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Henri de Beaumont (1er baron Beaumont)

noble anglais

Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Henri de Beaumont.

Henri de Beaumont
Titre Baron Beaumont
(1309 - 1340)
Autre titre Comte titulaire de Buchan
(1310 - 1340)
Conflits Guerres d'indépendance de l'Écosse
Guerre des Despenser
Invasion de l'Angleterre
Rébellion de Lancastre
Faits d'armes Bataille de Falkirk
Bataille de Bannockburn
Bataille de Boroughbridge
Bataille de Wester Kinghorn
Bataille de Dupplin Moor
Bataille de Halidon Hill
Biographie
Naissance av.
France
Décès
Flandre
Père Louis de Brienne
Mère Agnès de Beaumont-au-Maine
Conjoint Alice Comyn
Enfants Catherine de Beaumont
Jeanne de Beaumont
John de Beaumont
Isabelle de Beaumont
Béatrice de Beaumont
Élisabeth de Beaumont
Richard de Beaumont
John de Beaumont
Thomas de Beaumont
Alice de Beaumont

Image illustrative de l’article Henri de Beaumont (1er baron Beaumont)

Henri de Beaumont, né avant 1280 et mort le , de jure uxoris 8e comte de Buchan et suo jure 1er baron Beaumont, est un noble anglo-français. Il est une figure clé des guerres entre l'Angleterre et l'Écosse au cours du XIVe siècle, connues sous le nom de guerres d'indépendance de l'Écosse. Issu d'un prestigieux lignage, Henri se rend pendant son adolescence à la cour Édouard Ier d'Angleterre et entame sa longue carrière militaire en participant à la bataille de Falkirk dès 1298. Il prend part aux campagnes suivantes du roi Édouard en Écosse. Par son mariage avantageux en 1310 avec l'Écossaise Alice Comyn, nièce et riche héritière de John Comyn, 7e comte de Buchan, Henri de Beaumont est reconnu comme comte au nom de son épouse, même si la présence de Robert Bruce sur le trône d'Écosse ne lui permet pas d'entrer en possession de ses terres.

Au cours de son séjour en Angleterre, Henri de Beaumont acquiert les faveurs des rois Édouard Ier et Édouard II. Il soutient ce second souverain tant dans ses combats face à Robert Bruce, notamment à la bataille de Bannockburn en 1314, que dans sa lutte contre son vassal Thomas de Lancastre, 2e comte de Lancastre, lors de la bataille de Boroughbridge en 1322. Lorsque le roi Édouard II, lassé de ses sempiternels échecs, se détourne peu à peu du conflit écossais et envisage de négocier la paix avec Robert Bruce, Henri de Beaumont rompt avec lui et soutient la rébellion conduite par la reine Isabelle de France et Roger Mortimer qui aboutit à la déchéance d'Édouard en 1327. Mais il ne tarde pas à se quereller avec le nouveau régime, qui abandonne la politique guerrière intransigeante menée par le passé, et doit vivre en exil.

De retour en Angleterre lorsque le roi Édouard III atteint sa majorité en 1330, Henri s'impose comme le leader naturel des nobles anglo-écossais connus sous le nom de « déshérités » — en raison de leur hostilité à Robert Bruce — et s'arrange pour contourner la paix établie entre l'Angleterre et l'Écosse à la suite du traité d'Édimbourg-Northampton de 1328. Il initialise ainsi en 1332 la seconde guerre d'indépendance écossaise et permet le bref avènement sur le trône d'Écosse de son allié Édouard Balliol. Mais l'échec progressif de son mouvement conduit Henri à se retirer du conflit. Bien qu'il ne soit pas unanimement reconnu, Henri de Beaumont a néanmoins, de son vivant, une importance militaire et politique considérable. Sa longue expérience aux cours des guerres d'Écosse le conduit à développer une nouvelle tactique militaire qui aura plus tard des conséquences décisives à Crécy et Azincourt.

