500 Algériens des alentours et 300 prisonniers civils il faudra pas moins de sept mois de travail pour parvenir à un résultat plus ou moins satisfaisant.

1832

 
Colonel Maximilien Joseph de Schauenburg (1784-1838)

7 avril - Fameux massacre de la tribu des Ouffia dans les environs de la Maison-Carrée. Ordonnée par le duc de Rovigo et exécutée par le colonel Maximilien Joseph Schauenburg, voici ce que rapporte le baron Pichon, intendant civil d'Alger à l'époque, au sujet de ce drame : « […] Les Ouffia, une tribu amie, qui était venue se placer depuis notre arrivée à Alger, sous la protection de la Maison-Carrée, qui alimentait ce poste de menues denrées, qui en recevait journellement les officiers et les soldats, a été surprise, encore endormie dans ses tentes, et fusillée ou sabrée au point du jour, sans réquisition ni sommation préalable […] pour un vol commis sur son territoire la veille […]. Tout le bétail épars sur le territoire qu’elle occupait, et qui était en partie la propriété de tiers habitant la montagne ou la ville d’Alger, a été ramassé, amené au poste, vendu à l’amiable à M. Carstensen, agent consulaire du Danemark […]. Le produit en a été réparti à la troupe expéditionnaire (un bataillon de la Légion étrangère et un escadron de Zouaves) […]. De nombreuses femmes, amenées à la Maison-Carrée, ont été renvoyées le second ou troisième jour, pour donner la sépulture à leurs maris ou à leurs parents, et le sein à leurs enfants. Le nombre des morts a été estimé de 80 à 100 »[15]. Il ajoute que l'opération aurait produit un butin d'environ 2 000 moutons (vendus 5 fr par tête), 700 bœufs (20 fr par tête) et 30 chameaux (100 fr par tête).

19 mai - La nouvelle du massacre des 'Oufia émut les tribus de la région et l’infatigable El-Hadj Ali b. Sidi Sâadi ne manqua pas de se saisir de l’événement pour attiser les ressentiments des clans de Kabylie contre les Français. Ainsi, quelques semaines à peine après l'incident, les chefs des tribus Isser et Amraoua furent informés qu’un détachement de soldat français allait chaque jour récolter du foin dans les prairies de la Rassauta (act. Ras El-Sôta, dans les environs de Bordj-El-Kifane). Une centaine de cavaliers furent rapidement réunis et mis en embuscade en ce jour, à quelques centaines de mètres du fort de la Maison-Carrée : entre 30 et 52 hommes de la Légion étrangère furent ainsi surpris et tués au combat[16]. À ce sujet, une source française de l'époque rapporte que « Cette perte ayant fort irrité le duc de Rovigo, il a été occupé tout le mois de juin à chercher les moyens d’aller opérer sur la côte, au-delà de Matifou, une attaque surprise punitive sur les Arabes. Ses efforts sont demeurés sans résultat »[17]. À la mi-juin, la position de Maison-Carrée fut évacuée comme à l'accoutumée pour des raisons sanitaires.

Depuis Paris, le maréchal Clauzel revendique officiellement la propriété de la Maison-Carrée et du Haouch Ouali-Dadda auprès de l'administration française. Il réclama aussi l’ancien Djenâne l’Agha à Alger (qui deviendra Villa Clauzel). Or, la validité de ces acquisitions à Maison-Carrée fut contestée par le colonel Lemercier qui, au nom de l'armée, avait prouvé devant le tribunal musulman (Madjlès) à Alger que les matériaux qui avaient jadis servi à la construction de cette caserne (sous Yahia Agha) avaient été prélevés des magasins et ateliers du beylik, que leur transport fut effectué au moyen de corvées et que les maçons employés furent payés par le Khodja du Dey. Il s’agissait donc, selon Lemercier, d’une propriété de l’État et elle n’aurait jamais dû être vendue par les héritiers de Yahia Agha ni achetée par le maréchal Clauzel à titre privé. Finalement, le tribunal reconnut bien le fort de Maison-Carrée comme propriété du beylik, mais ne se prononça pas au sujet de la ferme. On offrit pourtant une somme de 5 300 francs par an au maréchal Clauzel comme prix de location de l’édifice, mais il refusa et ce fut le début d'une interminable bataille juridique auprès des administrations parisiennes.

Face à l’insistance de Clauzel (que beaucoup de gens en France accusaient d'enrichissement illicite et de spoliations), Lemercier établira en avril 1834 que le domaine dit de Ouali-Dadda était pour sa part un bien de corporation (waqf) et ne manqua pas de rappeler que le maréchal Clauzel avait lui-même promulgué un arrêté interdisant les transactions immobilières sur ce genre de biens. Fin 1834, l'affaire était sur le point de se conclure en la défaveur du maréchal pour les deux propriétés harrachies, mais en 1835 il est à nouveau nommé commandant en chef à Alger ce qui donnera un coup de frein à la querelle. Relevé de ses fonctions à la suite de l'échec de l'expédition contre Constantine (novembre 1836), les débats reprendront de plus belle et s'étaleront jusqu'au , date à laquelle est officialisé un accord de compromis avec le Ministère français de la Guerre : le maréchal cède définitivement à l’État le fort de la Maison Carrée proprement dit ainsi que 30 hectares de terrain pris autour du bâtiment, le tout pour une somme de 40 000 francs. Il garde par-contre la ferme de Ouali-Dadda en toute propriété[18].

1833

 
Soldat de la Legion Etrangère de l'armée française à Maison-Carrée, 1833.

Le capitaine Claude-Antoine Rozet, officier français de l’armée d’Algérie, décrit le fort de Maison-Carrée à la suite d'un passage sur les lieux : « Ce bâtiment est un carré de 85 mètres de côté le pourtour est formé d'arcades sous lesquelles il y a des mangeoires pour les chevaux. Au milieu de ce carré s'en trouve un autre qui contient des écuries fermées et des magasins à fourrage ». Quelques mois plus tôt, le colonel Lemercier précisait dans une de ses lettres que l'édifice avait de la place pour « 500 hommes, 60 chevaux et 20 officiers », ce qui diffère sensiblement des chiffres consignés sur les registres militaires puisqu'ils indiquent, pour fin 1833 à Maison-Carrée, une garnison de 626 hommes et 326 chevaux.

1834

 
1834 - Plus ancienne cartographie connue des alentours du bordj l'Agha (Fort de la Maison-Carrée) et du pont (qantara) sur l'Harrach. La carte recouvre l'ensemble du site ou va se constituer la future localité de Maison-Carrée et qui apparaît ici encore largement dominé par les marécages.

1er mars - Établissement, par les autorités militaires françaises, d'une des plus anciennes cartographies du site de la future ville de Maison-Carrée[19]. Hormis l'emplacement de la caserne (c'est-à-dire la "maison carrée" proprement dite) et celui du pont de l'Harrach ainsi que le tracé des routes, on y observe surtout les zones où s'étendaient encore les marécages le long des berges de l'harrach et de oued Smar. On note aussi que site n'abritaient encore aucune construction à cette date, si ce n'est quelques blockhaus et la ferme de Ouali-Dadda.

Juin - La tribu des Arib, jusque-là dispersés dans la Mitidja, est réunie par les autorités coloniales en une seule tribu makhzen et établie près de Maison-Carrée sous les ordres du caïd Ben Zekri. Les hommes de la tribu assument dès lors le rôle d'une « police de la plaine » pour le compte des Français[20]. Les sources françaises indiquent que ces 'Arib sont en fait une fraction de la grande tribu des 'Arib de la région de Aïn-Bessam. Ce groupe « vint asseoir des tentes au pied de la maison carrée, à deux lieues d'Alger »[21] à la suite de conflits tribaux qui auraient éclaté dans le chaos qui a suivi l'occupation d'Alger par les Français. Il s'agirait donc d'une installation toute récente dans la Mitidja d'une population semi-nomade. L'idée en elle-même serait du général Voirol qui aurait tenté de la mettre en œuvre dès 1833, le but étant de sédentariser et de convertir ces groupes turbulents (ils s'adonnaient au brigandage depuis leur venue dans la plaine) à la vie d'agriculteurs tout en leur confiant la défense des positions de Fort-de-l'Eau et de la Maison-Carrée[22].

L'expérience ne semble pas avoir eu de suites, mais cette tentative de réorganisation s'insère dans la volonté globale du régime colonial de combler le vide de l'ancien système politico-administratif hérité de la Régence qui s'était en partie écroulé après la chute du régime. Et si cette volonté se manifeste si précocement dans la Mitidja, c'est parce que cette plaine, rappelons-le, était la seule région réellement soumise à l'autorité française à l'époque, le reste de l'Algérie n'étant pas encore conquis : à l'Est le Bey Hadj-Ahmed continuait à résister depuis Constantine, tandis qu'à l'Ouest commençait à briller, cette année-même, l’étoile d'un jeune chérif de la région de Mascara, El-Hadj Abdelkader b. Mahieddine.

1836

Eté - Un journal colonial[23] rapporte ce qui suit à propos de la garnison de Maison-Carrée : « En 1830, 1831, et même 1832, les régiments ne faisaient qu'un séjour de cinq jours dans ces cantonnements et ce peu de temps suffisait pour rendre un grand nombre de soldats malades. Depuis deux ans la garnison n'y est presque pas changée et les malades n'y sont pas plus nombreux qu'ailleurs ».

Cependant, la situation était moins reluisante sur le terrain car, si la situation sanitaire dans la caserne elle-même s'était effectivement améliorée depuis l'assèchement des marais les plus proches, les alentours immédiats du fort et du pont demeuraient insalubres de telle sorte que les quelques civils européens qui tenteront de s'y installer entre 1836 et 1838 seront tous emportés par la maladie.

1837-1844 : Base d'opération contre l’émir AbdelkaderModifier

1837

Après trois années de guerre contre les Français dans l'Oranie, l'émir Abdelkader parvient à leur imposer le Traité de la Tafna par lequel ils reconnaissent formellement sa souveraineté sur les anciens beyliks de l'Ouest et du Titteri. En contre partie, Abdelkader reconnaît la souveraineté française sur la ville d'Alger et la plaine de la Mitidja. Dès lors, avec l'installation des agents de l'Emir à Médéa et sur les hauteurs de l'Atlas blidéen, le fort de Maison-Carrée vit son importance militaire augmenter auprès des Français car il verrouillait la route d'Alger depuis l'Est et le Sud.

1838

 
Carte postale (datée de 1914) reprenant une ancienne gravure du pont de l'Harrach et du bordj de la Maison Carrée en 1838.

Avril 1838, le député français Solvet, voyageant en Algérie, fait un passage par la région et consigne ses impressions dans une lettre qui sera publiée la même année. Le document nous laisse une description de la région à cette date : « […] le 14 avril, par une belle matinée de printemps, je partis d’Alger avec Mr. Paul Aubin […]. Sortis de la ville par la porte Bab-Azzoun, nous suivîmes cette route à perte de vue qui conduit au pont de l’Harrach […]. En deux heures nous arrivâmes à la maison carrée, le dernier de nos postes militaires vers cette partie de la plaine de la Mitidjah, et nous nous engageâmes ensuite dans une route tracée à gauche, au milieu des broussailles, sans trop savoir si elle nous conduisait directement à notre destination. Nous cheminions depuis une heure environ, et nous n’avions rencontré que quelques femmes indigènes près d’un puits au bord de la route, et puis au loin un arabe qui courut après notre voiture en nous demandant du tabac, lorsque ayant monté une petite colline, notre vue se plongea tout à coup sur des constructions européennes, au milieu desquels s’élevait une jolie maison avec une espèce de clocher surmonté d’une grande croix de fer : c’était la Rassauta […] »[24].

Au même moment, tirant profit de la sécurité relative acquise par le Traité de la Tafna et au fur et à mesure que les marécages qui entouraient le pont de l’Harrach étaient drainés et asséchés, quelques européens commencent à s'établir dans les le voisinage du fort de la Maison Carrée. Il s’agissait à ce stade de marginaux pour l'essentiel : des civils engagés dans quelques activités en relation avec l’approvisionnement et le divertissement des soldats de la garnison (vente d'alcool frelaté, prostitution... etc.) ou d'ex-colons agricoles de la Mitidja et du Sahel dont l’entreprise n’avait pas réussi et qui se retrouvaient criblés de dettes. Il ne s'agissait donc pas encore d'une agglomération à proprement parler, mais de quelques baraques précaires dispersées autour de la caserne et ses alentours.

20 septembre - Officiellement ralliée à l'émir Abdelkader, la tribu des Hadjout ne cessa jamais de harceler les colonies européennes établies dans la Mitidja. Ainsi, un journal colonial[25] nous apprend qu'en ce jour un de leurs raids fut dirigé contre la ferme du Haouch Oulid Adda près de la Maison-Carrée, et qu'ils ont pris quelque 136 bœufs.

1839

 
Cavaliers rouges d'Abd el Kader

L’Emir Abdelkader reprend la guerre contre les Français. Les cavaliers des Hadjout sont alors lâchés sur la Mitidja et se déchaînent aussitôt contre les établissements coloniaux qu'ils peuvent atteindre. La situation sécuritaire se détériore rapidement et oblige beaucoup d'européens à fuir ces hameaux coloniaux à peine constitués, comme à Maison-Carrée où un journal[26] nous décrit la situation : « La ferme d'Oulid Adda est admirablement située à un quart de lieue de la Maison-Carrée d'où elle apparaît comme un joli pavillon. Une belle route y conduit ; un labyrinthe formé de cactus égaie agréablement le voyageur qui veut y parvenir ; un coq surmonte un léger clocher qui donne à ce passage l'air d'un ermitage. Mais passé le seuil de la porte, c'est le tableau le plus repoussant que l'on puisse rendre, Une malpropreté répugnante fait détourner les regards qui ne se reportent que sur des objets en lambeaux et dégoûtants. La guerre ou la peste a passé par là sans doute ; ma voix est restée sans écho ; je n'ai pu trouver personne. Un petit pâtre m'a dit que les habitants avaient fui pourchassés par les fièvres et la misère ».

Avec le camp militaire qui était installé à Birkhadem, la garnison de Maison-Carrée assumera en fait tout l'effort d'évacuation et de regroupement des centres de colonisation européenne de la Mitidja qui ne pouvaient être défendus.

1840

15 mai - Ben Salem, gouverneur (khalifa) de l’Emir Abdelkader pour la région du Sebaou, réunit des contingents de tribus kabyles alliées et les mena à l’attaque du fort de Maison-Carrée dont la garnison fut harcelée durant des jours. Ainsi, au retour d'une incursion audacieuse qui les mena en ce jour jusqu'au Hamma dans les faubourgs d'Alger, Ben-Salem et ses cavaliers furent pris sous le feu des canons de la Maison-Carrée, juste au moment où ils traversaient l'oued El-Harrach par son embouchure. Cela n'empêcha pas leur retraite, mais un boulet de canon tiré depuis le bordj aurait emporté El-Hassaïn b. Zamoun, fils du fameux chef de la tribu des Flissa de Kabylie[27].

- La situation sécuritaire devenant intenable, les autorités militaires de la Maison-Carrée ordonnent à tous les Européens, jusque-là dispersés auprès du fort, de se regrouper dans un secteur prédéfini en bas du vallon. Quelques maisons vont ainsi constituer un petit hameau entre le bout du pont sur la rive droite (il y avait là une fontaine d’eau) jusqu’en contre-bas de la colline du fort. C’est ainsi que se constituera progressivement le noyau de la future ville de Maison-Carrée.

1841

12 avril - On peut lire ce qui suit dans un ordre général daté de ce jour : « Aujourd’hui, 400 chevaux de l’Est commandés par Ben-Salem sont venus attaquer des indigènes amis établis à la Rassauta. M. le lieutenant Pellé est parti de la Maison-Carrée avec 300 tirailleurs indigènes, a marché sur les Arabes, les a mis en fuite, en a tué plusieurs et les a poussés jusqu’à Sidi-Khaled […] ». Ce fut là la dernière incursion que mènera le khalifa Ben-Salem dans la Mitidja. Le fort de Maison-Carrée devient dès lors une base d'où sont lancées les colonnes de l'armée française contre les alliés de l'émir plus qu'une position défensive. Par-ailleurs, la zone étant désormais sécurisée, les colons européens purent reprendre leurs activités à Maison-Carrée[28].

15 avril - Lettre du général Bugeaud, gouverneur général (1836 à 1837, 1840 à 1847) et commandant en chef de l'armée française en Algérie, au ministre français de la Guerre à propos du cantonnement des Arabes de la Maison-Carrée[29]. Bugeaud était effectivement un fervent promoteur de la colonisation du territoire conquis et n'hésitait pas à s'investir personnellement sur le terrain. Ainsi, face au peu d'empressement des vétérans de l'armée de s'engager dans son projet de colonisation militaire, il se déplaça « accompagné du directeur de l'Intérieur, de trois généraux et d'un nombreux état-major à la colonie de l'Harrach pour inaugurer ce qu'il appelait la fête du labourage. Grand nombre de dames, à la suite de Mme Bugeaud, et beaucoup de notables s'étaient joints au cortège champêtre. Soixante charrues étaient réunies en avant de la Maison-Carrée. Il mit pied à terre et traça lui-même un sillon "pour montrer aux Arabes", dit la feuille officielle, qu'il n'en était pas à son coup d'essai ».

En fait, profitant aussi de l'accalmie dans la région, la garnison du fort de la Maison Carrée avait entamé de grands travaux d'assèchement des marais qui bordaient les rives de l'oued Smar et rendirent la région un peu plus habitable pour les européens. Parallèlement à cela, en exécution d'un grand plan de fortification imaginé par ce même Bugeaud en vue de sécuriser la zone de colonisation française autour d'Alger, on entama le creusage d'un fossé qui va s'étaler jusqu'à Bir-Touta au S. et qui sera achevé en 1842.

1844

25 avril - La presse coloniale rapporte pour ce jour[30] que : « La colonne qui va opérer dans l'Est d'Alger pour abattre le drapeau de Ben Salem, resté debout chez les Flissas, s'est réunie le 25 du mois courant à la Maison-Carrée où elle a bivouaqué [...] ». Il s'agissait de concentrer un corps de 8 000 hommes qui allaient être répartis en trois colonnes sous les ordres des généraux Gentil et Corte ainsi que le colonel Schmitt[31]. Le Gouverneur Général arrive à Maison-Carrée le lendemain et, une fois les préparatifs achevés, l'armée fait mouvement vers l'Est le 27 mai.

1844-1846 : Un premier village européenModifier

Avec le retour au calme dans la région, les Français achèvent les derniers travaux d’assèchement des marais de l'Harrach. Les problèmes sanitaires à Maison-Carrée sont alors réglés en très grande partie, et le fort ainsi que le site d'El-Harrach de manière générale deviennent habitables pour les Européens sur toute l'année. C'est alors que va naître le village.

1844

 
Général Thomas-Robert Bugeaud (1784-1849) en Algérie

- Le général Bugeaud, continue à marquer son intérêt pour le site de Maison-Carrée (il est vrai que le nom du fort ressortait presque chaque jour dans les rapports militaires) et préconise[32] désormais de manière claire que soit établi un centre de peuplement français sur les lieux : « Je partage l'opinion du colonel du génie sur l'avantage qui résulterait de la création d'un centre de population sur ce point [Maison-Carrée], lieu d'étape pour une partie des Arabes qui apportent leurs denrées au marché d'Alger ».

(17 octobre) – La recommandation du Gouverneur Général ne tarda pas à être mise en pratique et c'est ainsi qu'un arrêté ministériel[33] reconnut officiellement le « hameau de la Maison-Carrée », constitué à ce moment d'une dizaine de maisons au plus, comme village de peuplement français. Le texte précise en préambule que : « Considérant que le hameau de la Maison-Carrée ne fait partie d'aucune commune, et qu'il importe néanmoins d'y établir un représentant de l'autorité civile dans l'intérêt de la police comme aussi de l'état civil des personnes qui le composent [...] ». Le lieu est rattaché administrativement au village d'Hussein-Dey qui formait une section de la commune de Kouba à cette date et un « adjoint spécial » est nommé pour assurer la gestion des affaires locale. Le premier adjoint fut un certain Philibert Guénet[34] mais, bientôt démissionnaire, il fut remplacé par Jean-Louis-Jules Rogues dès le 11 novembre 1844[35]. Sinon, on dit que le premier habitant civil des lieux était un certain Antonio Lluch, colon originaire de Catalogne (Espagne).

