Terre Adélie

district des Terres australes et antarctiques françaises

District de la Terre-Adélie
Drapeau de District de la Terre-Adélie
Drapeau
Terre Adélie
Situation de la Terre-Adélie sur le continent.
La revendication est suspendue par le traité sur l'Antarctique
Administration
Statut District administratif des Drapeau des Terres australes et antarctiques françaises Terres australes et antarctiques françaises
Chef-lieu Dumont-d'Urville
Démographie
Population 38 hab.
Densité hab./km2
Géographie
Coordonnées 66° 39′ 47″ sud, 140° 00′ 10″ est
Superficie 351 000 km2
Limites 136° et 142° de longitude est,
du pôle Sud à la côte

La terre Adélie est une région côtière d'Antarctique oriental découverte en 1840 par l'explorateur français Jules Dumont d'Urville au sud de l'Australie. De la côte au pôle Sud, et entre 136 et 142° de longitude est, la France revendique une aire de 351 000 km2 qui, sous le nom de Terre-Adélie, est l'un des cinq districts des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF). Cette revendication, non reconnue par certains pays – dont les États-Unis et la Russie –, s’est trouvée suspendue en 1961 par l'entrée en vigueur du traité sur l'Antarctique. Depuis 1956, la terre Adélie abrite la base antarctique française de Dumont-d'Urville, initialement construite pour l'Année géophysique internationale (1957-1958), mais occupée depuis de façon permanente. Elle est rattachée au fuseau horaire UTC+10:00.

Géographie modifier

Localisation modifier

Après les prises de possession faites en 1929-1931 par l'Australien Douglas Mawson lors de son expédition BANZARE tout au long de la côte antarctique, de la terre de George V à la terre de Mac. Robertson, d'interminables négociations eurent lieu avec l'Australie[1]. À leur terme, c'est un décret du président Lebrun qui a fixé, le , les « limites des territoires français de la région antarctique dite « Terre Adélie » »[2]. Dans son article premier, « les îles et territoires situés au Sud du 60e degré parallèle de latitude Sud et entre les 136e et 142e degrés méridiens de longitude Est de Greenwich relèvent de la souveraineté française ». Le décret ne revendiquant que « les îles et territoires » de ce domaine, seules les terres englacées du continent antarctique et les îlots côtiers sont à prendre en compte : la Terre-Adélie se réduit ainsi à un triangle sphérique quasi isocèle de sommet le pôle Sud, et de base la portion de côte située entre la pointe du Pourquoi Pas ? (en) (66° 10′ S, 136° 00′ E, frontière avec la terre de Wilkes), et la pointe Alden (66° 50′ S, 142° 00′ E, frontière avec la terre de George V). La superficie de ce triangle sphérique est de 351 000 km2[3], soit un peu plus des 3/5e de la superficie de la France métropolitaine (552 000 km2).

À cheval sur le cercle polaire antarctique entre la pointe du Pourquoi Pas ? et la pointe Alden, les 350 km de côtes de la terre Adélie sont baignés par la mer Dumont-d'Urville, une mer côtière de l'océan Austral.

Pôle Sud magnétique modifier

 
Positions du pôle Sud magnétique au cours des siècles. Carrés jaunes : positions mesurées in situ ; cercles progressant du bleu au jaune : positions modélisées entre 1590 et 2020[4].

L'une des particularités de la terre Adélie est de se trouver à proximité du pôle Sud magnétique, dont la position varie avec le temps. Ce lieu est celui où une aiguille aimantée se dresserait verticalement dans une boussole d'inclinaison. Si ce type d'observation est difficile à faire in situ, il est plus aisé de localiser le pôle par des mesures de déclinaison et d'inclinaison suivies de calculs, à condition d'en être suffisamment proche. C'est ce que fit l'hydrographe Adrien Vincendon-Dumoulin en débarquant sur un iceberg le alors que l'expédition Dumont d'Urville se trouvait dans le nord de la mer de Weddell[5]. Cette localisation de janvier 1838 est de qualité très médiocre, étant donné la distance à laquelle l'expédition se trouvait du pôle magnétique (près de 5 000 km). Deux ans après presque jour pour jour (), en vue de la terre Adélie et plus proche du pôle (moins de 1 000 km), Vincendon-Dumoulin séjournera de nouveau trois heures sur un iceberg pour améliorer la précision de sa localisation[6],[7]. Il situe alors le pôle par −71,957, 136,916, soit dans l'actuelle Terre-Adélie, à 530 km de la position maintenant modélisée pour 1840 (−74,003, 151,768[4]).