BiographieModifier

Origines, séjour en Angleterre et mariageModifier

Henri de Beaumont est un des fils de Louis de Brienne et d'Agnès de Beaumont-au-Maine. Ses parents sont vicomte et vicomtesse de Beaumont-en-Maine et seigneurs de Beaumont-le-Vicomte, de Sainte-Suzanne, de La Flèche, de Fresnay et du Lude. Henri est le petit-fils de Jean de Brienne, roi de Jérusalem, par sa troisième épouse Bérengère de León, ce qui fait de lui l'arrière-petit-fils du roi Alphonse IX de León et le cousin du futur Édouard II d'Angleterre[1]. Il a pour frère aîné Louis de Beaumont, ecclésiastique, et pour sœur Isabelle, épouse du baron anglais John de Vesci. La proximité qu'entretient sa sœur Isabelle avec la cour du roi Édouard Ier d'Angleterre permet à Henri de Beaumont de commencer sa carrière militaire aux côtés de ce monarque. Il l'accompagne lors de son expédition en Flandre en 1297 contre le roi de France Philippe IV le Bel. Édouard retourne en Angleterre dès l'année suivante afin d'écraser les Écossais, qui se sont rebellés en son absence au cours de la bataille du pont de Stirling, et est à nouveau accompagné par Beaumont. Lors de la bataille de Falkirk, Beaumont est désarçonné de sa monture à cause des lanciers des schiltrons écossais menés par William Wallace. Beaumont est à nouveau aux côtés du roi d'Angleterre au cours de sa campagne écossaise en 1303 et participe au siège du château de Stirling mené par Édouard Ier en juillet 1304, qui scelle provisoirement la fin de l'indépendance écossaise.

Malgré la mort d'Édouard Ier en 1307, Henri de Beaumont bénéficie toujours de la confiance de son fils et successeur Édouard II[2]. En 1308, il est désigné par le roi pour administrer certaines terres écossaises occupées par les Anglais. Le 4 mars 1309, il est convoqué pour la première fois au Parlement d'Angleterre sous le nom d'Henrico de Bellomonte et est désigné sous le titre de Lord Beaumont. Il siégera d'ailleurs ainsi au Parlement anglais sans interruption jusqu'au 20 octobre 1332. Grâce à l'intervention d'Édouard II, Beaumont épouse peu avant le 14 juillet 1310 Alice Comyn, nièce de John Comyn et héritière du prestigieux titre écossais de comte de Buchan[3]. Ce mariage constitue pour Beaumont un avantage politique et financier considérable, puisqu'il s'agit d'un des plus importants comtés d'Écosse. Il assiste ainsi au Parlement anglais du 22 janvier 1334 au 16 novembre 1339 comme comte de Buchan et siègera également au Parlement d'Écosse le 10 février 1334 sous ce titre. Toutefois, la résistance acharnée des Écossais sous l'égide de leur nouveau roi Robert Bruce, couronné en mars 1306 au mépris de son serment de fidélité à Édouard Ier, empêche Beaumont de prendre possession de son comté.

Beaumont reçoit de la part du roi d'Angleterre d'autres dons en manoirs et en terres, notamment Folkingham, Barton-upon-Humber et Heckington dans le Lincolnshire. Il lui échoit également la seigneurie de l'Île de Man en 1310. Pourtant, les faveurs accordées à Beaumont déclenchent la jalousie des barons anglais. En 1311, Beaumont et sa sœur Isabelle de Vesci sont bannis de la cour par les Seigneurs Ordonnateurs, qui exigent que Beaumont rende les propriétés qu'il a acquises du roi et que l'administration de l'île de Man soit confiée à un Anglais. Édouard II ignore cependant ces demandes et rappelle rapidement le baron Beaumont[4]. Au début de 1312, alors que les tensions entre les Ordonnateurs et le favori royal Pierre Gaveston s'accroissent, les Beaumont résident avec le roi à York puis Newcastle[5]. À la suite de l'exécution de Gaveston par une partie des Ordonnateurs, Beaumont est missionné en août 1312 avec le Aymar de Valence, 2e comte de Pembroke, et l'ecclésiastique Thomas Cobham en France pour demander l'aide de Philippe le Bel lors des négociations tendues entre le roi et les assassins de Gaveston[6],[7].