1846

(3 novembre) – Une violente crue de l'oued El-Harrach provoque de grosses inondations à Maison-Carrée. Le journaliste d'un journal colonial raconte le drame : « Les eaux couvraient tout le terrain compris entre les collines du Sahel, celle où est assise la Maison Carrée et toute l'étendue de la plaine que l'œil peut embrasser jusqu'au monticule de la ferme d'Oulid Adda. Vers 9h, l'inondation était dans toute son étendue et grossissait encore quoi que l'eau s'écoulât avec une fureur et une rapidité effrayantes »[36]. L'article précise que sept des onze maisons qui constituaient le hameau à cette date avaient disparu dans la matinée, et qu’elles furent suivies d’une auberge nommée « La Nouvelle France » qui engloutit à elle seule une dizaine de personnes. Au total, il y eut 23 morts parmi les habitants et la situation était telle que le village aurait pu ne plus exister.

Tout était à refaire.

1846-1868 : Nouveau départ et explosion démographiqueModifier

Article détaillé : Immigration mahonnaise en Algérie.

1850

- Quatre années après la catastrophe de novembre 1846, l'administration coloniale fait construire un petit nombre de maisons pour les quelques rescapés qui se trouvaient dans la misère et à qui s'ajoutèrent, entre-temps, trois ou quatre familles nouvellement arrivées de Mahon aux Baléares (Espagne).

1851

 
Plan du domaine de la Rassauta et des territoires dépendants (Fort-de-l'Eau, Maison-Blanche, les Aribs) à l'exception de Maison-Carrée qui n'apparait pas sur la carte.

(22 août) - Le modeste hameau de Maison-Carrée, jusque-là dépendant d'Hussein-Dey est rattaché à la commune de plein exercice de la Rassauta qui vient d'être créée[37], avec un certain François Trottier pour tout premier maire.

Circonscription à caractère purement colonial, cette nouvelle commune constituait un établissement plutôt artificiel et ne disposait même pas d'un chef-lieu formel à sa création. Concrètement, l'idée était de réunir trois secteurs distincts en une seule commune : le hameau de Maison-Carrée (vingt maisons à cette date) à l'extrême Ouest du territoire avec le cours de l'Harrach pour frontière ; le hameau de Fort-de-l'Eau (cinquante-et-une maisons) sur la côte ; et, enfin, ce qui était proprement appelé à l'époque Concessions de la Rassauta[38] qui consistait en une série de fermes et de maisons coloniales étalées sur environ 8 kilomètres, depuis Fort-de-l'Eau jusqu'au Haouch El-Merdja à l'extrême Est du territoire. Le centre administratif de la nouvelle commune fut donc provisoirement établi à Hussein-Dey dans un premier temps, avant d'être transféré vers le hameau de Maison-Blanche (act. Dar El-Beïda), ensuite vers celui du Retour-de-la-Chasse (act. Bab-Ezzouar). Il sera finalement et définitivement établi à Maison-Carrée (act. El-Harrach) une dizaine d'années plus tard.

1855

- Le vieux fort de la Maison-Carrée, qui abritait jusque-là des troupes du Génie, cesse de servir à la garnison. L'édifice est partiellement désaffecté pour un temps, puis transformé en pénitencier pour prisonniers algériens sous le nom Maison Centrale de l'Harrach. L'auteur Oscar Mac Carthy évoque le lieu vers cette époque[39] : « La Maison Carrée (en arabe Bordj el H’arrach) où l’on passe l’Harrach sur un pont turc restauré et agrandi, et que domine le grand édifice qui lui a donné son nom, ancien fort devenu un pénitencier pour les condamnés indigènes ».

1856

(31 décembre) - Le territoire de la commune de la Rassauta est remanié par l'administration coloniale. Désormais « [...] il comprend le territoire de la Rassauta proprement dit et ceux du Fort-de-l'Eau, de la Maison-Carrée avec la Maison-Blanche, d'Aïn-Taya avec Aïn-Beïda, Rouiba avec Matifoux, qui forment quatre sections de commune. La commune de la Rassauta est délimitée de la manière suivante : Au NORD, la mer depuis l'embouchure de Oued El-Harrach jusqu'à l'embouchure de Oued Reghaïa. À l'EST, l'Oued Reghaïa qu'on remonte jusqu'à l'endroit où il reçoit l'Oued El-Biar [...]. Au SUD l'ancienne route d'Alger et de Dellys jusqu'à sa rencontre avec l'Oued Khemis, qu'on remonte jusqu'à un petit chemin conduisant à la route d'Alger au Fondouk, et de ce dernier chemin jusqu'à son embranchement avec celui d'Alger à l'Arba. À l'OUEST, le chemin de l'Arba à Alger, qu'on parcourt du S. au N. jusqu'à sa rencontre avec l'Oued El-Harrach qu'on descend jusqu'à son embouchure, point de départ »[40].

On note que ce réaménagement fixait la limite Ouest de la commune de la Rassauta avec celle d'Hussein-Dey le long de l'oued El-Harrach, ce qui faisait dépendre la rive droite de Maison-Carrée et sa rive gauche de deux circonscriptions différentes. De son côté Est, la limite de la section de Maison-Carrée (le hameau comptait 65 habitants à cette date) était fixée par ce qui était appelé Haouch Tamaris (du côté Nord de la RN5 jusqu'à la mer) limitrophe de la section de Fort-de-l'Eau, et par les Haouch el-Aliya (au Sud de la RN5) et Haouch Ben Hamida (tout au Sud) qui jouxtaient la section de Maison-Blanche.

1857

 
Entrée de l'ancien Bordj de la Maison-Carrée (caserne de Belfort)

(janvier) - Pour subvenir à certains besoins du pénitencier de la Maison-Carrée, l'administration fait appel aux Sœurs de St. Vincent & Paul à qui furent confiés la cuisine, la lingerie et l'infirmerie. Un prêtre, l'abbé Brissonet, leur fut adjoint pour assurer le service religieux[41], ce qui justifia la fondation d'une paroisse sur les lieux[42] alors que le hameau était encore très peu habité.

Les sœurs étaient alors logées au premier étage de l'angle S.-O. du fort et leur chapelle (installée dans un couloir séparant leur logement de celui du curé) devint automatiquement l'église paroissiale sous le nom de St George, tandis que le logement du curé (situé au-dessus de la porte principale du fort qui donnait sur la route) va servir de presbytère jusqu'en 1877. Quelques années plus tard, alors que la localité commence peu à peu à prendre forme, la petite chapelle ne paraissait plus adéquate et l'on peut lire dans le compte-rendu des délibérations du Conseil Municipal du 19 mai 1862 le vœux de faire construire une véritable église paroissiale à Maison-Carrée, évoquant la promiscuité des lieux et la gêne que cela occasionne, particulièrement lors des enterrements où il faut porter les cercueils « perpendiculairement pour franchir l'escalier étroit et tortueux qui mène à la chapelle » et les mésaventures que cela avait occasionné sur quelques cadavres[43]. Il faudra attendre plus d'une décennie avant de voir se vœux se réaliser.

1860

- Avant de quitter Maison-Carrée -au début de l'année 1860- l'abbé Brissonet[44] put réaliser la toute première salle d'école du village avec l'aide des Sœurs de St. Vincent et en faisant appel à la charité privé. Le Conseil Municipal se félicita de l'initiative et s'empressa de voter un budget pour l'entretien d'une d'une institutrice[45] en la personne de Sœur Couturié qui, au final, va accomplir cette tâche pour les quarante années à venir.

1861

- Le village colonial de Maison-Carrée, qui comptait 216 habitants à ce moment, est érigé en centre-annexe de la commune de la Ressauta.

1862

 
Photographie (v.1898) du Marché aux bestiaux (Sûq el-mâl) de Maison-Carrée. Situé à l'époque dans un vaste terrain à l'arrière de la Mairie, le site abrite, depuis 1953, la grande cité HLM d'El-Harrach ainsi que ses dépendances.

(mai) - Par arrêté préfectoral, un marché hebdomadaire aux bestiaux est institué à Maison-Carrée. Appelé par les algériens autochtones Sûq el-Mâl ("Marché aux Bestiaux"), Sûq el-Djem'â ("Marché du vendredi") ou simplement Sûq El-Harrâch ("Marché de Maison-Carrée"), il connaitra rapidement un grand succès comme porte d'entrée vers Alger et deviendra, 20 ans plus tard, le plus grand marché d'Algérie et un des plus importants en Afrique du Nord.

 
Photographie (v.1905) de la gare PLM de Maison-Carrée.
 
Photographie (v.1910) de la gare PLM à Maison-Carrée.

(15 août) - Entrée en exploitation de la ligne de chemin de fer Alger-Blida. Cette ligne, construite et gérée par la compagnie française PLM (Paris-Lyon-Méditerranée) et qui avait une station à Maison-Carrée, fut la toute première en Algérie[46]. Il est à noter que, parmi les six compagnies ferroviaires françaises de l'époque, les autorités coloniales avaient choisi la PLM du fait qu'elle était la plus proche géographiquement de l’Algérie. Le type de voie adopté fut donc la voie large qui était celui de la ligne Paris-Marseille, tandis que les gares étaient bâties selon le modèle adopté pour la Bourgogne[47].

1865

(24 juillet) - Menant une visite officielle en Algérie, l’empereur Napoléon III fait une halte en ce jour dans le village de Maison-Carrée. Ainsi, dès que le cortège impérial traverse le pont de l'Harrach, il est accueilli sur la rive droite par Aexandre Van-Maseyk[48], maire de la Rassauta, qui fit une allocution à cette occasion. Le cortège prend ensuite le chemin de l’Est et passe par l'ancien fort de Maison-Carrée qui abritait alors la prison. À ce moment précis, l'empereur aurait aurait été interpellé par une femme algérienne qui demanda grâce pour son fils emprisonné et qui lui fut accordée.

1867

(10 mai) - Tenue du premier "Conseil de Fabrique" de Maison-Carrée. La réunion eut lieu au presbytère du village en présence de son premier président, Adolphe Cordier, et des membres fondateurs Van-Maseyk, Gimbert et le Comte de la Villière qui possédaient à eux quatre toutes les propriétés de la commune.

1868

Les dernières années furent marquées un début d'explosion démographique à Maison-Carrée et par l'arrivée massive de nouveaux habitants. Le petit hameau passe ainsi d'un peu plus de 200 habitants à plus d'un millier, alors que sur l'ensemble du territoire communal de la Rassauta le nombre des habitants se chiffrait à 1 690 personnes en 1868. L'essor pris par la colonie de Maison-Carrée depuis la création du marché et de la ligne de chemin de fer contrastait donc clairement avec l'échec du centre de peuplement européen de la Rassauta (fondé le ) et sur lequel les autorités coloniales avaient plaçaient un grand espoir en misant sur les terres fertiles et sur un essor rapide de la colonisation agricole dans cette partie de la Mitidja, et c'est dans cet esprit que le hameau de Maison-Carrée (dépendant à l'origine de la commune d'Hussein-Dey) avait été rattaché comme annexe à la Rassauta lorsque celle-ci fut promue au rang de commune de plein exercice le . Cependant, dès le début des années 1860, la population de Maison-Carrée frôlait déjà le millier d'habitants alors que celle de la Rassauta stagnait au tour de 500 âmes. Cet écart continua à se creuser au cours de la décennie et le fait sera finalement constaté et reconnu par l'administration qui va transférer le chef-lieu de la commune vers Maison-Carrée en 1869.

1869-1882 : Une petite ville en plein essorModifier

1869

 
Place centrale de Maison-Carrée un jour de marché, vers 1898. En arrière plan on aperçoit le bâtiment de la mairie construit aux alentours de 1869, date de transformation de la localité en chef-lieu de commune de plein exercice.

(14 août) - Par décret impérial, le chef-lieu de la commune de la Rassauta est transféré à Maison-Carrée et ladite commune rebaptisée du même nom. Le territoire de la nouvelle commune demeurerait tel que fixé pour l'ancienne en 1856. Le corps municipal gardait la même composante et la même organisation : un maire ; cinq adjoints (dont quatre devaient résider dans chacune des sections qui composent la commune), huit conseillers municipaux (dont cinq Français ou naturalisés français, deux étrangers européens et un indigène musulman) : Alexandre Van-Maseyk fut maintenu comme maire et Adolphe Cordier demeurait son adjoint pour la section de Maison-Carrée.

 
Photographie (v.1900) du couvent des Pères Blancs et ses terrains de culture à Maison-Carrée. Après l'indépendance de l'Algérie, le bâtiment principal (ancienn maaison-mère de l'ordre) abrita une école publique de formation professionnelle tandis que le bâtiment annexe (ancien orphelinat) devint un centre spécialisé dans l'enseignement aux enfants handicapés. L'ensemble, déjà absorbé par le quartier de Mohamadia (anc. Lavigerie), fut finalement démoli en 2014 pour laisser place à la Grande Mosquée d'Alger.

- Cette même année, le cardinal Charles Lavigerie, second archevêque d’Alger, fait construire un couvent baptisé du nom de Saint-Joseph à Maison-Carrée[49]. Un an plus tard, en 1870, il en fait un noviciat et y installe la maison-mère de l'ordre missionnaire des Pères Blancs qu’il venait de fonder et en confie la direction au jésuite François-Joseph Desbillons. Peu après, les missionnaires planteront un vignoble sur les terres qui entourent leur couvent de Maison-Carrée et le nommeront Domaine d'Oulid Adda[50], connu entre autres par son fameux muscat de l'Harrach[51]. Quelques années plus tard (octobre 1874), l'abbé Charmelant décrira avec fierté les résultats obtenus par les Pères blancs dans leur domaine de Maison-Carrée : « Cette propriété, qui est aujourd'hui notre maison mère, était, il y a six ans, un immense territoire couvert de broussailles, de palmiers nains et que le voisinage des eaux croupissantes de l'Harrach rendait des plus malsaines. En 1869 et 1870, à mesure que les broussailles s'arrachaient, nous y avons planté une quantité considérable d'Eucalyptus en massifs et en allées le long de nos champs ou de nos vastes jardins, ce qui donne à cette propriété nouvelle l'aspect d'un vieux domaine aux arbres et aux forêts séculaires. Mais le résultat le plus merveilleux, c'est que la fièvre intermittente qui venait si souvent arrêter nos orphelins dans leurs travaux agricoles a disparu peu à peu, en sorte qu'aujourd'hui cette propriété est une des plus saines des environs d'Alger, après avoir été la plus fiévreuse »[52]. Cette plantation sera officiellement rachetée, en 1899, par la Société Immobilière & Agricole de l’Harrach, mais qui était en réalité une propriété de la congrégation des Pères Blancs et dirigée par des ecclésiastiques[53] et le Domaine d'Oulid Adda se nommera dès lors « Les Coteaux de l’Harrach ». Auparavant, le scolasticat (les dernières années de formation) de la congrégation avait été transféré à Carthage, en Tunisie, tandis que Maison-Carrée abrite toujours le noviciat et le siège du Supérieur général et demeure la maison-mère des Pères Blancs jusqu'en 1953[54] Le noviciat déménage à Gap en métropole en 1957[55]. Se trouvant dans l'actuel quartier de Mohammadia (ex. Lavigerie), le site abrite de nos jours le chantier de la nouvelle Grande Mosquée d'Alger qui doit être livrée en 2018.

1870

- Mise en service du Moulin Sainte-Corinne. Érigé sur la rive gauche de Oued El-Harrach (le quartier se dit encore Sinkouri de nos jours dans le langage populaire) par le colon Dessoliers[56], cette petite usine fut la première minoterie de Maison-Carrée et en même temps la toute première source d’électricité que connut la localité, et Dessoliers restera d'ailleurs le fournisseur exclusif de la ville de Maison-Carrée jusqu'en novembre 1903, date à laquelle sa concession sera transférée à la Société Algérienne d’Éclairage & de Force pour une durée de 30 ans.

(20 mai) - Un décret impérial promulgué en ce jour crée officiellement la commune d'Hussein-Dey (jusque-là simple section de la commune de Kouba) et fixe ses limites à l'article 2 comme il suit : La commune d'Hussein-Dey conserve les limites de l'ancienne section de même nom, sauf en ce qui concerne la partie qui est voisine de la commune de Maison-Carée. De ce côté, la commune aura pour limite le pont viaduc du chemin de fer et les dépendances à partir du pont viaduc jusqu'à, et y compris la maison portant no 12, la barrière fixée en face de la maison portant le no 12 avant le moulin Saulière et de cette barrière une ligne droite jusqu'à l'Harrach.

- A cette date, la ville de Maison-Carrée comptait officiellement une population de 1 693 habitants dont 1 053 européens (62 %) et 640 musulmans (38 %), ces derniers vivant encore essentiellement en zone extra-urbaine.

1872

- Les nommés Feradi Ould Salem, Mohamed Ould Daho b. Chadedi et Larbi Ould Si Kaddour, condamnés par la justice coloniale s'échappent des mains de la gendarmerie de l'Harrach et rejoignent aussitôt la bande du célèbre bandit Bouziane dans l'Oranais[57].

1873

 
Photographie (v.1905) de l'ancienne église du Sacré-Cœur de Maison-Carrée. Construit en 1873, l'édifice souffrira rapidement de nombreuses faiblesses et finira par être désaffecté puis démoli en 1930.

(19 octobre) - Après maintes péripéties et des années d'attente, une église est enfin construite à Maison-Carrée et se voit officiellement consacrée en ce jour par le Cardinal Lavigerie, Archevêque d'Alger. L'édifice, annoncé en 1869, fut conçu par le bureau d'architecte algérois des Frères Mazali et nécessita un budget de 40.000 Francs d'époque. Toutefois, on fit face à des difficultés financières au cours de la réalisation (la construction fut confiée aux entrepreneurs Mangellas & Lespasé) et il faudra une demande formelle du Cardinal au Gouverneur Général d'Algérie pour obtenir une aide de 10.000 Francs des autorités et achever la construction. La nouvelle église fut baptisée du nom du Sacré-Cœur de Jésus, mais son initiateur, l'abbé Calvet, ne put profiter longtemps de sa réalisation car il décéda en 1874 et fut remplacé par l'Abbé Sabatier[43].

1876

- L'Abbé Lecorchet succède à Sabatier. Il est le 4e curé dans l'histoire de la ville.

1878

 
Photographie (v.1900) du pont de l'Harrach à Maison-Carrée, après les réparations de 1878 et l'ajout du tablier métallique à sa structure originelle en arcades de pierre (qu'on peut voir des deux côtés du pont sur l'image).
 
Pont de l'Harrach à Maison-Carrée vers 1905.

- Le pont de l'Harrach à Maison-Carrée subit une grosse réparation. Le vieil ouvrage de l'époque ottomane est ainsi restauré sur les deux bouts, tandis qu'on modifie le milieu du pont par l'ajout d’un tablier métallique d'une largeur de 4 m[58].

1882-1920 : Un faubourg qui s'industrialiseModifier

1882

- L'industriel Antoine-Frédéric Altairac installe une usine de tannerie-corroierie à Maison-Carrée. Le terrain, qui mesurait 300 hectares, fut acquis en 1878. Il se situait à la sortie de la ville en allant vers le Sud (dans une zone qu’on appelle encore de nos jours « Lantirak », en amont du quartier actuel de Kourifa), et se nommait alors « Aïn-Skhouna » (le nom est orthographié Ain-Schrouna sur les premiers documents où il figure). Il s’agissait d’un terrain agricole, propriété d'un autre colon européen, un certain M. Gimbert.