Ce pôle a été l'objet d'une recherche in situ par plusieurs expéditions au début du XXe siècle lorsqu'il se trouvait en terre Victoria, puis en terre de George V. Il fallut attendre l'hivernage français de 1951 à Port-Martin pour que, le pôle se trouvant alors beaucoup plus proche de la côte, le R.P. Pierre-Noël Mayaud parvienne à le localiser plus précisément grâce à un appareil permettant de mesurer la composante horizontale du champ magnétique terrestre (magnétomètre horizontal à fil de quartz muni d'un théodolite[8]). En 1962, le pôle était encore situé sur le continent, proche de la base Dumont-d'Urville. Depuis, il évolue en mer un peu au nord du cercle polaire antarctique en se déplaçant vers le nord-ouest à la vitesse de 10 à 15 km par an. En 2025, sa position modélisée est −63,851, 135,061[4], soit au large de la côte Clarie, dans le secteur antarctique australien de la terre de Wilkes. À moins de 400 km de distance, la base Dumont-d'Urville reste cependant l'endroit habité le plus proche du pôle Sud magnétique.

Climat modifier

La Terre-Adélie est caractérisée par un climat d'inlandsis (catégorie EF dans la classification de Köppen), avec des pressions atmosphériques toute l'année très basses sur la côte (985 à 995 hPa) qui favorisent des vents parmi les plus violents au monde[9] soufflant presque en continu (36 km h−1 en moyenne). Sur une année, les jours sans vent se comptent sur les doigts de la main, et des rafales de plus de 170 km h−1 sont observées chaque mois[10]. Ces vents catabatiques soufflent préférentiellement du sud-est en suivant la topographie descendante de la calotte glaciaire antarctique. Un record de vitesse a été atteint le avec une valeur de 320 km h−1. Les blizzards associés sont chargés de particules de neige et de glace qui sont pratiquement les seules précipitations observées[11].

Sur la côte, le climat est cependant adouci par la présence de l'océan Austral, avec des températures moyennes de l'ordre de −5 °C pendant un court été (novembre à janvier) et de −15 °C en hiver (mai à octobre)[11]. La Terre-Adélie se prolongeant jusqu'au pôle, le climat du sud du territoire, à près de 3 000 m d'altitude, est beaucoup plus rigoureux (températures moyennes de l'ordre de −30 °C en été et de −60 °C en hiver).

Histoire modifier

Découverte modifier

 
Découverte de la terre Adélie par Dumont d'Urville.

Le capitaine de vaisseau Jules Dumont d'Urville à bord de l'Astrolabe, secondé par le capitaine de corvette Charles Jacquinot à bord de la Zélée[12], découvre cette région en janvier 1840 au cours d'une circumnavigation de plusieurs années (1837-1840) mandatée par le roi Louis-Philippe. Dans ses instructions d'août 1837 qui concernaient principalement l'exploration du Pacifique, le ministre de la Marine et des Colonies Claude de Rosamel avait aussi demandé à Dumont d'Urville de pousser aussi loin que possible, au delà des Sandwich du Sud et des Shetland du Sud, en direction de la péninsule Antarctique[13], ce qui fut fait en janvier-février 1838 ; mais il n'avait rien dit de tel concernant la découverte d'un hypothétique continent au sud de l'Australie. Dumont d'Urville prend cette initiative en apprenant l'intention de l'Américain Charles Wilkes d'explorer ces parages. Les deux corvettes françaises quittent Hobart (Tasmanie) le .

 
Roches rapportées par l'expédition Dumont d'Urville (Muséum de Toulouse).