« Robert Lord de Clifford et Henri de Beaumont, avec trois cents hommes d'armes, se détournèrent de l'autre côté du bois vers le château [de Stirling], en restant à terrain découvert. Thomas Randolph, comte de Moray et neveu de Robert de Brus, qui était le commandant de l'avant-garde écossaise, en apprenant que son oncle avait repoussé l'avant-garde des Anglais de l'autre côté du bois, pensa qu'il devait y prendre part, et sortant du bois avec sa division, il marcha à terrain découvert vers les deux seigneurs nommés plus haut. Sir Henri de Beaumont appela ses hommes :
– « Attendons un petit peu ; laissez-les venir ; faites-leur de la place. »
– « Sir, » dit Sir Thomas Grey, « je doute que quoi que vous leur donniez maintenant, ils auront tout trop tôt. »
– « Très bien, » s'exclama le dit Henri, « si tu as peur, retire-toi. »
– « Sir, » répondit le dit Thomas, « ce n'est pas par peur que je m'enfuirai ce jour. »
En disant ces mots, il se lança entre Beaumont et Sir William Deyncourt et chargea au plus profond de l'ennemi. William fut tué, Thomas fut fait prisonnier, son cheval étant tué par des piques, et il s'embarqua lui-même avec les Écossais à pied quand ils partirent, ceux-ci ayant mis en déroute l'escadre des deux seigneurs [Beaumont et Clifford]. Quelques Anglais fuirent au château, d'autres vers l'armée du roi [Édouard II] qui, ayant déjà quitté la route à travers le bois, avait débouché sur une plaine près de l'eau de Forth, au-delà de Bannockburn, un marécage malfaisant, profond, humide, où ladite armée anglaise se désarçonna et resta pendant toute la nuit, ayant malheureusement perdu confiance et étant trop déçue par les événements de la journée. »
— Thomas Grey, Scalacronica, traduite par Herbert Maxwell[8],[trad 1]

Rôle lors de la bataille de BannockburnModifier

Article détaillé : Bataille de Bannockburn.

Au début de l'année 1314, le roi d'Écosse Robert Bruce reconquiert progressivement les territoires du sud de l'Écosse encore contrôlés par les Anglais. Édouard II, après plusieurs années d'inertie, se décide à vaincre son adversaire et lève une immense armée à la fin du mois de mai pour repousser Bruce. Le 23 juin, Henri de Beaumont participe à la bataille de Bannockburn en commandant l'un des deux corps de cavaliers anglais aux côtés de Robert de Clifford, 1er baron de Clifford, et de Thomas Grey de Heaton, père du futur chroniqueur Thomas Grey. Les trois hommes cherchent sans succès à soulager le château de Stirling[9], assiégé par Bruce et dont la reddition semble imminente. Thomas Randolph, 1er comte de Moray, est chargé par le roi d'Écosse de s'attaquer à la cavalerie anglaise et la repousse. Indécis, les commandants anglais se retirent en précipitation pour rejoindre le corps d'armée principal mené par Édouard II.

Le second jour de la bataille, Beaumont est parmi ceux qui accompagnent le roi Édouard II d'Angleterre lors de sa retraite précipitée du champ de bataille. En conséquence, accusé de haute trahison par le roi d'Écosse Robert Bruce, Beaumont figure parmi les barons écossais qui ont leurs possessions confisquées en novembre 1314 par Bruce pour leur soutien affiché au roi d'Angleterre à Bannockburn. Ces barons se réunissent et forment à la cour d'Édouard II un cercle d'exilés connus sous le nom de « déshérités ». Bien que certains de ces nobles aient des titres plus prestigieux, tels David II Strathbogie, 10e comte d'Atholl, Henri de Beaumont montre par la suite la plus solide détermination à reconquérir ses terres écossaises.

