Aquarelle

technique picturale
Aquarelle de J. Grandgagnage, 1988.

L’aquarelle est une technique picturale fondée sur l'utilisation de pigments broyés, agglutinés avec de l'eau gommée pour constituer une peinture à l'eau également appelée aquarelle, ainsi que les ouvrages de peintures réalisées par ce procédé. Elle se pratique généralement sur papier.

Depuis la fin du XVIIIe siècle, on différencie l'aquarelle, transparente, de la gouache, opaque.

Le faible encombrement du matériel et la possibilité d'une exécution technique rapide la font souvent servir à la réalisation de pochades et d'études, et à la peinture en extérieur.

Sommaire

TechniqueModifier

ColoriageModifier

L'aquarelle a servi historiquement et sert encore beaucoup pour des travaux mise en couleurs d'impressions monochromes ou de dessins et, avec la gouache, pour les livres de coloriage.

Au XIXe siècle, les éditeurs proposaient des versions des lithographies en couleurs, fabriquées en passant à la main des couleurs sur une impression demi-teinte peu contrastée. Le même procédé a servi pour la mise en couleur de photographies. Au XXe siècle, le procédé pouvait servir pour la mise en couleurs de la bande dessinée par des coloristes[réf. souhaitée]. Le contour était alors préalablement tracé à l'encre indélébile à la plume ou au pinceau.

En peinture, on considère aujourd’hui généralement que le travail à l'aquarelle se fait sur papier vierge, avec tout au plus une mise en place légèrement tracée au crayon. Cela n'exclut pas que des artistes puissent lever des croquis coloriés sur le motif, avant d'exécuter l'aquarelle proprement dite sur papier vierge.

Application de l'aquarelleModifier

 
Michel Charrier, La Maison en Normandie (2010).

Lorsque d'un trait de pinceau, on dépose l'aquarelle sur le support, les pigments se retrouvent d'abord en suspension dans le milieu aqueux. Ils se déposent ensuite progressivement au creux des aspérités du papier tout comme des sédiments charriés par une rivière en crue. Tant que le papier reste humide, des pigments flottent encore dans le liquide. Il est toujours possible d'intervenir si l'on ne perturbe pas la couche des pigments déjà déposés (Morelle 2013, p. 40 sq).

Lorsque le papier est sec, la transparence de l'aquarelle s'impose. Elle résulte des différences d'épaisseur des strates de pigments sur le papier. Peu de pigments sur les crêtes et davantage dans les creux. C'est ce gradient qui crée cette « vibration » si particulière.

Sa simplicité n'est qu'apparente. Les difficultés, réelles, ne doivent cependant pas décourager le novice qui, s'il a bien assimilé ces spécificités techniques, saura en tirer profit pour produire un travail de qualité.

Le maximum d'intensité lumineuse correspond au blanc du papier. Les techniciens les plus habiles savent ménager dans leur tableau ces éclats lumineux naturels aux endroits les plus opportuns. De nombreux artifices techniques permettent aussi de préserver le fond du support : la paraffine (bougie) ou la gomme à masquer ((en) drawing gum).

On décrit habituellement deux techniques qui peuvent s'associer dans un même travail.

  • La technique sèche est la plus ancienne. Son principe est d'étaler délicatement la peinture très diluée sur le support de façon à laisser transparaître la couleur du fond. Une fois les premiers tons posés et après séchage complet on s'intéresse aux éléments de détails de plus en plus précis en utilisant des couleurs moins diluées et en prenant soin d'aller des tons les plus clairs vers les plus foncés. Le travail progresse par couches successives et se termine par quelques rehauts plus foncés qui donnent à l'œuvre de la présence et du caractère.
  • La technique dans le mouillé, plus dynamique, impose l'humidification préalable du support. Elle permet à l'artiste d'obtenir des surfaces aux couleurs très intenses, de faire fusionner les couleurs et d'effectuer des retraits de peinture sans abîmer le support. Les effets sont nombreux : fondus, dégradés, camaïeux, etc. Son apprentissage est long, car il nécessite une bonne maîtrise du cycle de l'eau sur le papier. C'est en effet le degré d'humidité du papier qui dicte au peintre le moment le plus opportun pour intervenir (Morelle 2013).

