Gert Fröbe

acteur allemand (1913-1988)

Karl Gerhard Fröbe, dit Gert Fröbe (Gert Froebe), est un acteur allemand à la carrière européenne, né le à Zwickau et mort le à Munich.

Gert Fröbe
Description de cette image, également commentée ci-après
Nom de naissance Karl Gerhard Fröbe
Naissance
Zwickau, Royaume de Saxe
Nationalité Allemande
Décès (à 75 ans)
Munich, Allemagne de l'Ouest
Profession Acteur
Films notables Le Jour le plus long
Cent mille dollars au soleil
Goldfinger
Paris brûle-t-il ?
Le Coup du parapluie

Souvent distribué dans des rôles d'« Allemand de service » dans des productions européennes aux genres variés, il connaît la notoriété internationale et accède à la postérité en 1964 avec celui d'Auric Goldfinger, ennemi de James Bond dans Goldfinger, face à Sean Connery.

BiographieModifier

 
Boutique et maison de la famille de Gert Fröbe dans l'Oberplanitz de Zwickau

Né à Planitz dans la région de Zwickau, dans ce qui était alors le Royaume de Saxe (aujourd'hui un land Allemand), Karl Gerhard Fröbe est le fils de Karl-Otto Fröbe (1886-1947), marchand de cuir et cordonnier, et de Helena Alma (1884-1972), couturière et femme au foyer[1],[2]. Il a une sœur prénommée Hanni[3]. Le père travaille au rez-de-chaussée et la famille vit à l'étage du bâtiment[3],[4].

Enfant, il joue avec un petit théâtre de marionnettes qu'on lui a offert et divertit avec sa famille et les enfants du quartier. En 1919, il va au collège et prend des leçons de piano et de violon[3]. Alors que son père commence à boire et que son entreprise fait faillite, il soutient sa famille en intégrant un trio comme violoniste. Le groupe se produit localement, dans des hôtels, des cafés, des clubs, lors de mariages, etc.[3],[5],[6]. Du fait de sa chevelure aux reflets roux, on le surnomme Där rode Geicher von Zwigge (Le violoniste rouge de Zwickau)[5].

Il adhère en 1929, à 16 ans, au NSDAP (Parti national-socialiste des travailleurs allemands). Il le quitte en 1937[7].

En 1933, il intègre un cirque, ou il fait le mime, le clown, et le jongleur[8], puis il trouve un emploi à l'Académie des Beaux-Arts de Dresde comme machiniste et décorateur.

En 1935 il débute sur les planches du théâtre de la ville (le Semperoper) en devenant l'élève d'Erich Ponto qui révèle son talent pour la comédie[8],[9],[3]. Sa carrière d'acteur débute dans un contexte difficile, l'Allemagne étant alors en pleine récession.

 
Propagande du NSDAP

En 1937, Fröbe est engagé à Berlin pour la première fois en tant qu'acteur, pour jouer dans l'opéra-bouffe du théâtre de la ville de Wuppertal. La même année il joue dans plusieurs théâtres de Francfort, puis en 1940 au Burgtheater de Vienne[5], ville dans laquelle il devient l'ami de Curd Jürgens.

En 1943, alors que les théâtres allemands ferment, il est mobilisé comme infirmier. Il le restera jusqu'à la fin de la guerre[8],[10].

Ensuite il joue la pantomime dans un cabaret de Munich et dans des spectacles de rue[8],[5]. Son premier véritable rôle à l'écran aura lieu dans Ballade Berlinoise, en 1948. Un critique cinématographique écrit alors : « L'Allemagne a un nouveau Danny Kaye[10]. »

Puis il devient un second rôle de cinéma récurrent en Europe à partir de 1955, car « Il est souvent choisi pour interpréter des personnages typiquement teutons en raison de son physique très germanique[9]. »

Il rencontre Fritz Lang en 1960 qui lui fait jouer le rôle de l'inspecteur dans Le Diabolique Docteur Mabuse. Il participe également au tournage du film Le Jour le plus long en 1962.

 
Terry-Thomas et Gert Fröbe à Schiphol, .

Son rôle le plus connu est celui du « méchant » Auric Goldfinger dans Goldfinger, le troisième film de la saga James Bond, sorti en 1964. Ce rôle lui offre une renommée internationale[1] (mais il lui est impossible de le voir avec sa famille au cinéma de Zwickau car la ville est située en R.D.A[6]). En Israël, le film est cependant boycotté dans plusieurs salles de cinéma car « le pays interdisait alors tout film auquel participaient d'anciens nazis »[11],[4]. Le boycott durera quelques mois, le temps qu'on découvre que Fröbe a en fait sauvé deux Juifs à Vienne[12],[8],[13], ainsi qu'il l'a narré : « J'étais très ami avec un homme qui avait épousé une juive. Le couple avait un enfant. Un beau [sic] jour d'été, la Gestapo est venue et a emmené le père. Sa femme, qui s'appelait Stella Blumnau, vint me trouver en larmes. Que pouvais-je faire ? Je lui donnais la clé de mon appartement pour qu'elle s'y cache. Cela aurait pu me coûter la vie[14],[12]. » Et pourtant, en 1965, il confie au reporter David Lewin qui l'interroge pour le Daily Mail : « Naturellement, j'étais un Nazi... je croyais qu'Hitler pouvait amener la solution. »[7],[4].