 
Plan du Domaine Altairac à Maison Carrée

Cet établissement, qui devait alimenter ses manufactures algéroises en cuirs, fut la toute première industrie installée à Maison-Carrée et employait quelque 150 personnes. Par la suite, Altairac ajouta une briqueterie-tuilerie de 200 employés au même endroit tout en maintenant une partie du terrain pour les activités agricoles (un vignoble, des orangers, des espaces pour céréales et même des mûriers pour un élevage de ver à soie) ainsi que des étables où il élevait des mulets pour les besoins de l’armée coloniale. À noter que, si la main-d’œuvre des fabriques et des manufactures était encore toute européenne, les employés de la partie agricole des Ets. Altairac (environ 100 personnes) étaient en partie constitués d’Algériens. Pour prendre conscience de l’importance de ce petit centre industriel à l’époque, il faut observer que la population totale de Maison-Carrée dans les années 1880-1885 avoisinait les 3 000 habitants (dont les 2/3 étaient des colons français et européens) alors que les usines Altairac occupaient près de 500 personnes en emploi direct. Des logements furent installés sur le site pour les manœuvres et une école fut construite de sorte que le coin constituait carrément un faubourg de l’agglomération.

- Cette même année vit la fondation de la distillerie Bomati & Botella, deux Européens de Maison-Carrée. L'établissement se spécialisa dans la production d'une liqueur d'anisette commercialisée sous le nom de Anis-Diamant qu'ils obtenaient, paraît-il, par un procédé de distillation de leur invention. Devenu plus tard Ets. Veuve Botella & Frères, la distillerie occupait le rez-de-chaussé d'une maison qui existe encore de nos jours, située à l'angle de la rue où se trouve la section FLN (la qasma)d'El-Harrach. Le produit existera quant à lui jusqu'aux alentours de 1940.

1883

- L'Abbé Fouques succède à Lecorchet à la paroisse de Maison-Carrée. Il est le 5e curé dans l'histoire de la ville.

1884

(14 juillet) - L'évasion de cinq détenus de la prison centrale de l'Harrache met la petite ville en émoi. Une battue fut organisée dans les alentours mais les fugitifs ne furent jamais attrapés[59].

1885

(avril) - On peut lire ce qui suit dans la presse coloniale : « Les pluies torrentielles qui sont tombées tous ces temps-ci ont occasionné dans la plaine de la Mitidja des accidents de personnes et des pertes matérielles énormes. À Maison-Carrée, l'Harrach a débordé, inondant villages, plaines et vignes. Cinq malheureux pontonniers auraient été victimes de leur dévouement en voulant porter secours aux fermes environnantes »[60], ou encore : « A la Maison-Carrée, Oued El-Harrach ayant débordé au moment où les pontonniers exécutaient des manœuvres avec un pont récemment prêté au génie militaire par le département, ce pont a été emporté par les eaux. Sur six pontonniers montés dans des bacs, cinq ont péri » [61].

1888

- Le village de Maison-Carrée compte 4 340 habitants[62]

1890

- L'Abbé Chanudet succède à Fouques à la paroisse de Maison Carrée. 6e curé dans l'histoire de la ville, son court ministère de deux ans fut marqué par la dégradation inquiétante de l'église, à peine âgée de sept ans pourtant, ce qui nécessita la construction d'un mur de soutènement le long de la route afin d'endiguer le mouvement du sol.

1892

(7 mars) - Création de la Compagnie des Chemins de Fer sur Routes de l'Algérie (CFRA, à prononcer Céféra), qui entreprend aussitôt la construction de trois lignes de locomotives à vapeur pour desservir l’Algérois et dont l'une va relier Saint-Eugène à Maison-Carrée (11,6 km) en une heure de temps environ, en passant par Hussein-Dey, le Champ-de-Manœuvre et Bab el-Oued[63].

 
Photographie (v.1905) de la gare des CFRA à Maison-Carrée.
 
Photographie (v.1900) du pont des anciens CFRA à Maison-Carrée durant une crue de Oued El-Harrach. L'ouvrage existe toujours, communément "Pont Noir" (el-Qantra el-kahla)

Très tôt, cette ligne CFRA provoqua la saturation de la route traditionnelle d'Alger (qui suivait l’actuel tracé rue d’Alger - avenue Tripoli – rue Hassiba), les rails ayant monopolisé une partie de la chaussée alors que la voie était déjà très fortement sollicitée par le flux de bétail transitant du marché de Maison-Carrée vers les abattoirs d’Alger et plus encore avec l’apparition de l’automobile. Le problème était tellement ressenti que les autorités coloniales commandèrent, dès 1896, une étude sur un possible « chemin littoral » qui devait relier Maison-Carrée à Alger par le bord de mer. L'idée au départ était de réserver cette seconde route au passage des troupeaux d’ovins et de bovins, d’où la dénomination de « piste à mouton » puis « route moutonnière » qui s'attachera à ce projet[64]. Mais, le coût du projet (estimé à 800 000 fr. d’époque pour 12 km) parut exorbitant, et le Gouvernement Général d’Algérie ne lui donna finalement pas suite. La municipalité de Maison-Carrée va néanmoins s'y attacher et sans cesse revenir à la charge à ce sujet au cours des quinze années qui vont suivre.

(mai) - L'Abbé Reboul succède à Chanudet à la paroisse de Maison-Carrée. 7e curé dans l'histoire de la ville, sont très court ministère de deux mois se distingua par l'insolite cambriolage de l'église par des malfrats qui en saccagèrent l'intérieur. C'est l'Abbé Valence qui lui succèdera en juillet de la même année et il ne cessera, à son tour, de faire face aux difficultés de restauration et d'entretien de l'édifice dont l'état ne cessera plus d'inquiéter les autorités locales.

1897

(19 janvier) - Première exécution d'une peine de mort par guillotine attestée à Maison-Carrée. Le condamné est un ressortissant espagnol nommé Manuel Égéa. Il avait tué de trois coups de couteau () M. Gélabert, entrepreneur à Maison-Carrée, qu'il détestait parce qu'il aurait médit de lui. L'homme n'en était pas à sa première affaire puisque, quelques années plus tôt, il fut condamné à un an de prison pour avoir, à la suite d'une dispute, frappé de treize coups de couteau un de ses camarades. Conduit de la prison Barberousse jusqu'à la mairie de Maison-Carrée, Égéa arrive sur place à h 40. Informé à h 45 de la sentence, il se montra calme et déclara « je savais que j'allais être exécuté. Mais on ne meurt qu'une fois ». Après s'être confessé à un prêtre, il fuma plusieurs cigarettes et but deux verres de rhum. Il s'emporte à un moment en criant « C'est bien long ! Mierda ! Qu'est-ce qu'on attend pour m'exécuter ? ». Confié aux exécuteurs, il discute avec eux pendant la toilette, allant jusqu'à s'asseoir de lui-même sur le tabouret. Il quitte ensuite la mairie d'un pas ferme, les yeux baissés pendant qu'il parcourt les 30 mètres qui séparent l'Hôtel de Ville de la guillotine. Quelques cris « A mort ! » retentissent à la chute du couperet à h 30.

(6 mars) - Une violente tempête provoque dans la nuit un débordement de l'Oued El-Harrach et une inondation à Maison-Carrée.

- Première parution, mensuelle, du Bulletin Municipal de Maison-Carrée, organe officiel de la municipalité.

1898

- Établissement du premier bureau de poste à Maison-Carrée. Situé quelque part dans la Rue Arago, ce bureau sera quelque peu agrandi en 1920, peu avant son transfert vers de nouveaux locaux à côté de ce qui sera Ecole Laverdet et où il se trouve encore de nos jours.

(26 avril) - Une importante crue de oued El-Harrach cause des dégâts dans la ville et provoque l'arrêt de l'usine Dessoliers[65].

(16 Octobre) - Inauguration d'une seconde ligne de la CFRA à Maison-Carrée, pour relier cette fois la ville à la localité de Rovigo dans la Mitidja sur 25,6km. Cette liaison va subsister jusqu'en Décembre 1934.

1899

 
Groupe scolaire de Maison-Carrée en 1909.

- Fondation de la première école publique à Maison-Carrée. Constitué au départ de quatre classes (toutes réservées aux enfants européens), le Groupe Scolaire sera par la suite baptisé du nom d'un de ses professeurs, Mr Laverdet, qui trouvera la mort lors de la guerre de 1914-1918. L'édifice existe encore de nos jours et abrite un établissement d'enseignement moyen (CEM Al-Farazdaq d'El-Harrach).

(avril) - L'Abbé Barreau succède à Favier à la paroisse de Maison-Carrée. Il restera curé de la ville jusqu'en janvier 1922 et il y sera enterré à sa mort en novembre 1924.

1905

 
Photographie (v.1920) d'un des bâtiments de l'École d'Agronomie algérienne à Maison-Carrée. L'établissement existe encore sous l’appellation d' Institut National d'Agronomie.

- Fondation de l’ École d’Agriculture Algérienne à Maison-Carrée. Il s’agissait en fait du transfert vers ce qui était appelé « Plateau de Belfort » de l’ancienne École Pratique d’Agriculture installée depuis 1880 à Rouïba (qui était alors une annexe de la commune de Maison-Carrée). Le nouvel établissement occupait 63 hectares, disposait de grands jardins, d’espaces pour les cultures expérimentales, d’un vignoble de 25 hectares, d’une station botanique et possedait aussi un jardin maraîcher au lieu-dit Les Cinq-Maisons. En plus des bâtiments d’enseignement qui y furent construits selon un très beau style néo-mauresque, on y trouvait des étables diverses, un atelier de préparation des aliments, un silo à grains et fourrages ainsi qu’une cave et un rucher.

 
Photographie de ce qui était appelé "Nouveau Marché" de Maison-Carrée, en 1908. Ayant peu changé depuis, l'édifice existe encore de nos jours sous le nom de Marché Couvert d'El-Harrach.

- Inauguration du Marché Couvert de Maison-Carrée. L'édifice qui existe encore de nos jours, faisant office de marché aux vêtements pour moitié et de marché aux poissons pour l'autre moitié.

- La Société des Produits Chimiques d’Alger, qui possédait une usine de fabrication d’acide sulfurique à Maison-Carrée, décide de transférer son activité de la rive droite vers la rive gauche de l'Oued El-Harrach. Or, s’agissant d’une activité très polluante, l'idée provoqua une vive réaction de la part des riverains et de certains membres du conseil municipal. Ils firent remarquer que la rive gauche relevait administrativement de la commune d’Hussein-Dey et que, de ce fait, c’est ladite circonscription qui allait bénéficier des dividendes financières de cette installation alors que la ville de Maison-Carrée aura toujours à supporter les désagréments et les rejets industriels ainsi que les frais financiers qui en découlent, sachant que les habitants de ce qui était appelé alors « quartier de l’Harrach » (il s’agit en fait des anciennes maisons qui jouxtaient directement les berges de l’oued et dont une bonne partie n’existe plus de nos jours) souffraient déjà énormément des odeurs pestilentielles que dégageait une usine d’engrais de la société Holden.

L'oued en lui-même restait pourtant praticable à cette époque. Certes, un arrêté municipal du 28 août 1919 proclame une interdiction de baignade dans les parties de oued El-Harrach et de oued Smar qui traversent la ville de Maison-Carrée ("depuis des ponts de la voie ferrée au Sud jusqu’à 200 m après le pont CFRA" ou El-Qantara El-Kahla au Nord, précise-t-on dans le document). Toutefois, la mairie ne justifie pas cette décision par des considérations de santé publique, mais par le fait que de nombreux accidents de noyade furent enregistrés et par le fait que les baigneurs revêtaient souvent des tenues jugées indécentes pour les mœurs de l’époque. Le seul élément d'hygiène contenu dans cet arrêté concerne l'interdiction faite aux riverains de laver leur linge sur ce même parcours. Quoi qu'il en soit, cette mesure ne semble pas avoir eu l'effet escompté puisqu'un nouvel arrêté sera promulgué en mai 1934 pour rappeler une fois encore aux habitants que la baignade était interdite dans l’oued.

 
Photographie des deux ponts de l'Harrach à Maison-Crrée, vers 1900.

1906

(4 mars) - Les résultats du recensement de 1905 à Maison-Carrée[66] donnent une population totale de 7 582 habitants dont 4 612 européens (61 %, y compris 1 338 personnes qui ne portent pas la nationalité française) répartis sur 1 007 ménages, et 2 970 musulmans (39 %, dont 63 Marocains et 1 Tunisien) répartis sur 585 ménages. En dehors du périmètre urbain, on dénombre sur le territoire de la commune 410 maisons, 283 gourbis et 4 tentes.

(20 septembre) - Par décret présidentiel, le « quartier dit de la gare PLM de la commune d’Hussein-Dey et comprenant une superficie de 61 hectares 53 ares » est officiellement rattaché à la commune de Maison-Carrée, réunissant ainsi à nouveau les deux rives de la ville (séparées administrativement depuis 1856).

 
Vue, depuis les hauteurs de Belfort, sur le centre du village de Maison-Carrée vers 1900. Au loin, on peut voir la rive gauche de l'Harrach, encore très peu peuplée à cette date, où va se développer le quartier PLM, du nom de la gare de train qui y était établie depuis les années 1860.

(12 octobre) - Une décision de la préfecture d’Alger prononce l’expulsion, sous escorte de la gendarmerie, d’un certain Hamoud b. Lakhdar Djouabi vers Maison-Carrée d’où il est originaire au motif qu’il constituait un danger pour l’ordre public dans la capitale. Nous avons là le plus ancien exemple de « truand » harrachi attesté par une source historique !

 
L'ancien siège de la brigade de gendarmerie mobile de Maison-Carrée.

En fait, on ne commence à se plaindre sérieusement de problèmes de sécurité à Maison-Carrée que dans les années qui suivent la fin de la Première Guerre mondiale. Ainsi, en mars 1922, des débats au Conseil municipal nous apprennent que les vols proliféraient depuis un certain temps et l'on considérait que cette dégradation était due à l’insuffisance du personnel de police locale, surtout que le 5e RTA de la caserne de Belfort avait retiré à la municipalité les patrouilles de tirailleurs qui furent à un moment mis à sa disposition pour l’organisation de rondes nocturnes dans la ville. Le maire prend acte de la situation et entame des démarches auprès des délégués financiers de Maison-Carrée ainsi que du conseiller général Altairac afin que les autorités coloniales fassent installer une Brigade Mobile dans la ville. Il faudra toutefois attendre 1932 pour qu'une seconde brigade de gendarmerie soit établie dans la ville, portant alors le nombre de gendarmes en service de six à douze hommes. Pour obtenir cela, la municipalité dut mettre à disposition des autorités militaires des locaux assez spacieux pour le nouvel effectif (onze logements, des bureaux et des écuries pour six chevaux) et pour cela le maire choisit une parcelle de terrain militaire située en bas de l’École Primaire Supérieure (act. Lycée Ourdida Meddad) qui fut acquise par la commune. Ce bâtiment existe encore de nos jours mais il n'abrite plus que des logements pour des familles d'anciens gendarmes algériens.

- Cette même année, une crue exceptionnelle de l'Oued El-Harrach inonde une nouvelle fois la ville : l’eau aurait atteint plus de 1 m dans certains quartiers et laissa plusieurs victimes. Une fois l'orage passé, des travaux de curage des berges furent entrepris et l'embouchure fut désensablée dans l'espoir d'atténuer ce phénomène récurrent.

1907

- À la suite d'une petite polémique entre la société PLM et la municipalité de Maison-Carrée à propos de l’aménagement d’un terrain vague jouxtant la gare ferroviaire, un accord est conclu entre les deux parties pour la construction d’un escalier en pierre. L’ancienne gare a été démolie vers la fin des années 1980 et remplacée par l'actuelle gare SNTF, mais il se trouve que l’ouvrage en maçonnerie formant à la fois un escalier à double rampe et un mur de soutènement existe encore de nos jours.

1908

(10 novembre) - Un violent orage provoque une crue de l'Oued El-Harrach et une inondation dans l’usine Altairac.

1909

(27 janvier) - Ouverture d'une nouvelle ligne de la CFRA à Maison-Carrée vers la localité de Aïn-Taya (20km).

(15 février) - Lors de la session ordinaire du conseil municipal tenue en ce jour, le maire Léon Lebailly fait lecture de la réponse reçue de l’Académie sur le projet de construction d’une nouvelle école à Maison-Carrée[67]. Le document est intéressant, dans le sens où il nous éclaire sur la géographie de la ville à cette date et sur l’appréciation que l'on avait de ses différents quartiers à l'époque :

 
Vue, depuis la rive gauche de l'Harrach, d'une partie du village de Maison-Carrée vers 1900. On y voit notamment l'ancienne église ainsi que, la jouxtant, le terrain escarpé qui est évoqué dès 1909 par le maire L. Lebailli pour accueillir une nouvelle école publique.

« Au sujet de l’emplacement de la future école primaire projetée à Maison-Carrée, mon avis est qu’il conviendrait de ne pas trop l’éloigner du centre de la ville, vers où convergent toutes les voies de communication. N’étaient la réputation d’insalubrité que possèdent, à tort peut-être, les quartiers du centre, et l’inquiétude que pourraient en éprouver certains pères de famille s’ils voyaient l’école s’y édifier, c’est vers ces quartiers mêmes que se porterait mon choix. Le quartier PLM n’est pas très éloigné du centre, mais pour y accéder, il faut traverser la voie du chemin de fer. Il peut en résulter un certain danger. Peut-être aussi, le voisinage de certaines usines ne serait-il pas sans présenter quelques inconvénients. Le quartier de Belfort est tout à fait sain ; malheureusement, il s’étend sur un plateau dont les facilités d’accès ne sont pas très grandes et, surtout, il est très éloigné du centre. À mon avis, le meilleur emplacement […] c’est celui du lot de terrain où se trouvent l’ancienne école de filles et le presbytère. La proximité du centre-ville, le voisinage de la forêt, la salubrité de l’endroit et le magnifique horizon qu’on y découvre, contribuent à rendre ce site parfaitement approprié à nos desseins, d’autant plus que la municipalité peut y disposer de 6 000 m2 d’après les renseignements que vous avez bien voulu me donner. Il ne présente qu’un seul inconvénient […] la déclivité du sol étant considérable, des glissements de terrain sont à craindre. […] Mais s’il était possible […] de faire disparaitre cette menace d’insécurité […] je me prononcerais sans hésiter pour cet emplacement ».

Finalement, le conseil décida de suivre la recommandation de l’Académie et d’abandonner l’idée initiale d'acheter un terrain dans le quartier de Belfort et dont les propriétaires, M. Sintès et M. Kanouï, avaient déjà été approchés par le maire. Pourtant, cinq ans plus tard, la municipalité va revenir à sa première décision et le terrain en question sera effectivement acquis par la ville afin d’y construire un second groupe scolaire. Toutefois, l'opération ayant été effectuée quelques semaines à peine avant le début de la 1re Guerre mondiale, la réalisation du projet sera reportée pour quelques années encore.

(mars) - Dans sa volonté de promouvoir certaines voies de communication de la commune en routes vicinales, la municipalité de Maison-Carrée entame des démarches avec certains propriétaires afin qu’ils cèdent des portions de leurs terrains. Il s’agissait notamment du chemin reliant la RN5 à Fort-de-l’Eau (act. Bordj-El-Kifane) et qui nécessitait que ce qui était appelé alors « chemin du Parc Bomati » soit cédé à la commune. Approché par le maire, le propriétaire Vincent Bomati accepte la cession d’une bande de terrain sous certaines conditions, notamment le droit de créer sur le terrain en façade de ladite voie autant de rues qu’il lui conviendrait d’ouvrir pour accéder à la route une fois celle-ci érigée en chemin d’intérêt commun. Un accord fut conclu sur cette base, et c’est ainsi que va naître un peu plus tard le quartier « du Parc Bomati », devenu par la suite « le Parc » tout court.

(9 mai) - Inauguration de l’hippodrome de Caroubier par l' Association Hippique de l’Harrach et organisation du premier pari mutuel. À noter que ce nom, qui est encore de nos jours celui du quartier al-Kharrouba, vient d'un grand arbre de caroubier qui se tenait sur place et dont on se servait communément pour désigner la station du tram CFRA qui y faisait halte sur la route d'Alger.