Dans tous les cas, la couleur de l'aquarelle ternit assez notablement au séchage (Morelle 2013, p. 22). La disparition de l'eau change le trajet des rayons lumineux, et les couleurs perdent de leur éclat. L'artiste en tient compte. Un phénomène du même ordre peut se produire si, le travail fini, on y applique un vernis fixatif ou protecteur (PRV1).

Composition de la peinture pour aquarelleModifier

 
Palette d'aquarelle.

Les couleurs d'aquarelle se présentent sous deux conditionnements : godets de couleur sèche, tubes de couleur pâteuse.

Elles sont constituées :

La composition de l'aquarelle en godet et en tube est presque la même. L'aquarelle en tube peut comporter plus de miel afin que le produit reste plastique plus longtemps (VTT, p. 786). Il est possible de remplir les godets vidés avec des tubes, moins onéreux, ceux-ci durciront en séchant. Il est cependant recommandé de procéder en plusieurs couches. Si la peinture d'un tube a séché, on peut découper l'enveloppe et utiliser le contenu comme de l'aquarelle en godets[2].

Les tubes contiennent de 5 à 40 cm3. Les godets mesurent environ 19 × 30 × 10 mm et contiennent environ 5 g de peinture ; les demi-godets sont moitié moins larges avec 19 × 15 × 10 mm. Cette taille uniforme permet de placer dans les alvéoles des boîtes de voyage les produits de tous les fabricants.

Les crayons et craies « aquarellables » et encres-aquarelles liquides ont le plus souvent une composition très différente de ce celle des couleurs d'aquarelle. Bien qu'on puisse les travailler à l'eau, ils s'appliquent d'une façon très différente.

Les pinceauxModifier

Article détaillé : pinceau à aquarelle.

Pinceaux classiquesModifier

L'aquarelle se pratique habituellement à l'aide d'un pinceau ayant un bon pouvoir de rétention d'eau (trempe).

Le poil de petit-gris (de l'écureuil du même nom), dont la capillarité reste insurpassée, est le plus adapté. La forme du pinceau mouilleur est parfaite pour les lavis et les fonds, car son ventre (ou réservoir) permet de contenir une grande quantité de liquide (Morelle 2013, p. 52-53).

Le poil de martre, souple et nerveux, est apprécié pour sa trempe et la finesse de sa pointe. La meilleure qualité est la variété de martre Kolinsky, en réalité vison de Sibérie.

Les pinceaux chinois, qui peuvent combiner deux sortes de poils, conviennent, mais ils ne se tiennent qu'en position verticale, alors qu'on peut utiliser la tranche des autres pour un trait plus épais.

Les pinceaux en fibres synthétiques souples, moins absorbants mais d'une bonne élasticité, sont utiles pour poser les fonds et ouvrir les blancs.

Les brosses plates servent à mouiller ou peindre de grandes surfaces.

Pinceau à recharge d'eauModifier

Il existe également de nos jours des pinceaux à recharge d'eau. Lors de leur apparition, ces pinceaux étaient de deux types :

  • Le type japonais fait de poils synthétiques et muni d'une recharge souple, que l'on peut presser entre les doigts pour obtenir plus d'eau. Ces pinceaux ont l'avantage d'un dosage plus intuitif de l'eau, mais le désavantage d'un moins bon contact des poils avec le support.
  • Le type chinois, dont la recharge est munie d'une vis sans fin : on trempe sa partie velue dans l'eau et on le recharge en tournant le manche, l'aspiration absorbe l'eau et la retient de façon assez fiable. On dose la quantité d'eau en tournant plus ou moins le manche; c'est moins intuitif que par la pression. Ces pinceaux ont l'avantage d'être faits de poils d'animaux, conférant une meilleure application de la peinture.

Aujourd'hui différentes sociétés de par le monde fabriquent des pinceaux à recharge d'eau. Il en existe également à recharge d'encre. Il faut utiliser des encres à colorants qui restent solubles dans l'eau, comme celles utilisables avec les stylos à plume. Si on remplit les pinceaux à recharge d'eau d'encre de Chine ou de brou de noix plus ou moins dilués, ils se bouchent rapidement, et souvent sans remède. Un trempage dans de l'eau tiède à chaude permet quelquefois de libérer l'obstruction. Les dépôts provenant du calcaire de l'eau s'éliminent au vinaigre, ou avec les produits prévus pour les machines à laver.