C'est le [14] au coucher du soleil (22 h 50) que la terre est aperçue au large d'un lieu correspondant à l'actuel cap de la Découverte (en)[7]. Après une journée de calme plat, les deux corvettes tentent le de se rapprocher de la côte dans un labyrinthe d'« îles de glace » — c'est-à-dire d'icebergs — vêlées par le glacier de l'Astrolabe. Des îlots rocheux ayant été repérés en soirée, l'enseigne de vaisseau Joseph Duroch et le lieutenant de vaisseau Joseph Dubouzet, second de la Zélée, embarquent sur deux canots avec Pierre-Marie Dumoutier, préparateur d'anatomie, et Louis Le Breton, chirurgien et dessinateur. Ils mettent pied à 21 h sur le « rocher du Débarquement »[15], le plus élevé et le plus septentrional du groupe d'îles qui sera ultérieurement dénommé îles Dumoulin, du nom de l'hydrographe Adrien Vincendon-Dumoulin, véritable cheville ouvrière de l'expédition. Ils y prélèvent des échantillons de roches et un fucus desséché, capturent quelques manchots, boivent une bouteille de bordeaux, et prennent possession des lieux en plantant le drapeau français (66° 36′ 19″ S, 140° 04′ 00″ E). Dumont d'Urville attend le retour des deux canots à 23 h pour annoncer que cette terre portera désormais le nom de « terre Adélie »[16].

 
Carte de l'archipel de Pointe-Géologie.

Les îles Dumoulin font partie de l'archipel de Pointe-Géologie, situé au nord-ouest du glacier de l'Astrolabe — non identifié comme tel par Dumont d'Urville. Il est probable que l'île des Pétrels, la plus élevée et la plus visible du large des îles de l'archipel, était alors peu discernable du continent lui-même[17], ce qui justifie le toponyme de « pointe Géologie » sur les cartes de l'époque[18]. L'îlot où eut lieu le débarquement a fait l'objet d'un levé détaillé par Vincendon-Dumoulin[19]. Sa forme est similaire à celle du rocher du Débarquement actuellement situé à 11 km du continent[20]. La comparaison entre les spécimens de roches déposés en 1840 au Muséum national d'histoire naturelle de Paris et des échantillons prélevés sur le terrain en 1993 et 2004 confirme que le débarquement a bien eu lieu à cet endroit[18].

Poursuivant ensuite son exploration, Dumont d'Urville progresse vers l'ouest le long de la côte en doublant le cap Pépin et le cap Robert (en), jusqu'à atteindre un point situé par 136° de longitude est. Il rencontre là le une banquise compacte qui lui interdit de poursuivre plus loin vers l'ouest. Il la contourne par le nord dans une tempête de neige, puis met le cap au sud-ouest le , se rapprochant à nouveau de la côte. Le , l'équipage est surpris par l'apparition d'un bâtiment sortant de la brume et courant vers l’Astrolabe vent arrière : c'est le Porpoise, l'un des six navires constituant la flottille de l'expédition Wilkes, et qui croit apercevoir devant lui le Vincennes — le vaisseau-amiral de Wilkes — et le Peacock[21]. Revenant de sa méprise et interprétant mal les intentions de Dumont d'Urville, celui-ci ayant fait reprendre de la voile à son vaisseau car le brick américain arrivait à grande vitesse, le commandant du Porpoise change subitement de cap[22]. Aucun contact n'a donc lieu entre les deux expéditions. Le , l'Astrolabe et la Zélée longent toute une journée une véritable muraille de glace[7]. Ce que Dumont d'Urville croit être une nouvelle portion du continent austral reçoit le nom de côte Clarie[23]. En réalité, l'expédition se trouve au nord du 65e parallèle, alors que le continent antarctique se trouve 150 km plus au sud[7] : c'est probablement l'énorme langue de glace Dibble (en) qui vient d'être longée[24]. L'expédition atteint le lendemain la longitude de 130° est, avant de mettre le cap au nord pour rallier Hobart.

