Henri Wallon (1879-1962)

philosophe, psychologue, neuropsychiatre, pédagogue et homme politique français (1879-1962)

Henri Wallon, né le à Paris, ville où il meurt le , est un psychologue, médecin et homme politique français. Il est directeur d'études à l'École pratique des hautes études et professeur au Collège de France. Son nom est associé au plan Langevin-Wallon, projet de réforme du système éducatif français (1947).

Henri Wallon
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Député de la Seine
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BiographieModifier

Il naît à Paris[1], dans une famille républicaine et catholique originaire du Nord. Il est le petit-fils de l'homme politique et historien Henri Wallon, dont la contribution à la création de la Troisième République est décisive : il fait notamment adopter l'amendement Wallon, qui consacre l’existence de la République[2]. Wallon s'engage politiquement au moment de l'affaire Dreyfus, aux côtés de son ami d'enfance Henri Piéron, avec qui il a passé l'agrégation de philosophie[2].

Formation et parcours de rechercheModifier

Élève au lycée Louis-le-Grand, puis à l'École normale supérieure (1899), agrégé de philosophie (1902), discipline qu'il enseigne au lycée de Bar-le-Duc durant une année, il s'oriente ensuite vers la psychologie et les études de médecine, grâce à une bourse de la Fondation Thiers. Il soutient en 1908 sa thèse de médecine intitulée Délire de persécution : le délire chronique à base d'interprétation à l'hôpital de la Salpêtrière[3]. Il est mobilisé comme médecin durant la Première Guerre mondiale et s'intéresse à la neurologie.

Il débute en psychologie par des consultations dans un centre médico-psychologique (1908-1931). En 1920, il est chargé de cours à la Sorbonne. Il soutient en 1925 sa thèse de doctorat ès lettres intitulée L'enfant turbulent puis est nommé directeur d'études à l'École pratique des hautes études (1927), où il fonde le laboratoire de psychobiologie de l'enfant en 1922. Il est nommé professeur au Collège de France (1937)[4] et prend sa retraite en .

En 1936 il préside une commission interministérielle visant à évaluer le nombre d'enfants dits « déficients » ou « retardés » en France et devant mettre au point des méthodes (tests) utilisables pour une telle enquête. L'étude fut annulée faute de crédits, mais elle fut relancée durant la Seconde Guerre mondiale, en 1943 sous la direction du Dr Mande[5], à l'initiative de deux anciens membres de la commission : Henri Decugis et le Dr Georges Heuyer.

Pendant la Seconde Guerre mondiale, il est interdit d'enseignement par le régime de Vichy et rejoint la Résistance, sous le pseudonyme « Hubert »[6]. Ses deux carrières politiques et de chercheur scientifique se rejoignent en 1944, lorsqu'il est nommé membre de la commission de réforme de l'enseignement qui élabore le plan Langevin-Wallon, d'abord comme vice-président, puis comme président à la mort de Paul Langevin.

Il crée en 1948 la revue Enfance. Il est président du Groupe français d'éducation nouvelle de 1946 à 1962.

Engagement politiqueModifier

Henri Wallon devient membre de la SFIO en 1931, puis il adhère au PCF en 1942, à la suite de l'exécution de Georges Politzer et Jacques Solomon : « Deux jeunes ont été assassinés. Il faut combler les vides… »[7]. Il quitte son laboratoire sur ordre de la Résistance afin de ne pas être arrêté. Après s'être caché pendant quelques jours, il rentre avec sa femme, Germaine Wallon, à son domicile de la rue de la Pompe à Paris, sans réintégrer son laboratoire[7].

À la libération, il fait partie du Gouvernement provisoire de la République française présidé par Charles de Gaulle en tant que secrétaire général de l'Éducation nationale, jusqu'au . En il siège à l'Assemblée consultative provisoire en remplacement de Frédéric Joliot-Curie. Il est ensuite élu député communiste (-1946).