Un pinceau à recharge s'utilise différemment du pinceau traditionnel avec un godet d'eau. Le flux d'eau venant de la réserve dilue l'aquarelle prise au godet au fur et à mesure qu'on passe le pinceau sur le papier ; et seul un pinceau sec peut retirer, en la pompant, un excès de peinture humide. Les pinceaux à réserve d'eau peuvent s'utiliser seuls pour des croquis colorés rapides, ou en complément des pinceaux classiques et des godets.

Autres outilsModifier

D'autres outils sont indispensables, comme les godets à eau et chiffons pour nettoyer les pinceaux ; d'autres peuvent s'avérer utiles à l'aquarelle tels que palettes à godets pour préparer des mélanges, éponges, boules de coton, brosse à dent pour les projections de couleur, lame ou plume pour les grattages, gomme pour protéger des réserves.

Article détaillé : crayon aquarellable.

Le crayon aquarellable (ou crayon aquarelle) ressemble à un crayon de couleur, il permet de dessiner des détails précisément ou bien de placer les couleurs avant de les étaler avec un outil humide comme le pinceau à aquarelle.

Le pastel aquarellable (ou pastel aquarelle) se présente sous la forme d'un bâtonnet rond ou carré, donc plus épais que le crayon. Il permet de remplir plus rapidement des zones de couleur.

Le papierModifier

Le support de l'aquarelle est le plus souvent un papier spécialement encollé, appelé papier aquarelle.

Le papier à aquarelle est généralement :

  • Blanc ou ivoire qui transparait sous la couleur ;
  • Épais (200 g/m² minimum) pour éviter les gondolements ;
  • Encollé afin d'éviter que les pigments se répandent sur la feuille avec une trop grande perte de contrôle ;
  • Granuleux (satiné, fin ou rugueux) : le grain, visible sous la couleur, influence le dépôt des pigments et donc le rendu du motif.

Les papiers diffèrent par leur grain et par leur capacité à retenir les pigments. Plus le papier fixe les pigments, et plus on peut appliquer des couches successives sans perturber celles déjà posées ; mais on peut moins retirer de la couleur en mouillant, puis en pompant avec un pinceau essoré (Morelle 2013, p. 71).

Composition des papiers aquarelleModifier

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Les papiers aquarelle sont majoritairement fabriqués à partir de coton.

Le coton reste la matière première de choix, en raison de son fort taux de cellulose. La qualité 100 % coton reste la plus précieuse, bien qu'il existe de nombreuses fibres, telles que le lin ou la chanvre qui sont également utilisées pour cette technique de peinture.

La cellulose que l’on tire du bois (hêtre, bouleau, eucalyptus, pin, épicéa, etc.) devance aujourd’hui largement le coton. Malgré quelques défauts, en partie maîtrisés tels que le jaunissement dû à l'acidité, et sa bonne tenue dans le temps, c’est la fibre la plus économique à produire. À côté des papiers 100 % coton sont aujourd’hui proposés des mélanges coton/bois (50/50 ou 25/75), produits tant sur forme ronde que sur table plate.

De nouvelles fibres naturelles apparaissent, telle la canne à sucre et le bambou. Le bambou est doté de longues fibres, d'où une grande résistance du papier et des effets de gondolement de la feuille limités. Il est moins gourmand écologiquement parlant que le bois, car il grandit très vite et il évite l’utilisation de pesticides ou de produits chimiques.

Depuis quelques années sont apparues des toiles pour aquarelle.

Fabrication du papier aquarelleModifier

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Fabrication de papier au Moulin à papier de Bâle, Suisse.

Les papiers aquarelles sont fabriqués sur forme ronde ou sur table plate.

La fabrication proto-industrielle sur forme ronde est la plus commune pour les aquarellistes. Plus lente et onéreuse, elle garantit un papier relativement haut de gamme, bien que d'une qualité inférieure au papier produit manuellement et artisanalement. Le tamis rond de cette méthode à l’ancienne, grâce au mouvement rotatif de son cylindre, répartit les fibres sur le feutre de manière aléatoire, pour une surface plane et stable, qui, en pratique, donne un plus grand contrôle de la couleur à l’artiste.