 
Dessin animé avec la figure de Gert Fröbe, 1976.

En 1966, il incarne un personnage historique, le général Dietrich von Choltitz, dans Paris brûle-t-il ?. L'un de ses derniers films sera Le Coup du parapluie de Gérard Oury en 1980, où il parodie son personnage de Goldfinger.

Après avoir tourné près de cent films, Fröbe consacre les dernières années de sa vie au théâtre et à la télévision à partir d'un programme qui lui est dédié pour son anniversaire par la Zweites Deutsches Fernsehen (ZDF), en 1973[15],[1],[5].

Vie privéeModifier

Gert Fröbe s'est marié à cinq reprises[5] :

  • 1937 : Clara Peters - divorce en 1953
  • 1953 : Hannelore Görtz - divorce en 1959
  • 1959 : Tatjana Iwanow (de) - divorce en 1962
  • 1962 : Beate Bach - jusqu'au décès de Beate Bach en 1968
  •  : Karin Pistorius - jusqu'au décès de Gert Fröbe en 1988[16].

Fröbe est le père d'un fils, Urs (ou Ulz, 1940-2014) issu de son premier mariage ; il adopte le fils de sa troisième épouse et futur acteur Andreas Seyferth (de) en 1969, et la fille de sa dernière compagne Beate Fröbe en 1978[8],[17].

Après une opération pour un cancer suivie d'une remontée sur les planches à Ambach près de Munich, Fröbe décède dans une clinique à Munich en d'une crise cardiaque à l'âge de 75 ans[15]. Il est enterré dans le cimetière de Waldfriedhof, Bad Tölz-Wolfratshausener en Bavière.

DistinctionsModifier

En 1959, il reçoit le prix de la critique cinématographique allemande[2].

En 1961, il obtient le prix de la meilleure interprétation masculine au Festival International de Cinéma de San Sebastian pour le film Der Gauner und der liene Gott[9] et le prix Ernst Lubitsch. Il est fait Grand Croix du Mérite de la République fédérale d'Allemagne[2].

En 1973, pour son soixantième anniversaire, il reçoit la médaille du Mérite artistique[1].

En 1976, lui est décerné l'Ordre du Mérite de Bavière[2].

Dans les années 1980, il est nommé citoyen d'honneur de la ville de Cognac où se déroulait chaque année entre 1982 et 2007, un festival international du film policier[8].

En 1983, il reçoit la Caméra d'or[2].

En 2013, pour le centenaire de sa naissance, une plaque à son nom est installée sur sa maison natale, à l'Oberplanitz de Zwickau par son neveu et acteur Eckhart Baumann qui y demeure[6],[5].

FilmographieModifier

CinémaModifier

 
Gert Fröbe, représenté sur l'affiche allemande du film Les Géants de la forêt.

TélévisionModifier

Voix françaisesModifier

et aussi :

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d « Gert Froebe », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. a b c d et e « GERT FROEBE », sur ACTERIEUR DU CINEMA, (consulté le ).
  3. a b c d et e (de) « Gert Fröbe - der Hollywoodstar aus Zwickau | MDR.DE », sur mdr.de (consulté le ).
  4. a b et c (de) « FRÖBE-BOYKOTT : Böse zugespitzt - DER SPIEGEL », sur spiegel.de, (consulté le ).
  5. a b c d e f et g (de) « Gert Fröbe », sur www.steffi-line.de (consulté le ).
  6. a b et c (de) mdr.de, « "Lanz, heulst du noch?" | MDR.DE », sur mdr.de (consulté le ).
  7. a et b Olivier Petit, « Le coup du parapluie : découvrez l'encombrant passé de l'acteur Gert Fröbe », Téléstar,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  8. a b c d e f et g Christian Grenier, « Gert FROEBE », sur encinematheque.fr (consulté le ).
  9. a b et c « Gert Froebe - Cinémathèque française », sur cinema.encyclopedie.personnalites.bifi.fr (consulté le ).
  10. a et b (en-US) « Gert Frobe, 75; Portrayed Goldfinger in Bond Movie », sur Los Angeles Times, (consulté le ).
  11. François Menia, « The Interview: les 10 films qui ont suscité des tensions internationales », sur Le Figaro.fr, (consulté le ).
  12. a et b La sortie du film en Israël fut perturbée par la présence de l'acteur, membre du parti nazi dans sa jeunesse. De nombreuses salles refusèrent de la projeter, avant qu'un Juif autrichien du nom de Mario Blumeneau affirme à l'ambassade israélienne de Vienne, qu'ils avaient été sauvés, lui (âgé de 12 ans) et sa mère, par l'acteur, dans la ville où il avait été enrôlé.
  13. Michel Meyer, Le roman de l'Allemagne : Ou l'histoire secrète d'une renaissance..., Éditions du Rocher, (ISBN 978-2-268-08440-4, lire en ligne).
  14. Paris-Presse, 5 décembre 1965, page 5 : "Goldfinger (Gert Frobe) : C'est vrai, j'ai cru en Hitler"
  15. a et b « MORT DE L'ACTEUR ALLEMAND GERT FRÖBE », sur Le Soir, (consulté le ).
  16. « GERT FROBE », sur cinememorial.com (consulté le ).
  17. (de) « Ich bin der geheime Adoptiv-Sohn von Gert Fröbe », sur bz-berlin.de (consulté le ).

Voir aussiModifier

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Liens externesModifier