1911

- Un insecte nouvellement découvert et nommé Eupédis provoque des ravages dans les vignobles à Maison-Carrée[68].

 
Inondations du 31 octobre 1911 : le Groupe scolaire et la Place des Palmiers (futur Square)
 
Rue Alexandre.

(31 octobre) - Une nouvelle crue de l'Oued El-Harrach a lieu à Maison-Carrée. L'alerte lancée dès 22h00 du soir précédent, le cours d'eau déborde rapidement au matin et provoque les inondations les plus violente jamais enregistrée jusque-là, les eaux ayant atteint 2,80 m dans le café nommé « Les Pyrénées » selon certains témoignages de l'époque. Parmi les victimes de la catastrophe, on dénombre un gendarme qui se serait noyé dans au centre-même de la ville en tentant de secourir des passants. La municipalité de Maison-Carrée décidera par la suite de délimiter un périmètre non constructible le long des berges de l’Oued et le fera respecter de manière très stricte.

- La population de la commune de Maison-Carrée se chiffre à 9 678 habitants, dont 60 % d’Européens et 40 % d’Algériens musulmans.

1912

- Fondation du Racing Club de Maison-Carrée (RCMC), premier club de football dans l'histoire de la ville. À partir de 1920, le club va évoluer au sein de la Ligue d'Alger de Football, mais sa participation sera modeste puisqu'il ne semble pas avoir remporté de trophée jusqu'à sa disparition en 1962.

(mars) - Élections municipales à Maison-Carrée : le résultat du 2e tour se voit contesté et sera effectivement annulé par le Conseil d'État. Un nouveau vote aura lieu deux mois plus tard et donnera pour vainqueur Eugène Boisset (640 voix) de la liste Altairac, contre des poids lourds de la politique locale comme Jacques Duroux ou Léon Eldine[69].

(11 mars) - La presse[70] rapporte les nouvelles d'un crime qui eut lieu à Maison-Carrée. L'affaire se déroula vers 7h du matin dans le marché-couvert, lorsqu'un ouvrier nommé Henri Scala fut mortellement poignardé au cœur par un collègue à lui, un certain Joseph Guardiola. Les deux hommes, habitant Alger et employés par une entreprise locale sur le chantier de construction d'une nouvelle prison à Belfort, se seraient bagarrés la veille sur un sujet banal avant que la situation ne s'envenime et n'aboutisse au drame : un premier coup fut asséné par le meurtrier sur la Place de la République ; la victime s'enfuit en direction du Marché-couvert où elle fut rattrapée et achevée. L'auteur fut aussitôt arrêté par un agent de la police municipale qui se trouvait sur les lieux.

 
Photographie (v.1912) du "Nouveau Pont de l'Harrach", peu de temps après son inauguration.

(6 avril) - Livraison à la circulation du nouveau pont de l'Harrach[71]. Plus large que l'ancien, l'ouvrage est totalement en béton (technologie nouvelle à l'époque) et vint remplacer l'ancien pont ottoman dont les derniers vestiges sont démolis ainsi que le tablier métallique qui lui fut adjoint dans les années 1870. Les archives indiquent que le sujet était en discussion par le Conseil municipal dès février 1906, que les autorités coloniales avaient alors examiné plusieurs projets d’élargissement et de reconstruction et qu'il était même question à un moment de modifier le tracé de la RN5 et de délocaliser totalement l’emplacement du pont de Maison-Carrée. Cependant, les habitants de ce qui était appelé alors « quartier de l’Harrach » (appuyés par le richissime Jacques Duroux dont le tracé annoncé en projet traversait les immeubles) s’opposèrent à cette option et le gouverneur Charles Jonnart finit par accepter que la reconstruction du pont se fasse au même emplacement. Les travaux auraient été entamés vers 1910, et l'édifice existe encore de nos jours sous le nom de Pont du 1er novembre ou, plus communément, le « Pont Blanc ».Il constitue l'un des points les plus distinctifs d'El-Harrach.

- Inauguration de la Maison Centrale de l'Harrach, un nouvel établissement pénitencier qui vient remplacer l'ancienne prison qu'avait abrité le vieux bordj de la Maison-Carrée pendant 55 ans et qui, remis de nouveau à l'armée française, reprit sa fonction de caserne[72] et sert dès lors de casernement pour le 5e Régiment de Tirailleurs Algériens (5e RTA) au grand bonheur des Européens du quartier de Belfort à l’époque. La nouvelle prison, située quelques centaines de mètres en amont mais toujours dans le quartier de Belfort (l'établissement pénitencier existe encore de nos jours et constitue une des prisons les plus connues d'Algérie) était la plus vaste et l'une des plus modernes du pays en son temps, mais cela ne semble pas avoir empêché les évasions pour les plus téméraires : un certain Ahmed b. Ali b. Amar b. Djemâa inaugure le bal avant que la presse locale n'annonce[73] son arrestation six semaines plus tard.

1913

(4 juillet) - Un nouveau crime passionnel secoue la ville. Cette fois-ci, le meurtrier est cette fois-ci un résident espagnol du nom d'Amer Juan qui poignarde son épouse dans le quartier de Belfort. L'homme n'en était pourtant pas à son premier forfait si l'on crois la presse de l'époque car, environ une année plus tôt (12 août 1912), il avait tiré sur sa pauvre femme avec un révolver suite à une dispute mais s'est vu absout par le jury de la Cour d'Assise d'Alger. Remis en liberté depuis un mois, il revient à la charge à la première occasion et parvient cette fois-ci à mettre fin aux jours de la malheureuse avec un couteau de boucher. Il sera condamné à 15 ans de réclusion criminelle[74].

 
Photographie (v.1905) d'un groupe d'algériens réunis dans un "café maure" de fortune, dans le marché aux bestiaux de Maison-Carrée.

(22 août) - Le marché aux bestiaux de Maison-Carrée, qui se tient chaque vendredi, est à ce moment le plus grand d'Algérie. Toutefois, la concentration de foule qui le fréquente suscite souvent des problème de sécurité pour les autorités locales et la situation atteint parfois des proportions dangereuses. Ainsi, la presse algéroise[75] rapporte que, qu'une altercation entre un maquignon indigène et un européen s'étendit en quelques instants à une grande rixe, impliquant 150 algériens et plusieurs européens et suscitant un tel désordre qu'on songea à faire intervenir la troupe. L'incident aurait mis en émoi les habitants européens de la ville ainsi que leurs autorités municipales.

(28 octobre) - Par arrêté, un cabinet d'étude notariale est institué à Maison-Carrée avec pour titulaire un certain Mr Masson. Il s'agit apparemment du premier notaire dans l'histoire de la ville[76].

(novembre) - A Maison-Carrée, Les élections de l'assemblée des Délégations Algériennes pour la 5e Circonscription voient s'affronter deux grand notables de la ville : Zévaco (député sortant) et Jacques Duroux. La campagne est des plus musclées et on ne compte pas les accusations de fraude[77]. Zévaco sera finalement élu avec une très courte majorité, ce qui suscitera encore de vives polémiques entre les deux camps[78].

 
Insigne régimentaire du 5e Régiment de Tirailleurs Algériens

- Création, au sein de l'Armée française d'Afrique, du 5e Régiment de Tirailleurs Algériens (5e RTA). Le 1er Bataillon de cette unité ainsi son quartier-général est établi dans le bordj de Maison-Carrée et son nom y restera étroitement lié, jusqu'à sa dissolution en 1940.

1914

 
Photographie coloriée de l'ancien Groupe scolaire de Maison-Carrée vers 1915, devenu depuis École Laverdet.

(juillet) - Début de la 1re Guerre Mondiale. L'ordre de mobilisation générale est lancé et une bonne partie de la population masculine de Maison-Carrée sera enrôlée, à tel point que certaines usines de la ville cesseront l'activité durant quelques semaines. Au fil des jours et des mois qui vont suivre, on annoncera pratiquement chaque jour des morts ou des blessés parmi les mobilisés maison-carréens, le plus connu étant le Lieutenant Laverdet, instituteur au Groupe Scolaire (mort au front en janvier 1915) qui, par ailleurs, sera rebaptisé en son nom quelques années plus tard[79].

1916

 
Place centrale de Maison-Carrée et la Mairie lors des inndondations du 1er juin 1916.

(1er juin) - Une nouvelle crue de l'Oued El-Harrach provoque de grandes inondations à Maison-Carrée.

1917

 
Photographie (v.1905), des anciens abattoirs musulmans (dites "boucheries arabes" sur la légende) qui se trouvaient aux alentours du marché aux bestiaux de Maison-Carrée.

(juillet) - Sur demande du Gouvernement Général d'Algérie, une Compagnie Française du Froid-Sec est établie à Maison-Carrée pour gérer un nouvel entrepôt frigorifique industriel. Propriété de l’administration coloniale, l'usine fut concédée à la société Froid-Sec avec un bail de 10 ans. Première du genre en Algérie, l'installation était à la pointe de a technologie à l'époque et, considérant le marché au bestiaux de Maison-Carrée était le plus important du pays à cette date, l'investissement paraissait très prometteur sur le papier. Il en sera tout autrement comme nous pouvons lire dans la presse de l'époque, non sans humour[80]: L'existence de cette malheureuse société a été marquée par des aventuresabsolument navrantes. Les appareils de réfrigération à air confiné, conçus selon les brevets P. Fleury, dont elle a entrepris la construction et l'exploitation depuis 1911, ont englouti en dix ans 8 millions de francs. Après tout, les frigorifiques ne sont pas chargés d'éviter les coulages d’argent. Ils auraient pu, tout au moins, assurer la conservation des matières périssables qui leur étaient confiées. Mais voici le hic ! Le Froid sec n'est pas un froid ordinaire. Il ne conserve pas ! Le scandale des moutons avariés de l’'usine de Maison-Carrée avait si fortement ému les autorités que l’interdiction d'exporter le bétail fut levée dare-dare. Il aurait été du dernier saugrenu, en effet, de laisser le « Froid Sec » transformer scientifiquement la viande fraîche en vigoureux asticots, alors que la métropole ne pouvait faire face aux besoins de la consommation avec un cheptel amoindri. Le retour à la liberté d’exportation se traduisit par la fermeture du trop célèbre établissement de Maison-Carrée qui traitait, de la manière que l'on sait, 2.500 moutons par jour. Autre complication : le contrat d'exploitation passé entre la Société et le gouvernement de l'Algérie expirait le 1er janvier dernier, l'usine de Maison-Carrée devant revenir à cette date à l'administration. Or, les commissaires des comptes avouaient, dans le rapport présenté à l’assemblée du 28 mai dernier, que les bénéfices réalisés à Maison-Carrée n'avaient pas été suffisants pour amortir complètement les installations. Voici donc les pertes d'argent qui viennent se superposer avec les pertes de frigo ! On croirait vraiment que l'expression « jouer de malheur » a été créée spécialement pour le « Froid sec ». Un dernier mot pour terminer. Une assemblée tenue le 27 août dernier a autorisé le conseil à se faire ouvrir des crédits en banque pour un total de 31.000.000 francs. Cela s'appelait poétiquement alors un crédit de campagne. Par exemple, il serait curieux de savoir quel est l’établissement de crédit assez déséquilibré pour subventionner une entreprise aussi artistement piquée des vers ! Les maigres dividendes de 5 francs par action pour l'exercice 1918 et de 6 francs pour 1919, distribués au détriment de la situation financière, absolument déplorable au reste, devaient cependant dessiller les yeux des plus aveugles. Aussi les cours des actions du « Froid sec » tombent-ils, comme les moutons de Maison-Carrée, en liquéfaction. De 167, niveau maximum atteint en 1920, on en est à 22,50 francs. En effet, à partir de 1920, les difficultés financières vont ainsi devenir le lot ordinaire de l'entreprise[81] avant que l'activité ne cesse totalement en 1924 et que l'affaire ne se solde par la banqueroute totale en 1926[82]. Cette situation inquiétait au plus haut point le conseil municipal de Maison-Carrée. On y évoqua l’idée de rouvrir l’usine et d’y adjoindre un abattoir intercommunal[83] (il n'existait encore à cette date qu'un petit abattoir de fortune au niveau du marché aux bestiaux) dès 1922, sans suite. En mars 1924, une Société Financière pour l’Industrie (SFPI) -qui gérait de nombreux abattoirs en France- propose aux autorités coloniales d’ouvrir des abattoirs modernes dans l’ancienne usine Froid-Sec de Maison-Carrée et d’en reprendre la gestion en même temps, mais cette proposition ne reçut aucune réponse car, à la même époque, la municipalité d’Alger étudiait la création des grands abattoirs d’Hussein-Dey dont l’emplacement avait déjà reçu l’aval enthousiaste des bouchers algérois pour sa proximité de la ville. Au final, il faudra attendre 1926 pour voir l'établissement reprendre l'activité avec la création d'une nouvelle société, la SACANA.

Parallèlement à ces péripéties, on notera que l’endroit où se trouve l'usine (sur la route vers Lavigerie et assez loin du centre-ville à l'époque) devint vite un lieu de passage et on disait communément à l'époque « Froid-sec » pour désigner les lieux. L'usine frigorifique (mise en arrêt depuis les années 1990) existe toujours, se trouvant juste à côté des abattoirs d'El-Harrach, de la brigade de gendarmerie et du collège SNS.

1919

(février) - La Compagnie Centrale d’Énergie Électrique entame les premières démarches auprès de la municipalité de Maison-Carrée en vue de l’installation d’une distribution de gaz pour le chauffage et la cuisine à travers la ville.

 
Locaux du 5e RTA, fort de Maison-Carrée v.1920

(28 mars) - Réagissant à des rumeurs sur un transfert imminent du 5e RTA de sa caserne de Belfort et son remplacement par un bataillon d’artillerie, le maire de Maison-Carrée, Léon Eldine, adresse une lettre aux autorités militaires de la colonie pour exprimer sa préoccupation. Certains passages sont intéressants dans le sens où ils nous éclairent sur la façon dont les Européens concevaient la relation avec les Algériens musulmans à l'époque : « […] Il est un point, Mon Général, sur lequel je me permets d’attirer votre attention. Maison-Carrée est un centre essentiellement passager, le siège d’un des plus grands marchés de la Colonie, où se groupent chaque semaine par milliers les indigènes : au point de jonction des principales routes de pénétration dans l’intérieur des lignes de chemins-de-fer, la ville semble être le refuge de tous les gens sans aveu. La police y est extrêmement difficile, et les commencements de nefra ont souvent nécessité l’intervention de la troupe. D’autre part, le groupe pénitentiaire de Maison-Carrée abrite 800 à 900 détenus dont 400 forçats qui travaillent au dehors, chez des propriétaires, et une révolte de ces individus, toujours possible, ne pourrait être réprimée que par la force armée. Les troupes d’artillerie ont service spécial qui ne leur permettrait pas d’avoir toujours prêt à marcher un effectif suffisant pour assurer la répression. Pour toutes ces raisons, je me permets d’insister, Mon général, pour obtenir le maintien à Maison-Carrée, sinon de la portion centrale du régiment de Tirailleurs, du moins du dépôt avec un effectif de troupe suffisant pour garantir la sécurité ». Concernant le 5e RTA, on prit contact avec un des conseillers généraux de Maison-Carrée, Mr Altairac, et on le pria d’aller vérifier cette information auprès du commandement local de l’armée coloniale, et on eut alors des assurances de la part des chefs que cette unité n’allait pas être déplacée de ses casernements de Maison-Carrée ».

Quelques semaines plus tard, après la promulgation de la Loi du 4 février 1919 qui abolissait les restrictions précédentes et autorisant tout « électeur indigène » (ils sont au nombre de 157 dans la commune de Maison-Carrée cette année) à disposer d’une arme à feu s’ils le souhaitent, le conseil municipal de Maison-Carrée joint sa voix à celle d’autres communes coloniales et souhaitent ouvertement que l’ancienne réglementation soit réintroduite, précisant que « […] la facilité avec laquelle les indigènes obtiennent l’autorisation de détenir une arme peut avoir une répercussion très grave sur la sécurité », et encore que « La loi précitée a été votée inconsidérément et il est de toute urgence d’un atténuer les effets si l’on ne veut pas perdre le bénéfice des sacrifices consentis pour la pacification de la Colonie ». Fait assez rare, les quelques indigènes membres du conseil sont invités à s’exprimer sur la question. le conseiller M. Bouchenack aurait alors déclaré que « beaucoup de ses coreligionnaires, propriétaires ou commerçants, habitant la commune depuis de longues années et leur passé d’honnêteté, leur loyalisme envers la France sont garants de l’usage qu’ils feront de l’arme mise entre leurs mains ; mais estime que la plus élémentaire prudence commande de ne pas généraliser la mesure », propos qu’approuve son collègue M. Abderrahmane selon le PV d’une des sessions ordinaires du conseil.

(7 décembre) - Léon Tourenne est élu maire de Maison-Carrée et succède à Léon Eldine.

(décembre) - Protestant contre une nouvelle augmentation des tarifs de la CFRA, une lettre du maire de Maison-Carrée nous éclaire un peu sur la situation des transports entre la ville et Alger à cette époque : « […] Le service des voyageurs laisse absolument à désirer. Des motrices sont réservées pour les voyageurs partant d’Alger et allant au-delà du Jardin-d’Essai, mais les instructions de la CFRA ne sont pas toujours respectées, et il s’ensuit que nombre d’habitants de Maison-Carrée ne rentrent chez-eux qu’après avoir stationné des heures à un des arrêts intermédiaires ». Par ailleurs, un décret municipal daté de ce mois et fixant le tarif des « courses par cochers » dans la commune et vers les autres localités énumère les divers lieux de station de l’époque : « Ferme d’Humières, Ouled-Adda, Séminaire des Pères-Blancs, El-Alia, Cinq-Maisons, Ferme Altairac, la Glacière, Usine Altairac, École d’Agriculture, Quartier PLM, Quartier Belfort, Cressonière, Froid-Sec, Prise-d’Eau, Sidi-Herzine, Carroubier, Hippodrome, Oued Smar ».

1920-1942 : Une "colonie indigène" qui prend de l'importanceModifier

1920

(août) - La municipalité de Maison-Carrée annonce la construction d’une école primaire supérieure pour jeunes filles, la quatrième du genre dans tout l’Algérois à cette époque. Le site choisi est ainsi décrit par le maire à la commission des travaux du conseil municipal : « […] il se trouve sur les hauteurs qui dominent la ville, près du village de Belfort, entre les deux routes qui conduisent de Maison-Carrée à l’École d’Agriculture. Vaste et bien exposé, sans voisinage douteux ou gênant, il convient parfaitement à l’édification d’un établissement scolaire avec internat, qui n’aura rien à envier pour l’exposition, le confort et l’hygiène, à l’école primaire supérieure de garçons ». Il s'agit en fait du site qui abrite encore de nos jours l’ancienne église, ce lieu en hauteur s’appelant alors « plateau des Pins ». Le terrain, mitoyen à l'église, fut acheté à Mr. Bomati, et l'école existe encore de nos jours sous le nom lycée de jeunes filles Ourdia Meddad.

(septembre) - En apprenant que les terrains dits à l'époque du « Polygone de tir » (Il s'agit d'une zone militaire qui était réservée aux exercices d’artillerie qui s'étalait sur ce qu'on appelle encore de nos jours plage Mazella) allaient être désaffectés par l'armée coloniale, la municipalité de Maison-Carrée espérait se voir concéder ces terres afin d’y faire construire des installations balnéaires pour les habitants. La nouvelle fut finalement démentie par les autorités militaires. Parallèlement à cela, on évoqua au sein du conseil municipal de Maison-Carrée la possible viabilisation de ce qui était appelé « chemin des Cinq-Maisons ». Long de 530 m, ce sentier aboutissait alors dans la « propriété Mazella[84] », celle-ci n’étant séparée du rivage que par des terrains appartenant à la Société Immobilière, et il se trouve que celle-ci proposait de céder une bande de terrain à la commune pour que ledit chemin soit prolongé jusqu’à la mer en contournant le terrain de la société et non en la traversant comme le demandait la municipalité. Un compromis sera trouvé quelque temps plus tard.