Revers d'allégeance et rébellions successivesModifier

Thomas de Lancastre, 2e comte de Lancastre, chef de la fronde baronniale et cousin d'Édouard II, s'empare en septembre 1314 du gouvernement de l'Angleterre après la déroute de Bannockburn. Il réclame qu'Henri de Beaumont quitte la cour[10]. Ce dernier ne peut qu'obtempérer, puisque le roi est désormais impuissant, et doit rendre diverses terres qu'Édouard lui avait auparavant confiées[11]. Toutefois, Lancastre perd le contrôle du conseil royal en 1316 et Beaumont fait son retour à la cour. Il en profite pour reprendre les biens que le comte de Lancastre lui a confisqués et étendre ses domaines. Dès 1313, Isabelle de Vesci a acquis les manoirs de Seacourt dans le Berkshire et de Tackley dans l'Oxfordshire, qui seront hérités à sa mort en 1334 par Henri. Entre 1317 et 1321, Alice Comyn, épouse d'Henri de Beaumont, hérite des domaines anglais de sa sœur Margery Comyn, épouse successive de John Ross et de William de Lindsay. En 1320, Beaumont achète la seigneurie de Ditchburn, dans le Northumberland. Même s'il n'a pas l'influence que possède les favoris successifs d'Édouard II[12], Beaumont a suffisamment d'importance à la cour pour demander au roi d'accorder à son frère aîné Louis le poste d'évêque de Durham en février 1317. Voyageant vers Durham afin de célébrer la consécration épiscopale de Louis, les frères de Beaumont sont enlevés en septembre 1317 par le brigand Gilbert Middleton. Après le paiement d'une rançon, ils sont tous deux libérés à la mi-octobre 1317. L'attaque était peut-être à l'instigation de Lancastre[13], mais son implication n'a jamais pu être prouvée[14]. Quoi qu'il en soit, Beaumont reste hostile au comte et combat lors de la bataille de Boroughbridge en mars 1322 les barons qui se sont rebellés contre Édouard II. Lancastre est capturé à la suite de la bataille, condamné à mort pour haute trahison et exécuté.

En août 1322, Beaumont suit toujours fidèlement le roi d'Angleterre au cours de la campagne contre l'Écosse, qui s'achève deux mois plus tard par une nouvelle défaite cinglante au cours de la bataille d'Old Byland et la fuite précipitée du roi afin d'échapper à la capture[15]. Cependant, lorsqu'Édouard entame des pourparlers de paix avec les Écossais en mai 1323, Beaumont proteste contre un quelconque accord qui serait au désavantage des déshérités, dont il est désormais devenu le représentant officiel. Édouard refuse d'écouter Beaumont, ce qui conduit à une dispute entre les deux hommes. Beaumont est brièvement emprisonné pour mépris et désobéissance envers le conseil du roi. Rapidement libéré, il se retire de la cour et part en exil[16]. Selon le chroniqueur John Capgrave, il aurait rejoint l'armée de croisés qui combat à partir de 1324 en Italie les gibelins, opposants du pape Jean XXII. Pourtant, Beaumont semble s'être réconcilié avec Édouard II, puisqu'en septembre 1325, il est chargé d'accueillir en France le prince héritier Édouard afin que ce dernier rende hommage au roi Charles IV le Bel pour le duché de Guyenne à la suite du déclenchement de la guerre de Saint-Sardos et la saisie de la Guyenne par les Français l'année précédente. Alors qu'il rencontre à Paris le prince ainsi que les évêques d'Exeter et de Winchester[17], Beaumont prend contact avec la reine Isabelle et son amant Roger Mortimer, qui planifient depuis la cour de Charles IV la chute du régime despotique d'Édouard II. Rentré en Angleterre au début de 1326, il assiste en septembre suivant à l'invasion de l'Angleterre par la reine et ses partisans. Avec les barons du nord Thomas Wake, 2e baron Wake de Liddell, et Henry de Percy, 2e baron Percy, Beaumont mobilise des troupes en soutien aux rebelles[16]. Le 28 octobre, il est parmi les barons qui proclament à Bristol le prince Édouard gardien du royaume[18]. En remerciement de sa loyauté, Isabelle accorde des terres à Henri de Beaumont dans le Leicestershire. Le Parlement se réunit peu après et proclame le 25 janvier 1327 la déchéance du roi en faveur de son fils, qui est couronné sous le nom d'Édouard III une semaine plus tard.