Une controverse opposera Dumont d'Urville à Wilkes concernant la découverte du « continent austral ». De retour à Sydney en mars 1840, et apprenant que Dumont d'Urville avait découvert la terre Adélie dans la soirée du [14], Wilkes prétendra alors avoir aperçu la côte antarctique dans la matinée du même jour, et consignera cette date dans un rapport officiel[25],[26]. Lors de son passage en cour martiale à son retour aux États-Unis — principalement pour les mauvais traitements infligés aux officiers et à l'équipage, mais aussi pour « cartographie immorale » [immoral mapping] —, cette falsification sera longuement évoquée. La plus grande confusion règne finalement sur le jour exact où l'expédition Wilkes a pu voir l'Antarctique, la flottille opérant en ordre dispersé. Pour le vaisseau-amiral Vincennes, la date du est la plus probable[27]. Toujours est-il que Wilkes semble être le premier à avoir eu la prescience de la continuité du continent Antarctique depuis les îles Balleny jusqu'à la terre qui porte maintenant son nom. En dépit des falsifications de Wilkes, les États-Unis n'ont jamais reconnu le bien-fondé de la revendication française sur la Terre-Adélie.

Des premiers hivernages aux bases permanentes modifier

Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs pays, dont la France, envisagent de créer sur le continent Antarctique des bases pour mieux asseoir leurs revendications territoriales. Les Expéditions polaires françaises - Missions Paul-Émile Victor (E.P.F.), fondées en 1947, organisent une expédition préparatoire en 1948-1949 dans l'est de la terre Adélie. La base de Port-Martin y est établie en janvier 1950, et deux hivernages successifs ont lieu (1950 et 1951). À la suite d'un incendie qui survient en janvier 1952, Port-Martin est évacué et la mission qui devait y hiverner est rapatriée. Sept hommes décident de rester cependant dans la base annexe de Pointe-Géologie alors en cours de construction sur l'île des Pétrels, à 65 km à l'ouest de Port-Martin. En janvier 1953, les sept hommes sont rapatriés, et la terre Adélie reste pour un temps vierge de toute occupation.

 
Ancien abri pour l'observation du ciel nocturne (1957-1958).

En prévision de la participation active de la France à l'Année géophysique internationale qui, de 1957 à 1958, va développer une large coopération et un échange de données sans précédent, une nouvelle base est établie en janvier 1956 sur l'île des Pétrels, au même endroit que la base éphémère de 1952-1953. Celle-ci, dénommée base Dumont-d'Urville, est prévue pour accueillir une trentaine d'hivernants, et le double pendant l'été. Dans le même temps, la petite base Charcot, établie sur le continent à 320 km de la côte, va servir de 1957 à 1959 d'avant-poste pour les glaciologues et les géomagnéticiens.

Depuis 1959, année de la signature du traité sur l'Antarctique, Dumont-d'Urville est la seule base française de Terre-Adélie occupée de façon permanente. La logistique en a été longtemps assurée par les E.P.F., avec le soutien scientifique de la Mission de recherche des Terres australes et antarctiques françaises. En 1992, l'Institut français de recherche et technologie polaire (I.F.R.T.P.) prend le relais de ces deux organismes. Depuis 2002, c'est l'Institut polaire français Paul-Émile-Victor (IPEV) qui coordonne les activités réalisées en Terre-Adélie ou à proximité (base franco-italienne Concordia, située sur la calotte antarctique, dans le secteur australien de la terre de Wilkes).

Transports modifier

Mer modifier

 
Arrivée de L'Astrolabe à la base Dumont-d'Urville.

Le transport maritime reste le principal moyen d'accès en terre Adélie. Entre 1948 et 1960, c'est d'abord un ancien bâtiment militaire américain, le Commandant Charcot (en) qui a été affrété par les E.P.F., puis un baleinier norvégien, le Tottan, suivi d'un phoquier norvégien, le Norsel (en). Le Magga Dan et le Thala Dan, deux navires polaires danois spécialement conçus pour naviguer dans les glaces, ont longtemps assuré la relève de la base Dumont-d'Urville, de 1961 à 1982. Ils effectuaient habituellement deux rotations, en début et en fin d'été (début décembre et fin février). Ils étaient affrétés conjointement par les E.P.F. et l'ANARE australienne pour relever leurs bases respectives. Depuis 1982, se sont succédé dans cette même fonction de ravitaillement d'autres navires polaires : le bâtiment canadien Lady Franklin, le norvégien Polar Björn et le français L'Astrolabe[28]. Depuis 2017, un second L'Astrolabe assure le ravitaillement de la terre Adélie. Ce petit brise-glace, capable de fendre une banquise d'un mètre d'épaisseur, permet d'effectuer, entre novembre et mars, jusqu'à cinq rotations entre l'Australie et Dumont-d'Urville[29].

