Travailleur indépendant

travailleur autonome, à la fois entrepreneur, propriétaire (de ses moyens de production) et son propre employé
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Un travailleur indépendant, ou travailleur autonome au Canada, est à la fois entrepreneur, propriétaire (de ses moyens de production) et son propre employé (sans être pour autant salarié). Il est maître de ses décisions concernant son travail mais doit toutefois s'adapter aux demandes de sa clientèle.

Le terme anglais « freelance » est aussi utilisé, notamment dans les services intellectuels.

La progression spectaculaire du nombre de travailleurs indépendants dans les sociétés occidentales depuis le milieu des années 2000[1] et les transformations que cela entraîne sur le marché du travail en font un phénomène de société très souvent couvert par les médias[2],[3],[4],[5],[6].

DomaineModifier

Ce type de travailleur est très présent dans les économies de marché (agriculture, commerce, artisanat, professions libéralesetc.) où il apporte souvent une voie de promotion sociale.

Les domaines parmi lesquels les travailleurs indépendants sont courants sont l'informatique, la communication, le marketing, le graphisme, l’infographie, le conseil, la traduction, la formation, les postes d’attaché de presse ou attaché de relations publiques, l'apport d'affaires, les nouveaux métiers de santé...

Avec la numérisation de la société et de entreprises apparaissent de nouveaux métiers qui sont souvent choisis par les travailleurs indépendants, comme la science des données, le devops ou le machine learning[7].

En Europe, il existe quelques organisations de défense des travailleurs indépendants, dont la Confédération européenne des indépendants, plus ou moins reconnues par les instances européennes, qui jouent généralement un rôle de groupe de pression.

Travail réalisé et rémunérationModifier

Le travail indépendant varie en fonction de la personne. D'une façon générale, il prospecte sa clientèle, définit avec elle sa mission et la réalise lui-même ensuite. Cependant, certains exigent des contrats signés avec le client, alors que d'autres se contentent d'un accord verbal. Certains demandent une estimation écrite du temps de travail ainsi qu'un versement partiel préalable au travail, alors que pour d'autres ceci n'est ni pratique ni nécessaire.

La rémunération du travail aussi varie énormément. Les travailleurs indépendants peuvent facturer à l'heure ou à la journée, ou au forfait en fonction de la mission en question. Cependant, les gros clients, telles les grandes entreprises, ont parfois des politiques internes vis-à-vis du paiement des services d'un travailleur indépendant, donc les travailleurs indépendants habitués à facturer à l'heure peuvent se voir proposer une somme fixe pour un travail particulier. Il n'est cependant pas rare, si les conditions du client ne sont pas satisfaisantes, que le travailleur indépendant essaie de négocier avant d'accepter ou de rejeter un travail.

Avantages et inconvénientsModifier

Les travailleurs indépendants apprécient généralement un plus large choix de missions que dans un emploi régulier, et ont presque toujours bien plus de libertés quant à leurs horaires de travail. Si quelqu'un n'est pas freelance par choix, l'expérience permet néanmoins de s'ouvrir à de nouvelles compétences et de se créer un réseau de contacts, avec éventuellement l'espoir d'être embauché à plein temps par l'un d'entre eux.

Le principal inconvénient est l'incertitude du travail et donc du revenu, avec en plus l'absence dans certains pays de sécurité sociale et de retraite, surtout dans les pays en développement, à moins que le travailleur indépendant ne soit client d'une caisse de retraite et d'autres services de sécurité sociale. Ces dépenses peuvent représenter de 20 à 40 % du revenu net. En France, le travailleur indépendant a pour obligation de cotiser pour l'ensemble des cotisations à une caisse d'assurance-maladie et de retraite, c'est-à-dire à la fois les cotisations employeur et les cotisations d'employé. Ceci porte généralement le total des prélèvements sociaux obligatoires (et d'assurance responsabilité professionnelle) à 53 % des revenus d'exploitation. En France, les frais et les investissements professionnels sont déductibles des charges. À titre de comparaison, un travailleur qui encaisserait des CESU en France, chèques qui sont réservés à l'emploi au domicile du client, aurait 50 % de prélèvement avec très peu de démarches. De plus, certains de ces revenus en CESU ne sont pas imposables à l’impôt sur le revenu. Comme le salarié de courte durée (vacataire), le travailleur indépendant doit demander des rémunérations suffisamment élevées pour couvrir ses congés, car quand il est en congé il ne travaille pas et n'est donc pas payé.

L'autre inconvénient est que les travailleurs indépendants doivent s'occuper des contrats, des clauses légales, de la comptabilité, du marketing et d'autres fonctions d'entreprises sans pour autant être des spécialistes de ces domaines. Des services d'intermédiation leur sont proposés pour se faire connaître et faciliter les tâches administratives, comme Malt.