Ce changement de monarque en Angleterre n'apporte toutefois pas à Beaumont le soutien qu'il escomptait pour reprendre ses terres en Écosse. Anxieux de mettre fin aux combats avec l'Écosse, Isabelle et Mortimer persuadent en mai 1328 le Parlement anglais d'accepter les termes du traité d'Édimbourg-Northampton, qui ignore une nouvelle fois les revendications des déshérités[19]. La noblesse anglaise gronde face à ce qu'elle considère comme une paix honteuse. Lorsque Henri de Lancastre, 3e comte de Lancastre, entre en rébellion en décembre 1328 contre les régents, il est rejoint par Henri de Beaumont, Thomas Wake, Thomas Roscelyn, Henry Ferrers, 2e baron Ferrers de Groby, et David III Strathbogie, 11e comte d'Atholl, ce dernier ayant épousé Catherine, fille d'Henri de Beaumont. Le soulèvement de Lancastre ne dure pas et ce dernier doit se soumettre aux régents en janvier 1329, tout comme Wake et Strathbogie qui sont pardonnés. Mais Beaumont est spécialement exclu du pardon offert par les régents et doit se réfugier en France[20], où il ne cesse de comploter contre Roger Mortimer. Le 13 mars 1330, Edmond de Woodstock, oncle du jeune Édouard III, est arrêté et accusé de trahison pour avoir prétendument voulu restaurer sur le trône Édouard II, dont Roger Mortimer lui a fait délibérément croire à la survie afin de le piéger. Lors de son procès, Edmond affirme qu'il aurait rencontré en juin de l'année précédente dans la chambre du duc Jean III de Brabant à Paris Henri de Beaumont et que ce dernier l'aurait assuré du soutien de l'Écosse dans son complot contre Mortimer par une intervention armée de Donald II de Mar, un ami personnel d'Édouard II[21]. Edmond est exécuté le 19 mars sur ordre de Mortimer, ce qui étouffe dans l'œuf la conspiration, mais sa confession empêche tout retour en Angleterre de Beaumont tant qu'Isabelle et Mortimer y détiennent le pouvoir.

Nouvelles perspectivesModifier

La paix de Northampton semble avoir définitivement mis fin aux espoirs des déshérités. Deux événements changent la donne : la mort en juin 1329 du puissant roi d'Écosse Robert Bruce et la chute du pouvoir de Roger Mortimer en octobre 1330, suivie de son exécution sur ordre d'Édouard III qui, à 18 ans, se saisit des rênes du gouvernement. En Écosse, le jeune fils de Robert Bruce, David II monte sur le trône mais il n'a que cinq ans et est mis sous la tutelle de régents. Peu après sa prise de pouvoir, Édouard III cherche à maintenir la paix avec son voisin écossais mais partage également le point de vue de son peuple sur le traité de Northampton, qu'il qualifie de turpis pax. Néanmoins, Édouard III se rappelle du soutien secret que lui a fourni Beaumont pour renverser Mortimer. Le roi d'Angleterre se souvient également des erreurs de son père et comprend que Beaumont est autant un ami utile qu'un ennemi dangereux. Les renversements d'alliance de Beaumont depuis 1323 ont toujours été dictés par son désir de recouvrir son comté de Buchan. Mais Édouard embrasse la cause des déshérités pour des raisons plus subtiles qu'une simple gratitude : les intrigues de Beaumont lui fournissent l'occasion de rompre la paix conclue en 1328. À la fin de l'année 1330, Édouard III entame des négociations diplomatiques avec l'Écosse au nom de Beaumont et de Thomas Wake, les deux seuls déshérités officiellement reconnus comme tels par les gouvernements anglais et écossais. Il écrit au jeune David II en décembre en demandant la restauration des terres du « comte de Buchan » et du « seigneur de Liddesdale ». Mais Édouard est très probablement conscient que les Écossais n'accepteront jamais une telle proposition, sachant que ceux-ci ne feraient qu'affaiblir leur indépendance chèrement acquise en cédant d'importantes régions de l'ouest et du nord-ouest de leur royaume à deux hommes considérés comme traitres et ouvertement hostiles au traité de Northampton. Thomas Randolph, comte de Moray et gardien du royaume au nom du jeune David, rejette fermement la proposition d'Édouard III. Beaumont commence alors à planifier la reconquête de ses domaines par la force.