La durée de la traversée dépend de l'état des glaces, et peut être très variable : échec en janvier 1949, la côte étant bloquée par une centaine de kilomètres de banquise ; près de 35 jours en 1976-1977 ; 5 jours dans le meilleur des cas si la mer est libre de glaces[29].

Glace modifier

 
Convoi de ravitaillement sur la « route du Raid » ().

La base Dumont-d’Urville est reliée par convoi d'engins chenillés à la base franco-italienne Concordia implantée sur la calotte antarctique dans le secteur australien. Cette « route du Raid », longue de 1 100 km, ne peut cependant être parcourue qu’en 10 jours au minimum, à raison de 60 à 120 km par jour. Trois aller-retours permettent d’acheminer chaque été jusqu’à 500 tonnes de matériel et de ravitaillement[30].

Air modifier

 
LC-130 Hercules en Antarctique.

De novembre à février, une piste sur neige, ragréée après chaque blizzard, peut être rendue opérationnelle à D10, sur le continent à 10 km de la côte. Cette piste n'a longtemps autorisé que l'atterrissage d'avions quadrimoteurs de l'US Navy du type LC-130 Hercules dotés de skis et de fusées pour assister les moteurs au décollage. Mais cette procédure s'est avérée très hardeuse, précisément au décollage[31]. Depuis les années 2010, ce sont des appareils Basler BT-67, une version modernisée du Douglas DC-3, qui ont pris le relais pour de fréquentes liaisons d'été avec les bases antarctiques de McMurdo (USA), Mario-Zucchelli (I) et Concordia (F/I).

Au début des années 1980, les E.P.F. ont cherché, pour des raisons logistiques et des impératifs sanitaires, à disposer d'une piste en dur sur laquelle faire atterrir des avions gros-porteurs de type Transall. L'aérodrome Dumont-d'Urville, aussi connu sous le nom de « piste du Lion », a été construit entre 1983 et 1993 en arasant plusieurs îlots de l'archipel de Pointe-Géologie, et en les reliant par une chaussée. Ce désastre écologique, abondamment critiqué à l'époque, s'est doublé d'un désastre financier : en partie détruite par une tempête en 1994, la piste n'a jamais été mise en service. Depuis le milieu des années 2000, elle sert cependant occasionnellement à accueillir de petits avions bimoteurs venant de Hobart ou des bases Mario-Zucchelli et Concordia[32].

L'hélicoptère — dans les dernières décennies du XXe siècle, souvent une Alouette II mise à disposition par l'ALAT — a longtemps été utilisé, en particulier lors du déchargement du bateau ravitailleur, ou pour effectuer des liaisons entre celui-ci et Dumont-d'Urville lorsque l'état des glaces retardait son accès à la côte. En février 1999, un hélicoptère Lama effectuant la liaison entre L'Astrolabe et la base s'écrase, faisant trois morts[33]. En octobre 2010, alors que L'Astrolabe est immobilisé par les glaces à 370 kilomètres de distance, un hélicoptère Écureuil effectuant la même navette s'écrase sur la banquise à 100 km de la base ; les quatre occupants, un pilote, un mécanicien et deux membres de l'IPEV sont tués[34].

Patrimoine modifier

La terre Adélie compte quatre sites et monuments historiques (SMH) officiellement répertoriés par le secrétariat du traité sur l’Antarctique[35] :

  • le rocher du Débarquement, lieu de la prise de possession de la terre Adélie, le (SMH 81) ;
  • les vestiges de la base de Port-Martin, lieu des deux premiers hivernages de 1950 et 1951, détruite par un incendie le (SMH 46) ;
  • la base de Pointe-Géologie, plus connue sous le nom de « base Marret », dans le sud de l'île des Pétrels, baraque d'hivernage de Mario Marret et de ses six camarades en 1952 (SMH 47) ;
  • la croix Prud'homme, à la pointe nord-ouest de l'île des Pétrels, probable lieu de la disparition accidentelle du météorologue André Prud'homme le (SMH 48).