La fabrication moderne sur table plate, plus rapide et économique, permet de produire un papier de bonne qualité. Le tamis long des machines modernes assure une orientation régulière ,(mais dans un seul et même sens) des fibres : le papier sera bien calibré, mais sensible aux gondolements et à l'étalement de la couleur.

La fabrication manuelle et artisanale, feuille par feuille et à l'aide de formes à papier, existe toujours. Elle est encore pratiquée dans certaines régions de Chine, notamment à Lijiang et par certains aquarellistes soucieux de maîtriser tous les éléments de leur œuvre, des matériaux à la composition, ainsi qu'en Europe, chez une petite vingtaine d'artisans-papetiers.

Textures du papierModifier

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Le grain du papier joue un rôle important à l'aquarelle.

  • Un grain satiné (pressé à chaud ou hot pressed), très lisse, laisse glisser la couleur : difficile à travailler pour un novice.
  • Un grain fin (pressé à froid ou cold pressed/not) est formé grâce à un feutre introduit au moment de la fabrication de la feuille. Cette surface semi-rugueuse est la plus facile à travailler.
  • Un grain torchon (rough) est très apparent et forme d'importants creux et reliefs : il demande une bonne maîtrise de l'aquarelle.

Préparation du papierModifier

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Le papier humidifié tend à s'allonger. Au contact de l'eau qui porte les pigments de l'aquarelle, le papier peut gondoler, formant des creux dans lesquels la couleur s'accumule. Pour limiter cet inconvénient, les fabricants de matériel de peinture proposent des blocs de papier où les feuilles sont encollées les unes aux autres sur leurs quatre bords, permettant de conserver une certaine planéïté. L'artiste détache la feuille du bloc une fois l'œuvre terminée.

Il existe deux manières de travailler à l'aquarelle :

  • sur papier sec ;
  • sur papier humide.

Dans la technique sur papier humide, la tension du papier est indispensable. Elle ne nuit en rien dans la technique sur papier sec, et évite des tracas. On utilisait autrefois un stirator, dispositif destiné à maintenir le papier dans un état d'humidité et de tension[3].

Pour tendre le papier, on l'humidifie des deux côtés à l'aide d'une éponge ou d'un pinceau mouilleur, puis on le fixe sur une planche rigide à l'aide de bandes de kraft gommé. Une fois sec, le papier pourra être (re)mouillé sans risquer de gondoler. La planche doit être très rigide, car le papier exerce une grande force en séchant. On peut aussi tremper le papier dans l'eau ou on le mouiller profondément avec une douchette, avant de l'agrafer le papier humide sur un châssis. Certains peintres, comme Oga Kazuo[4], décorateur des dessins animés du studio Ghibli, étendent leur feuille abondamment mouillée sur du bois vernis, tandis que d'autres utilisent une plaque de plexiglas. Si l'eau ne s'évapore pas à travers la face inférieure, il conserve une humidité résiduelle pendant plus longtemps, ce qui se répercute sur la dynamique de l'eau et des couleurs[5]

Les crayons aquarellables rendent très différemment sur papier sec et sur papier humine. Pour les appliquer à sec, il faut laisser le papier sécher plus ou moins d'une heure après avoir préparé le papier.

HistoireModifier

 
Albrecht Dürer, Le Cimetière et l'Église Saint-Jean à Nüremberg; autrefois à Brême, Kunsthalle[6]. Peinte en 1494, c'est probablement la première aquarelle en couleur représentant fidèlement un paysage vide [7].

Des pigments en suspension dans l'eau ont probablement été utilisés pour créer des peintures retrouvées dans des cavernes préhistoriques et de nombreuses peintures murales, notamment celles des chambres funéraires, en Égypte.

ChineModifier

Article détaillé : Peinture chinoise.

La peinture chinoise classique est tout entière faite dans des techniques apparentées à l'aquarelle sur fond sec. Dès le IIIe siècle, les Chinois peignaient sur de la soie avec des encres et des colorants solubles dans l’eau.

