Eugène Ysaÿe

violoniste et compositeur belge
Eugène Ysaÿe
Description de l'image Eugène Ysaÿe part.jpg.
Nom de naissance Eugène Auguste Ysaÿe
Naissance
Liège (Province de Drapeau de la ville de Liège Liège -
Drapeau de la Belgique Belgique)
Décès (à 72 ans)
Bruxelles (Drapeau de la Belgique Belgique)
Lieux de résidence Liège
Paris
Bruxelles
et autres villes
Activité principale Compositeur
Violoniste
Chef d'orchestre
Style Néo romantique
Classique
Activités annexes Maître de chapelle de la Cour de Belgique
Années d'activité 1880-1931
Collaborations Concerts Ysaÿe
Quatuor à cordes Ysaÿe
Formation Conservatoire royal de Liège
Conservatoire royal de Bruxelles
Maîtres Désiré Heynberg
Rodolphe Massart
Henryk Wieniawski
Henri Vieuxtemps
Enseignement Conservatoire royal de Bruxelles
Élèves William Primrose
Louis Persinger
Alberto Bachmann
Mathieu Crickboom

Eugène Auguste Ysaÿe, né le à Liège et mort le à Bruxelles, est un violoniste, compositeur, organisateur de concerts, pédagogue et chef d'orchestre belge.

BiographieModifier

Eugène Ysaÿe naît à Liège le 16 juillet 1858 dans une famille modeste au 233 rue Sainte-Marguerite et est baptisé le lendemain dans l'église du même nom. Son grand-père Georges (1787-1851) est cloutier et violoniste amateur. Son père Nicolas (né le 12 janvier 1826 à Ans - décédé le 19 août 1905 à Arlon) est violoniste, pianiste, chef d'orchestre et compositeur. Sa sœur aînée Marie (1851-1929) est chanteuse légère; son frère aîné Joseph (1855-1922) est violoncelliste, compositeur et directeur de l'Académie de musique d'Arlon; son frère puîné, Théophile dit Théo (1865-1918) est pianiste et compositeur.

Eugène commence ses études de violon à l’âge de quatre ans avec son père, qui devient en 1864 chef d'orchestre au Pavillon de Flore. En octobre 1865, il entre au Conservatoire de Liège, dans la classe de Désiré Heynberg (1831-1898), qu'il quitte après avoir obtenu un second prix en 1867. Il perd sa mère, Marie-Thérèse Sottiau (1831-1868), le 26 juillet 1868, alors qu'il a tout juste dix ans. Selon la légende familiale, Henri Vieuxtemps passe dans la rue et l'entend jouer; il aurait pris alors le garçon en charge, pour qu'il réintègre le conservatoire dans la classe de Rodolphe Massart (1840-1914). À l'âge de quinze ans, il obtient en tout cas son premier prix dans l'institution. Après avoir étudié en privé à Bruxelles avec Henryk Wieniawski (qui avait remplacé au Conservatoire de Bruxelles Vieuxtemps, devenu paralysé d'un bras), il reçoit une bourse pour se perfectionner dès octobre 1876 avec Vieuxtemps à Paris, ville qui devient son port d'attache jusqu'en 1879 et dans laquelle il rencontre, lors des soirées musicales organisées par son maître, de nombreux musiciens dont Anton Rubinstein.

Au printemps 1879, il joue en privé à Francfort avec Clara Schumann, puis devient dès septembre premier violon dans l'orchestre du Konzerthaus de Benjamin Bilse, à Berlin, orchestre dont sera issu, plus tard, l'Orchestre philharmonique de Berlin. Dans cette ville, il rencontre le violoniste allemand Joseph Joachim, qu'il impressionne en jouant la Fantasia appassionata de Vieuxtemps. Après avoir renoncé à son poste berlinois en novembre 1881, il entame sa première tournée en Norvège en avril 1882 et y fait la connaissance d'Edvard Grieg. Il se rend ensuite à Zurich en juillet de la même année pour participer au festival de musique organisé par Franz Liszt. Il commence sa première tournée en Russie, qui dure quatre mois, en janvier 1883 et y retrouve Anton Rubinstein. Il se réinstalle à Paris au début 1884 et fréquente le cercle des admirateurs de son compatriote liégeois César Franck qui lui dédiera, à l'occasion de son mariage avec Louise Bourdau (1868-1924) le 28 septembre 1886 à Arlon, sa célèbre sonate.

Il pratiqua la musique de chambre avec Hugo Becker et Ferruccio Busoni. Ensemble ils constituèrent un trio avec piano.

L'élève de Franck, Ernest Chausson, lui dédie quant à lui son Poème pour violon et orchestre et son Concert pour violon, piano et quatuor à cordes. D’autres musiciens célèbres lui dédient aussi de nombreuses œuvres, Claude Debussy son quatuor, Camille Saint-Saëns son quatuor opus 112, Gabriel Fauré son premier quintette, et de nombreux compositeurs belges (Joseph Jongen, Guillaume Lekeu, François Rasse, Victor Vreuls, etc.). Au cours de ses voyages, il attire beaucoup l’attention avec, entre autres, son interprétation du Poème de Chausson qu'il impose dans ses programmes, allant même jusqu'à refuser de jouer si les organisateurs n'incluent pas l'œuvre.

En 1889, il crée le Quatuor Ysaÿe, avec Mathieu Crickboom au second violon, tandis que le 5 janvier 1896 se déroule, au Cirque Royal à Bruxelles, la première séance des Concerts Ysaÿe, société de concerts qu'il met sur pied en la dotant d'un orchestre. Sa première tournée aux États-Unis débute en novembre 1894 au Carnegie Hall de New York. De 1886 à 1898, il est professeur au Conservatoire royal de Bruxelles. Il enseigne en privé, dans sa maison bruxelloise située au 48 de l'avenue Brugmann, ainsi que dans ses villégiatures de Godinne puis du Zoute. Sa réputation de pédagogue s'amplifie et les violonistes accourent du monde entier pour recueillir ses conseils. Parmi eux, Mathieu Crickboom, Alfred Marchot, Nicolas Laoureux, Alfred Dubois, Irma Sèthe[1], Gabriel Bouillon[2], l'Australienne Joyce Brown[3], Alberto Bachmann, Aldo Ferraresi, Josef Gingold, William Primrose, Louis Persinger, André de Ribaupierre, Henri Verbrugghen[4], Paul Miry[5], Nathan Milstein, Remo Bolognini.

De 1918 à 1922, Ysaÿe accepte le poste de chef permanent de l'orchestre symphonique de Cincinnati tout en enseignant au conservatoire de la ville.

 
Résidence d'Eugène Ysaÿe à Godinne où il habita de 1902 à 1911.

Ses instruments personnels sont d'abord un Guadagnini puis, dès 1894, un Guarnerius del Gesù de 1740 (qui fut ensuite la propriété d'Isaac Stern). Le Stradivarius, l'Hercule, qu'il acquiert après avoir fait fortune aux États-Unis en 1895, lui fut volé au cours d'un concert à Saint-Pétersbourg en décembre 1907.

 
Sépulture d'Eugène Ysaÿe[6]

Nommé "Maître de Chapelle de la Cour de Belgique" par le Roi Albert Ier de Belgique, il devint très tôt le conseiller musical de la Reine Élisabeth de Belgique et le concours créé par celle-ci, qui portait d’abord le nom de "Concours Ysaÿe", fut appelé en 1951 Concours musical international Reine-Élisabeth-de-Belgique (CMIREB).

Chapelle musicale Reine Élisabeth[7] : son origine est liée à deux fortes personnalités : la Reine Élisabeth, élève d'Ysaÿe et soucieuse d'aider les jeunes talents et Eugène Ysaÿe, un des plus grands violonistes et compositeurs de son époque.

Peu avant sa mort, il put encore entendre, de son lit d'hôpital, la retransmission en direct de la création de sa dernière œuvre, un opéra en langue wallonne : Pier li Houyeu. Il put même, grâce à un duplex avant-gardiste (1931) organisé par la Reine Élisabeth, s'adresser directement au public du Théâtre royal de Liège, tandis que son portrait était projeté sur un grand écran.

Eugène Ysaÿe a été choisi comme un des "Cent Wallons du siècle", par l'Institut Jules Destrée, en 1995.

Il est inhumé au cimetière d'Ixelles.

FamilleModifier

  • Théo Ysaÿe (né en 1865 à Verviers - décédé le 23 mars 1918 à Nice), frère d'Eugène, pianiste et compositeur, a fait ses études musicales aux conservatoires de Liège, de Berlin et de Paris. Il fut pendant quelque temps l'accompagnateur de son frère mais, de santé fragile, il ne pouvait pas suivre le rythme des tournées de concerts et s'est consacré à la composition. Il était professeur au conservatoire de Genève et nous a laissé un grand nombre de compositions peu éditées.
  • Antoine Ysaÿe, un de ses fils (1894-1979) : biographe de son père; organisateur des Concerts Ysaÿe - Conseiller technique à la SABAM - Président de la Fondation Ysaÿe.
  • Serge Ysaÿe (né en 1919, décédé en 2007 à Bruxelles), docteur en médecine, petit-fils d'Eugène Ysaÿe, fils aîné d'Antoine Ysaÿe.
  • Jacques Ysaÿe (né le 12 août 1922 à Ixelles - décédé le 4 juillet 2017 à Uccle), chef d'orchestre à la télévision belge sous le nom de Jack Say, est le petit-fils d'Eugène. Compositeur, il remporta la "Gondole d'or" de Venise avec son Caprice Jazz pour violon et grand orchestre. Il a orchestré le 8e Concerto pour violon et orchestre à cordes de son grand-père, et Paganini Variations, notamment.
  • Michel Ysaÿe (né le 2 janvier 1934 à Uccle - décédé le 17 juin 2017 à La Louvière), est le troisième petit-fils d'Eugène Ysaÿe. Il s'est attelé à perpétuer la mémoire de son grand-père par l'intermédiaire des réseaux sociaux et en réunissant des documents iconographiques et autres concernant Eugène Ysaÿe dans le but de les mettre à la disposition du public.
  • Marc Ysaÿe (né le à Ixelles), batteur du groupe rock Machiavel et directeur des programmes de Classic 21, une des radios de la RTBF, est le fils de Serge, le petit-fils d'Antoine et l'arrière-petit-fils d'Eugène.
  • Delphine Ysaÿe alias "Delphine Pointbarre", fille de Marc Ysaÿe et arrière-arrière-petite-fille d'Eugène, est comédienne ainsi qu'animatrice radio et télé.

ŒuvresModifier

 
Buste d'Eugène Ysaÿe au boulevard Piercot à Liège

De nombreuses œuvres pour violon et orchestre dans une forme qu'il affectionnait particulièrement: le poème.

  • Poème élégiaque, op. 12 (Roméo et Juliette) pour violon et orchestre (qui servit de modèle à Chausson pour son propre poème dédié à Ysaÿe) ;
  • Scène au rouet, op. 13 pour violon et orchestre ;
  • Rêve d'enfant, op. 14 pour violon et orchestre réduit ou piano ;
  • Chant d'hiver, op. 15 pour violon et orchestre ;
  • Poème de l'Extase, op. 21 pour violon et orchestre ;
  • Poème de l'amitié, op. 26 pour 2 violons et orchestre ;
  • Poème Nocturne, op. 29 pour violon, violoncelle et orchestre ;
  • Harmonies du soir, op. 31 pour quatuor solo et orchestre à cordes ;
  • Exil!, op. 25 pour orchestre à cordes sans basses.

Et encore une Fantaisie pour violon et orchestre, op. 43, un Divertimento, op. 24 (dont son petit-fils s'est servi pour réaliser un "concerto d'après deux poèmes", en y intercalant le dernier mouvement du poème de l'Extase comme adagio), deux trios à cordes, un quintette dont son petit-fils tirera un "concerto no 8" pour violon et orchestre à cordes et enfin de nombreuses petites pièces de moindre importance, mais qui n'en sont pas moins belles (Rêve d'enfant, op. 16, Berceuse de l'enfant pauvre, op. 20, Les Neiges d'antan, op. 23, mazurkas, etc.)

Affaibli par le diabète, il ne put achever son second opéra La vièrge di pièr (La Vierge de pierre).

  • Légende norvégienne, pour violon et piano.

Cette composition, jusqu'alors inconnue et redécouverte en octobre 2013 par la section de la musique de la Bibliothèque royale de Belgique[9], a été écrite à Bergen le 28 avril 1882 par le violoniste au cours d'une tournée en Norvège où il rencontra Edvard Grieg. Cette pièce, restée sous forme manuscrite depuis la fin du XIXe siècle, a été recréée le 17 octobre 2014 lors du concert d'ouverture de la saison 2014-2015 « Trésors musicaux de la Bibliothèque royale de Belgique » par le violoniste Marc Bouchkov et le pianiste Georgiy Dubko[10]. Elle figure également sur le CD de Marc Bouchkov sorti en septembre 2017 chez Harmonia mundi dans la collection "Harmonia nova"[11].

Fonds Eugène YsaÿeModifier

Constitué à partir de plusieurs dons de la famille entre 2007 et 2019 ainsi que d'achats antérieurs s'étalant sur un peu moins de quatre décennies, le fonds Eugène Ysaÿe, conservé à la section de la musique de la Bibliothèque royale de Belgique[12], est une source documentaire fondamentale pour l'étude de la vie et de l'œuvre du musicien, avec près de 700 lettres et partitions autographes, plus de 1 000 partitions et ouvrages imprimés, une abondante documentation iconographique ainsi qu'une cinquantaine de disques 78 et 33 tours et 4 bobines de film. Un bel ensemble de partitions manuscrites et imprimées est également conservé à la Juilliard School de New York. La bibliothèque du Conservatoire royal de musique de Liège possède également un important lot de manuscrits divers dont l'inventaire est accessible par son catalogue en ligne[13].

MémoireModifier

Les élèves d'Eugène Ysaÿe au Conservatoire royal de BruxellesModifier

Notes et référencesModifier

 
Maxime-Benoît Jeannin
Eugène Ysaÿe : Le dernier romantique ou Le sacre du violon (page de titre)
  1. Cfr. A. Ysaÿe, Eugène Ysaÿe, Sa vie - Son œuvre - Son influence, pp. 449-451
  2. Ibid., p. 500
  3. Cfr. Philippe Borer, Aspects of European Influences on Violin Playing & Teaching in Australia, MMus diss., 1988, p. 105 et passim https://eprints.utas.edu.au/18865/
  4. Ibid. p. 137
  5. Ibid., passim
  6. L'inscription se lit : "Monument érigé par le Comité national belge de la Société des auteurs compositeurs et éditeurs de musique.
  7. (en) Site officiel de la Chapelle musicale Reine Élisabeth
  8. Kraggerud H, Monsen B, Tomter LA, Ree OE, notice de l'enregistrement de la sonate pour deux violons par Kraggerud et Monsen, éditions Naxos
  9. « Digital Viewer by KBR », sur uurl.kbr.be (consulté le 18 septembre 2017)
  10. « Royal Library of Belgium », sur www.kbr.be
  11. CD Harmonia mundi HMN 916106 (Harmonia nova 2), Marc Bouchkov, violin, Georgiy Dubko, piano.
  12. « Royal Library of Belgium », sur www.kbr.be
  13. PMB Group, « Catalogue en ligne Bibliothèque du Conservatoire royal de Liège », sur bibli.student-crlg.be (consulté le 17 juin 2016)
  14. « Bibliothèque royale de Belgique, Mus. Obj. 36 »

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • José Quitin, Eugène Ysaÿe, étude biographique et critique, Genève, Bosworth,
  • Ernest Christen (préf. Émile Jaques-Dalcroze), Ysaÿe, Genève, Labor et Fides, , 2e éd., 232 p. (OCLC 18975550, notice BnF no FRBNF32280099)
  • Antoine Ysaÿe, Eugène Ysaÿe : sa vie, son œuvre, son influence, Bruxelles, l'Écran du Monde,
  • Michel Stockhem, Eugène Ysaÿe et la musique de chambre, Liège, Pierre Mardaga,
  • Maxime-Benoît Jeannin, Eugène Ysaye : Le dernier romantique ou Le sacre du violon, Bruxelles : Le Cri, 1989 (ISBN 2-87106-021-5)
  • Marie Cornaz, Eugène Ysaÿe : 1858-2008, catalogue de l'exposition organisée à l'occasion du cent cinquantième anniversaire de la naissance d'Eugène Ysaÿe du 16 mai au 23 août 2008, Bruxelles, Bibliothèque royale de Belgique, 2008 (ISBN 2-87093-165-4)
  • Marie Cornaz, À la redécouverte d'Eugène Ysaÿe, Turnhout, Brepols, 2019, 352 p. (ISBN 978-2-503-57461-5)
  • Bernard Huys (éd.), L'école belge du violon, catalogue de l'exposition organisée à la Bibliothèque royale de Belgique du au , Bruxelles : Bibliothèque royale de Belgique, 1978
  • Zidrou et Raphaël Bleuchot, Tourne-disque, Bruxelles, Le Lombard, 2014, 104p. (ISBN 978-2-8036-3219-0)*Theodore Baker et Nicolas Slonimsky (trad. de l'anglais par Marie-Stella Pâris, préf. Nicolas Slonimsky), Dictionnaire biographique des musiciens [« Baker's Biographical Dictionary of Musicians »], t. 3 : P-Z, Paris, Robert Laffont, coll. « Bouquins », (réimpr. 1905, 1919, 1940, 1958, 1978), 8e éd. (1re éd. 1900), 4 728 p. (ISBN 2-221-07778-4), p. 4 675

Article connexeModifier

Liens externesModifier