Les horaires de travail peuvent être plus longs que ceux des employés et des ouvriers, si le travailleur indépendant facture au forfait ou au résultat et non à l'heure effective.

L'accès au crédit bancaire est aussi compliqué pour les travailleurs indépendants car les banques sont habitués à des profils plus classiques de salariés[8].

Enfin, en cas d'accident du travail, d'arrêt maladie ou de maladie professionnelle il peut être difficile de faire valoir ses droits résultant de ses cotisations (en France versées au RSI).

Le phénomène du freelancingModifier

Parmi les travailleurs indépendants se trouvent de plus en plus de freelances qui opèrent en particulier dans le domaine des services intellectuels.

La progression spectaculaire du nombre de freelances dans les sociétés occidentales[1] est considérée comme un phénomène de société aux conséquences multiples sur le marché du travail[2],[3]. En France, le nombre de freelances a progressé de +145% entre 2008 et 2018[9] et la valeur du marché du freelancing est estimée à plus de vingt milliards d'euros[10].

Le développement massif du freelancing impose aux entreprises de repenser leur manière de travailler[5]. Les entreprises font appel aux freelances de manière croissante, d'une part du fait de leur disponibilité croissante, mais aussi parce qu'un nombre croissance de freelances détiennent des compétences pointues et recherchées, en particulier dans les nouveaux métiers du numérique[7].

On voit ainsi apparaître des services d'intermédiation entre les freelances et les entreprises, comme Malt, qui leur permettent de se mettre en relation[11] et leur proposent des offres de protection sociale[12], des services liés à l'administratif, au co-working[13] et à leur montée en compétence[14]. Une étude montre en effet que moins de 10% des freelances sont assurés en invalidité ou incapacité[12].

En France, en 2019, 90 % des freelances déclarent avoir choisi ce statut et 88 % ne souhaitent pas revenir à une activité salariée à temps plein[15].

Chiffres liés au travail indépendantModifier

Dans le mondeModifier

Le cabinet McKinsey estime que 20 à 30 % de la population en âge de travailler aux États-Unis et en Europe (162 millions de personnes) tirerait ses revenus en indépendant (au sens large, professions libérales incluses)[2].

En EuropeModifier

Selon l'EFIP, le nombre de freelances s'établirait à 9 millions en Europe, soit environ 25 % des actifs[16].

En FranceModifier

Le nombre de travailleurs indépendants en France est évalué à 3,1 millions par l'INSEE en 2016, soit 12% des personnes en emploi[17].

L'INSEE dans un "panorama de l’emploi et des revenus des non-salariés" détaille au 31 décembre 2017 les chiffres suivantes[18] ː

. 3,5 millions d'indépendants, dont 3,2 millions cotisent au régime de protection sociale des non salariés (1,9 million d'indépendants classiques, 0,9 million d'auto-entrepreneurs, 0,4 million dans l'agriculture) et 0,3 million au régime général des salariés. Ces données correspondent à un accroissement 33 % par rapport à 2008, augmentation principalement due aux auto-entrepreneurs, alors que les effectifs de non-salariés classiques ont baissé de 11 %. Ils ont diminué dans tous les secteurs sauf la santé (+ 24 %).

. Les services aux entreprises et les services mixtes regroupent 23 % des non-salariés, les services aux particuliers hors santé 21 %, le commerce et l’artisanat commercial 18 %, la santé et l’action sociale 18 % et la construction 13 %.

. En 2017, le revenu d’activité moyen des non-salariés dans l’ensemble des secteurs est de 2 580 euros nets par mois. Les non-salariés classiques gagnent en moyenne 3 580 euros, contre 470 euros pour les micro-entrepreneurs, pour qui l’activité non salariée est complémentaire à une activité salariée dans 29 % des cas. Les écarts de revenus sont importants ː pour les non-salariés classiques, le revenu mensuel moyen varie de 1 650 euros dans les services aux particuliers à 5 600 euros dans la santé et l’action sociale.


Aspects juridiques et administratifsModifier

En FranceModifier

Le travailleur indépendant doit être enregistré en tant qu'entreprise, puisqu'il émet des factures. Certaines activités ont leur régime particulier, mais dans la plupart des cas il peut opter principalement entre deux statuts : l'entreprise individuelle ou la société. Il peut aussi s'associer avec son prestataire dans une société en participation (SEP). L'entreprise individuelle est plus simple à gérer qu'une société, mais implique pour le travailleur indépendant d'être responsable sur ses biens propres des dettes, alors qu'avec une société seul le capital garantit les dettes. La forme la plus répandue d'entreprise individuelle est le régime d'auto-entrepreneur (1,1 million en 2016).