Écosystème modifier

L'Antarctique est la seule grande région froide du globe qui soit de nos jours dans un état voisin de son état d’origine, contrairement à l'Arctique. En signant la Convention de Rio en 1992, la France s’est engagée à « préserver la diversité biologique pour satisfaire les besoins et les aspirations des générations futures » en prenant toutes les mesures nécessaires, dans le cadre national. En matière de protection de l'environnement, elle a surtout ratifié le protocole au « traité sur l'Antarctique relatif à la protection de l'environnement en Antarctique » (dit protocole de Madrid). Signé en 1991 à Madrid, et entré en vigueur en 1998, ce protocole définit notamment des zones spécialement protégées. La loi du relative à la protection de l’environnement en Antarctique met en œuvre le protocole de Madrid. Elle a été précisée par un décret du . Toute activité française en Antarctique et toute activité menée en terre Adélie doivent faire l'objet d'une procédure de déclaration ou d'autorisation, en fonction de leur impact sur l'environnement.

Deux « zones spécialement protégées de l'Antarctique » (ZSPA) sont officiellement reconnues en terre Adélie :

Faune aviaire modifier

Les oiseaux, dont les manchots en particulier, y sont abondants. Deux espèces sont particulièrement bien représentées : le Manchot empereur et le Manchot Adélie. Ce dernier a été observé pour la première fois en 1840 par les naturalistes de l'expédition Dumont d'Urville Bernard Hombron et Honoré Jacquinot, d'où le nom de cet oiseau qui peuple en fait la totalité des rivages antarctiques, de la terre Adélie à la mer de Ross et la mer de Weddell.

Mammifères marins modifier

Souveraineté française modifier

Administration modifier

La Terre-Adélie fait partie des Terres australes et antarctiques françaises (TAAF) dont elle est un district[36]. Les TAAF sont placées sous l'autorité de l'administrateur supérieur (« Adsup » en taafien) qui exerce les fonctions de chef du territoire[36] et jouit du rang de préfet. Un chef de district est le représentant de l'administrateur supérieur en Terre-Adélie[37]. Baptisé « Dista » en taafien, il siège à la base Dumont-d'Urville.

La Terre-Adélie, comme les autres territoires d’outre-mer français, est associée à l'Union européenne en tant que P.T.O.M. (pays et territoire d'outre-mer)[38].

Contexte de la souveraineté modifier

En Antarctique, la souveraineté française sur la Terre-Adélie s'exerce dans le contexte du traité sur l'Antarctique signé à Washington en 1959, qui établit un « gel » des prétentions territoriales et affirme la liberté de la recherche scientifique sur tout le continent. Elle doit donc être compatible avec les exigences du traité qui a été complété en 1991 par le protocole de Madrid sur la protection de l'environnement et qui fait de ce continent « une réserve naturelle consacrée à la paix et à la science ». La France s'intègre dans ce système international en étant à la fois :

  • signataire dès l'origine du traité sur l'Antarctique, avec onze autres États ; reconnue par ce traité comme un État « possessionné » en raison de la revendication de la Terre-Adélie (il y a six autres États possessionnés qui sont l'Australie, la Nouvelle-Zélande, le Chili, l'Argentine, le Royaume-Uni et la Norvège) ;
  • partie consultative : vingt-huit États sont parties consultatives et bénéficient à ce titre d'un droit de vote lors des réunions des parties consultatives. Ce groupe comprend les signataires du traité (dont les États possessionnés) et les États qui ont acquis ce statut en démontrant l'intérêt qu'ils portent à l'Antarctique en y menant des activités substantielles de recherche scientifique telles que l'établissement d'une station ou l'envoi d'une expédition (article 9 du traité sur l'Antarctique).

Les États-Unis et la Russie ne reconnaissent aucune souveraineté d'un autre État en Antarctique.

