Terre promise (religion)

La Terre promise[1] (. הארץ המובטחת, translit.: ha'aretz hamuvtakhat) représente ce que[2] dès la Genèse, la Torah ou Bible hébraïque désigne sous le nom de « Terre d'Israël » dans le pays de Canaan, « pays où coulent le lait et le miel », qui, selon les textes, fut promise[3] par Dieu au patriarche hébreu Abraham et à sa descendance par Isaac et Jacob, comme une promesse de vie.

Terre promise aux enfants d'Israël, selon Nombres 34 (rouge) et Ezekiel 47 (bleu)

Textes bibliquesModifier

Sans figurer littéralement dans les textes bibliques, l'expression est fortement suggérée par plusieurs passages, notamment :

« Ce jour-là, l’Éternel conclut avec Abram une Alliance, en disant : "J’ai octroyé à ta race ce territoire, depuis le torrent d’Égypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve d’Euphrate..." » - Genèse 15:18

« Et Je donnerai à toi et à ta postérité la terre de tes pérégrinations, toute la terre de Canaan, comme possession indéfinie » - Genèse 17:8

 
Vue de la région de la mer Morte et de Jéricho depuis le mont Nebo, telle que Moïse l'aurait aperçue, selon la tradition biblique.

« Le Seigneur apparut ⟨à Isaac⟩ et dit : ... à toi et à ta postérité, Je donnerai toutes ces provinces, accomplissant ainsi le serment que J'ai fait à ton père Abraham » - Genèse 26:2-3

  • Confirmation de la promesse à Jacob

« Et Dieu dit ⟨à Jacob-Israël⟩ : "... Et le pays que J'ai accordé à Abraham et à Isaac, Je te l'accorde et à ta postérité après toi Je donnerai ce pays." » - Genèse 35:12

 
Moïse apercevant la Terre promise, F. E. Church, 1846
  • Rappel de la promesse et ordre donné à Moïse

« L'Éternel dit à Moïse: "Va, pars d'ici avec le peuple... et allez au pays que J'ai promis par serment à Abraham, à Isaac et à Jacob, disant : Je le donnerai à votre postérité".» - Exode, 33:1

  • Rappel de la promesse et ordres donnés à Josué

« le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne en possession » - Deutéronome 21:1

« tu ne dois pas souiller ton pays, que l'Éternel, ton Dieu, te donne en héritage » - Deutéronome 21:23

« Et l'Éternel donna ses ordres à Josué, fils de Noun, et lui dit : "... c'est toi qui introduiras les Israélites dans la terre que Je leur ai promise, et Moi Je t'assisterai." » - Deutéronome 31, 23

« Sois ferme et vaillant ! Car c'est toi qui vas mettre ce peuple en possession du pays que J'ai juré à ses ancêtres de lui donner » - Josué 1:6

« Vous conquerrez ainsi le pays et vous vous y établirez ; car c'est à vous que Je le donne à titre de possession » - Nombres, 33, 53

« Et vous saurez que Je suis l'Eternel, quand Je vous aurai menés au pays d'Israël, sur la terre que J'ai juré de donner à vos pères » - Ezéchiel 20:42


« Vous en hériterez l'un à l'égal de l'autre, car J'ai juré de le donner à vos pères, et ce pays va vous échoir en partage » - Ezéchiel 47:14

Ainsi, la terre est donnée en promesse en de multiples passages des livres de la Bible mais reste à conquérir avec l'aide de Dieu[4].

IllustrationsModifier

JudaïsmeModifier

Pour les Juifs à travers l'histoire et dans les contextes modernes, le concept spirituel de Terre promise envoie à l'idée de restauration de la patrie pour les enfants d'Israël vivant en Palestine et en diaspora, de salut[5], d'indépendance et de liberté ; c'est une image d'espoir[6] enracinée dans la culture et la religion juives.

À la fin du XIXe siècle, ce concept de « Terre promise » s'incarne dans le sionisme inspiré par Théodore Herzl, permettant d'accomplir la promesse divine.