Jusque-là quasiment éteinte, la cause des déshérités est désormais ravivée mais elle a besoin d'un chef et d'un prétexte pour intervenir en Écosse[22]. En 1330, l'attention des déshérités est concentrée sur Édouard Balliol, fils du roi d'Écosse Jean Balliol, déposé en 1296 par Édouard Ier, qu'ils considèrent comme le roi légitime d'Écosse. Au cours de l'année 1331, Beaumont conçoit une invasion de l'Écosse à la tête d'une armée privée commandée par lui-même et Édouard Balliol. Les premiers contacts entre Balliol et Beaumont ont commencé en 1330. Dès l'année suivante, leur correspondance s'accélère. En juin 1331, Beaumont et David Strathbogie traversent la Manche pour rendre visite à Balliol dans ses terres en Picardie. Beaumont conduit deux autres missions auprès d'Édouard Balliol en août et novembre 1331. La Chronique de Brut rapporte une anecdote intéressante mais non corroborée dans aucune autre source, selon laquelle Balliol aurait mécontenté le roi de France Philippe VI de Valois, et qu'il aurait été sauvé de l'incarcération grâce aux supplications adressées par Beaumont à Philippe. Quoi qu'il en soit, Balliol est persuadé de quitter la France et de se rendre en Angleterre à l'hiver 1331. Il s'établit au manoir de Sandal dans le Yorkshire, qui appartient à Isabelle de Vesci, sœur d'Henri de Beaumont. Édouard Balliol est certainement une figure importante des conflits qui émergent en Écosse pendant les années 1330 mais il est difficile de savoir s'il était lui-même le maitre de ses ambitions ou une simple marionnette manipulée par les déshérités. Il n'a jamais pris part aux campagnes anglaises contre Robert Bruce et il semblerait qu'il n'ait accompli aucun fait d'armes avant sa première invasion de l'Écosse en 1332. Le chef militaire naturel des déshérités demeure Henri de Beaumont, qui a su gagner des soutiens à la suite de la signature du traité de Northampton. Mais la loyauté principale de Beaumont se limite à lui-même et ensuite à Édouard III : comme le montrera la suite des événements, Édouard Balliol ne lui servira que de prétexte à afficher ses propres ambitions.

Nouvelles expéditions en ÉcosseModifier

Dès l'arrivée de Balliol en Angleterre, Beaumont rend visite à Édouard III et obtient une importante concession : bien qu'il ne soit pas autorisé à franchir avec les déshérités la frontière anglo-écossaise (ce qui constituerait une rupture du traité de Northampton), il reçoit l'accord du roi d'embarquer depuis des ports anglais pour mener à bien son invasion. À l'été 1332, l'armée de Balliol est prête à entrer en action et embarque à divers ports du Yorkshire[23]. Le débarquement des déshérités a lieu à Kinghorn[24], sur les côtes de Fife, le 6 août 1332. Peu après avoir débarqué, l'armée des déshérités, conduite par Beaumont[23], affronte et défait une armée loyale à David II bien plus imposante lors de la bataille de Dupplin Moor le 11 août 1332 en utilisant une combinaison efficace d'archers et de fantassins, qui annihilent les partisans de Bruce. Suite à ce succès, l'armée de Balliol se rend à Scone, où Balliol est couronné roi des Écossais le 24 septembre. Le couronnement se déroule dans une atmosphère pesante, car le nouveau roi et sa petite armée sont isolés dans un pays majoritairement hostile. Au banquet qui suit la cérémonie, les invités restent entièrement armés, sauf de leurs casques. Cette crainte n'est pas totalement injustifiée : les populations locales prêtent serment de fidélité à Balliol plus par peur que par adhésion. La terreur du nouveau régime se répand, et les prieurs de St Andrews affichent leur peur d'Édouard Balliol et d'Henri de Beaumont, ainsi que leur incapacité à percevoir les dus de leur église à Fordoun « par crainte du dit seigneur Henri ».