(novembre) - Un décret du Gouvernement Général d'Algérie proclame que : « […] La voie neuve, d’une longueur de 7 376 m, à ouvrir, entre le port d’Alger et la ville de Maison-Carrée, partie sur le domaine public maritime et partie entre la voie du chemin de fer d’Alger à Oran et le littoral ; ladite voie ayant son origine au Sud des terre-pleins de l’arrière-port d’Agha, suivant de plus ou moins près la ligne susvisée du chemin de fer Paris-Lyon-Méditerranée d’Alger à Oran, s’en détachant pour contourner le cimetière d’Hussein-Dey et le Polygone de l’artillerie en empruntant le chemin du Polygone, la rejoignant au Caroubier et aboutissant sur la RN 5 d’Alger à Constantine […] à la sortie du pont biais existant sous les voies Paris-Lyon-Méditerranée ». Il s’agit là du tracé précis et définitif de la fameuse « Route moutonnière », le décret déclarant aussi que tous les travaux en relation sont d’utilité publique et donne un délai de cinq ans pour son exécution. La route sera effectivement inaugurée en 1924.

1921

- La commune de Maison-Carrée compte une population de 11 290 habitants (53 % d’Européens, 47 % d’Algériens musulmans). Ce total se détaille comme il suit : Maison-Carrée ville = 8 901 habitants (61 % Européens), banlieue = 2 389 (25 % Européens), et s’y ajoutent 2 685 personnes comptées à part (militaires, prisonniers, étudiants, ecclésiastiques). La situation économique ne semble toutefois pas dans le meilleur état et le taux de chômage est tel que certaines associations locales adressent des demandes à l'administration pour que les recrutements se fassent en priorité au profit des ressortissants français[85].

 
Place centrale de Maison-Carrée, 1921. Carte postale commémorant la tenue des 25e jeux de la Fédération nord-africaine de gymnastique.

(juillet) - Inauguration de la 15e Fête Fédérale de Gymnastique de l’Afrique du Nord qui s'est tenue cette année à Maison-Carrée.

1922

(1er janvier) - Le chanoine Repetecci, 11e curé dans l'histoire de la ville, succède à l'Abbé Barreau à la paroisse de Maison-Carré.

1923

- Un rapport adressé par le médecin communal, le Dr Gautier, au maire de Maison-Carrée nous éclaire sur la situation sanitaire de certains habitants de : «  […] Il existe enfin une troisième catégorie d’indigents, ce sont les Kabyles et les Marocains qui travaillent dans les fermes sur le territoire de la commune. C’est ainsi que certains sont occupés en ce moment au dessèchement des marais de l’oued Smar. Ces hommes vivent dans des conditions hygiéniques défavorables ; les épidémies de typhus et de paludisme les atteignent largement ».

1925

- Fondation de l’ Institut Industriel d’Algérie à Maison-Carrée. Il deviendra plus tard (1958) École Nationale d’Ingénieurs, puis École Nationale Polytechnique après l'indépendance.

(6 juin) - Les deux héritières d’un certain Mr. Boisse déposent un dossier à la mairie de Maison-Carrée concernant le lotissement d’une propriété située « entre la rue Arago et la route nationale no 5, d’Alger à Constantine ». Pour rappel, la RN5 passait encore à cette époque par Belfort et débouchait au centre-ville via l’actuel lycée Ourdia Meddad avant de prendre la direction d’Alger. Pour ce qui est du lotissement, l’autorisation sera accordée quelques semaines plus tard et l’endroit deviendra de ce qu’on appelle encore « Cité Boise » du côté de la rue Arago.

(19 juin) - À la suite d'une intervention du conseiller indigène Oumedjkane, on décide de la création d’un « Bureau de bienfaisance musulman » à Maison-Carrée, sachant qu'il n’y avait jusque-là qu’un bureau de bienfaisance « européen »)[86]. On apprend à cette occasion qu’il existait déjà à cette époque une « mosquée de Sidi Embarek » et qu'elle recevait des donations de la part des fidèles.

(19 octobre) - Un échange de missives daté de ce jour entre la municipalité et le colonel Jacomet (commandant de la caserne du 5e RTA à Belfort) nous apprend qu’une « maison de tolérance » existait à Maison-Carrée. L'objet des lettres est que les alentours de cet établissement deviennent le théâtre de nombreuses rixes et agressions, ce qui poussa la mairie à demander qu’une patrouille soit mise en place entre 19 het 21 hafin de sécuriser le passage des écoliers et des ouvriers. Les militaires donnent leur accord pour cette requête.

Ladite maison close se situait sur la route qui mène vers les usines Altairac et Duroux. Il s’agissait apparemment d’un lieu à la fois connu et décrié dans la ville, puisqu'on retrouve de nombreuses fois le conseil municipal discuter de plaintes à ce sujet. Ainsi, au cours de l’été 1926, la propriétaire des lieux demande une autorisation pour la surélévation de l’immeuble et pour en confier la gérance à une nommée Oualed Aïcha. Paradoxalement, et alors que le conseil décide de la fermeture de ce lieu à cause de son emplacement (jugé trop exposé sur une grande rue), un des conseillers indigènes, Ali Kaouadji[87], juge la décision arbitraire et prie le maire de revoir sa position. Pourtant, en janvier 1930, ce même Kaouadji appuiera son collègue Oumedjkane lorsque ce dernier se plaindra devant le conseil que le quartier PLM soit « actuellement envahi par des femmes indigènes de mauvaise vie venant d’Alger, qui se rendent aux hôtels existants pour y passer la nuit » car cela provoquait des réclamations de la part des habitants « qui craignent que leurs femmes ou leurs filles soient confondues avec elles ». Par ailleurs, en novembre 1926, la mairie de Maison-Carrée reçoit une demande officielle d’une certaine Frih Hadja bent Benmalek b. Rezka pour l’installation d’une nouvelle maison de tolérance dans le lotissement Fouquereau, entre les quartiers PLM et Sainte-Corine. Aussitôt, l’adjoint au maire Redon protesta auprès du conseil et demanda que la requête soit refusée en déclarant sans détour que « Déjà, le quartier Ste-Corine nous vaut assez d’indésirables indigènes sans que la maison de tolérance vienne encore en attirer un plus grand nombre, sans tenir compte du désagrément de ce voisinage au point de vue de la morale publique ». Quelques années plus tôt, le Bulletin municipal[88] évoquait les désagréments que causaient les « femmes indigènes dites gitanes ». Celles-ci parcouraient souvent les rues de la ville en état d’ivresse, se livraient à des gestes vulgaires, tenaient des propos obscènes et se prostituaient. La municipalité publie alors un arrêté stipulant qu’il était désormais interdit à ces femmes d’accéder aux cafés et débits de boissons de la ville, qu’ils soient européens ou indigènes, de même qu’il leur était interdit de séjourner dans les hôtels de Maison-Carrée, qu’elles soient seules ou accompagnées. D’autres mesures viendront renforcer ses dispositions au cours des années suivantes.

1926

(20 janvier) - Un arrêté de la Préfecture d’Alger proclame dans sa préface : « […] portant règlement sur la constitution de fonctionnement et les attributions des djemaas de douars dans les communes mixtes : Considérant que le quartier de Ste-Corine sis dans la commune de Maison-Carrée est assez éloigné de l’agglomération européenne et compte 1 200 indigènes, qu’il y aurait intérêt à ce qu’un chef de fraction soit désigné dans ce quartier pour en assurer spécialement la surveillance […] ». À cette occasion, un emploi de « chef de fraction » est créé par l’administration coloniale et un certain Mahfoud Dahache est nommé au poste. Deux ans plus tard (novembre 1928), on retrouve ce même personnage adressant une demande d’allocation auprès du conseil municipal. Lisant sa lettre à ses collègues, le maire Léon Tourenne nous apprend que, pour justifier cette demande, Mr Dahache affirme « qu’il est souvent appelé en témoignage, soit au Commissariat de police, soit à la Justice de Paix, pour les délits commis par les habitants de son agglomération, dont la mentalité n’est pas des meilleures, qu’en outre il lui faut assez souvent accompagner le brigadier Prétro dans ses tournées, ce qui a pour résultat de lui faire perdre d’assez nombreuses journées et que n’ayant d’autres ressources que son travail, il ne peut pas arriver à suffire aux besoins de sa famille qui se compose de sa femme et de cinq enfants ». Le maire appuie ces affirmations et reconnaît que depuis sa nomination en tant que chef de faction il s’acquitta bien de son travail, et c'est ainsi qu'on lui accorde une allocation annuelle de 600 francs.

(7 mars) - Un dénombrement de la population fait ressortir un total de 14 648 habitants pour la commune de Maison-Carrée, dont 41% d'Européens et 59 % d'Algériens musulmans. On note que ces derniers ont enregistré, en cinq ans, une augmentation de 2 188 habitants contre 1 170 chez les Européens et représentent -pour la première fois de l'histoire de la commune- la majorité de la population. Il est vrai que les Européens demeurent encore majoritaires dans la ville proprement dite (56 % sur 11 529 habitants du périmètre urbain), mais cette tendance à la hausse chez la population musulmane ne va plus s'arrêter et bientôt les « indigènes » deviendront l'élément majoritaire tant dans la ville que dans le périmètre extra-urbain de la commune, un fait qui ne sera pas sans conséquences dans l'avenir.

(avril) - L’ancienne « Place Altairac » de Maison-Carrée est transformée en square. Il s'agit du jardin public qui se trouve encore de nos jours en face de l’école Laverdet (act. collège al-Farazdaq) et auquel fut ajouté un kiosque à musique en 1928. Deux ans plus tard (hiver 1930-1931), un autre jardin public sera aménagé dans le quartier Belfort. Pour sa réalisation, la municipalité a acquis le terrain d’Émile Coulbouée, membre du conseil municipal de Maison-Carrée, et il lui sera d'abord attribué le nom de square Pierre Bordes, en l’honneur du Gouverneur Général d’Algérie qui célébra le centenaire de l’Algérie française, avant de prendre le nom d’Albert Ier, roi des Belges, en avril 1934.

(29 octobre) - Lors de débats au conseil municipal, une intervention du conseiller musulman Kaouadji nous apprend que « des difficultés s’élèvent fréquemment entre les notables indigènes de Maison-Carrée, relativement au Marabout de Sidi-Mbarek. Certains d’entre eux revendiquent la propriété du terrain l’avoisinant. Quelques-uns réclament l’expulsion de l’oukil. Pourtant le terrain appartient à la communauté, ayant été acquis au moyen de souscriptions, et j’estime que c’est à tort que le moufti, sollicité par quelques indigènes de Maison-Carrée, intervient dans un sens qui ne peut qu’être préjudiciable à l’Association ». Le maire Léon Tourenne répond alors en rappelant que « le Marabout de Sidi-Embarek existait bien avant l’achat du terrain avoisinant par les consorts Zidane ; il avait été cédé aux indigènes de Maison-Carrée par Mr. Van Maseyk. Lors de l’acquisition de la parcelle de terrain située autour du Marabout, quelques indigènes, dont les chefs des familles Zidane, Bentoumi, etc. se sont présentés pour faire établir l’acte de vente à intervenir avec Mr Van Maseyk. Malheureusement, dans cet acte il n’a pas été indiqué que la vente était faite au nom de la communauté, dont les indigènes présents n’étaient que les représentants ». le maire reconnaît qu'« il est bien exact que le terrain n’a pu être payé que grâce aux collectes qui ont été faites parmi la population indigène », mais précise en même temps que le conseil municipal n’était pas compétent dans l’affaire et qu’il ne pouvait intervenir qu’à titre officieux pour essayer de trouver une solution avec les concernés.

(7 décembre) - La Société d’Éclairage & de Force (qui était aussi le fournisseur de la ville en électricité depuis 1903) achève l’installation des canalisations nécessaires et inaugure la première alimentation de la ville de Maison-Carrée en gaz naturel[89].

(13 décembre) - De violents orages frappent la région d'Alger et on peut lire en ce jour dans la presse coloniale que : « Les orages ont également éprouvé Maison-Carrée et ses environs où les débordements de la rivière de l'Harrach sont toujours à craindre. [...] L'abondance et la violence de la pluie ont fait déborder l'un des affluents de l'-Harrach, l'oued Ouchaïa, petite rivière qui se diverse un peu avant d'arriver à Maison-Carrée au lieu-dit « la Glacière » envahi l'usine électrique si complètement inondée, qu'il était impossible d'y pénétrer. La route nationale a été envahie par l'eau et la vase ; entre Hussein-Dey et Maison-Carrée, il y avait par endroits, sur la route, près de trois mètres d'eau. Le canal Dessoliers qui est parallèle à l'Harrach a débordé provoquant des dégâts ; la crue de l'Harrach est très forte ; son débordement est à craindre : toutes les dispositions préventives ont été prises. L'haine élévatoire des eaux de Maison-Carrée a dû être arrêtée par suite du manque de courant électrique. »[90]

 
Bon d'action d'une valeur de 100 francs, émis par la SACANA de Maison-Carrée en 1928.

(17 décembre) - Création de la Société des Abattoirs & Conserves alimentaires du Nord de l'Afrique (SACANA), qui succède à l'ancienne entreprise Froid-Sec dans l'exploitation de l'usine frigorifique de Maison-Carrée[91]. La nouvelle société fut d'abord l'idée, en Septembre 1926, des Établissemnts Ravilly à Rennes (Bretagne, France) dont le propriétaire signa un traité avec le Gouvernement Général de l'Algérie lui donnant à bail pour trente ans l'abattoir industriel de Maison-Carrée. Louis Ravilly[92] mit alors en place une société anonyme, la SACANA, dont il était actionnaire majoritaire, et qui s'avéra très lucrative dans un premier temps[93], mais qui retombera une nouvelle fois dans l'inactivité au début des années 1930 comme nous pouvons le lire une revue spécialisée de l'époque[94] : Il faut citer encore, comme important établissement frigorifique, l'abattoir industriel de Maison Carrée. Construit à la fin de la guerre, il présente les mêmes défauts que beaucoup d'établissements analogues, créés en France vers la même époque : il a été conçu pour un débit auquel le pays ne peut pas suffire. On a oublié que durant neuf mois de l'année au moins, le mouton d'Algérie, étique et sentant le suint, ne vaut pas la peine d'être congelé, car son écoulement serait impossible. On a oublié aussi les conditions très défectueuses de l'élevage indigène et les terribles ravages que font, dans les troupeaux, la sécheresse ou les maladies. Aussi, quelle fut sa destinée ? A peine mis en service, et finie la période d'extrême pénurie de viande qui seule justifiait son existence, il dut fermer ses portes. Repris, il y a quelques années, par une société qui fournissait, surtout l'armée, en viande congelée, il servit principalement d'entrepôt d'importation et ne fit du mouton local que par intermittences. Il vient, à nouveau, de retomber dans l'inaction, par suite de la défaillance de la société qui l'exploitait, et il est vraisemblable qu'il n'en sortira qu'au moyen d'une transformation radicale pour le rendre plus apte aux conditions d'exploitation locale. Prévu, pour une marche continue et pour un très gros débit de viande, il est muni d'un matériel beaucoup trop puissant pour les ressources du pays. Il comporte, en effet, outre un imposant matériel de manutention mécanique, deux compresseurs à ammoniac, l'un de 575.000 frigories/heure, l'autre de 300.000 frigories/heure. Ce dernier est encore beaucoup trop puissant pour les simples besoins de la conservation. Il ne serait justifié que si l'on pouvait fabriquer environ 50 t de viande congelée par jour. Or, dans l'état actuel de l'élevage et des moyens de communication, il est impossible de lui assurer ce débit. Nous pensons donc que cet établissement, au lieu de se spécialiser uniquement dans la viande congelée, devra diviser ses locaux et sa puissance frigorifique pour permettre la fabrication de la glace, la conservation des fruits, éventuellement le traitement des vins, en fonctionnant avec des frais généraux beaucoup plus réduits.

1928

(été) - La municipalité procède à l'aménagement de l'ancienne rue Arago (act. rue Ahmed Aouen) notamment avec la construction du mur de soutènement qui la sépare encore de ce qui était appelé alors "route supérieure de Belfort" (act. avenue Boualem Ghiboub) qui constituait encore la RN5 à l'époque.

(6 juin) - Décès de Nicolas Zévaco. Grand notable de Maison-Carrée -dont il était conseiller municipal depuis des années-, Zévaco était aussi le Délégué financier de la circonscription et un homme politique influent en Algérie. Ses obsèques virent le rassemblement de milliers de gens et d'une bonne partie de la classe politique de la colonie européenne du pays.

(décembre) - Les acquéreurs de lots de terrains dans le lotissement (formé quelque temps auparavant entre les vieux quartiers PLM et Sainte-Corine) par Eugène Fouquereau, se plaignent auprès du maire Léon Tourenne du non-respect d’engagements pris par le lotisseur : égouts inutilisables, eau courante toujours pas disponible, routes impraticables en temps de pluie... etc. La mairie avait à de nombreuses reprises mis en demeure Mr. Fouquereau afin qu'il procède aux travaux nécessaires mais sans résultat et l’on porta finalement l’affaire à la Préfecture[95]. Un an plus tard, la situation demeurait la même et on voit alors le conseiller indigène Oumedjkane faire un rapport au conseil municipal[96] à ce sujet : « […] Cette agglomération comprend près de 13 000 habitants et offre le spectacle le plus lamentable aux abords de Maison-Carrée, un foyer d’infection dont les dangers sont certains. Il y a là-bas près de 70 propriétaires qui ont construit sans alignement, sans souci d’hygiène, quelques puits ont été cérusés, mais la majeure partie de la population se sert de l’eau du canal qui est rouge d’argile au moment des crues et qui charrie des matières dangereuses à la santé. Les dépotoirs de l’agglomération et des eaux ménagères courent à ciel ouvert dans les ruelles puantes, pas d’égouts ». Les requêtes des habitants sont alors résumées en quatre points : amener l’eau courante au quartier par l’installation de trois bornes fontaines ; la construction de deux égouts collecteurs ; l’éclairage électrique des ruelles ; le cimentage des rigoles et ajoute enfin que la population était disposée à fournir la main-d’œuvre et à payer la majeure partie des dépenses induites par ces travaux. Mais le maire va refuser de donner suite à ces requêtes au motif que la situation même de ce quartier rendait les travaux impossibles à envisager. Ces problèmes ne seront toujours pas réglés en 1930, et on verra alors la préfecture ordonner l’interdiction de toute nouvelle construction dans ce lotissement jusqu’à nouvel ordre.

1929

(5 mai) - Georges Altairac est élu maire de Maison-Carrée.

(novembre ?) - Inauguration de ce qui était appelé Les Halles dans le cadre d'un plan de réaménagement du vieux marché aux bestiaux de Maison-Carrée. L'édifice existe encore de nos jours et abrite le marché aux légumes d'El-Harrach. Sa construction nécessita le déménagement du stand et de la salle de gymnastique qui appartenaient à la Société de Tir & d’Éducation Physique et qui occupaient ces lieux depuis la fin du XIXe s.