Moyen ÂgeModifier

Dans l'Occident du XIe siècle on l'utilise en association avec la gouache et les applications de feuilles d'or dans les enluminures qui ornaient les manuscrits des monastères de l'Europe médiévale. On peignait sur du vélin ou du papier avec ses pigments solubles dans l'eau.

RenaissanceModifier

L'invention de la peinture à l'huile (ou sa diffusion) au XIVe siècle laisse à la peinture à l'eau des domaines spécialisés, un peu à l'écart des courants artistiques dominants.

Au XVe siècle et au XVIe siècle, le voyageur naturaliste, l'explorateur, le simple observateur ou le peintre amateur choisissent souvent ce médium. La peinture à l'huile reste fragile pendant le long processus de séchage, tandis que l'aquarelle sur papier peut rapidement se ranger dans un carton pour le transport. Les explorateurs étaient accompagnés de cartographes et de topographes qui étaient souvent des artistes amateurs. En 1577, John White accompagna l’expédition de Sir Martin Frobisher en quête du Passage du Nord-Ouest. Les aquarelles de White, représentant des hommes et des femmes inuits, constituent un témoignage exceptionnel des premiers contacts établis entre les cultures européenne et nord-américaine, et se rangent parmi les œuvres canadiennes les plus anciennes de ces explorateurs.

En Allemagne, Albrecht Dürer développe cette technique, la mélangeant souvent à de l'encre et de la gouache. Il l'utilise en lavis pour des études de paysages durant son voyage en Italie en 1490[8], puis pour représenter de façon très détaillée des herbes, des fleurs, des oiseaux…

Époque classiqueModifier

À l'époque classique, la peinture à l'eau, surtout adaptée au petits formats, se désigne sous le nom de miniature : « Elle est plus délicate. Elle veut être regardée de près. On ne peut la faire aisément qu'en petit. On ne travaille que sur du vélin, ou sur des tablettes. Et les couleurs ne sont détrempées qu'avec de l'eau gommée[9] ».

Particulièrement adaptée aux notations précises, Holbein l'utilise au XVIe siècle pour réaliser des portraits en miniatures, et Gaston d'Orléans l'intègre à ses planches naturalistes.

Au XVIIe siècle, peintres de fleurs et paysagistes flamands (Hendrick Avercamp, Albert Cuyp, Jan Van Goyen, Adriaen Van Ostade) traduisent quelquefois par l'aquarelle leur observation minutieuse de la nature. Rubens et Jordaens en ponctuent parfois leurs dessins de touches aquarellées souples et transparentes. L'aquarelle sert aussi au coloriage de gravures comme celles des ouvrages de Buffon.

Mais la peinture à la caséine et la peinture à l'huile gardent la préférence des artistes et surtout celle de leur commanditaires. Les peintres réservent alors l'aquarelle aux études préparatoires et certains travaux personnels. Cette éclipse relative se prolonge jusqu'au XVIIIe siècle.

Jusque vers 1760, le vocable lui-même n'est pas encore bien défini et Diderot emploie indifféremment les termes de gouaches et d'aquarelle.

En 1766, William Reeves lance en Angleterre la première fabrication commerciale d'aquarelles, et l'Angleterre devient le pays où tant la production des couleurs à l'eau que leur utilisation artistique se développe alors. C'est à cette époque que les fabricants commencent à sélectionner des pigments transparents qui différencient l'aquarelle, les pigments opaques, caractérisés par un indice de réfraction et un taux de diffusion élevés destinés à la gouache(PRV1).

La multiplication des petits paysages des peintres vénitiens favorise peu à peu le renouveau de la peinture à l'eau.

Utilisée pour les études, notamment lors de voyages en Italie, elle est pratiquée par Jean Honoré Fragonard, Hubert Robert ou Louis Durameau.

Gabriel de Saint-Aubin, Jean-Baptiste Lallemand, Louis-Joseph Watteau, s’en servent dans leurs scènes de genre (peinture de genre). Louis-Gabriel Moreau, l’utilise dans ses paysages de plein air, les soulignant d'un trait de plume.