Il est clair qu'en l'absence d'un soutien populaire significatif, l'expédition ne peut porter ses fruits qu'avec le soutien ouvert d'Édouard III. En guise d'appât, Balliol écrit au roi d'Angleterre en proposant de lui céder tout le sud-est de l'Écosse. Cette proposition est portée par Henri de Beaumont et David Strathbogie, qui sont venus assister à la réunion du Parlement anglais à York[25]. Avant qu'ils ne puissent retourner en Écosse, Balliol a été surpris par une armée de loyalistes à Annan et chassé du pays. Les dépenses et les efforts des deux années précédentes n'ont abouti à rien. En janvier 1333, Édouard III se voit contraint de soutenir son allié défaillant : il reconnait Édouard Balliol comme roi d'Écosse et lui promet une aide militaire. Des subsides sont payés à Beaumont et ses partisans, afin de préparer une seconde invasion. En juillet, une armée de secours écossaise est taillée en pièces à Halidon Hill, tout près de Berwick, d'après les mêmes tactiques qu'à Dupplin Moor qui préfigureront d'une décennie la bataille de Crécy. Une nouvelle fois, les déshérités pénètrent en Écosse. Henri de Beaumont peut enfin remettre la main sur le Buchan où, selon Andrew Wyntoun, il fait réparer à l'hiver 1333 le château de Dundarg, ancien bastion de la famille Comyn dans la côte de l'Aberdeenshire détruit par Robert Bruce en 1308. Le chroniqueur Andrew Wyntoun mentionne ainsi les réaménagements de Dundarg qu'ordonne Henri de Beaumont : « Le Beaumont est allé jusqu'en Buchan. Et là, Dundarg de chaux et de pierre, il l'a refait vaillamment, et [c'est là qu']il se trouve. »

Échec final, retrait du conflit et mortModifier

Même ainsi, l'emprise des déshérités sur l'Écosse n'est pas plus certaine qu'auparavant. En septembre 1334, Édouard Balliol, confronté à une révolte à grande échelle, envoie des courriers urgents en Angleterre pour obtenir une aide supplémentaire. La situation des déshérités s'aggrave lorsqu'ils commencent à se déchirer à cause de leur avidité : au cours d'un différend concernant la succession d'Alexandre de Mowbray, tué à Annan en 1332, Balliol a l'imprudence de se quereller avec Beaumont qui, dans un excès de colère, se retire de la cour écossaise pour se réfugier à Dundarg. Le régime de Balliol s'effondre une nouvelle fois et Balliol doit à nouveau s'enfuir en Angleterre. Beaumont, pendant ce temps, est assiégé à Dundarg par Andrew Murray de Bothwell, le nouveau gardien du royaume au nom de David II[26]. À court de vivres, il est obligé de capituler le 23 décembre 1334. Dundarg est détruit une seconde fois par les Écossais et n'a jamais été reconstruit depuis. Après une brève peine d'emprisonnement, Henri de Beaumont est rançonné[27] et retourne en Angleterre à temps pour accompagner Édouard III lors de sa campagne à l'été 1335[28]. Il s'agit de la plus grande invasion jamais organisée au nom de Balliol mais les résultats escomptés ne se manifestent pas. En novembre, les gains incertains de l'été sont perdus lors de la bataille de Culblean, où Murray de Bothwell défait et tue David Strathbogie. En représailles, Henri se livre à de violents outrages, relatés de la manière suivante par la Chronique de Pluscarden : « Henri de Beaumont, pour venger son gendre, le comte d'Atholl, tué à Culblean, soit mit en prison, soit mit à mort cruellement tous ceux qui avaient pris part au combat dans lequel il avait été tué. Ainsi, beaucoup de sang innocent a été versé. »