1930

(été) - Inauguration de la mosquée de Maison-Carrée. La construction de ce lieu de culte avait fait l'objet d'une demande du conseiller municipal Bouchenack demandait, au nom de ses collègues musulmans, dès août 1921. Cette requête reçoit l’aval du maire Léon Tourenne qui l’estima alors « parfaitement justifiée en ce sens que la population indigène de Maison-Carrée et des centres voisins est devenue très importante et qu’il n’existe pas de mosquée dans la région ». Mais, un mois plus tard, l’administration répond négativement et invoque la loi de séparation des Églises de l’État qui interdisait la construction de tout édifice religieux sur le budget public. Les conseillers indigènes demandent alors qu’un terrain leur soit concédé par la commune et qu’on les autorise à organiser une souscription auprès de la population musulmane de la ville pour couvrir les frais de construction de la mosquée souhaitée. La municipalité accepte cette requête et offre un terrain situé sur le côté Est du marché aux bestiaux, en bordure de ce qui était à l'époque la rue Marceau. Il faudra néanmoins attendre février 1922 pour voir le Service des Affaires Indigènes au niveau du Gouvernement Général de l’Algérie donner son accord pour l’organisation de la quête. Mais ledit service invoqua une nouvelle fois la loi de séparation pour s’opposer à l’octroi gratuit du terrain par la commune « […] l’emplacement de cette mosquée est situé sur le terrain domanial qui a été concédé à la commune pour l’installation de son marché par décret du 2 janvier 1864, cette commune ne pourrait aliéner aucune partie de ce terrain sans y avoir été autorisée par décret », tout en précisant que ladite autorisation serait certainement refusée à la municipalité « si elle était demandée en vue de la réalisation du projet dont il s’agit ». Une querelle administrative allait s'ensuivre : le maire de Maison-Carrée répondra à l’administration que la parcelle de terrain en question ne faisait pas partie du terrain domanial concédé en 1864 pour le marché, mais provenait d’un échange qui fut consenti entre la commune et une certaine Société Civile des Orphelinats Agricoles d’Algérie en 1874 [97], et pour lequel la commune a dû céder à cette société un terrain de 1,3 hectares [98] en échange de « deux anciennes batteries no 11 et 12, situées sur le territoire de Maison-Carrée, rive droite de l’Harrach, avec le terrain en dépendant, lesquelles batteries avaient été concédées gratuitement par décret impérial le 2 janvier 1864 ». On propose néanmoins que le terrain (d’une superficie de 200 m2 environ) soit cédé à la collectivité qui va gérer la future mosquée pour un prix symbolique de 10 fr le m2. et non à titre gracieux comme il était prévu au départ.

Quelques mois plus tard, l’administration des domaines va confirmer les faits avancés par la mairie et on lèvera toute opposition quant au lancement du projet, mais non sans imposer que le prix de cession des terrains soit supérieur à 20 fr le m2, bien que l’emplacement pouvait être sujet à inondation. Entre-temps, le chantier était déjà lancé à l’été 1922, mais il s’avéra vite que les sommes récoltées par la quête seraient insuffisante et les travaux s'arrêtèrent aux fondations dès octobre 1922. La situation restera bloquée de la sorte durant des années, et le projet était pratiquement tombé dans l’oubli si ce n’est les efforts des conseillers Oumedjkane et Kaouadji qui le rappellent au nouveau maire, Georges Altairac, en septembre 1929 et réclament que la parcelle soit préservée lorsque seront lancés les travaux de réaménagement prévus pour le Marché aux bestiaux. Les travaux venaient alors de reprendre sur le chantier et le maire donna son assentiment pour le site et demanda qu’une mahekma soit bâtie par la municipalité à côté de la nouvelle mosquée. L'édifice, qui porte le nom de Mosquée El-Imâm al-Echaf’i depuis l'indépendance, a été démoli en mai 2015 et se trouve en phase de reconstruction avec de nouveaux plans.

 
Entrée du Stade Zévaco à Maison-Carrée, v.1930

- Inauguration du Stade Zévaco, une très belle installation selon les normes de l'époque, qui deviendra bastion du RCMC.

(novembre) - Ne présentant plus les garanties de sécurité suffisantes, l'église de Maison-Carrée (construite en 1873) se voit fermée par les autorités locales. Le culte catholiques est alors transféré vers une chapelle de fortune qui fut installée, à titre provisoire, dans une salle des fêtes appartenant à l'Association de Foulauld[99]

1931

(15 janvier) - De violents orages provoquent une crue de l'oued El-Harrach et causent des inondations dans la ville pendant deux jours entiers.

(Octobre) - Construction d'un troisième pont sur l'Harrach à Maison-Carrée. Il s'agit du pont que traverse la RN5, au niveau de Mohammedia vers Cinq-Maisons[100].

- Un dénombrement de la population donne un total de 21 686 habitants pour la commune de Maison-Carrée, dont seulement 40% d’Européens. Cette évolution démographique étant maintenant un fait irréversible, elle ne sera pas sans conséquences politiques par suite car les quartiers musulmans de Maison-Carrée tendront de plus en plus à constituer des terreaux fertiles pour le mouvement national algérien dont elle deviendra un des bastions dans la capitale.

1934

- La construction de nombreux immeubles dans la zone dite des Cinq-Maisons pousse la municipalité à entreprendre des premiers travaux d’aménagement et de voirie dans cette zone, notamment par la mise en place d’un égout.

(décembre) - A cette date, il existait déjà un quartier nommé Belle-Vue. Les propriétaires (quelque 35 maisons et déjà 300 à 400 habitants) s'étant adressés à la municipalité pour que les rues de leur lotissement reçoivent une dénomination officielle, le conseil municipal donne une suite favorable à leur requête à sa session de décembre et, parmi les artères citées dans le PV, on retiendra particulièrement ce qui était appelé jusque-là « chemin vicinal no 5 » (dit « chemin des Batteries ») et qui fut baptisé du nom du cardinal Lavigerie : il s'agit de la route qui menait au vieux couvent des Pères blancs et dont le nom s’étendra plus tard à l’ensemble de la zone où se situe le couvent. Lorsque ces terrains seront séparés du quartier Belle-Vue par le nouveau tracé de la RN5 au début des années 1940, se distinguera clairement un quartier Lavigerie, future commune de Mohammadia.

1935

(23 janvier) - Fondation de l' Union Sportive Musulmane de Maison-Carrée (USMMC, qui deviendra USMH à partir de 1977). La genèse du club remonterait à juin 1931 à ce qu'on raconte[réf. nécessaire], lorsqu'un certain Rabah Sahraoui assista à une rencontre de football entre jeunes musulmans au quartier Belfort (actuellement Hassan Badi) et qu'un agent de la police coloniale vint les disperser sans raison apparente. Sahraoui songea alors à mettre en place un club réservé aux jeunes musulmans harrachis et fut rejoint par un groupe d'amis dont les noms furent gardés en mémoire : Aïssa Hadj-Benslimane, Nacer Hadj, Abdellah Kara, Abdelkader Teffahi, Boualem Ghaboub et Mohamed Zekraoui. C'est ainsi que naquit l'USMMC qui évolua d'abord dans un cadre amical jusqu'à son affiliation officielle par les autorités en janvier 1935. Ce qui est avéré c'est que Benaïssa Kheroubi (coiffeur de métier et habitant la rue Chanzy à l'époque) fut le premier président du club et qu'il eut à ses côtés un Comité Directeur constitué dans un premier temps de Slimane Smaoui, Aïssa Benhadj, Mâali Si-Mohamed et Mokhtar Khalifi. Le siège du club était situé au 18, avenue Georges-Clemenceau à Maison-Carrée.

Cependant, le caractère trop clairement « musulman » de l'association, ainsi que les liens trop prononcés de ses membres avec les milieux nationalistes du PPA suscita la méfiance des autorités locales. Ainsi, sur injonction de la préfecture d'Alger, le Conseil d'administration du club sera remanié dès juillet 1935[101] : Lakhdar Benallègue devient alors président et se fait seconder par Antoine Grola (1er vice-président) et Ahmed Djebboune (2e vice-président). Abdelkader Benyoucef est nommé secrétaire général, Yahia Benyahi secrétaire-adjoint et Amar Akli contrôleur. Les autres membres du conseil, tous assesseurs, étaient Abdelkader Kara, A. Maza, Benyagoub Dine, Ali Bouaziz, S. Hamidou, N. Foudil, N. Kraoua, Y. Benabi, A. Touabia, A. Kadra, A. Aït-Ouadda, M. Hadidi, S. Gueri, Abdelkader Guenfoud, K. Deboub, H. Saci, R. Mendab et B. Chegma.

(12 novembre) - À la suite d'une crue des oueds El-Harrach et Smar, la ville de Maison-Carrée est une nouvelle fois envahie par les eaux.

1936

- Un dénombrement de la population donne un total de 24 595 habitants pour la commune de Maison-Carrée, dont 14 516 Algériens musulmans (59 %) et 10 079 Européens (41 %). Cette même opération nous renseigne sur le découpage qui était en vigueur pour la ville à cette époque, à savoir : Quartier de la Mairie, du Square Altairac, du Centre, de la Banque, des Pins, de Sidi-Embarek, des Usines, de Belfort, des Cinq-Maisons, Bellevue, de la Rive Gauche, de PLM, Ste.-Corine, Lotissement Fouquereau.

- Inauguration d’une nouvelle cité militaire près du Marabout Sidi Embarek. Il s’agit de ce que nous appelons encore « Caserne de Beaulieu » et qui abrite de nos jours l' École Militaire Supérieure du Matériel.

(Eté) - Démolition définitive de l'ancienne église de Maison-Carrée et lancement des appels à dons pour la construction d'un nouvel édifice de remplacement dont l'Association de Foucauld avait déjà financé les études.

(10 décembre) - Crue de l'oued El-Harrach et nouvelles inondations à Maison-Carrée. Toutefois, les dégâts furent moins importants que lors de l’inondation de novembre 1935.

1937

(août) - Le Conseil municipal de Maison-Carrée donne son assentiment au lotissement de la propriété dite des « Pins Maritimes ». Ce terrain, situé alors à cheval entre les territoires de la commune de Maison-Carrée et celle de Fort-de-l’Eau, appartenait à M. Goyard et à M. Rolland, le premier étant membre du Conseil municipal de Maison-Carrée.

(27 août) - Messali El-Hadj, chef charismatique du Parti du peuple algérien (PPA, successeur de l'ENA qui venait d'être dissoute par les autorités coloniales) et du mouvement nationaliste algérien est arrêté par les autorités et interné pour la première fois dans la prison de l'Harrach à Maison-Carrée. Relâché peu de temps après, Messali reprend aussitôt ses activités et tiendra même un grand meeting nationaliste à Maison-Carrée en septembre 1937, les quartiers musulmans de la ville étant désormais un des principaux bastion du mouvement.

(0ctobre) - Vincent Pons est élu conseiller général de Maison-Carrée[102].

1938

- La section PPA de Maison-Carrée est menée par le trio Ali Bennanoune (secrétaire), Ahmed Mokrane (vice-président) et Chérif Slimani (trésorier).

 
Façade de l'église du Sacré-Cœur de Maison-Carrée, construite en 1938.

- Huit années après l'abandon puis la démolition de la vielle église de 1873, une nouvelle église catholique est construite à Maison-Carrée en gardant le même nom du Sacré Cœur. Conçu par le cabinet d'architecture Guérineau & Bastélica, l'édifice se voulait moderne et, basé sur de grands cubes droits, il symbolisait l'idée de la "maison carrée". Toutefois, les plans initiaux étaient beaucoup plus ambitieux que le rendu final, notamment les très haut clocher qui ne fut finalement pas réalisé ainsi que la longueur de l'édifice qui fut finalement moindre que projeté. À noter que, contrairement à la mosquée de Maison-Carrée (actuellement Masjid El-Châfîi) où la municipalité avait refusé en 1921 toute participation dans au motif que la loi interdisait l’engagement de fonds publics dans des édifices de culte, la mairie ne trouvera pas d’inconvénient à financer partiellement la construction de la nouvelle église de Maison-Carrée, de même qu’elle avait pris en charge les frais d’aménagement du local provisoire lorsque la décision de fermeture de l’ancienne église a été prise en 1930. L'édifice en question existe encore de nos jours, ayant longtemps servi comme bibliothèque communale après l'indépendance de l'Algérie, avant d'être affectée aux services de l'état-civil de la commune au début des années 2000.

1939

(10-15 juillet) - Tenue à Maison-Carrée du congrès constitutif de la Fédération Nationale des Scouts Musulmans Algériens. L’événement, qui eut lieu exactement dans le quartier du Lido, fut organisé par Mohamed Bouras, militant nationaliste et fondateur du premier groupe de scouts algériens. Le mouvement était aussi couvé par l' Association des Ulémas Musulmans Algériens, ce pourquoi c'est le cheikh Abdelhamid Benbadis qui présida personnellement aux travaux de ce premier congrès des SMA.

(4 août) - Messali Hadj est à nouveau arrêté par les autorités coloniales. Il rejoint 41 de ses cadres (dont Zakaria, Lahouel, Marouf, Belamine, Khider et Douar) à la prison de l'Harrach qui devient, de fait, le centre directeur du PPA. L'élite du nationalisme algérien y demeura jusqu'au , date à laquelle la plupart d'entre eux seront condamnés par un tribunal militaire et transférés vers le bagne de Lambèse pour d'y purger des peines de travaux forcés. Parmi eux, on pouvait compter Mokrane Bourmache (dit Ouazzani), ancien chef de la section PPA de Maison-Carrée, ainsi que celui en fonction depuis 1938, Ali Bennanoune.

1941

(25 janvier) - Une mutinerie éclate à la caserne de Belfort à Maison-Carrée : « Le Régiment de Marche du Levant (RML) comprenait trois bataillons dont l’un, formé de trois compagnies, était stationné dans l’ancien camp du 5e RTA à Maison-Carrée. Dans cette banlieue d’Alger, le PPA était solidement implanté et l’incarcération de Messali et d’une dizaine de cadres, avait renforcé le climat d’hostilité des Algériens envers les autorités. Dans une mosquée de Maison-Carrée et dans plusieurs cafés maures, le PPA avait tenu des réunions avec des militaires. Le , à l’annonce d’un prochain départ de 800 tirailleurs du RML au Levant, la mutinerie éclate à l’heure du couvre-feu. Les insurgés massacrent le capitaine et une dizaine de sous-officiers métropolitains, pillent le magasin d’armes installé dans le vieux bordj turc, se répandent en ville et tirent sur des passants en faisant une dizaine de tués et des blessés. Le préfet Pagès, ancien officier de la Légion étrangère et les autorités militaires réagiront aussitôt. La plupart des mutins encerclés regagneront la caserne, mais d’autres prirent le maquis. Ils seront tous appréhendés quinze jours plus tard et les meneurs seront fusillés. Bien que les mutins n’aient pas cherché à attaquer la prison et à libérer Messali qui avait recommandé le calme, l’administration établit un rapport entre la propagande antimilitariste du PPA et la mutinerie. L’affaire était d’autant plus grave qu’après la défaite militaire, le prestige de la France était au plus bas en Orient […] »[103]

Il s'agit de la révolte de quelque 800 tirailleurs algériens qui forcent les armureries de la caserne de Belfort, tuent à la baïonnette leurs officiers français avant de se diriger vers la ville en contrebas et y commettent des actes de violence en proclamant le djihâd. Près de 23 civils européens seront tués et de nombreux autres blessés, avant que la mutinerie ne soit matée par le 5e Régiment de Chasseurs d'Afrique, la gendarmerie, la garde mobile et la police. Les autorités coloniales affirmeront plus tard qu'il se trouvait parmi les mutins des hommes faits prisonniers par les Allemands en 1940 et retournés par la propagande nazie, tandis que certains soldats croyaient carrément que leur action coïnciderait avec une action germano-espagnole destinée à mettre fin à la domination française en Algérie. D'autres raisons furent par la suite évoquées, notamment la dureté du colonel du régiment qui, pensant devoir améliorer une troupe de médiocre qualité, avait soumis ses hommes à de longues marches et des exercices répétitifs et froissa délibérément leur susceptibilité de musulmans en organisant, le vendredi, des séances d'entraînement particulièrement rigoureux. Quoi qu'il en soit, après la mort ou la capture de tous les mutins, neuf soldats considérés comme meneurs furent condamnés à mort : « ils sont exécutés en grande cérémonie devant les garnisons rassemblés d'Alger, Hussein-Dey et Maison-Carrée, le 5e RTA désarmé placé au premier rang vingt-trois autres sont exécutés plus tard [...] au total deux cents à trois cents hommes seront tués au cours de la répression »[104].

(27 mai) - Exécution par les autorités coloniales, dans le champ de tir du Carroubier, de Mohamed Bouras.

1942-1954 : 12e ville d'AlgérieModifier

 
Vue de Maison-Carrée: l'école maternelle; au fond, l'église.

1943

(4 juillet) - L’explosion accidentelle d'un train de munitions dans la gare de Maison-Carrée provoque la destruction d'une partie du quartier dit à l'époque « de la Gare PLM » : 543 appartements sont détruits et pas moins de 105 immeubles endommagés. Hormis les pertes humaines enregistrées, cette catastrophe vint aggraver une crise de logement qui était déjà très aiguë parmi la population de la rive gauche de la ville.

- Dans le sillage des changements opérés dans le régime politique français à la suite de la défaite devant les Allemands, une commission spéciale est désignée par le régime de Vichy pour administrer la ville et la commune de Maison-Carrée. On compte Raoul Zévaco parmi ses membres.

1950

- Dans le but de résorber les bidonvilles qui ne cessaient de se développer dans la périphérie algéroise, les autorités coloniales décident de la création de « cités d'urgence » dont la première, de 700 logements, sera construite à Maison-Carrée par les architectes Fayette et Magrou. L'idée était de concevoir des constructions horizontales centrées sur un patio, afin de mieux coller au mode de vie des populations algériennes[105].

1953

- Le site du marché aux bestiaux de Maison-Carrée est déménagé par la municipalité vers la sortie de la ville (là où se trouvent encore de nos jours el-Kouâra d'El-Harrach). Sur l'ancien site, on entame immédiatement la construction d'une cité HLM (anciennement Cours de France et actuellement Cours Aïssat Idir), bientôt suivie du commissariat de police et du Parc des Sports.

1954

- L'avocat Amar Bentoumi, un ancien militant du PPA, se présente pour les élections dans la circonscription de Maison-Carrée au nom de l'UDMA. Toutefois, les élections ayant été truquées par les autorités coloniales, c'est un candidat « administratif » qui sera finalement élu.

1954-1962 : Une banlieue d'Alger en guerreModifier

1954

(1er novembre) - Déclenchement par le FLN de la Guerre de libération nationale algérienne avec divers attentats à travers le pays. On ne note toutefois aucune opération à Maison-Carrée ou dans sa région cette nuit-là.

- La population de Maison-Carrée se chiffre à 51 017 habitants, le nombre des Algériens (36 280 hab.) étant désormais à plus du double de celui des Européens (14 737 hab.). À noter toutefois que le résultat de ce recensement concerne l’ensemble de l’arrondissement et il est précisé que le total en question se partage entre une population agglomérée de l’ordre de 39 951 habitants et une population éparse de 11 066 habitants et à tout cela s’ajoutent 4 127 personnes au titre d’habitants non sédentaires (étudiants internes, militaires, etc.).

1955

- Construction d'une cité de 300 logements, dite « de première urgence », selon les plans de l'architecte Roland Simounet.

1956

(28 avril) - Une série de neuf attentats FLN frappe l'agglomération algéroise, dont un à Maison-Carrée[106]

- Début de l'interdiction prononcée par les autorités du FLN et des chefs religieux pour les sportifs musulmans de jouer des compétitions avec des joueurs non-musulmans. À l'instar des autres clubs musulmans du pays, l'USMMC annonce son retrait du championnat et le boycotte de toutes les compétitions officielles pour se conformer au mot d'ordre du FLN alors que certains joueurs comme Lahcene Mohamed Zeghnoun ainsi qu'Abdallah Benamar, le président en exercice, vont carrément rejoindre le maquis. D'autres, comme Boualem Kaouadji et le boxeur Khelif Tenah, les suivront et tous vont mourir les armes à la main. Le club harrachi ne reprendra sa place dans le championnat qu'après l'indépendance du pays en 1962.

- Inauguration des 2 000 logements de la cité La Montagne, toujours selon des plans établis par l'architecte Roland Simounet.

