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Le Reichsgau de Dantzig Prusse occidentale en 1943

Le Reichsgau Danzig Westpreußen (Reichsgau Dantzig-Prusse Occidentale) est une division administrative mise en place par le décret du définissant le régime légal des territoires ayant constitué le corridor de Dantzig annexés à la suite de la campagne de Pologne. Le Reichsgau est confié à Albert Forster, militant de longue date du NSDAP. Dans ce Gau, comme dans le Gau du Wartheland, les responsables nazis souhaitent la mise en place d'un nouvel ordre, défini par les principes d'organisation nazis de la société allemande. Ainsi, un nouvel ordre administratif est mis en place, tandis que les personnes jugées indésirables par les responsables nazis sont évacués ou exterminées. Rapidement, cependant, la guerre pose son empreinte sur le territoire du Gau, relativement épargné jusqu'au mois de . Ainsi, à la suite des succès soviétiques du début de l'année 1945, le Reichsgau est âprement disputé par les unités soviétiques et allemandes engagées dans les combats. Le Reichsgau est évacué dans la panique par les Allemands, civils et militaires, au début de l'année 1945; dans ce contexte, les structures mises en place en 1939-1940 se volatilisent rapidement

Création d'un ReichsgauModifier

Préparé dans un contexte marqué par les hésitations de Hitler sur le devenir des territoires dévolus au Reich, le décret du 8 octobre 1939, destiné à être appliqué le 1er novembre suivant[1], organise ces territoires annexés : sont créés deux gaue, le gau Wartheland (qui porte, jusqu'au 29 janvier 1940, le nom de Gau de Posnanie[2]), et le Gau de Dantzig-Prusse Occidentale, tandis que d'autres territoires sont rattachés au Gau de Basse Silésie et au Gau de Prusse Orientale.

Au sein du Reichsgau centré autour de Gdańsk, Albert Forster, exerce son autorité à la fois sur le parti et sur les services de l'administration centrale compétents dans sa circonscription[3].

Le GauleiterModifier

Articles détaillés : Gauleiter et Albert Forster.

Nommé Gauleiter lors de la création du Gau, Albert Forster, également Reichsstatthalter, constitue l'archétype du vieux combattant du parti nazi[4] : il est envoyé par Hermann Göring en 1930 à Dantzig, pour y diriger le NSDAP. De plus, sa proximité avec Hitler lui assure une grande liberté d'action face aux autres centres de pouvoirs du Reich[5].

Lors de l'avancée des troupes allemandes en Pologne, en , il est nommé, le , responsable de l'administration du district militaire de Dantzig-Prusse occidentale, dans l'attente de la réorganisation administrative des territoires conquis ; il est alors placé, comme Arthur Greiser à Posen, sous l'autorité hiérarchique du commandement militaire, en l’occurrence Hans Frank, placé par Hitler à la tête de l'administration militaire, sous le commandement de Gerd von Rundstedt[6]. Au terme de quelques semaines de cohabitation houleuse avec les militaires[N 1], Forster est finalement nommé par Hitler le , Reichskommissar du district de Dantzig-Prusse occidentale, puis, le lendemain, Gauleiter d'un Gau destiné à être mis en place à partir du [1].

Dépendant directement, et personnellement, de Hitler[7],[8] (il n'hésite d'ailleurs pas à se plaindre de la politique menée par les militaires peu de temps avant la mise en place du Gau, précipitant la réorganisation des territoires conquis[1]), il dispose, pour réaliser le programme nazi dans son Gau, de prérogatives telles qu'aucun contre-pouvoir, même Himmler, ne peut efficacement contrôler son action[9] : Forster donne d'ailleurs une certaine publicité à ce qu'il pense, non seulement de la politique raciale de Himmler dans les territoires orientaux contrôlés par le Reich, mais aussi de Himmler lui-même, confiant à Goebbels les échecs de la politique raciale de Himmler[10].

Cet accès direct à Hitler lui permet, jusqu'aux derniers jours du conflit, d'imposer sa vision de la défense militaire de son Gau, même dans les circonstances tragiques de la conquête de Dantzig par l'Armée Rouge, contre l'avis des commandants d'unités[11].