À partir du règne de Louis XVI, les aquarellistes sont acceptés au sein de l'Académie royale de peinture et de sculpture.

XIXe siècleModifier

 
Scène alpine, aquarelle de J.M.William Turner (1802).

C'est en Angleterre, où l'enseignement de la peinture est moins encadré qu'en France, que l'aquarelle, par l'intermédiaire de la Royal Watercolour Society, fondée en 1804 à Londres, acquiert une dimension nouvelle. Samuel Palmer, Richard Bonington, William Turner en sont ses principaux acteurs. La maison Winsor et Newton, célèbre fabrique d'aquarelles, est fondée en 1834. Une section des aquarellistes anglais à l'exposition universelle de 1855 à Paris connaît un succès considérable[10].

En France, Eugène Delacroix, Théodore Géricault, Paul Huet et Théodore Rousseau s'en servent en voyage et pour leurs croquis de paysage. Les Impressionnistes (Boudin, Jongkind) l'apprécient aussi pour sa spontanéité.

XXe siècleModifier

 
Mädchen, Egon Schiele (1911).

Les études de danseuses d'Auguste Rodin et les nus de Georges Rouault montrent la liberté que l'on peut atteindre avec l'aquarelle. En témoignent aussi les œuvres de Vassily Kandinsky, Egon Schiele, Emil Nolde, August Macke ou Paul Klee.

Dans les années 1960, un renouvellement de cette technique est apparu avec Raoul Dufy, Jean Bazaine, Maurice Estève, Zao Wou-Ki, poursuivie dans les années 1970 par Pierre Risch, qui met au point une technique d'aquarelle sur papier de très grand format, entièrement mouillé à l'éponge et détourne un produit destiné à la sérigraphie, ( drawing gum ) afin de préserver le blanc du papier et ne pas gouacher l'aquarelle.

Jusqu'à la fin du XXe siècle, la majorité des dessinateurs de bande dessinée colorient à l'aquarelle ou à la gouache ainsi que les illustrateurs de livres, notamment pour enfants[réf. souhaitée].



Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

Technique
  • Ségolène Bergeon-Langle et Pierre Curie, Peinture et dessin, Vocabulaire typologique et technique, Paris, Editions du patrimoine, (ISBN 978-2-7577-0065-5), p. 786.
  • Jean-Louis Morelle, Aquarelle l'eau créatrice, Fleurus, (1re éd. 1999) (ISBN 9782215150398)
    sur la technique 'dans le mouillé'
  • Jean Petit, Jacques Roire et Henri Valot, « Aquarelle : formuler, fabriquer, appliquer », dans Encyclopédie de la peinture, t. 1, Puteaux, EREC, , p. 248-251 (voir aussi « Gomme Arabique », p=252-253).
Histoire de l'art
  • Michael Clarke, traduit & adapté par Patrice Bachelard et Pascal Bonafoux, L'aquarelle : la couleur et la transparence, coll. Passion des Arts, Éditions Gallimard, 1993 (ISBN 2-07-058131-4)
  • José de Los Llanos, L'Aquarelle. De Dürer à Kandinsky, Paris, Hazan,

Liens externesModifier

Articles connexesModifier

Notes et référencesModifier

  1. L'indice de réfraction de certains pigments comme le smalt les rendent impropres à la dispersion dans l'huile, tandis qu'ils peuvent sans inconvénient s'utiliser dans les procédés à l'eau (PRV1, p. 377).
  2. « Comment récupérer des tubes d'aquarelle solidifiée », sur winsornewton.com (consulté le 9 septembre 2015).
  3. décrit dans Henri de La Blanchère, Répertoire encyclopédique de photographie, Paris, Amyot, 1862-1866 (lire en ligne).
  4. Oga Kazuo Exhibition - The One Who Painted Totoro's Forest - DVD.
  5. Morelle 2013.
  6. perdue à la fin la guerre 1945.
  7. Albrecht Dürer, F. WInkler.
  8. F. Winkler
  9. Claude Boutet, Traité de mignature : pour apprendre aisément à peindre sans maistre, Paris, (lire en ligne), p. 2.
  10. William Hauptman, L'âge d'or de l'aquarelle anglaise : 1770-1900, Fondation de l'Hermitage, , p. 20