Limites géographiquesModifier

Dans Gen 15:18-21[7], la frontière de la Terre promise est désignée en termes de territoire de divers peuples antiques :

«Ce jour-là, l’Éternel conclut avec Abraham un pacte, en disant : "J’ai octroyé à ta race ce territoire, depuis le torrent d’Egypte jusqu’au grand fleuve, le fleuve d’Euphrate : le pays des Qénites, des Qenizzéens, des Qadmonéens, des Hittites, des Phérézéens, les Rephaïm, des Amorrites, des Cananéens, des Ghirgachéens et des Jébuséens" »

Ce verset décrit ce que l'on appelle les « frontières du pays » ((he)Gevulot Ha-aretz)[8]. Dans la tradition juive, ces frontières définissent l'étendue maximale de la Terre promise aux descendants d'Abraham par son fils Isaac et petit-fils Jacob[9].

En Gen 28:13-14, la promesse confirmée à Jacob, dans le songe de l'Echelle, désigne un territoire aux frontières floues : « Je suis l'Éternel, le Dieu d'Abraham ton père et d'Isaac ; cette terre sur laquelle tu te couches, Je te la donne à toi et à ta postérité. Elle sera, ta postérité, comme la poussière de la terre ; et tu déborderas au couchant et au levant, au nord et au midi ».

D'autres frontières géographiques plus précises sont données dans le Livre de l'Exode 23:31[7] : « Je fixerai tes limites depuis la mer des Joncs jusqu'à la Mer des Philistins et depuis le Désert jusqu'au Fleuve ; car Je livrerai en ta main les habitants de cette contrée et tu les chasseras de devant toi ». Le territoire est ici marqué par la « Mer des Joncs », c'est-à-dire la Mer Rouge, par la « Mer des Philistins », c'est-à-dire la Méditerranée et par le « Fleuve », c'est-à-dire l'Euphrate.

La promesse est accomplie dans le livre biblique de Josué lorsque les Israélites traversent le Jourdain pour se rendre dans la terre promise pour la première fois.

La terre réelle contrôlée par les Israélites a fluctué considérablement au fil du temps et parfois, elle était sous le contrôle de divers empires[10],[11]. Cependant, selon la tradition juive, même lorsqu'elle n'est pas sous occupation juive, la terre n'a pas perdu son statut de Terre promise aux Juifs.

Le livre des Nombres (Nom 34)[7] indique le partage et les limites des terres attribuées aux héritiers de chacune des douze tribus israélites par Dieu[12].

Dans le livre d'Ezéchiel (Ez 47:13-23 ; 48)[7], les délimitations sont redéfinies (aux Nord, Est, Sud, Midi, Ouest) pour les terres attribuées en héritage aux tribus d'Israël et aux étrangers séjournant parmi elles : « Ainsi parle le Seigneur Dieu : Voici la délimitation du pays que vous attribuerez en héritage aux douze tribus d'Israël... Vous partagerez ce pays entre vous, selon les tribus d'Israël. Et vous aurez à l'attribuer en héritage à vous et aux étrangers séjournant parmi vous, qui auront engendré des enfants parmi vous. Ils seront pour vous- comme l'indigène parmi les enfants d'Israël ; avec vous ils participeront à l'héritage au milieu des tribus d'Israël. Et ce sera dans la tribu même où l'étranger sera domicilié que vous lui donnerez sa part d'héritage, dit le Seigneur Dieu ».

Selon le chercheur en géographie historique (he) Haïm Bar-Droma, toutes les descriptions de la Terre Promise dans la Bible sont en fait une description des frontières naturelles (telles que rivières, chaînes de montagnes, etc.) et seuls les noms des frontières ont été modifiés en fonction de besoins secondaires[13].

ChristianismeModifier

 
La Terre promise, marbre, (en)F. D. Simmons, 1873

Cette notion est réinterprétée dans le Nouveau Testament et parfois également utilisée par les chrétiens en référence à la Jérusalem céleste, au paradis, au Royaume des cieux, séjour des âmes sauvées par le sacrifice en Jésus-Christ.