Zones maritimes sous juridiction française modifier

La France n'a pas explicitement revendiqué de zone économique exclusive au titre de la Terre-Adélie ; toutefois, elle réserve ses droits quant à l'éventuelle revendication d'un plateau continental étendu (qui lui permettrait de prétendre à des droits souverains sur l'exploitation des ressources potentielles du sous-sol, comme les hydrocarbures).

Notes et références modifier

  1. Voir à ce sujet la longue liste des notes diplomatiques échangées avec le Royaume-Uni, puis avec l'Australie jusqu'en 1938 : « National Antarctic Documents », sur University of Tasmania, (consulté le ).
  2. « Limites des territoires français de la région antarctique dite « Terre Adélie » », Journal officiel de la République française,‎ , p. 4098-4099 (lire en ligne, consulté le ).
  3. Petit Larousse illustré 2011, Paris, Larousse, , p. 1094.
  4. a b et c National Oceanic and Atmospheric Administration, « Wandering of the Geomagnetic Poles », sur National Centers for Environmental Information (consulté le ).
  5. Dumont d'Urville 1842b, p. 55. Voir aussi, dans le même tome 2 de l'Histoire du Voyage, la note no 32 de Vincendon-Dumoulin, p. 221. Les icebergs étaient des lieux d'observation incomparablement plus stables qu'un navire à voiles.
  6. Vincendon-Dumoulin 1845, p. 146-147.
  7. a b c et d « Carte des explorations exécutées par les corvettes l'Astrolabe et la Zélée dans les régions circum-polaires / levée et dressée par Mr. Vincendon-Dumoulin, ingénieur hydrographe de la marine, janvier et février 1841 », sur National Library of Australia (consulté le ).
  8. « Q.H.M. La Cour sur théodolite Dietzgen », sur Musée de sismologie et collections de géophysique (consulté le ).
  9. D'où le titre du livre de Douglas Mawson relatant ses hivernages au cap Denison (est de la terre Adélie, du moins considérée comme telle en 1912-1913) : The Home of the Blizzard.
  10. Samuel Blanc, « Le vent catabatique en Terre Adélie », sur terreadelie.sblanc.com (consulté le ).
  11. a et b Paul Pettré et Christophe Périard, « Aspects du climat de Dumont-d'Urville et de l'Antarctique », La Météorologie, 8e série, no 13,‎ , p. 55-62 (lire en ligne [PDF]).
  12. Dumont d'Urville 1842a, p. xxxv-xlvii.
  13. Dumont d'Urville 1842a, p. v-xiii.
  14. a et b Vincendon-Dumoulin 1845, p. 138 donne pour cet événement la date du . Mais Dumont d'Urville, dans sa circumnavigation d'est en ouest à travers le Pacifique sud, a oublié d'ajouter un jour en passant le 180e méridien. La note 4 de la « Proposition de classement du rocher du Débarquement dans le cadre des sites et monuments historiques » [doc] (29e Réunion consultative du traité sur l'Antarctique, 2006) mentionne cette erreur de date. Autre preuve irréfutable de ce décalage d'un jour tout au long de la relation du voyage de découverte de la terre Adélie : dans son rapport daté de mars 1840, Charles Wilkes indique que le brick Porpoise a aperçu l'Astrolabe et la Zélée le (Vincendon-Dumoulin 1845, p. 201-202) alors que Vincendon-Dumoulin conserve la date du 29 pour cette rencontre (Vincendon-Dumoulin 1845, p. 171-173).
  15. Vincendon-Dumoulin 1845, p. 148-153. Voir aussi, à la fin du même tome, la note 19 de César Desgraz, secrétaire de Dumont d'Urville (p. 336-337).
  16. En hommage à son épouse, née Adèle Pépin.
  17. D'autant plus que les deux corvettes ne se sont jamais approchées à moins de 13 km du continent.
  18. a et b (en) Gaston Godard, Julien Reynes, Jérôme Bascou, René-Pierre Ménot et Rosaria Palmeri, « First rocks sampled in Antarctica (1840): Insights into the landing area and the Terre Adélie craton », Comptes Rendus Geosciences, vol. 349, no 1,‎ , p. 12-21 (lire en ligne).
  19. « Carte de la Terre Adélie. Régions circum-polaires », sur Gallica (consulté le ).
  20. « Carte des îles Dumoulin et du « rocher du Débarquement » (Paul-Émile Victor, Pilote de terre Adélie) » [gif], sur Secrétariat du traité sur l'Antarctique.
  21. Vincendon-Dumoulin 1845, p. 201-202. (Rapport de Wilkes.)
  22. Vincendon-Dumoulin 1845, p. 171-173.
  23. En hommage à l'épouse de Charles Jacquinot, née Clara Roze.
  24. Le nom de côte Clarie a cependant été maintenu pour désigner la côte orientale de la terre de Wilkes (secteur australien de l'Antarctique) située entre 130° et 136° de longitude est.
  25. Vincendon-Dumoulin 1845, p. 196. (Rapport de Wilkes.)
  26. Vincendon-Dumoulin 1845, p. 205. (Minutes du procès.)
  27. Vincendon-Dumoulin 1845, p. 205-221. (Minutes du procès.)
  28. Maurice Bacher, « Les bateaux de relève », sur philadelie.free.fr, 2002-2005 (consulté le ).
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  30. « La station Concordia », sur Institut polaire français Paul-Émile-Victor (consulté le ).
  31. Guillaume Dargaud, « Les LC 130 au service des EPF » [PDF], sur Guillaume & Jennifer Dargaud's website (consulté le ).
  32. Maurice Bacher, « La piste aérienne », sur philadelie.free.fr, 2002-2005 (consulté le ).
  33. « Trois morts dans un accident d'hélicoptère en terre Adélie », sur antarctica.online.fr, (consulté le ).
  34. « Antarctique. Accident d'hélicoptère de l'institut polaire : des débris et trois corps repérés », Le Télégramme,‎ (lire en ligne, consulté le ).
  35. « La Terre Adélie (Antarctique) », sur taaf.fr (consulté le ).
  36. a et b « Présentation », sur taaf.fr (consulté le ).
  37. « Chef de district », sur taaf.fr (consulté le ).
  38. « L’Europe et les pays et territoires d’outre-mer », sur taaf.fr (consulté le ).