(26 septembre) - Rachid Kourifa, responsable du secteur FLN-ALN de Maison-Carrée est tué par une patrouille de l'armée française croisée par hasard, juste après avoir lui-même exécuté un certain Zinet, jugé comme collaborateur avec l'ennemi par le Front. Il s'agit du premier Harrachi tombé les armes à la main dans la Guerre de Libération algérienne. Quelques jours plus tard, ses funérailles donnèrent lieu à un rassemblement populaire et furent marquées par un discours nationaliste du cheikh Rabie Bouchama, lui-même habitant de la ville et militant FLN dans la clandestinité.

(12 novembre) - Une bombe artisanale explose dans le Monoprix de Maison-Carrée et laisse neuf blessés graves[107].

1957

(28 janvier) - Début de la grève insurrectionnelle de huit jours ordonnée par le FLN à Alger. Très largement suivie dans les quartiers musulmans de Maison-Carrée, l'opération aurait été coordonnée localement par Rabah Terki, professeur au lycée de la ville et militant nationaliste.

(3 mars) - A 23h, Larbi Ben-M'hidi, chef du FLN-ALN à Alger, est transféré à la prison de Maison-Carrée après son arrestation par les autorités coloniales.

(5 mars) - Arrestation de Nelly Forget, assistante sociale à Maison-Carrée et militante du FLN. Elle sera mise au secret et torturée dans la Villa Susini à Alger[108]. Accusée d'abord de distribution de tracts pour le compte des insurgés, on lui reprocha surtout d'avoir aidé un autre Européen pro FLN à organiser un attentat, mais elle sera finalement libérée faute de preuves.

- Parmi les harrachis tombés dans les rangs du FLN-ALN cette année, on compte Mohamed Abzar (né 1917) dont un fils deviendra maire d'El-Harrach après l’indépendance et Mohamed Boukhari (né 1933).

1958

- La commune de Maison-carrée est délestée d'une partie de son territoire avec la création de la commune d'Oued Smar.

(13 mai) - Les événements s’accélèrent en Algérie où les chefs de l’armée française tentent de prendre le pouvoir sous le couvert d’un Comité de Salut Public, s'opposant à la IVe République et qui est proclamé en ce jour. Présidé par le général Massu, le comité d’Alger comptait 45 membres dont quatre indigènes avec un certain Mahmoud (ou Mohand) Saïd Madani, syndicaliste et contremaître à la SAPCE de Maison-Carrée. Âgé de 57 ans et père de sept enfants, l'homme affichait le plus de zèle pour la cause coloniale et fut invité à ce titre à faire un discours depuis le balcon du Gouvernement Général d'où il proclame : « Depuis 127 ans, la France est en Algérie. Lorsqu’elle est arrivée ici, elle y a trouvé deux millions de musulmans. C’est grâce à elle, à sa civilisation, à ses méthodes, grâce à toutes ses réalisations que les musulmans sont aujourd’hui près de dix millions. Les États-Unis, eux, par contre, ont rapidement fait disparaitre les milliers d’hommes Peaux-Rouges qui habitaient les territoires qu’ils ont conquis, alors qu’ici la France a fait de nous des hommes dignes de ce nom ». Il sera égorgé par le FLN en 1960, pendant la visite du général de Gaulle en Algérie.

(15 juillet) – La presse annonce le démantèlement d'une cellule FLN à Maison-Carrée et la mort d'un militant dans l'opération.

- Alors que la Bataille d'Alger bat son plein, le général Massu inaugure le premier Centre de Formation de la Jeunesse Algérienne (CFJA), géré par la SAS, à Maison-Carrée.

(26 décembre) – Un pompiste du quartier des Cinq-Maisons est assassiné avec ses deux enfants dans son domicile à Réghaïa.

1959

(17 janvier 1959) - Ayant découvert ses liens avec les réseaux FLN, les autorités coloniales procèdent à l'arrestation en plein nuit du cheikh Rabie Bouchama, directeur de l'école Ethabat à Maison-Carrée. Il sera mis au secret puis torturé à mort.

(21 février) - La commune de Maison-Carrée devient le 10e Arrondissement du Grand Alger[109]. Comptant désormais trois subdivisions (Maison-Carrée, Oued-Smar, Baraki), cette étape est importante dans le sens où Maison-Carrée cesse officiellement d'exister comme « petite ville proche d'Alger », pour devenir une zone suburbaine et banlieue Est de la ville d'Alger.

(22 février) - 11 h 05, une grenade lancée dans le Café des Pyrénées (rue Alexandre) à Maison-Carrée fait un blessé européen et un algérien. À 11 h 20, une seconde grenade est lancée devant le bar Les Alliés (rue Zévaco) faisant 9 blessés tous algériens.

(7 mai) – Le cadavre d’un Algérien égorgé est retrouvé sur les bords de Oued El-Harrach, non loin de la voie ferrée Alger-Constantine.

(16 juin) - 9 h 30, une grenade est lancée contre une voiture dans le quartier Sainte-Corine faisant trois blessés.

(26 juin) – 12h40, une grenade est lancée devant le café-hôtel de Provence (à l’angle des rues Duperré et Chanzy de l'époque) tuant un Algérien et blessant 12 autres ainsi qu’un Européen.

(9 juillet) - Une grenade est lancée devant le bar La Gambetta à Maison-Carrée (4 blessés).

(12 août) - Un obus de mortier modifié est désamorcé à Maison-Carrée. Il était programmé pour exploser à 12 h 30.

(24 août) - Un soldat français du 408e R.A.A est porté disparu à Maison-Carrée.

(15 septembre) - 19 h 55, une grenade est lancée devant le bar Continental à Maison-Carrée, mais sans faire de victimes.

(21 octobre) - 19 h 05, une grenade est lancée devant le Café de la Correspondance à Maison-Carrée (rue Aristide Briand de l'époque), tuant une personne et en blessant 10 autres, tous des Algériens selon la presse.

(22 octobre) - 1 h 05, un certain Meftah Tiguer est égorgé chez-lui à la Cité Grigori (Houch Adda) de Maison-Carrée.

(31 octobre) - 20 h 50, une grenade est lancée devant le café Coq Hardi dans le quartier de Belfort (rue Arago), sans faire de victimes.

(13 novembre) - 12 h 40, une grenade est lancée devant le Bar du Commerce à Maison-Carrée : un Algérien est tué, 5 autres et 4 Européens blessés.

(23 novembre) - 19 h 50, une grenade est lancée devant le Bar Bellevue dans le quartier du même nom à Maison-Carrée : 1 Algérien est tué, un autre et 2 Européens sont blessés.

- Cette année vit la mort, dans les rangs du FLN-ALN, d'un certain nombre de harrachis dont les plus connus étaient Boualem Ghaboub (né 1922), Abderrahmane Zeghnoun (né 1929) et Mouloud Kourifa (né 1929), ce dérnier étant le frère ou le cousin de Rachid Kourifa.

1960

(4 janvier) - Déposée par la militante FLN Zohra Amrane (dite Malika), une bombe artisanale explose dans la gare de Maison-Carrée en faisant plusieurs blessés et des dégâts importants.

(11 janvier) – Inauguration par André Jacomet, SG de l'Administration coloniale en Algérie, des 450 logements de la cité ARM.-AF. de Maison-Carrée. La cité existe encore de nos jours.

(21 février) - À 19 h 50, une grenade est lancée devant le Café de la Correspondance à Maison-Carrée (rue d'Alger) mais n'explose pas.

(1er juillet) - À 23 h 50, explosion d'une bombe artisanale placée sous la voiture d'un certain Dr Fleck dans le quartier de Bellevue.

(16 juillet) – 16 h 30, dans la seconde attaque du genre contre l'établissement, une grenade est lancée devant bar du Coq Hardi à Belfort, mais sans laisser de victimes.

(31 juillet) – 22 h 10, grenade lancée devant bar Le Terminus dans la placette de Maison-Carrée sans causer de victimes.

(18 septembre) – 21 h 45, une grenade est lancée contre un groupe de militaires français dans la rue d’Aumale à Maison-Carrée, sans laisser de victimes.

(24 septembre) – Une bombe artisanale explose devant le Monoprix de Maison-Carrée et blesse seize personnes.

(29 septembre) – Raoul Zévaco, directeur du journal Les Échos d’Alger, et son fils sont assassinés dans leur résidence secondaire au Chenoua près de Tipasa.

(18 octobre) – 16 h 30, le colon Pierre Nouvion est assassiné dans sa ferme à 6 km de Maison-Carrée.

(30 novembre) – 17 h 0, une grenade est lancée devant le café L’Alliance de l’avenue Georges-Clemenceau à Maison-Carrée causant des dégâts matériels.

(11 décembre) – Le FLN ordonne de grandes manifestations dans tous les quartiers algérois a majorité musulmane. Dans la région d'El-Harrach, le mot d'ordre est largement suivi et les événements se déroulèrent comme il suit : « [...] dans le quartier La Glacière, une manifestation commence vers 11 h 30. Un jeune escalade un poteau et y accroche un drapeau algérien. Il est abattu par les militaires. On saura plus tard qu’il s’agissait du chahid Chérif Bouarioua Chérif, âgé de 18 ans. Vers 12 h des manifestants venant de Léveilley et de l’Oued-Ouchayah descendent le chemin des oliviers. Des femmes sont en tête du cortège, brandissant des drapeaux. Les militaires interviennent. À Haouch Adda, entre Hussein-Dey et Maison-Carrée, à 15 h, les manifestants descendent de la Cité Évolutive, des quartiers des Eucalyptus et PLM. On envoie les chars de la caserne toute proche pour les arrêter. À Maison-Carrée vers 15 h débouchent sur la place des camions bondés d’Algériens brandissant des drapeaux. Ils se regroupent et tentent de marcher vers Belfort. Ils brandissent des banderoles : « Vive le FLN », « Algérie algérienne ». Ils sont arrêtés par les soldats sortis de la caserne. Les chars arrivent et tirent dans la foule. Les manifestants refluent vers le quartier PLM qui est investi par les blindés vers 16 h 30. Les tirs s’arrêtent après 17 h 30 »[110]. .

La presse de métropole[111] reprendra l'incident qui a coûté la vie au jeune Bouarioua avec quelques détails : « [...] vers 11 h 30, un homme monte sur un poteau pour y accrocher un drapeau algérien. Sommé par des militaires français de descendre, il refusa et fut immédiatement abattu. Son corps fut alors enrobé dans le drapeau vers-blanc-rouge et exposé sur le parechoc d'un camion militaire à travers tout le quartier musulman ».

(21 décembre) – Les autorités militaires instaurent le couvre-feu de h à h dans tout Alger, sauf dans le 10e arrondissement où il est fixé de 21 h à h.

1961

- Le prêtre catholique Jean Scotto, pro-FLN et grand sympathisant de la cause algérienne , est nommé à la tête de la paroisse de Maison-Carrée. En poste jusqu'au début 1963, c'est à El-Harrach qu'il prendra sa nationalité algérienne à l'indépendance.

(28 novembre) - Alors qu'André Palacio, chef de l'unité chargée de la traque du général Salan au sein des services de sécurité français, est gravement blessé par balle dans un attentat de l'OAS à Alger, son frère est abattu le jour même par un autre groupe à Maison-Carrée.

(décembre) - Moïse Choukroun , vice-président de l' Association Culturelle de Maison-Carrée est tué dans un attentant de l'OAS. Dans un tract, l’exécution de ce notable juif de la ville sera justifiée pour le fait d'avoir « malgré l'ordre général de mobilisation, tenté de quitter le territoire algérien pour s'établir en France », car l'organisation avait interdit, sous peine de mort, tout déplacement vers la métropole.

1962

(20 janvier 1962) - René Villard, chef de France Résurrection, est assassiné à Maison-Carrée par Philippe Le Pivain, chef de la cellule locale de l'OAS. L'homme avait rassemblé autour de lui des chrétiens, des juifs, des musulmans et des francs-maçons afin de mettre en place une solution permettant aux Pieds-Noirs de rester en Algérie et de conserver des liens avec la France. Proche du colonel Rémy, par le biais du marquis de Montpeyrous et du comte de Charbonnière, et de certains réseaux de la Résistance, il était en liaison avec Jacques Chaban-Delmas et Alain Peyrefitte.

(27 février) - La caserne de la gendarmerie mobile située dans le quartier Bellevue à Maison Carrée est attaquée au bazooka par l’OAS. Les stocks d’essence et de munitions explosent.

(4 mai) - Un certain Henri Peny, jeune étudiant européen de 19 ans, est arrêté par les gardes mobiles françaises alors qu'il peignait une inscription en faveur de l'OAS. Emmené à la brigade de Maison-Carrée, il aurait été livré à la Force locale et ne fut plus revu depuis.

(22 mai) - Un charnier constitué de plusieurs cadavres d'européens est retrouvé dans la zone de Haouche Adda à Maison-Carrée. Il s'agit très probablement d'un groupe de personnes enlevées par les hommes de la Zone Autonome d'Alger du FLN, qui agissait sous les ordres du commandant Azzedine dans une guerre sans pitié contre l'OAS.

(23 juin) - Ramenés essentiellement de Kabylie, 259 harkis sont regroupés à Masison-Carrée avec leurs familles. Mis sous la protection des troupes coloniales, ils seront tous évacués vers Marseille à bord du navire La Fayette.

(3 juillet) - Référendum autodétermination et indépendance de l'Algérie.

En tout, on compte la mort de 505 harrachis pendant la guerre d'Algérie, dont au moins 156 étaient natifs de Maison-Carrée.

Depuis l'IndépendanceModifier

Après l'indépendance de l'Algérie, la ville prend officiellement le nom par lequel son lieu-dit puis la nouvelle ville furent toujours appelés chez les autochtones, El-Harrach.

Années 1960Modifier

1965

(19 juin) - Tard dans la nuit, un coup d’État est fomenté par un Conseil de la Révolution contre Ahmed Benbella. C'est le colonel Tahar Zbiri qui fut chargé de l'arrestation du président et c'est vers la caserne de Maison-Carrée qu'il le conduira[112].

1966

(1er mai) - Hocine Aït-Ahmed, un des historiques du FLN devenu opposant et fondateur du FFS après l'indépendance, parvient à s'évader de la prison d'El-Harrach où il était détendu depuis 1964 et se réfugie en Suisse.

Années 1970Modifier

1970

 
El-Harrch, Place de la Mairie et Monument aux martyrs, v.1970

- Inauguration de l' École Polytechnique d'Architecture & d'Urbanisme (EPAU) dans le quartier de Hassan Badi.

1974

(19 juin) – Alors que le club évoluait encore en Division Régionale (D2), l'USMMC accède pour la première fois de son histoire à la finale de la Coupe d’Algérie. Lors de cette rencontre contre le W.A Tlemcen (D1), l'équipe harrachi avait pour titulaires Selmi, Tahar, Belabed, Hamoui, Kabri, Mokore, Sébia, Chenafi, Hadjeloun, Zitoun, Lahcen et Benahmed qui fut l’auteur de l'unique but du match et qui offrit le titre de la saison 73/74 à l'USMMC.

1975

(27 mars) - Mise en place par le gouvernement d'un Plan d'Orientation Générale de développement et d'aménagement de l'agglomération d'Alger (POG)[113]. Il s'agissait du premier plan urbain établi pour Alger depuis l'indépendance du pays, et il prévoyait le déplacement progressif du centre de gravité urbaine et la déconcentration des activités économiques depuis le centre historique (Alger-Centre) vers les communes de la périphérie Est, depuis El-Harrach jusqu'à Réghaïa. C'est dans cette optique que, dans les années et décennies qui ont suivi, seront installés de grands équipements structurants (Université des Sciences & Technologies, Centre des Expositions, etc.) et de nouvelles zones d'habitat (cités de Bab-Ezzoar, Dar-Baida, etc.) dans cette zone et c'est cette évolution qui fera définitivement d'El-Harrach une commune du noyau central d'Alger et non plus une agglomération périphérique comme elle l'était à l'époque coloniale. Considérant la topographie fort accidentée des zones à l'Ouest d'Alger, cette extension vers l'Est paraissait logique et très rationnelle à la base. Elle se fera toutefois aux dépens de riches terres agricoles de la Mitidja et donc au prix d'une nette fragilisation de la vie agraire. Ce constat fut fait dès 1979 et l'on suspendit alors le POG jusqu'en 1983, date à laquelle un nouveau Plan Urbain de Développement d'Alger (PUD) fut élaboré avec, pour cette fois-ci, une orientation de l'extension urbaine vers le sud-ouest.

- Après sa première Coupe d'Algérie la saison précédente, l'USMMC accède pour la première fois de son histoire à la 1re Division du Championnat de football d'Algérie. Le club jouera dès lors en D1 sans interruption jusqu'en 1999.

1977

(Hiver) - Suite à une réforme générale du football algérien, beaucoup de clubs du championnat algérien changent leurs dénominations. C'est notamment le cas de l'USMMC qui devient USMH après son parrainage par l'entreprise publique SONAREM dont il adopte par ailleurs les couleurs (jaune et noir).

Années 1980Modifier

1984

- L'USMH termine la saison sportive comme vice-champion d'Algérie. Sous la direction de Mokhtar Belabed comme entraineur, le club harrachi se classe second du Championnat de D1 en talonnant d'un seul point le G.C Mascara (mené en ce temps par le grand Lakhdar Belloumi).

(19 décembre) - Un décret portant sur la réorganisation du découpage administratif est promulgué dans le Journal Officiel. Les nouvelles limites de la commune d'El-Harrach sont ainsi fixés: Point de départ : au nord, autopont de Oued El-Harrach avec la voie ferrée qu’on suit vers le sud jusqu’au tronçon de chemins de fer au niveau de Lakhdaria ; on traverse la RN 38 vers l’est jusqu’à l’intersection avec la rocade sud, on suit celle-ci jusqu’à Oued Smar canalisé qu’on suit jusqu’à la limite de la caserne pour l’inclure jusqu’au CW 118 ; ensuite on remonte pour suivre la limite de la prison jusqu’au carrefour Belfort ; on prend vers l’est jusqu’à l’intersection de la RN 5 ; on remonte celle-ci jusqu’à l’auto pont d’El-Harrach.

1985

(9 décembre) - L'USMH représente l'Algérie à la Coupe arabe des clubs champions de football tenue à Baghdad et termine la compétition à la seconde position après l'équipe irakienne d'Al-Rasheed.

1987

(26 juin) - L'USMH remporte sa deuxième Coupe d'Algérie. Entrainés par Brahim Ramdani, l'USMH (titulaires : Nouri, Serim, Kerraz, Bechouche, Herabi, Ifticène, Lounici, Benomar, E-Djezzar, Meziani et Medane) remporte la deuxième Coupe d'Algérie de son Histoire, après avoir vaincu la J.S Bordj-Menaïl par un score de 1-0.

Années 1990: les années de plombModifier

1992

- L'USMH termine la saison sportive à la seconde place du Championnat national de football (D1), à quatre points M.C Oran qui est sacré champion avec Abdelhafid Tasfaout.

1993

(27 avril) - Violent accrochage entre militaires et un groupe armé au quartier La Faïence. La bataille durera deux jours et se soldera par plusieurs morts dont un certain Belabraout, chef du groupe armé selon la presse.

(1er septembre) - Houari Yacoun, muezzin dans une des mosquées d’El Harrach est assassiné par des inconnus.

(octobre) - L'USMH représente l'Algérie dans la Coupe de la CAF et parvient à atteindre les 1/4 de Finale avant d'être battu par le club tanzanien du Simba S.C qui sera finaliste.

(24 novembre) - Mort de 9 policiers dans une embuscade à El Harrach, ainsi que le greffier en chef du tribunal de Blida.

(14 décembre) - Une dame âgée de 54 ans est tuée d'une balle perdue lors d'un ratissage de l'armée à la cité Bomati.

(28 décembre) - Youcef Sebti, professeur d'agronomie à l'Institut National d'Agronomie d'El-Harrach depuis 1969 et écrivain, est assassiné durant la nuit par un groupe armé dans son appartement de fonction dans le quartier Hassan-Badi (anc. Belfort). Il s'agit d'une des premières opérations visant les intellectuels algériens après le déclenchement des violences islamistes dans années 1990. Parallèlement à cela, des sources médiatiques[114] indiquent qu'au moins 1 800 personnes, forces de sécurité et civils confondus, auraient été victimes de morts violentes dans la région d'El-Harrach depuis l'annulation du scrutin de janvier 1992.

