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Carte de l'Espagne byzantine.

Spania est une province romaine d'Orient (« byzantine »[1]) au sud de la péninsule Hispanique, ayant existé entre 552 et 624. Elle correspond ainsi à la « période byzantine » de la province de Bétique. Créée à l'occasion des reconquêtes de l'empereur Justinien et de son général Bélisaire, elle recouvre le quart sud-est de la péninsule Ibérique. Rapidement, cette province s'avère difficile à défendre pour les successeurs de Justin II, occupés par des problèmes plus urgents et les « Byzantins » se retrouvent sur la défensive. Progressivement, sous l'impulsion du roi wisigoth Léovigild, les Romains d'Hispanie perdent du terrain et quittent définitivement la péninsule en 624.

Contexte historiqueModifier

Depuis les invasions barbares, l'Espagne est occupée par le royaume wisigoth établi progressivement dans le courant du Ve siècle. Dans le même temps, l'Empire romain d'Occident s'est effondré en 476. Toutefois, l'Empire romain d'Orient subsiste et l'un de ses empereurs, Justinien décide de reconquérir les anciennes terres de l'Empire romain. Dans la perspective plus ou moins affirmée de reconstituer son universalité, il débarque en Afrique du Nord puis en Italie. Déjà, dans le cadre de ces guerres, le royaume wisigoth est indirectement concerné. La reconquête de l'Afrique du Nord par Bélisaire en 533 entraîne une réaction de Theudis, le roi wisigoth de l'époque, qui s'empare de Septem, sur la côte sud du détroit de Gibraltar. Toutefois, il est contraint de la céder aux Romains d'Orient dès 534 et ne parvient pas à la reprendre en dépit d'un siège en 547. Si l'ancienne province de Maurétanie Tingitane échappe au contrôle romain, celui-ci est désormais proche de la péninsule ibérique.

Conquête de la BétiqueModifier

L'arrivée au pouvoir d'Agila entraîne des remous au sein du royaume wisigoth. Les descendants des citoyens romains lui sont opposés et rapidement, une révolte se produit, conduite par Athanagild. En outre, ce dernier affirme son attachement au christianisme nicéen, ce qui plaît à Justinien, fervent défenseur de la foi chrétienne issue des premiers conciles de l'Église et opposé aux dissidences religieuses comme l'arianisme professé par Agila. Pour soutenir Athanagild, l'Empire envoie en 552 une force expéditionnaire sous le commandement du patrice Libérius, alors âgé de plus de quatre-vingt ans. Selon Pierre Maraval, l'âge particulièrement avancé de ce général pourrait impliquer que Justinien ne souhaite pas soumettre l'ensemble de la péninsule ibérique mais seulement profiter du contexte troublé pour y établir une sorte de tête de pont. Dans le cadre de la guerre entre Athanagild et Agila, les Romains d'Orient parviennent à s'emparer de la partie sud-est de la péninsule, correspondant grosso modo à l'actuelle Andalousie, comprenant des cités comme Carthagène, Cordoue ou Malaga. Toutefois, rapidement, les relations entre Athanagild, qui s'est emparé du trône, et ses alliés « byzantins » se dégradent. Dans les années qui suivent l'établissement des « Byzantins » dans la péninsule, ceux-ci tentent de poursuivre leur progression en direction du nord, dans la région de la Sierra Morena mais Athanagild parvient à les repousser. Néanmoins, la prise du sud de l'Espagne constitue la dernière et la plus occidentale des entreprises expansionnistes de Justinien, d'autant plus réussie qu'elle a demandé un investissement en hommes et en argent limité.

La reconquêteModifier

Léovigild est le successeur d'Athanagild. S'il reconnaît la suzeraineté de Justin II, qui succède à Justinien en 565, il ne tarde pas à vouloir rétablir la souveraineté wisigothe sur la totalité de la péninsule ibérique, à la fois contre les terres romaines, contre les Suèves au nord-ouest et contre les Vascons au nord[2]. Les « Byzantins » continuent de représenter une menace, dès lors que la moindre révolte est susceptible de se tourner vers eux à la recherche de soutien. Après avoir vaincu les Suèves, le roi des Wisigoths s'attaque aux Romains d'Hispanie qu'il bat près de Malaga et de Baza avant de piller la région. En 571, il prend Medina Sidonia grâce à la traîtrise de l'un de ses habitants et son grand succès intervient l'année suivante, avec la reconquête de Cordoue, la capitale de la Spania, qui est transférée à Carthagène. À la mort de Léovigild, les possessions ibériques de l'Empire « byzantin » ne comprennent plus que le littoral sud-est de la péninsule.

Dans le même temps, Léovigild accroît la persécution envers les nicéens, ce qui provoque des troubles internes à son royaume. Herménégilde, le propre fils de Léovigild, prend la tête d'une rébellion pro-nicéenne en 582 et il est fort probable qu'il a essayé d'attirer dans son camp les Byzantins, adversaires de longue date de l'arianisme. Saint-Léandre se rend à Constantinople, probablement pour requérir l'aide impériale mais il ne semble pas avoir été écouté et les Byzantins se tiennent à l'écart des troubles au sein de la péninsule, tout en soutenant formellement Herménégilde. L'Empire romain d'Orient est alors confronté à d'autres menaces extérieures plus pressantes, en Orient contre les Sassanides, contre les Lombards en Italie et contre les Slaves et les Avars dans les Balkans, ce qui l'empêche de déployer des forces substantielles en Espagne. En 584, Séville, qui est alors le bastion de la rébellion, tombe aux mains de Léovigild, puis Cordoue, dernier refuse d'Herménégilde qui est exécuté en 585. Toutefois, sa femme, Ingonde est réfugiée chez les Byzantins. Si elle périt au cours du trajet vers Constantinople, son fils Athanagild est élevé à la cour de l'empereur romain d'Orient Maurice[3].