Annexes modifier

Bibliographie chronologique modifier

  : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • Jules Dumont d'Urville, Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes l'« Astrolabe » et la « Zélée » : Histoire du Voyage, t. 1, Paris, Gide, 1842a, lxxxii-391 (lire en ligne), xxxv-xlvii.
  • Jules Dumont d'Urville, Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes l'« Astrolabe » et la « Zélée » : Histoire du Voyage, t. 2, Paris, Gide, 1842b, 363 p. (lire en ligne), p. 55.
  • Adrien Vincendon-Dumoulin, Voyage au pôle Sud et dans l'Océanie sur les corvettes l'« Astrolabe » et la « Zélée » : Histoire du Voyage, t. 8, Paris, Gide et Cie, , 295 p. (lire en ligne).  
    Dumont d'Urville ayant trouvé accidentellement la mort en 1842, l'Histoire du Voyage a paru, à partir du tome 4, sous la « direction supérieure » de Jacquinot, commandant de la Zélée. Mais c'est Vincendon-Dumoulin qui a fait tout le travail…
  • Marthe Emmanuel, « La « Saga » antarctique et la Terre Adélie. I. — Historique des expéditions passées », L'Information Géographique, vol. 15, no 3,‎ , p. 100-104 (lire en ligne, consulté le ).
  • Michel Tabuteau, « La « Saga » antarctique et la Terre Adélie. II. — Expéditions françaises actuelles », L'Information Géographique, vol. 15, no 3,‎ , p. 104-109 (lire en ligne, consulté le ).
  • Michel Tabuteau, « Le littoral et le pack dans l'Antarctique français », L'Information Géographique, vol. 16, no 2,‎ , p. 54-64 (lire en ligne, consulté le ).
  • (en) Janet Martin-Nielsen, A Few Acres of Ice: Environment, Sovereignty, and Grandeur in the French Antarctic, Ithaca (New York), Cornell University Press, , 276 p. (ISBN 978-1-5017-7210-8).

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