1994

- Mehdi Abbas Allalou, chef d'un petit parti politique, est victime d'une tentative d'assassinat devant chez-lui[115]

1995

(27 février) - Khadija Aissa, enseignante à l'Institut National d'Agronomie d'El-Harrach, est assassinée aux alentours de son lieu de travail.

(22 avril) - Ratiba Hadji, enseignante à l’École Polytechnique d’Architecture et d’Urbanisme d’El-Harrach, est assassiné devant l'établissement tandis que son époux est grièvement blessé.

1996

(20 juillet) - L'avocat Mohamed Zoubeiri est enlevé à El-Harrach par des inconnus. Il sera retrouvé mort le lendemain.

(10 octobre) - Un groupe de 12 hommes armés, menés par un nommé Sahraoui, sont tués par les forces de sécurité au cours de la nuit à El Harrach.

(21 novembre) - Un certain Ali Zeddam ainsi que son épouse, son fils et ses deux filles sont assassinés à El-Harrach.

(29 décembre) - Une à 3 personnes sont tuées et 54 blessées dans un attentat à la bombe contre un café proche du siège de la daïra (sous-préfecture) d'El-Harrach.

1997

(26 juin) - Un engin explose dans un minibus à El-Harrach, faisant 4 morts et 18 blessés.

1998

(20 mai) - Explosion d'une bombe à la gare d'El-Harrach, sans laisser de victimes.

(22 mai) - Une bombe artisanale explose dans le marché de Bomati à El-Harrach. Bilan : 16 morts et plus de 60 blessés.

(29 juin) - L'USMH est sacré champion d'Algérie de football pour la première fois de son histoire. Dans un match à rebondissements face à l'USMA, les harrachis (titulaires : Diab, Yahia, Oueld Mata, Kasri , Kerrache, Kabri, Fekkid, Lounici (Cap.), Benaissi, Benchikha et Boutaleb) furent longtemps menés 2 buts à 0 et ont même raté un penalty en première période. Par la suite, à compter de la 65e minute de jeu, ils réussissent à marquer 3 buts entiers alors que le club adverse rate l'égalisation sur penalty en fin de partie.

1999

(octobre) - L'USMH représente l'Algérie dans la Ligue des Champions d'Afrique et parvient à atteindre le 2e Tour de la compétition avant de se faire éliminer par l'ASEC Mimosa du Nigéria.

Le vieux club se trouvait alors une période de crise et ses résultats en championnat lui valent d'être relégué en D2 à la fin de la saison, et ce pour la première fois depuis son accession en 1975. Un sursaut sera observé lors de la sison suivante (2000/2001) où il occupera la 3e place du classement et retrouva la D1. Mais ca ne durera pas plus d'une année et l'USMH sera de nouveau relégué en D2 à partir de la saison 2001/2002 et y restera sept longues années.

Depuis 2000Modifier

 
La mairie d'El-Harrach (construite à la fin du XIXe siècle du temps de Maison-Carrée)
 
Vue de la nouvelle station de métro El-Harrach-Centre.

2001

(5 septembre) - Un garde communal est tué et un autre blessé dans un attentat à El-Harrach.

2002

(6 avril) - Une bombe de faible intensité explose dans la matinée au marché aux puces de Bomati à d'El-Harrach, faisant 2 blessés et quelqus dégâts matériels minimes.

2004

(12 mars) - Ibrahim Errahmani Nasser, dit Abou-Hafss, imam de la mosquée El-Arbaoui de Belle-Vue à El-Harrach est assassiné en pleine rue à sa sortie de la prière du Dohr. Très apprécié de la population, sa mort cause un grand émoi à travers toute la ville.

2006

(13 août) - Crash d'un avion cargo d'Air Algérie près de la ville de Piacenzia en Italie causant la mort des trois membres de l'équipage. Le commandant de bord, Mohamed Abdou âgé de 43 ans, était un habitant de quartier de Mohammadia.

(20 octobre) - Une bombe artisanale explosé, aux environs de 20h, devant l’enceinte de l’École militaire dans le quartier de Sidi-M'barek à El-Harrach, faisant 6 blessés légers.

2011

(1er mai) - L'USMH est finaliste de la Coupe d'Algérie pour la troisième fois de son histoire. Toutefois, la jeune équipe harrachi ne parvient pas à s'imposer face à la JSK qui remporte finalement le titre avec un score de 1-0.

2012

(juin) - Entrée en service du tramway d'Alger à El-Harrach.

2015

(5 juillet) - Entrée en service du métro d'Alger à El-Harrach.

Notes et référencesModifier

  1. Article : Hache polie de l'embouchure de l'Harrach, in Bulletin de la Société archéologique, historique & géographique du département de Constantine, édition d'octobre 1933.
  2. (es) L. Marmol, Descripción general de África, sus guerras y vicisitudes, desde la fundación del mahometismo hasta el año 1571, Tome II
  3. Ferdinand Denis, Fondation de la Régence d'Alger Volume II (1837)
  4. Société Historique Algérienne, Revue Africaine Tome XIX p. 298
  5. Léon l'Africain, De l'Afrique, contenant la description de ce pays Tome I, p. 621. Trad. de Jean Temporal, 1830
  6. Fernando Cortez, le fameux conquistador du Mexique aurait compté parmi les officiers de l'expédition.
  7. La légende locale racontera plus tard que c'est un saint homme de la ville, Ouali Dadda, qui aurait provoqué la terrible tempête
  8. D. Haëdo, Topographie et Histoire générale d'Alger, Trad. Monnereau et A. Berbrugger 1870
  9. Revue Africaine no 104, mars-Avril 1874, p. 113
  10. J.-M. Peyssonnel, Relation d'un voyage sur les Côtes de Barbarie, Librairie de Gide, 1838
  11. Comité du Vieil Alger, Feuillets d’El-Djazaïr, 1936 Tome II p. 91
  12. Revue Africaine 1870/03, p. 206
  13. Histoire de Maison-Carrée
  14. L.-A. Pichon, Alger sous la domination française, Ed. Théophile Barrois & Benjamin Duprat, 1833
  15. Alger sous la domination française, p. 132-133
  16. E. Pellissier, Annales Algériennes, Éd. Anselin & Gaultier, 1836, Tome II p. 30. La Légion fut fondée en 1831 sous la forme de cinq bataillons répartis par nationalité. Alger reçut les premiers légionnaires dès le second trimestre de cette année et ce sont les bataillons allemand et suisse qui furent stationnés à Maison-Carrée, cet incident constituant en fait le baptême de feu pour l'ensemble de la Légion.
  17. Alger sous la domination française, p. 291
  18. À la mort du maréchal Clauzel (), la propriété du haouch Ouali-Dadda passe à ses héritiers qui, à leur tour, vont céder la ferme à un certain M. Boisqueret de La Vallière le .
  19. Mis sous la direction d'un certain colonel Perrier, les travaux d'élaboration d'une carte topographique de l'Algérie commencent dès 1830 par les ingénieurs géographes du corps expéditionnaire français qui déterminent, justement vers l'embouchure de l'Harrach, une base de 5 016 m qui servira de côté de départ à la première triangulation du territoire d'Alger (Louis Figuier, L'Année scientifique & industrielle, 1884).
  20. Annales Algériennes, Tome II p. 122
  21. C.-A. Rozet & E.-H. Carette, Description de l'Algérie, Ed. Firmin Didot, 1856, p. 114
  22. Annales Algériennes, Tome II p. 123
  23. Le Moniteur Algérien,
  24. L.-C. Solvet, Voyage à la Rassauta, Ed. M. Olive 1838
  25. Le Moniteur Algérien du 21 septembre 1838, Alger
  26. Journal Le Toulonnais, 04/09/1839
  27. G. Bugeaud, Lettre au Flissa, 21 avril 1844.
  28. La guerre va se poursuivre jusqu'à la reddition de l'émir Abdelkader en 1847. Mais en réalité, ses forces sont progressivement amoindries dès 1841 et, après avoir été chassées du Titteri, il ne représentera plus une menace sérieuse sur la Mitidja.
  29. Roger German, La Politique indigène de Bugeaud, p. 303
  30. Le Moniteur Algérien, 30/04/1844
  31. Hippolyte Dumas de Lamarche, Les Turcs et les Russes : histoire de la guerre d'Orient, p. 44
  32. Propos consignés dans un rapport daté de cette année
  33. Le Moniteur Algérien, no 532-880
  34. En fait, selon le texte de l'arrêté de nomination, Ph. Guénet fut « chargé des intérêts du hameau de la Maison-Carrée » dès le (Le Moniteur Algérien, ) en qualité d'adjoint au maire, soit un mois avant le rattachement officiel du lieu à Hussein-Dey.
  35. Le Moniteur Algérien, 14/11/1844
  36. Le Moniteur Algérien, 05/11/1846
  37. République Française, Bulletin officiel des Actes du gouvernement Vol. 15
  38. Le centre de colonisation de la Rassauta fut créé dès 1835 lorsqu'un immense domaine de 3 000 hectares fut concédé au prince Sviatopolk de Mir-Misky. Toutefois, l'affaire ne réussit pas et le domaine fut rétrocédé à un comte espagnol en 1844 qui se retira à son tour un an plus tard. L'établissement végéta ainsi jusqu'à la création de la commune de plein exercice en 1851.
  39. Description Géographique, Economique & Politique de l’Algérie, 1858
  40. Journal Militaire Officiel Vol. 1856 no 2 p. 534
  41. Il assurait en même temps le service pour les hameaux de Maison-Blanche, Houche-Hamidi et Rouïba)
  42. Décret impérial du 28 janvier 1857
  43. a et b Mensuel Algérie Catholique, édition d'octobre 1936.
  44. Il se fit remplacer par l'abbé Calvet qui restera en place à Maison-Carrée plus de 14 ans.
  45. L'emplacement de cette toute première école se trouvait au milieu de ce qui est de nos jours lycée Ourida Meddad, juste en bas du bordj de la Maison-Carrée et mitoyen au terrain qui accueillera quelques années plus tard l'église du village.
  46. Le projet d'une ligne ferroviaire Alger-Oran fut approuvé par le Conseil général de la province d'Alger le , celle de Blida n'étant que sa première étape. Une autre ligne, qui va de Maison-Carrée à Constantine, sera achevée en 1879 et une seconde station est alors construite au niveau de l'oued Smar.
  47. La gare en question resta en activité jusqu'au milieu des années 1980. Elle fut démolie dans le cadre d'un grand programme de modernisation des chemins de fer par le gouvernement algérien et remplacée par celle qui existe encore de nos jours.
  48. A. Challamel, Livre d'Or de l'Algérie, 1890, p. 563
  49. Actuellement, le site de cet ancien monastère se situe à Mohammadia, nom que prit l'ancien quartier maison-carréen de Lavigerie une fois érigé en commune après l'indépendance de l'Algérie.
  50. La production de cette plantation était très réduite au départ et servait presque exclusivement à fournir des vins de messe pour le couvent de Maison-Carrée. Elle s'étendra ensuite à tous les couvents de la congrégation à travers le monde puis à d’autres paroisses en France.
  51. Algéroisement vôtre
  52. Ministère français de l'Instruction publique & des cultes, Revue des sociétés savantes, 1877
  53. Cette transaction était en fait mue par la crainte de voir l’État français faire mainmise sur ce bien ecclésiastique car l'époque était celle où foisonnaient en France les politiques et les lois relatives à la laïcité et ce qui s'ensuit.
  54. Francis Nolan, Les Pères blancs entre les deux guerres mondiales, Paris, Éditions Karthala, 2015, p. 9
  55. Biographie d'un Père blanc, le P. Leduc
  56. L’établissement figure sur une Carte d’Alger et ses environs, datée de 1873, sous l'intitulé "Moulin Dessoliers" (http://plichet.pagesperso-orange.fr/algerie/moulin.htm).
  57. Journal La Presse du .
  58. Le projet fut adopté en août 1851, mais ne put être réalisé qu'une vingtaine d'années plus tard.
  59. Quotidien Le XIXe siècle, édition du .
  60. Hebdomadaire Le Courrier de Blida, édition du .
  61. Journal Le Radical, édition du
  62. In : Edouard Dalles, Alger, Bou-Farik, Blidah & leurs environs : Guide géographique, historique et pittoresque (2e édition), 1888.
  63. Ces concessions à la CFFRA résultent des conventions signées par un certain Edmond Caze avec le Département d'Alger le 01/05/1891, et approuvées par décret du gouvernement français le 16/01/1892.
  64. Depuis Maison-Carrée, la piste projetée devait longer l'ancienne « route d’Alger » jusqu’à Hussein-Dey après avoir coupé les lignes du « Polygone de Tir » (il s’agit d’une partie du bord de mer de ce qui était appelé « plage Mazella » et « Les Sablettes »). La traversée de l'Oued El-Harrach devait se faire sur un nouveau pont à construire en face de la propriété des Pères blancs à Lavigerie (act. Mohammadia).
  65. Bulletin Municipal de la Ville d'Alger, édition du 17/06/1898
  66. Bulletin Municipal de Maison-Carrée, 4 mars 1906
  67. Compte-rendu publié dans le Bulletin Municipal de Maison-Carrée
  68. "Les Echos d'Alger", édition du 26/03/1912
  69. "Les Echos d'Alger", édition du 19/05/1913
  70. "Les Echos d'Alger", édition du 21/03/1912
  71. "Les Echos d'Alger", édition du 11/04/1912
  72. L'idée d'un transfert de la prison de l'Harrach vers de nouveaux bâtiments fut discutée au sein des délégations financières à la séance du , l'administration coloniale ayant formulé ce vœux du fait que l'occupation de l'ancien bordj de par les autorités civiles était faite à titre gracieux et que les militaires pouvaient y mettre fin à n'importe quel moment
  73. "Les Echos d'Alger", édition du 14/06/1912
  74. Journal Les Echos d'Alger, édition du 03/04/2018
  75. "Les Echos d'Alger", édition du 23/08/1913
  76. Journal Les Echos d'Alger, édition du 16/12/1913
  77. Journal Les Echos d'Alger, édition du 27/11/2013
  78. Journal Les Echos d'Alger, édition du 03/12/1913
  79. Journal Les Echos d'Alger, édition du 31/01/1915
  80. Journal Le Sémaphore algérien, édition du 22/06/1921
  81. Le Journal des Finances, éditions du 20/08/9121, 28/10/1921, 22/06/1923. Le Journal des chemins de fer, édition du 07/10/1922
  82. Revue générale du Froid, édition de janvier 1925.
  83. L’Écho d’Alger, édition du 13/04/1925.
  84. Du nom du propriétaire européen Jean Mazella qui, en 1924, obtient de la municipalité un contrat de deux années pour assurer la collecte des ordures et des immondices dans la ville de Maison-Carrée.
  85. Dans une séance tenue le 24 mars 1921, la section locale de l'Union Nationale des Anciens Combattants publie une résolution où elle demande que les marchés de travaux publics soient exclusivement accordés aux Français et que le recrutement d'étrangers dans les entreprises soit plafonné à 10% des effectifs (Les Échos d'Alger, édition du 27/03/1921).
  86. Il faudra toutefois attendre le 1er juillet 1927 pour voir se concrétiser cette caisse d'aide aux nécessiteux musulmans.
  87. Deux Kaoudji natifs de Maison-Carrée, probablement les fils de ce conseiller ou ses neveux, s'engageront plus tard dans les rangs du FLN-ALN et tomberont au cours de la Guerre de Libération algérienne, Abdellah en 1957 et Boualem, qui était joueur à l'USMMC, en mai 1962.
  88. Édition du mois de septembre 1919.
  89. Le projet du gaz de ville datait de février 1919, mais il ne put être concrétisé qu'après de nombreux retards. À noter que les deux premiers branchements mis en place fin 1926 étaient ceux de l’ Institut Agricole (act. INA) et de l’ École Industrielle Coloniale (act. École Polytechnique).
  90. Les Annales coloniales, édition du .
  91. Journal Le Mercure africain, édition du 25/03/1927.
  92. Agé de quarante et un ans en 1932, L. Ravilly sera arrêté par la police à Rennes en sa qualité d'administrateur de sa société bretonne, une plainte ayant été déposée contre lui par un actionnaire qui l'accusait de trafiquer les bilans. A cours du procès, l'expertise judiciaire établit que le bilan de 1928 des Ets. Ravilly avait été effectivement falsifié
  93. La valeur des actions seraient passées de 25 Franc à 100 lors de son introduction en bourse trois ans plus tard (Le Journal des Finances, édition du 27/09/1929 ; Le Mercure Africain, 10/10/1929)
  94. Mensuel Revue Générale du Froid, édition de Janvier 1932.
  95. Bulletin Municipal de Maison-Carrée, procès-verbal de la séance du 17 décembre 1928 du Conseil Municipal.
  96. Bulletin Municipal de Maison-Carrée, procès-verbal de la séance du 29 décembre 1929 du conseil municipal.
  97. Acte notarial établi le 18 avril 1874
  98. Ce terrain appartenait jadis à un certain M. de Lavallière et qui l’avait concédé à la commune de Maison-Carrée le 10 janvier 1866
  99. La salle en question et le siège de l'association, fondée et administrée par le Chanoine Repeticci, curé de Maison-Carrée, se situait tout en bas de l'actuelle rue Bouamama.
  100. Journal L'Echo, éditions du 06 et 13/10/1931
  101. Voulant à tout prix empêcher le foisonnement de clubs sportifs à caractère « communautaire », les autorités préfectorales diffusent une circulaire en 1930 qui oblige toutes les associations sportives musulmanes d'intégrer dans leurs effectifs un quota de trois joueurs européens puis cinq à partir de 1935. L'année suivante, une nouvelle circulaire exigea de tous les clubs sportifs de compter dans leurs structures dirigeantes des Européens sous peine d'être dissoutes.
  102. Conseiller municipal à Maison-Carrée depuis décembre 1919, il devint aussi adjoint au maire de la ville en mai 1935.
  103. Jacques Simon, Le PPA : Parti du peuple algérien, 1937-1947
  104. Anthony Clayton, Histoire de l'Armée Française en Afrique 1830-1962
  105. C'est à la suite de cette première expérience à Maison-Carrée, jugée satisfaisante par les autorités, que d'autres cités du genre seront lancées à Alger en 1951-1952, notamment la cité de la Carrière Jaubert à Bab el-Oued.
  106. Journal Les Échos d'Alger, édition du 29 et .
  107. Journal Les Échos d'Alger, édition du .
  108. Les Échos d'Alger, édition du . Le Figaro du
  109. Décrets no 59-321 du 24.02.1959 et no 60-163 du 24.02.1960 portant sur l'organisation de la Commune d'Alger. Les conseillers municipaux désignent désormais un maire-adjoint d’arrondissement et, éventuellement, un adjoint chargé de l’état civil
  110. Boualem Touarigt, « Manifestations du 11 décembre 1960 »', in Revue Mémoria, édition du 24/11/2012.
  111. Le Monde, édition du 19/09/1960
  112. Le Nouvel Observateur, édition no 32 du 24/06/1965.
  113. Ordonnance 75-22 du 27 mars 1975
  114. https://www.refworld.org/docid/3ae6ab038.html
  115. Ptésident d'un Parti du Peuple pour l’Unité et l’Action), l'homme survit à deux balles d'arme à feux et se réfugiera peu après en Espagne d'où il ne reviendra qu'en 2008.

BibliographieModifier

  • Francis Nolan, Les Pères blancs entre les deux guerres mondiales, Paris, coll. Mémoire d'Église, éditions Karthala, traduit de l'anglais par Raphaël Deillon Miss. Afr., 2015
  • Jean-Claude Ceillier, Histoire des missionnaires d'Afrique (Pères blancs). De la fondation par Mgr Lavigerie jusqu’à la mort du fondateur (1868-1892), Paris, éditions Karthala, 2008, 303 pages