Le régime social des indépendants gère la protection sociale obligatoire du travailleur indépendant : retraite, prévoyance et remboursement des frais de santé. La responsabilité civile professionnelle du freelance est engagée, directement sur ses biens personnels. Il est responsable au remboursement des dettes ou des conséquences des préjudices qu’il pourrait occasionner à autrui ou à ses clients pendant l’exercice de son activité professionnelle.[19]

Un journaliste, pigiste occasionnel ou journaliste permanent, ne peut être rémunéré comme travailleur indépendant, il est nécessairement salarié (loi Cressard). Dès lors, pour que Pôle emploi détermine la quotité de travail (proportion de temps partiel jusqu'à temps plein) le pigiste ou journaliste doit présenter des attestations d'employeur comportant des décomptes mensuels d'heures travaillées, de jours travaillés et de jours de congés payés.

De même un artiste est soumis à des conventions (d'origine syndicale) spécifiques qui impliquent qu'il soit produit et au régime des intermittents qui mêlent rémunération au cachet et règles d'indemnisations. Dès lors on ne parle plus de « travailleur indépendant ».

Cependant, pour se simplifier grandement l'aspect administratif, certains choisissent le portage salarial, c'est par exemple le cas des développeurs[20], qui induit soit de rémunérer une société de portage, soit de trouver une société portant gracieusement, ou en échange d'un loyer ou d'un droit de préférence.

Au QuébecModifier

En droit québécois, les travailleurs autonomes comme les pigistes n'ont généralement pas de lien de subordination à l'égard de l'employeur comme l'exige le contrat de travail de l'article 2085 du Code civil du Québec. [21]. Donc puisque le travail à la pige n'est pas un contrat de travail, il s'agit d'un contrat d'entreprise au sens où l'entend l'article 2098 C.c.Q.[22].

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

BibliographieModifier

Liens externesModifier

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Notes et référencesModifier

  1. a et b « 2014, l'année qui révolutionna le marché du travail », Le Huffington Post,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mars 2018).
  2. a b et c Sophy Caulier, « Freelance, une option de plus en plus prisée », sur Le Monde, (consulté le 30 mars 2018).
  3. a et b « Les freelances s'intègrent durablement dans les grandes entreprises », Le Figaro,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mars 2018).
  4. « La France va-t-elle devenir une nation de freelances ? », Influencia,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mars 2018).
  5. a et b « Les freelances, les pollinisateurs de la transformation », Influencia,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mars 2018).
  6. « Hopwork met en relation freelances et entreprises », Paroles d’entrepreneurs,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mars 2018).
  7. a et b « Malt Tech Trends 2019 : classement des technos et tarifs développeurs », sur www.malt.fr (consulté le 30 décembre 2019)
  8. « Crédit immobilier : les auto-entrepreneurs oubliés du système », sur Lesechos.fr, (consulté le 25 novembre 2019).
  9. Laetitia Vitaud, « Le freelancing en France », Malt.com,‎ (lire en ligne)
  10. Camille Prigent, « Hopwork facilite la vie pro des free-lances », sur Les Echos Executives, (consulté le 30 décembre 2019)
  11. « Malt, trait d’union entre les freelances et les entreprises », sur leparisien.fr, (consulté le 30 décembre 2019)
  12. a et b « Prévoyance : Axa France s’associe avec la plateforme Malt », Argus de l'Assurance,‎ (lire en ligne, consulté le 30 décembre 2019)
  13. Guillaume Bregeras, « Alan, Malt et Qonto s'associent pour aider les travailleurs indépendants », sur Les Echos Executives, (consulté le 30 décembre 2019)
  14. « Openclassrooms va former les travailleurs indépendants », sur Les Echos, (consulté le 30 décembre 2019)
  15. Maurice Midena, « Heureux Comme Les Freelances en 2019 ! », sur Forbes France, (consulté le 30 décembre 2019)
  16. « La start-up Malt (Hopwork) surfe sur la vague du freelancing », Forbes France,‎ (lire en ligne, consulté le 30 mars 2018).
  17. « Les indépendants : le rebond amorcé dans les années 2000 se poursuit en 2016 - Insee Première - 1768 », sur www.insee.fr (consulté le 27 novembre 2020)
  18. Laurianne Salembier, Guilhem Théron (Insee), « Panorama de l’emploi et des revenus des non-salariés », sur insee.fr,
  19. « COMMENT RECRUTER EN CONTRAT FREELANCE? »
  20. « Pourquoi le portage salarial est avantageux pour les professionnels du web ? », sur siecledigital.fr (consulté le 13 avril 2018)
  21. Art. 2085 C.c.Q.
  22. Article 2098 C.c.Q.
  23. Tout doit disparaître ou le Réveil des indépendants, sur le site abes.fr.