Après Culblean, le royaume fantoche de Balliol se désagrège : Perth est reprise et seuls Cupar et Lochindorb lui restent fidèles. À Lochindorb, la veuve de Strathbogie, Catherine de Beaumont est assiégée par Murray de Bothwell à la fin de l'année 1335. Le sauvetage de Catherine doit permettre à Édouard III d'accomplir un acte chevaleresque au cours de cette période d'activité militaire incessante. Les Anglais entament un raid punitif à grande échelle, destiné à écraser la résistance écossaise et, en même temps, à prévenir un éventuel débarquement français dans le nord-est. Édouard III donne d'abord le commandement de cette armée à Henri de Grosmont, le gendre de Beaumont, avant de décider finalement de commander personnellement cette offensive. Édouard pénètre dans l'Aberdeenshire à l'été 1336. Beaumont l'accompagne, tout comme Édouard Balliol. Catherine est secourue, tandis que le nord-est de l'Écosse fait l'objet de destructions de la part des envahisseurs. En 1337, Édouard III, qui vient de commencer la guerre de Cent Ans avec la France, perd presque tout intérêt pour Balliol et sa cause désespérée. Même Henri de Beaumont, le plus déterminé des déshérités, décide de se retirer. Plutôt que de retourner en Écosse avec Balliol, le vieux guerrier accompagne le roi d'Angleterre en Flandre, où il avait déjà accompagné son grand-père en 1297. Beaumont y meurt en mars 1340. Son corps est rapatrié en Angleterre et inhumé à l'abbaye de Vaudey, située dans la ville de Bourne dans le Lincolnshire. Son fils et héritier John n'a jamais revendiqué le comté de Buchan[29], tout comme ses autres descendants. Lorsque sa veuve Alice Comyn meurt en 1349, la lignée des Comyn de Buchan, qui remonte au début du XIIIe siècle, est éteinte.

Mariage et descendanceModifier

De son mariage avec Alice Comyn, Henri de Beaumont a dix enfants :

Notes et référencesModifier

Citations originalesModifier

  1. « Robert Lord de Clifford and Henry de Beaumont, with three hundred men-at-arms, made a circuit upon the other side of the wood towards the castle, keeping the open ground. Thomas Randolph, Earl of Moray, Robert de Brus's nephew, who was leader of the Scottish advanced guard, hearing that his uncle had repulsed the advanced guard of the English on the other side of the wood, thought that he must have his share, and issuing from the wood with his division marched across the open ground towards the two afore-named lords. Sir Henry de Beaumont called to his men:
    - "Let us wait a little; let them come on; give them room".
    - "Sir," said Sir Thomas Gray, "I doubt that whatever you give them now, they will have all too soon".
    - "Very well" exclaimed the said Henry, "if you are afraid, be off".
    - "Sir," answered the said Thomas, "it is not from fear that I shall fly this day."
    So saying, he spurred in between Beaumont and Sir William Deyncourt and charged into the thick of the enemy. William was killed, Thomas was taken prisoner, his horse being killed on the pikes, and he himself carried off with the Scots on foot when they marched off, having utterly routed the squadron of the said two lords. Some of the English fled to the castle, others to the king's army, which having already left the road through the wood had debouched upon a plain near the water of Forth beyond Bannockburn, an evil, deep, wet marsh, where the said English army unharnessed and remained all night, having sadly lost confidence and being too much disaffected by the events of the day.
     »

RéférencesModifier

  1. Cokayne 1893.
  2. Maddicott 1970, p. 112.
  3. Nicholson 1965, p. 10.
  4. Brown 2008, p. 75.
  5. Maddicott 1970, p. 122.
  6. Phillips 1972, p. 40.
  7. Maddicott 1970, p. 133.
  8. Maxwell 1907
  9. King 2004.
  10. Maddicott 1970, p. 165.
  11. Maddicott 1970, p. 179.
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  15. Fryde 2003, p. 131.
  16. a et b Fryde 2003, p. 159.
  17. Mortimer 2003, p. 142.
  18. Mortimer 2003, p. 158.
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