Dans l'Epître aux Galates, l'apôtre Paul conteste l'exclusivité de la descendance raciale d'Abraham. Selon lui, les enfants d'Abraham sont les Juifs et les païens qui partagent la foi d'Abraham. Et la promesse de Dieu, note-t-il, vient à Abraham et à sa postérité (au singulier), et cette semence unique est Christ (Gal 3:16). Ainsi, dans la théologie du verus Israel (substitution des Juifs au profit des chrétiens), le Christ est le véritable héritier d'Abraham et de ses promesses[14].

Vers 400, Jérôme de Stridon (Père de l'Eglise) indique comment délimiter la Terre promise de Moïse à partir du Livre des Nombres (chapitres 34), en actualisant et nommant certains lieux[15],[16],[17].

Culture populaireModifier

De manière plus générale et par analogie extensive, la « Terre promise » peut aussi figurer tout lieu (ou état, situation) quelquefois idéalisé (d'espoir, d'abondance, de félicité, d'avenir) ou difficile à atteindre, auquel l'Homme rêve d'accéder et perçu comme une récompense ou un dû personnels, ne serait-ce que par le fait d'avoir œuvré pour parvenir jusqu'à lui, l'aboutissement d'une épreuve difficile, avec toujours en arrière-plan la référence à la Terre promise par Dieu.

MusiqueModifier

Camille Saint-Saëns : La Terre promise, oratorio op. 140 (1913)

Notes et référencesModifier

  1. « terre promise — Wiktionnaire », sur fr.wiktionary.org (consulté le 23 août 2019)
  2. « TERRE : Définition de TERRE », sur www.cnrtl.fr (consulté le 23 août 2019)
  3. « PROMETTRE : Définition de PROMETTRE », sur www.cnrtl.fr (consulté le 23 août 2019)
  4. Hélène Roquejoffre, « Les paradoxes de la Terre promise », sur Le Monde de la Bible, (consulté le 23 août 2019)
  5. D'un point de vue théologique, le salut est une notion complexe qui désigne la promesse éternelle accordée par Dieu.
  6. Le traumatisme causé par les massacres des Juifs de Rhénanie des XIe et XIIe siècles est une des raisons qui provoquent chez les Juifs la prise de conscience d'être une nation en exil aspirant à son pays d'origine (Gérard Nahon, Histoire du peuple juif, Encyclopædia Universalis, DVD, 2007). Petahia de Ratisbonne écrit même un Itinéraire en hébreu qui permet à la diaspora de connaître la Terre promise.
  7. a b c et d « Sefarim.fr : la Bible en hébreu, en français et en anglais dans la traduction du Rabbinat avec le commentaire de Rachi », sur sefarim.fr (consulté le 12 août 2020)
  8. Kol Torah , vol. 13, non. 9, Académie de la Torah du comté de Bergen, 8 novembre 2003
  9. Voir les commentaires des 6e et 7e parties de Rachi.
  10. (en)Stuart, Douglas K., Exodus, B&H Publishing Group, 2006, p. 549
  11. (en)Dictionnaire biblique Tyndale, Walter A. Elwell, Philip Wesley Comfort, Tyndale House Publishers, Inc., 2001, p. 984
  12. (en) Henry P. Linton, Notes on the book of Numbers, George Phillip and Son, (lire en ligne), p. 169-170
  13. Haïm Bar-Droma, (he) וזה גבול הארץ, 1958 , introduction.
  14. (en) Rowe, Paul S. (Paul Stanley), Dyck, John (John H. A.), 1951- et Zimmermann, Jens., Christians and the Middle East conflict, Taylor and Francis, (ISBN 978-1-317-80111-5 et 1-317-80111-3, OCLC 881607700, lire en ligne)
  15. (en) Dean Philip Bechard, Paul Outside the Walls: A Study of Luke's Socio-geographical Universalism in Acts 14:8-20, Gregorian Biblical BookShop, (ISBN 978-88-7653-143-9, lire en ligne), p. 205
  16. (la) Sainte Bible expliquée et commentée, contenant le texte de la Vulgate, Bibliothèque Ecclésiastique, (lire en ligne), p. 41
  17. (en) « Epistularum pars III (CSEL 56) : Jerome, Saint; Hilberg, Isidor, 1852-1919 », sur Internet Archive (consulté le 12 août 2020), p. 121-154

Voir aussiModifier