La mise en place des structures administrativesModifier

Rapidement, les structures de l'État se mettent en place, dans le cadre équivoque défini par le décret du 8 octobre 1939.

Ainsi, une région militaire est-elle créée, le Wehrkreis XX, sous l'autorité du général Max Bock[12].

De même, un Höherer der SS und Polizeiführer est nommé, Richard Hildebrandt, court-circuitant, dans de nombreux domaines, le Gauleiter et Reichsstatthalter Albert Forster[13]. Rapidement, Hildebrandt tente de mener une politique autonome au sein de la SS ; cette politique s'appuie sur les milices de Volksdeutsche, notamment celle de Kurt Eimann, ce que Himmler ne peut accepter : en , le Reichsführer SS rappelle au Höherer der SS du Gau ses prérogatives et celles de son subordonné, ce dernier ne pouvant ouvrir des camps de concentration ou mettre en place une milice autonome au sein de la SS[14].

Un territoire à part dans le ReichModifier

Le décret du définit les obligations des personnes résidant dans les territoires annexés : intégré du point de vue économique, le Reichsgau voit sa population allemande (7 % de la population), privée d'un certain nombre des droits des citoyens de l'Altreich.

Conçu comme une zone expérimentale de la société national-socialiste[15], le Reichsgau constitue, avec l'ensemble des territoires polonais annexés, une zone de non droit, un rechtsfrei Raum[16] : en effet, les territoires intégrés au sein du Reich voient les garanties de droit existant pour les citoyens de l'Altreich ne pas entrer en vigueur dans les territoires annexés : ainsi, selon Kershaw, le Droit recouvre, dans le Gau, le bon vouloir de Forster[17], véritable « Hitler au petit pied »[18], des responsables locaux du NSDAP et des cadres de ses organisations satellites[17]. En conséquence, le code pénal en vigueur dans le Reich ne s'applique pas dans le Reichsgau[15].

L'« état d'exception administratif »[19] permet la mise en place, sur le territoire du Reichsgau, d'un enchevêtrement de pouvoirs spéciaux et de missions spéciales voulu par Hitler[20] qui s'ajoutent aux organismes exerçant des prérogatives de l'État allemand : le principe de l'unité juridique et administrative du Reich se trouve ainsi durablement remis en cause[21], si bien que le ministre de l'intérieur n'a aucune prise sur la politique relevant de ses compétences menées dans le Gau[20].

De plus, ces Allemands ne peuvent se déplacer librement dans le Reich qu'après avoir obtenu un laisser-passer tandis que les Polonais et les Juifs voient leurs déplacements limités dans le Gau[2].

Allemands et Polonais dans le ReichsgauModifier

Dès le mois d', affranchi de l'ensemble des cadres légaux de l'état de droit[22], Hitler définit, le plus souvent oralement[15], les principes de la politique destinée à être menée dans les territoires contrôlés par le Reich, principes tirés de sa vision du Volkstumskampf, du combat racial[23], qu'il souhaite voir appliquer sur les territoires polonais contrôlés par le Reich, et les objectifs qu'il assigne à ses représentants en Pologne. Le territoire sous contrôle allemand est divisé en deux sous-ensembles : un territoire à germaniser (auquel appartient le Gau) et un territoire occupé, le Gouvernement Général[24]. Mais cette dichotomie n'empêche pas la SS de considérer, dans le cadre du décret du , nommant Himmler commissaire du Reich chargé du renforcement de la race allemande[25], que la politique raciale relève de sa compétence[26].

Composée de 37% d'Allemands, de 7% de cachoubes[27], la population est soumise à une germanisation renforcée, régie par les décrets du , du et du , précisés ou amendés par des circulaires de Himmler ou des propos de Hitler[28]. En effet, ayant reçu pour consigne de germaniser leurs Gaue en dix ans, Forster à Dantzig, comme Greiser à Posen, ne sont limités dans cette politique de germanisation radicale par aucune entrave juridique, administrative ou légale, donnant aux Reichsgaue un caractère expérimental pour l'ordre nouveau national-socialiste[15].