Positions théoriquesModifier

  1. Le stade impulsif (de 0 à trois mois). Ce qui domine dans la vie infantile, ce sont les sensations internes (introceptives) et les facteurs affectifs entretenus avec l'entourage. Sur le plan moteur, cette période est caractérisée par la faible maîtrise motrice et donc un désordre gestuel. C'est la qualité des réponses de l'entourage du nourrisson qui vont lui permettre de passer du désordre gestuel à des émotions différenciées ;
  2. Le stade émotionnel (de 3 mois à 1 an). Émergence d'un commencement de reconnaissance de soi au travers du regard des autres. Apparition de quatre émotions : la joie, le chagrin, la colère et la douleur. Encore en syncrétisme indifférencié, c'est-à-dire qu'il ne fait pas de différence entre lui-même et les autres, ce n'est qu'au stade suivant que le syncrétisme deviendra progressivement différencié.
  3. Le stade sensori-moteur et projectif (de 1 à 3 ans). Ce qui prédomine alors pour l'enfant, c'est l'influence du monde extérieur. L'intégration de cette influence externe va favoriser l'éveil de deux types d'intelligence : l'une pratique, par la manipulation des objets et du corps propre, l'autre « discursive », par l'imitation et l'appropriation du langage ;
  4. Le stade du personnalisme (3 à 6 ans) est caractérisé par une prédominance, à nouveau, des fonctions affectives sur l'intelligence. Vers 3 ans l'enfant tend à s'opposer à l'adulte dans une sorte de crise négativiste, dire "non" lui permet de renforcer son autonomie de pensée. Il va également à cette même période, vers 4 ans entrer dans une phase de séduction, c'est-à-dire que son comportement va changer sous les regards d'autrui, il va aussi généralement vouloir tout bien faire afin d'être aimé. Puis vers 5 ans ces périodes sont suivies d'une période d'imitation motrice et sociale, ce qui lui permet d'intégrer des rôles sociaux. L'enfant exprime ainsi l'ambivalence qui le lie au modèle prestigieux que représente pour lui l'adulte ;
  5. Le stade catégoriel (6 à 11 ans). Ici, ce sont les facultés intellectuelles qui semblent prendre le pas sur l'affectif. Pendant sa scolarité, l'enfant acquiert des capacités de mémoire volontaire et d'attention. Son intelligence accède à la formation des catégories mentales qui conduisent aux capacités d'abstraction. C'est également le début de l'achèvement de la personnalité.
  6. Le stade de l'adolescence commence après 11 ans et se caractérise par une primauté des préoccupations affectives. La puberté provoque aussi un ré-ajustement du schéma corporel et un remaniement de la construction de sa personnalité, sa conscience se développe en parallèle

En insistant sur la discontinuité et la notion de crise qui sous-tend cette discontinuité, Henri Wallon se montrait fidèle aux thèses hégéliennes de la dialectique. Il se distingue en cela de Jean Piaget, qui valorise plutôt, dans sa propre description des stades du développement infantile, les interactions au détriment des ruptures. Émile Jalley remarque par ailleurs qu'Henri Wallon a été en interactions avec la psychanalyse : selon cet auteur, Wallon a repris certaines observations ou concepts de Sigmund Freud dans ses développements théoriques[Lesquels ?]. Une observation faite par Wallon, publiée en 1931 sous l'intitulé « Comment se développe chez l'enfant la notion de corps propre »[8], a inspiré le concept de « stade du miroir », que le psychanalyste Jacques Lacan a particulièrement développé[9].