En 586, la mort de Léovigild constitue un tournant puisque son successeur, Récarède, abandonne l'arianisme. L'Empire byzantin ne peut alors plus jouer des rivalités entre les ariens et les nicéens, tandis que Récarède se rapproche de la papauté. Pour autant, Récarède entretient des relations relativement cordiales avec Maurice et un traité de paix est signé entre les deux souverains, confirmant les possessions de la Spania, tout en prohibant aux Romains d'Hispanie toute conquête supplémentaire. Toutefois, en 603, le nouveau roi Wittéric se montre beaucoup moins favorable à la présence romaine. Déjà, sous son prédécesseur, Liuva II (601-603), il reçoit le commandement d'une armée censée refouler les Byzantins. Il préfère alors s'emparer du trône mais n'abandonne pas la reconquête du sud de la péninsule, s'emparant de plusieurs positions de la Spania. Finalement, c'est Sisebut, sacré roi en 612, qui entreprend de terminer l'unification de la péninsule ibérique sous l'autorité wisigothe. L'Empire byzantin est alors profondément fragilisé puisqu'il sort du règne troublé de Phocas entre 602 et 610, tandis que la guerre contre les Sassanides a repris, focalisant toutes les forces de l'Empire en Orient. Le gouverneur de la Spania, Césarius, est battu à deux reprises. La conquête wisigothe de la province byzantine s'achève sous le règne du roi Swinthila qui s'empare de Carthagène en 622 puis de l'Algarve en 624 ; les Romains, chassées de la péninsule Ibérique, se replient dans les Baléares et en Afrique, dans leur exarchat de Carthage, notamment dans la forteresse de Septem.

L'administrationModifier

Les sources à propos de la Spania laissent apparaître qu'elle ne forme qu'une seule province, sous la direction d'un magister militum pour l'Hispanie. Celui-ci agit comme un gouverneur aux pouvoirs civils et militaires, dans le cadre de la volonté affirmée de Justinien de favoriser le cumul des compétences dans la plupart des provinces de l'Empire. La langue de la province est le latin, et non le grec comme l'affirment les commentateurs tardifs qui tentent de présenter la Spania comme une occupation étrangère dans la péninsule. Les gouverneurs connus sont les suivants :

  • Liberius qui, après avoir conquis la Bétique, devient le premier magister militum pour l'Espagne : déjà âgé, il décède rapidement ;
  • Comentiolus est celui qui apparaît en second, dans les années 580, soit bien après la mort de Liberius : il semble avoir fait preuve d'autoritarisme envers les autorités religieuses sous sa direction puisqu'il fait déposer plusieurs évêques. Il pourrait s'agir du général Comentiolus qui avait combattu les Sassanides en Orient mais rien n'est certain à ce propos ;
  • Cesarius est un patrice contemporain du début du règne d'Héraclius, mais il est possible qu'il soit présent dans la région à l'époque du règne de Phocas, voire de Maurice. Il signe un traité de paix avec le roi Sisebut en 614.

La capitale de ce territoire est d'abord établie à Cordoue mais après la reprise de la ville par les Wisigoths, les Byzantins l'établissent à Carthagène, une ville bénéficiant d'importantes fortifications et d'un port d'une importance stratégique.

Notes et référencesModifier

  1. « Byzantin » : dénomination pour tout ce qui concerne l'Empire romain d'Orient, adoptée au XVIe siècle.
  2. Années 586-601 - Isidore de Séville (Historia... cit., 54) écrit: Saepe etiam et lacertos contra Romanorum insolentias et irruptiones Vasconum movit (Il (Récarède) envoya souvent ses forces contre les provocations des Romains et les incursions des Vascons).
  3. Il est difficile de connaître le sort exact de ce personnage. Des sources affirment qu'il est mort encore enfant tandis qu'il pourrait avoir survécu et s'être marié. Selon la Chronique d'Albelda, le fils de cette union serait le père d'Ervige, roi wisigoth de 680 à 687 mais il est impossible de confirmer cette thèse.

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

Antiquité romaine

Liens externesModifier

  • Paul Goubert, « Byzance et l'Espagne wisigothique (554-711) », Études byzantines, vol. 2,‎ , p. 5-78 (lire en ligne).
  • Paul Goubert, « L'administration de l'Espagne byzantine : I. Les Gouverneurs de l'Espagne byzantine », Études byzantines, vol. 3,‎ , p. 127-142 (lire en ligne).
  • Paul Goubert, « L'Espagne byzantine. Administration de l'Espagne byzantine (suite). Influences byzantines religieuses et politiques sur l'Espagne wisigothique », Revue des études byzantines, vol. 4,‎ , p. 71-134 (lire en ligne).
  • (en) Jamie Wood, « Defending Byzantine Spain: frontiers and diplomacy », Early Medieval Europe, vol. 18,‎ , p. 292-319 (lire en ligne).