Dans le cadre de l'Ostforschung, la politique ethnique et raciale dans les Reichsgaue est basée sur l'idée que les territoires immédiatement limitrophes aux territoires germaniques ont connu une forte influence culturelle et politique venue des territoires allemands[29]. Ainsi, la ville de Dantzig est destinée, selon le même de Hitler, à devenir « allemande comme du cristal »[30].

Germanisation et colonisationModifier

Reprenant l'idée de Greiser dans le Wartheland, défendant en même temps que lui l'idée qu'on peut capter chez les Polonais des éléments de germanité, qu'il est possible de regermaniser[31], Forster met en place une Volksliste qui classe les Allemands et les habitants germanisables du Gau en quatre catégories raciales : la catégorie I regroupe les membres du peuple allemand, citoyens de plein droit, la catégorie II les citoyens ne pouvant être membre du NSDAP, la catégorie III les Volksdeutsche et la catégorie IV les « allogènes racialement apparentés »[30]. Cependant, appuyé sur les conclusions d'une étude portant sur la population de son Gau, notamment les Cachoubes), réalisée par Hans Günther (qui affirme la possibilité d'une germanisation rapide[32]), rendue publique au mois de , et partisan d'une politique raciale assimilatrice, à l'antipode de son collègue du Wartheland, Forster ne mène pas de politique restrictive d'inscription sur la Volksliste, à la grande colère de Himmler[33].

Ainsi, dans le Reichsgau, la sélection raciale relève du NSDAP, directement de Forster et ne fait pas partie de la sphère de compétence de la SS[33] : aucune sélection raciale systématique n'est encouragée dans une région anciennement peuplée de Goths et de Vikings[31]. En opposition à Himmler[10], mais avec l'appui de Hitler, plus pragmatique, de la Wehrmacht, qui est en mesure d'incorporer ainsi davantage d'hommes dans ses effectifs[33], de Hans Günther et de Richard Darré, ministre de l'agriculture jusqu'en 1942[32], Forster parvient à inscrire sur la Volksliste 938 000 personnes au 1er janvier 1943[33], dont près de 77% sont issus des catégories III et IV : pour Forster, ses soutiens au sein du parti et au sein des milieux de la recherche nazie, cette politique d'inscription sur la Volksliste se veut la matérialisation d'un encouragement au métissage racial d'un peuple en manque d'hommes, à l'opposé de ce que souhaitent les intellectuels SS[34],[35].

Menée conjointement avec cette politique raciale, la politique coloniale dans le Gau, que les concepteurs du schéma général de l'Est souhaitent intensive[36] suppose non seulement l'installation de Volksdeutsche venus de toute l'Europe[37], mais aussi une appétence des Allemands pour la colonisation et l'installation dans la région de Dantzig[38]. Pour cela, s'organise un office cadastral à Dantzig contrôlé par le RuSHA[37].

Himmler propose, pour appliquer les multiples projets qui fleurissent, d'utiliser les Volksdeutsche rapatriés des pays baltes et dûment soumis à un examen racial, pour peupler d'Allemands le port de Gotenhafen[39]. Ainsi, les Volksdeutsche des pays baltes rapatriés en vertu des accords germano-soviétiques sont dirigés vers Gotenhafen, transformés en colonie de peuplement. Destinée à accueillir les Allemands rapatriés des Pays Baltes, la ville de Gotenhafen est ainsi vidée en de la moitié de sa population et dotée d'un bureau centrale de l'immigration, confiée à la SS et compétent pour mener les expulsions des Polonais et l'installation des Allemands de la Baltique dans le district de Gotenhafen (ces derniers sont annoncés à partir du 15 octobre suivant)[40]. Rapidement, les projets de Himmler pour le district tournent au fiasco, au grand amusement du Gauleiter, comme le reconnaît le HSSPF en poste, Richard Hildebrandt[41]. Devant l'afflux de plaintes, Himmler est obligé d'impliquer dans son projet les administrations des territoires voisins[42].

Sur le terrain, cette politique raciale est menée depuis Gotenhafen par une antenne locale d'une officine spécialisée dans la politique raciale, l'Einwanderzentralstelle, dépendant du RSHA[43].