PublicationsModifier

  • Délire de persécution. Le délire chronique à base d'interprétation, thèse doctorale de médecine, Baillière, Paris, 1909
  • La Conscience et la vie subconsciente, in Georges Dumas, Nouveau traité de psychologie, PUF, Paris (1920-1921)
  • L'Enfant turbulent, thèse de doctorat ès lettres, Alcan, Paris, 1925, rééd. PUF-Quadrige, Paris, 1984 (ISBN 2130384501)
  • Les Origines du caractère chez l'enfant. Les préludes du sentiment de personnalité, Boisvin, Paris, 1934, rééd. PUF-Quadrige, Paris, 2002 (ISBN 2130528171)
  • La Vie mentale, Éditions sociales, Paris, 1938, rééd. 1982
  • L'Évolution psychologique de l'enfant, A. Colin, Paris, 1941, rééd. 2002, Ed.: Armand Colin, 1941, rééd. 2002 (ISBN 2200263031)
  • De l'acte à la pensée, essai de psychologie comparée, Flammarion, Bibliothèque de philosophie scientifique, Paris, 1942, rééd. 1970
  • Les Origines de la pensée chez l'enfant, PUF, Paris, 1945, rééd. 1963
  • Principes de psychologie appliquée, Armand Colin, Paris, 1938
  • Niveaux de fluctuation du moi [1956], L'Évolution psychiatrique, p. 607-617 , octobre , (ISSN 0014-3855)
  • Présentés par Émile Jalley et Liliane Maury: Écrits de 1926 à 1961 - Psychologie et dialectique, Messidor, 1990

Notes et référencesModifier

  1. Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 5/1879/1615, date et lieu du décès mentionnés en marge de l’acte (consulté le 5 janvier 2013).
  2. a et b Charmasson, Méchine et Parot 2001.
  3. « Thèse de médecine, Faculté de médecine de Paris, notice du Sudoc », .
  4. Décret du 14 février 1937, archives du Collège de France.
  5. R. Mande, « À propos d'une enquête pour le recensement des enfants anormaux », Cahiers de la Fondation française pour l'étude des problèmes humains, Paris, Librairie de Médicis, no 4,‎ , p. 83-95.
  6. « Wallon, Henri (1879-1962) », BnF, .
  7. a et b R. Zazzo, « Henri Wallon alias Hubert », dans Renée Zazzo, Où en est la psychologie de l'enfant?, Mediations, , p. 229-231.
  8. Enfance, 1963, no 1-2, p. 121-150.
  9. Marie-Christine Laznik, « Stade du miroir », dans Alain de Mijolla, Dictionnaire international de la psychanalyse, vol. 2 : M/Z, Calmann-Lévy, (ISBN 2-7021-2530-1), p. 1627-1628.

AnnexesModifier

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BibliographieModifier

  • Thérèse Charmasson, Stéphanie Méchine et Françoise Parot, « Les archives d’Henri Wallon », Revue d'histoire des sciences humaines, vol. 2, no 5,‎ , p. 117-142 (lire en ligne).
  • « Hommage à Henri Wallon », L'Évolution psychiatrique, Centre d'éditions psychiatriques, t. XXVII, no I,‎
  • « In Memoriam : Henri Wallon (1879-1962) », Revue Française de Sociologie, vol. 4, no 1,‎ , p. 11
  • Émile Jalley
    • Wallon lecteur de Sigmund Freud et Jean Piaget. Trois études suivies des textes de Wallon sur la psychanalyse, Éditions La Dispute, coll. «Terrains», 1981, (ISBN 2209054060)
    • Wallon : La vie mentale, Les Éditions sociales, Paris, 1982
    • Freud, Wallon, Lacan. L'Enfant au miroir, Éditions EPEL, Paris, 1998
    • « Wallon Henri - (1879-1962) », Encyclopædia Universalis, [lire en ligne]
    • « Wallon : un regard épistémologique», Les cahiers de psychologie politique, no 10, , [lire en ligne]
  • Serge Nicolas, « Henri Wallon (1879-1962) au Collège de France », Bulletin de psychologie, 2003, vol. 56, no 463, 105-119.
  • René Zazzo, Psychologie et marxisme ; la vie et l’œuvre d’Henri Wallon. Paris, Denoël Gonthier, 1975.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier