Édouard Detaille

peintre français

Édouard Detaille, né le à Paris et mort le dans la même ville[1], est un peintre et illustrateur français.

Édouard Detaille
Ferdinand Mulnier - Édouard Detaille.jpg
Édouard Detaille, photographié par Ferdinand Mulnier.
Naissance
Décès
Sépulture
Nom de naissance
Jean-Baptiste-Édouard Detaille
Nationalité
Activités
Autres activités
Maître
Mouvement
Fratrie
Charles Detaille
André Detaille (d)
Pauline Detaille (d)
Jean Paul Detaille (d)
Georges Detaille (d)
Julien Detaille (d)
Jeanne Marguerite Detaille (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Distinctions
Œuvres principales

Renommé pour ses scènes militaires et l'abondance de son travail en uniformologie, il est considéré comme un grand spécialiste de la peinture militaire française[2], faisant de lui un des derniers maîtres du genre avant que celui-ci disparaisse progressivement au début du XXe siècle.

Il s'inscrit dans la continuité des peintres néoclassiques et romantiques du Premier Empire et de la légende napoléonienne, comme François Gérard ou Horace Vernet, dont l'héritage fut reçu favorablement dans l'art académique de la seconde moitié du XIXe siècle. Il s'insère dans une logique de représentation au plus proche de la réalité, par son souci du détail historique et du respect de l'exactitude technique des actions réalisées par les personnages de ses œuvres, tout en cherchant à y dégager l'élément considéré comme essentiel.

Il est devenu célèbre en son temps par ses toiles représentant tragiquement et de façon parfois très crue la guerre franco-allemande de 1870 intégrant aussi les actions héroïques réalisées par les Français, et est resté principalement dans la postérité par son tableau réalisé en 1888 intitulé Le Rêve exaltant les gloires militaires passées dans un contexte politique post-conflit tendu entre la France et l'Allemagne. Il vécut principalement à Paris et à Ville-d'Avray. Le fonds d'atelier de l'artiste est conservé au musée de l'Armée à Paris depuis 1915.

BiographieModifier

La vocation de peintre de scènes militairesModifier

Édouard Detaille naît à Paris le à Paris[3]. Son père, artiste amateur et ami des collectionneurs et des peintres, dont le peintre de guerre Horace Vernet, l'encourage à s'intéresser très tôt à l'art[4]. Issu d'une famille proche des milieux militaires — son grand-père était intendant de la Grande Armée, sa grand-tante avait épousé l'amiral Villeneuve — Édouard Detaille est scolarisé à Paris au lycée Bonaparte (actuel lycée Henri-IV). Il y révèle déjà par des illustrations dans ses cahiers de classe une aptitude peu commune pour le dessin et une prédilection pour les sujets militaires, déjà présente lors de son enfance : « Je me roulais dans les albums de Raffet et de Charlet […] Avant de savoir mes lettres, je devinais les sujets de batailles, les noms des généraux illustres, l'arme des officiers et des soldats »[5] faisant référence ici à son admiration pour Auguste Raffet et Nicolas-Toussaint Charlet, deux peintres de scènes du Premier Empire. Après avoir reçu son baccalauréat, il émet le vœu d'être peintre et est initialement proposé pour devenir l'élève d'Alexandre Cabanel[6].

En définitive, il est formé dans l'atelier d'Ernest Meissonier[3] : ce dernier, chargé de transmettre la proposition à Cabanel, apprécie tellement favorablement les croquis joints en exemples qu'il préfère le garder comme son propre élève. Entrant dans son atelier à Poissy, Detaille devient ami avec Charles Meissonier, le fils de son nouveau maître, et Lucien Gros, un autre de ses élèves. Il y travaille douze heures par jour et s'entraîne en réalisant des personnages en tout genre — militaires, bourgeois, incroyables[7] — mais il réalise aussi lors de ses promenades des croquis de tout ce qu'il observe. C'est Meissonier qui lui fournit le sujet de la première toile intitulée Un coin de l'atelier de M. Meissonier qui est exposée en 1867. Detaille en profite ensuite pour accompagner son maître dans le Midi l'été de cette même année, et réalise sur place sa première toile militaire d'importance, Cuirassiers de la Garde ferrant leurs chevaux sur la route d'Antibes[8]. Après ce coup d'essai, il expose pour la première fois un sujet militaire en 1868 nommé La Halte des tambours. Le tableau est acheté pour 800 francs par un des modèles qui posaient régulièrement pour Meissonier, mais le jour même la princesse Mathilde le lui rachète 1 500 francs[7]. Cette œuvre, considérée comme « un vrai bijou » par le critique d'art Edmond About[8], marque le début d'une longue et brillante carrière de peintre d'histoire avec une prédilection pour les scènes militaires. Il expose 26 fois au Salon de 1867 à 1912.

Un artiste soucieux de la réalité historiqueModifier

 
Carabinier de la Garde impériale du Second Empire (1911), huile sur toile.

La peinture d'Édouard Detaille se rattache à l'académisme et hérite de la tradition issue des peintres néoclassiques et romantiques de l'épopée napoléonienne. Il présente un souci d'être au plus proche du réel comme par ses représentations historiques des réalités tragiques de la guerre comme celles de la guerre de 1870. Il dit à ce propos « J'ai essayé de faire un portrait ressemblant de la guerre moderne, de substituer une image vraie à une image conventionnelle »[9]. Detaille peignait lentement et de manière méthodique, de façon à produire des œuvres aussi réalistes et précises que possible. Le critique d'art Marius Vachon considère que « De Meissonier, Detaille a hérité le souci de la perfection du travail, la recherche de l'expression individuelle dans la physionomie et dans le costume, la pénétrante netteté du dessin, en même temps que le goût de la synthèse ». Cependant, il note aussi le fait que « Detaille, artistiquement, est bien le fils de Meissonier ; mais qu'il ne lui ressemble pas plus qu'il n'y a dans l'ordre physique, aussi bien que dans l'ordre intellectuel, d'analogie véritable entre deux générations »[10] et inclut l'artiste dans une école nouvelle poursuivant une certaine continuité sur les représentations militaires méticuleuses d'Isidore Pils et vivantes d'Hippolyte Bellangé, mais bouleversée par une « révolution » artistique : « Elle va peindre la guerre telle qu'elle est, parce qu'elle l'a vue ; et, dans cette représentation exacte, à côté de la vie elle mettra l'âme, parce qu'elle y aura pris part »[11]. Par la nature militaire de la majorité de ses tableaux et des sujets traités, comme la guerre franco-prussienne de 1870-1871, il est considéré comme un des peintres de la revanche par la postérité. Or l'artiste reniait cette simplification : « J'aime mon pays autant que personne, je vous prie de le croire ; mais je ne voudrais pas qu'on réduisît mon art à n'être que de l'art patriotique »[12].

Artiste-soldat durant la guerre de 1870-1871Modifier

Lorsqu'éclate la guerre de 1870, Detaille délaisse son travail pour une peinture représentant une scène mondaine parisienne intitulée Le Moulin de Longchamp[13] et s'engage au 8e bataillon d'infanterie mobile. En novembre 1870, il se trouve attaché à l'état-major du général Ducrot et participe aux combats aux environs de Paris. Il peut observer les régiments dans le feu de l'action sur la Marne et en profite pour prendre des notes et pour exécuter des croquis[14]. Son frère Julien et son demi-frère Georges sont tués lors de cette guerre : le premier durant un combat et le second lors de sa détention dans un camp de prisonniers situé à Dresde[14]. Toutes ces expériences le marquent profondément, le souvenir restant prégnant malgré le temps et le conduisant à réaliser plusieurs années après certaines de ses toiles comme Le Salut aux blessés ! (1877), La Défense de Champigny-sur-Marne (1879), Le Soir de Rezonville (1884).

Avec Alphonse de Neuville, il produit deux grands panoramas de batailles : La Bataille de Champigny et la La Bataille de Rezonville. Ils sont par la suite découpés en multiples morceaux, et vendus individuellement lors d'une première vente en 1892, puis lors d'une seconde en 1896[15].

Un artiste engagé aux œuvres censuréesModifier

 
La Défense de Champigny-sur-Marne ou Champigny, décembre 1870 (1879), huile sur toile, 121,9 × 215,3 cm, New York, Metropolitan Museum of Art.

Les Vainqueurs[16] et Un convoi allemand[14] dont le thème est la guerre franco-prussienne de 1870-1871, dénonçant des abus du camp adverse, sont exclus du Salon de 1872 par mesure diplomatique envers l'Allemagne. Il dessine aussi à partir de croquis et d'événements inscrits dans sa mémoire Un coup de mitrailleuse, œuvre d'un réalisme cru représentant des soldats allemands « hachés » durant la bataille, réalisée sous le coup de l'émotion, en réaction à l'hécatombe française et à la mort de son frère Julien âgé de 19 ans et de son demi-frère Georges durant le conflit. Il se base pour la scène représentée sur sa propre expérience d'un champ de bataille situé entre Villiers et Petit-Bry[16]. Il choisit cependant de s'autocensurer et de ne pas exposer au Salon une version transposée en peinture, qu'il dédicace à Albert Goupil[14].

De même en 1877 l'œuvre Le Salut aux blessés ! qui dépeint le salut d'officiers allemands à une colonne de prisonniers français blessés « avait dû subir quelques modifications toujours à cause des susceptibilités diplomatiques »[16].

Lorsque l'affaire Dreyfus éclate, Detaille, sans s'étendre publiquement sur le sujet, déclare en privé qu'il est antidreyfusard. Sa position semble être cependant plus nuancée par la suite au vu de ses lettres à ce sujet où il semble visiblement troublé par les éléments accablants l'armée. Sa position antidreyfusarde a été prise « non par antisémitisme mais par solidarité avec l'armée » selon l'historien de l'art François Robichon[17].

Voyages en EuropeModifier

Désormais célèbre, il voyage en Europe entre 1879 et 1884, visitant également la Tunisie en 1881 avec les troupes expéditionnaires françaises en qualité de sous-lieutenant[18]. Durant ses voyages avec les militaires, il en profite pour approfondir sa connaissance de l'armée, ce qui lui permet d'avancer dans l'exécution des 406 dessins et aquarelles de L'Armée française : types et uniformes de Jules Richard. En Angleterre, il peint une revue des troupes britanniques par le prince de Galles, qui l'achète, et l'offre à la reine Victoria pour son jubilé de diamant en 1897. Cette dernière l'apprécie, et envoie à Detaille la croix du Jubilé pour témoigner de sa satisfaction[19]. Il réalise aussi une scène montrant les Scotts Guards à Hyde Park. En 1910, devenu roi d'Angleterre en tant qu'Édouard VII, l'ancien prince de Galles avec qui Detaille s'était lié d'amitié demande, non sans une certaine flatterie et un humour bienveillant, à la comtesse Greffulhe de l'inviter à dîner chez elle dans son hôtel de la rue d'Astorg pour faire la connaissance du peintre que ses experts qualifient de « plus grand peintre français vivant. »[20].

Il devient grâce à ses voyages proche du tsar Nicolas II et de la famille impériale russe[21].

Scènes de bataille du Premier EmpireModifier

 
Charge de cavalerie : Vive l'Empereur ! (1891), Sydney, galerie d'Art de Nouvelle-Galles du Sud.

Dans les années 1890, Detaille peint de plus en plus de toiles inspirées de l'épopée napoléonienne, en particulier des scènes de bataille et des charges de cavalerie. Il utilise des uniformes et des accessoires d'époque pour parfaire l'exactitude de ses tableaux. Pour sa toile Sortie de la garnison de Huningue, le , représentant le défilé français autorisé par les Autrichiens à l'issue d'un traité mettant fin au siège de la ville en 1815, récompensant ainsi la vaillance des Français ayant défendu Huningue sous le commandement du général Barbanègre face à la Septième Coalition, Detaille se sert de documents retrouvés par lui-même aux Invalides, ainsi que de ses propres observations de terrain pour reconstituer le site démantelé depuis la Restauration. Il se sert même des archives personnelles des familles des belligérants pour accentuer le réalisme de la bataille, dont des papiers retrouvés représentent des portraits de combattants français. Pour la représentation des chefs Autrichiens, il se rend à Vienne afin d'y chercher des informations dans des bibliothèques et archives[22].

Il déjeune plusieurs fois chez le duc d'Aumale au château de Chantilly en compagnie d'Alphonse de Neuville ou du peintre Léon Bonnat. Le duc, qui s'intéressait aux sujets du Premier Empire, lui achète sa toile Le Colonel Lepic à Eylau le pour la somme de 15 000 francs en mai 1894, soit trois ans avant sa mort[23]. Ce tableau met en scène Louis Lepic, un des héros de la Révolution française et de l'épopée napoléonienne. Engagé dans les dragons en 1781 à seulement quinze ans et demi, il s'illustre tout d'abord à partir de 1793 dans le camp révolutionnaire par sa mansuétude durant la guerre de Vendée, sauvant des civils et recueillant une enfant de trois ans lors d'un combat contre l'Armée Catholique et Royale. Son deuxième haut fait, représenté dans le tableau, eut lieu durant la bataille d'Eylau : voyant des grenadiers à cheval baisser la tête face au déluge de balles ennemies, il s'élève le plus possible sur son cheval et, narguant le danger, s'écrie : « Haut les têtes ! La mitraille n'est pas de la merde ! ». Plus tard, encerclé avec ses cavaliers par les Russes qui lui somment de se rendre, il répond : « Regardez-moi ces figures-là si elles veulent se rendre » et réussit à se libérer du joug ennemi.

Membre de l'Institut et président de SalonModifier

Il est élu membre de l'Académie des beaux-Arts en 1892, année où il crée aussi la cape noire que portent les membres de l'Institut[24]. Président de la Société des artistes français en 1896, il contribue à la création du musée de l'Armée à Paris via la société d'études La Sabretache[25], dont il est un des principaux fondateurs. Il est président de l'Institut pour l'année 1905[26]. Il meurt célibataire en son domicile, un coquet petit hôtel de maître où son atelier occupe tout le rez-de-chaussée 129 boulevard Malesherbes le et est inhumé à Paris au cimetière du Père-Lachaise (66e division)[27].

Projet d'uniformes pour l'arméeModifier

En [28], le ministre de la Guerre Adolphe Messimy décide de rénover les uniformes de l'armée française et lance une commande publique à Detaille et Georges Scott, un de ses élèves. Le ministre demande une nouvelle tenue de campagne, incluant un habillement de repos, et une tenue d'apparat. Toutes les tenues devant être « élégantes et pimpantes »[28] mais également exemptes d'éléments brillants : l'acier bruni moins visible à distance doit en effet remplacer l'acier scintillant. Les discussions initiales laissent entrevoir un projet proche de l'équipement final — pattes d'épaules remplaçant les épaulettes, culotte garance, capote ample —, le seul point de divergence avec le comité étant l'idée de casque proposé Detaille destiné à remplacer le képi rouge traditionnel pour la tenue de campagne, le képi devait initialement être gardé uniquement pour l'habillement de repos[29]. En effet, bien que le projet de casque de Detaille est loué par le comité pour ses qualités esthétiques, il est aussi critiqué car risquant de poser des problèmes techniques pour le tir couché[28]. Les couleurs n'étant pas toutes initialement établies, celles-ci évoluent avec le temps, seul le réséda très décrié est vite écarté. La volonté d'éviter une trop grande visibilité des troupes par l'ennemi est aussi évoquée, mais contre toute logique cela n'écarte pas ensuite l'adoption d'une culotte garance par le comité, choix approuvé par une partie de la presse qui estime que : « L'expérience a, en effet, démontré qu'à la guerre c'est le buste du soldat qui est visible et non les jambes [sic] »[30]. Pour une autre partie de la presse, l'utilisation de la couleur garance est cependant jugée problématique et, souhaitant éviter le moindre risque pour les soldats, elle trouve préférable d'adopter une couleur brune, moins visible, et d'en faire de même pour le képi de repos[31]. Detaille ne tient cependant pas compte de ces dernières critiques.

Une première version du casque est présentée début 1912 : en acier bleui, il offre un cimier bronzé au milieu de la partie supérieure destiné à amortir des chocs venant par le dessus, ainsi qu'une visière et un cache-nuque uniformes permettant au casque de se porter dans les deux sens. Les attaches de la jugulaire, sangle permettant de retenir un couvre-chef et passant sous le menton, sont ornées de deux têtes de lion en acier bronzé, avec pour le côté gauche du casque une cocarde tricolore rajoutée. Le poids total pour cette première version est d'environ 1 kilogramme[32].

En , le choix de la couleur pour la capote est fixé : un gris bleuté[33]. Elle se rapproche, même si sa teinte est légèrement plus claire, de la future capote bleu horizon utilisée par les poilus lors de la Première Guerre mondiale.

 
Projets de tenue pour l'infanterie de ligne présenté au Salon de mai 1912. Les grandes tenues d’apparat sont à gauche et les tenues de campagne, mieux camouflées, à droite.

Pour la cavalerie, l'élaboration des uniformes revient principalement à Georges Scott, les modifications restant légères car les tenues déjà existantes sont jugées assez satisfaisantes. La question de la visibilité des cavaliers par l'ennemi n'est pas posée, car le problème ne semble pas être la tenue du cavalier, mais bien la visibilité du cheval lui-même[30]. Scott, libéré de cette contrainte technique, s'inspire donc librement des éléments les plus flamboyants du Second Empire[34].

Des essais grandeur nature ont lieu durant l'été 1912 lors du défilé militaire du 14 Juillet à Longchamps[35]. Le défilé reçoit un accueil favorable de la part de la presse, néanmoins les nouveaux uniformes sont jugés par certains observateurs problématiques sur le plan de l'efficacité en temps de guerre[36].

Alexandre Millerand, le successeur d'Adolphe Messimy au ministère de la Guerre à partir de janvier 1912, accueille initialement bien le projet. Il décide ensuite malgré tout de ne pas l'adopter après la semi-déception déclenchée par les uniformes lors du défilé de Longchamps. Cependant les éléments principaux restent pris en compte : la large capote gris-bleu, source d'inspiration pour la future capote bleu horizon, et le casque, plus tard repris par Louis Adrian pour l'élaboration d'un nouveau casque portant son nom utilisé comme standard par l'armée française durant la Première Guerre mondiale.

PostéritéModifier

Après la mort d'Édouard Detaille le , ses œuvres subissent un fort déclin de popularité, dont les signes avant-coureurs sont déjà perceptibles à la fin de sa vie : la victoire, dans l'opinion publique, des artistes ayant opéré un rejet net de l'Académie des beaux-arts comme les impressionnistes et post-impressionnistes, ont en effet donné le coup de grâce à la peinture jugée académique. Les critiques modernistes fusent contre le camp des « perdants », dénigrant ceux qui comme Detaille avaient accepté les jurys jugés conformistes des salons officiels, ainsi que le poids de l'Académie en France dans les arts. Les héritiers de la tradition artistique des Salons refusant la révolution artistique en cours voient leur style de peinture vilipendé car considéré par les tenants de la nouvelle école comme étant des pastiches grandiloquents sans goût et sans saveur des toiles glorieuses des siècles précédents. Cette position se résume pour ces détracteurs par le terme à connotation péjorative d'« art pompier »[37]. Du point de vue de Detaille, son hostilité envers l'évolution de l'art est à nuancer, car même s'il déteste Vincent van Gogh et Paul Cézanne, il admire Claude Monet et semble intéressé par les sculptures d'Auguste Rodin[38].

La Première Guerre mondiale sonne aussi le glas du genre militaire dans la peinture en France par le dégoût engendré chez les mobilisés de la réalité des guerres modernes en contradiction avec la guerre attendue par la génération de la revanche. L'enthousiasme représenté par Detaille dans sa toile Le Rêve, imaginant un retour aux glorieux combats des temps anciens, est raillé après le conflit.

L'artiste et son œuvre sont à l'heure actuelle de nouveaux mis en lumière chez les spécialistes de l'art, notamment grâce à la parution d'une monographie réalisée en 1962 par Pierre Chanlaine. Par la suite, un intérêt grandissant conduit à l'apparition de l'Association des Amis d’Édouard Detaille en 1979, association présidée par l'historien de l'art François Robichon, ainsi qu'à l'apparition conjointe de nouvelles biographies[39]. Le travail d’Édouard Detaille est aussi redécouvert par les uniformologistes à la même période comme en témoigne un article de 1979 issu de la revue Uniforme, dans lequel son style de dessin est certes considéré comme figé, mais où est cependant louée sa qualité de coloriste. L'article remet aussi en question la sévérité du jugement de l'historien du début du XXe siècle Camille Mauclair, qui qualifie en effet l’œuvre de Detaille de « désolante erreur »[40]. De nouvelles recherches sur l'apport artistique de Detaille s'ensuivent. Ces recherches s'accompagnent de deux achats par des institutions muséales : le premier par le musée Saint-Remi de Reims de La Charge de Morsbronn en 1986 et le second lors de l'acquisition du tableau Le Rêve par le musée d'Orsay en 1988[41] — musée réhabilitant l'art académique auprès du grand public — confirmant le regain d’intérêt pour l'artiste.

HommagesModifier

 
La salle Detaille du musée de l'Armée à Paris.

Une rue Édouard-Detaille est créée de son vivant en 1892 dans le 17e arrondissement de Paris, dans le quartier Plaine-de-Monceaux.

Une salle Detaille est installée au musée de l'Armée à Paris en [42]. Maintenant disparue, elle était entièrement dédiée à ses œuvres.

ŒuvresModifier

Certaines œuvres sont datées par leur année d'exposition au Salon, qui devient en 1880 le Salon des artistes français. Le Salon de Mulhouse a quant à lui été créé par des personnalités liées à la Société industrielle de Mulhouse telles que Frédéric Engel-Dollfus[43].

TableauModifier

La liste des tableaux répertoriés est présentée dans cet article détaillé à part, elle ne se veut pas exhaustive, l'artiste ayant été extrêmement prolifique de son vivant.

PanoramaModifier

Peinture muraleModifier

DessinModifier

 
Emmanuel Chabrier, dessin dédicacé « à l'ami Chabrier », publié dans la Revue Illustrée du .
  • Tambour d'infanterie anglaise, 1879[56], 25,5 × 19,5 cm, localisation inconnue[57].
  • Infanterie de ligne, 1824, Salon de Mulhouse de 1886, localisation inconnue[58].
  • Tambour d’infanterie légère, 1845, Salon de Mulhouse) de 1886, localisation inconnue[58].
  • Le duc d'Aumale à Taguin, 1843 ou Le duc d'Aumale attaque la Smalah à Taguin le , 1886, 28,2 × 18,2 cm, Chantilly, musée Condé[59].
  • Emmanuel Chabrier, dessin publié en 1887 dans la Revue Illustrée, localisation inconnue[60].
  • Infanterie de ligne, 1848, Salon de l'Union artistique de Toulouse de 1888, localisation inconnue[61].
  • Artillerie à cheval et à pied, 1816, Salon de Mulhouse de 1893, localisation inconnue[62].
  • Au rapport, Salon de Mulhouse de 1896, dessin gouaché, localisation inconnue[63].

IllustrationModifier

  • 1884 : major Hoff, Les grandes manœuvres, illustrations d'Édouard Detaille.
  • 1884-1888 (plusieurs tomes) : Jules Richard (pseudonyme de Thomas Jules Richard Maillot), L'Armée française : types et uniformes, 346 dessins et 60 aquarelles[64]. Ouvrage présentant l'évolution des uniformes de l'armée française depuis la Révolution Française jusqu'au début de la Troisième République, dont les illustrations des uniformes de chaque époque réalisées par Detaille se veulent être rigoureusement exactes et lui ont valu sa réputation d'expert en uniformologie.
  • Vers 1886 : Jules Richard (pseudonyme de Thomas Jules Richard Maillot), En campagne, deuxième série, Éd. Boussod, Valadon et Cie[65], tableaux et dessins de Detaille avec d'autres peintres comme Ernest Meissonier[66].
  • 1887 : Charles Yriarte, Autour du Concile : souvenirs et croquis d'un artiste à Rome, illustrations d'Édouard Detaille, gravures de Ferdinand Heilbuth[67].
  • 1894 : L'Armée russe aux grandes manœuvres, souvenirs du camp de Krasnoé-Sélo. Études et croquis rapportés du camp impérial de Krasnoé-Sélo, par Édouard Detaille, Éd. Boussod, Valadon et Cie[68].
  • 1895[69] : Frédéric Masson, Cavaliers de Napoléon, illustrations d'Édouard Detaille ; réédition Paris, Teissèdre, 2002[70]).
  • « Officier de hussards, 1806 », L'Illustation,‎ , hors texte.
  • 1912 : discussions et dessins portant sur le projet d'uniformes inventés par Detaille pour l'infanterie de ligne dans le journal L'Illustration, no 3602[71] et no 3605[72]), concrétisé par Projets de tenue pour l'infanterie de ligne exposés au Salon de 1912[73].

Récompenses et distinctionsModifier

ÉlèvesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Archives de Paris, acte de décès n°2826 dressé au 17e arrondissement de Paris le 25/12/1912, vue 7 / 16
  2. « Biographie d'Édouard Detaille (1848-1912) », sur Académie de Nantes (consulté le 27 mai 2019).
  3. a et b (en) « Detaille, Jean Baptiste Édouard », Extrait de la notice dans le dictionnaire Bénézit, sur Oxford Art Online, (ISBN 9780199773787).
  4. Trapp 2003.
  5. Marius Vachon, Detaille, Paris, A. Lahure, , p. 10.
  6. Jean Valmy-Baysse, Édouard Detaille, sa vie, son œuvre, nombreuses reproductions, Paris, Société d'Édition et de Publications, Librairie Félix Juven, collection « Peintres d'Aujourd'hu », 1910, p. 9.
  7. a et b Jean Valmy-Baysse, Édouard Detaille, sa vie, son œuvre, nombreuses reproductions, Paris, Société d'Édition et de Publications, Librairie Félix Juven, collection « Peintres d'Aujourd'hui », 1910, p. 10.
  8. a et b Georges Cain, « Édouard Detaille », Revue Illustrée,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  9. Léon Plée, « [titre ?] », Les Annales politiques et littéraires, , no 1541, p. 13.
  10. Vachon, op. cit., pp. 20-21.
  11. Vachon, op. cit., pp. 5 et 6.
  12. Louis Gillet, « Édouard Detaille, peintre de la guerre moderne », Lectures pour tous,‎ .
  13. Cain, op. cit., p. 5.
  14. a b c et d François Robichon, Édouard Detaille : un siècle de gloire militaire, Paris, Bernard Giovanangeli Éditeur / Ministère de la Défense, , 143 p. (ISBN 9782758700104), p. 21.
  15. Robichon, op. cit., p. 39.
  16. a b et c Jean Valmy-Baysse, Édouard Detaille, sa vie, son œuvre, nombreuses reproductions, Paris, Société d'Édition et de Publications, Librairie Félix Juven, collection « Peintres d'Aujourd'hui », 1910, pp. 12 et 13.
  17. Robichon, op. cit., p. 106.
  18. Cain, op. cit., p. 7.
  19. Robichon, op. cit., pp. 51-52
  20. George Painter, Marcel Proust, Paris, Mercure de France, 1966, p. 204.
  21. « Chez Édouard Detaille », Le Matin : derniers télégrammes de la nuit,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  22. Vachon, op. cit., p. 142.
  23. Nicole Garnier-Pelle, Chantilly, musée Condé, Peintures des XIXe et XXe siècles, Paris, Éditions de la Réunion des musées nationaux, , 445 numérotées p., pp. 138-139.
  24. « L’habit vert et l’épée | Académie française », sur www.academie-francaise.fr (consulté le 25 avril 2019).
  25. « L'histoire du Musée », sur Site du Musée de l'Armée (consulté le 29 avril 2019).
  26. « Detaille Jean-Baptiste Édouard », sur Site du Comité des travaux historiques et scientifiques. Institut rattaché à l’École nationale des chartes, (consulté le 27 avril 2019).
  27. Paul Bauer, Deux siècles d'histoire au Père Lachaise, Mémoire et Documents, (ISBN 978-2914611480), p. 283.
  28. a b et c Croisilles, « Deux peintres militaires vont habiller l'armée française », Excelsior : journal illustré quotidien : informations, littérature, sciences, arts, sports, théâtre, élégances,‎ , p. 3 (lire en ligne).
  29. « Petites Nouvelles des Lettres et des Arts », Comoedia,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  30. a et b « La Tenue réséda a vécu. Le Pantalon rouge survit. », Le Journal,‎ , p. 4 (lire en ligne).
  31. Commandant Fouquet, « Casques et Uniformes », Le Magasin pittoresque,‎ , p. 307 (lire en ligne).
  32. « Le casque ! le casque ! », Gil Blas,‎ , p. 1 (lire en ligne).
  33. Lieutenant-Colonel Rousset, « Les Nouveaux Uniformes de l'Armée Française », Les Annales politiques et littéraires,‎ , p. 355 (pour la lecture en ligne) (lire en ligne).
  34. Lieutenant-colonel Rousset, op. cit., p. 356.
  35. « La mort d'un grand peintre », La Presse,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  36. F. de Solières, « Admirable Manifestation Militaire », La Presse,‎ , p. 2 (lire en ligne).
  37. Louis-Marie Lécharny, L'art pompier, puf (presses universitaires de France), coll. « Que sais-je ? », , 127 p. (ISBN 2-13-049341-6).
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AnnexesModifier

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BibliographieModifier

Liens externesModifier