La politique de germanisation intensive du Gau s'accompagne d'une sévère politique de déchristianisation, à Bromberg, notamment, où seuls 17 prêtres catholiques demeurent dans la ville après les deux vagues de terreur qui frappent la population polonaise[44].

Les PolonaisModifier

Albert Forster souhaite transformer son Gau en une « province florissante, purement allemande »[45].

Ainsi, dès les premiers jours d'existence du Gau, dans un contexte exacerbé par les massacres de Bromberg du début du mois de , une première campagne de terreur systématique, mais « chaotique » s'abat sur les Polonais, orchestrée par le SD, les Einsatzgruppen et la Sebstschutz, rapidement mise en place au cours du mois de [45]. À Gotenhafen, par exemple, 5 000 fonctionnaires polonais sont arrêtés et internés dès les premiers jours du conflit, puis, au terme de sélections plus ou moins arbitraires, 80 personnes sont fusillées[46], Au terme de cette première campagne de terreur, menée concurremment à l'établissement du Gau, le nombre de victimes s'élève à 20 000 personnes assassinées et 87 000 expulsions[47].

De plus, dès les premiers mois d'existence du Gau, en dépit des protestations des responsables de l'administration militaire[48], les Polonais sont soumis à une deuxième vague de terreur. 20 000 d'entre eux sont exterminés sur les territoires dévolus au Reichsgau jusqu'à la fin de l'année, avant ou après sa mise en place[49]. Les élites polonaises, enseignants, officiers, fonctionnaires, membres du bas clergé, militants nationalistes, sont soit exécutés, de façon désordonnée jusqu'à la fin du mois d'octobre, puis, sur ordre personnel de Hitler, dans le cadre d'une action spécifique confiée aux Einsatzgruppen, l'action Intelligentsia[50]. Cette campagne de terreur s'accompagne d'une campagne de règlements de compte[44].

Puis, dans le cadre de la politique de colonisation voulue par Himmler, 40 000 Polonais de Gydnia, soit la moitié de la population de la ville, sont évacués de force en , avec la complicité de la Wehrmacht[51].

Les crimes nazis dans le WarthelandModifier

Dès la conquête, Hitler fixe les objectifs raciaux à mener dans l'ensemble des territoires anciennement polonais. Dans le cadre du Volkstumskampf, le meurtre collectif des cadres politiques, économiques, intellectuels de la société polonaise, ainsi que de la totalité des Juifs et des malades mentaux, est pensé comme systématique et doit se faire sans la moindre contrainte juridique[23], car les méthodes employées sont « incompatibles avec nos principes ».

Les malades mentauxModifier

Dans le cadre de l'action T4, visant une pureté raciale au sein même de la Volksgemeinschaft[52], de nombreux malades mentaux, originaires ou non des territoires du Gau, sont assassinés dans le Reichsgau. Les hommes du Wachsturmbann Kurt Eimann exécutent non seulement les patients des hôpitaux psychiatriques de la région, mais également, à la demande de Franz Schwede, Gauleiter de Poméranie, 1200 patients internés dans les hôpitaux de Poméranie[53].

Acheminés dans la banlieue de Neustadt, au Nord de Dantzig, les patients sont exécutés dans des fosses communes creusées par des détenus du camp du Stutthof, assassinés en fin de journée[54]. Selon le rapport même de Kurt Eimann, près de 3 000 personnes sont exécutées dans le cadre de cette opération[55].

La Shoah dans le ReichsgauModifier

Dans le Reichsgau, l'extermination des Juifs commence dès le premier jour ; ainsi, dans le cadre de l'action des Einsatzgruppen en Pologne, de nombreux Juifs sont exécutés[50]. Cependant, en raison de la proximité de la région avec le Reich, peu de Juifs se sont installés dans la région; de plus, la plupart a fui dès les premiers jours du conflit, et les Juifs restants sur place sont rapidement expulsés ou fusillés avant la fin de l'année 1939, la ville de Bromberg étant déclarée Judenfrei, « libérée des Juifs » selon la terminologie nazie, en [56], puis, dans les jours qui suivent, les derniers Juifs de la région sont expulsés ou assassinés par les hommes de la Selbstschutz[57].

Dans les mois qui suivent, un camp de concentration et d'extermination est mis en place à proximité de Dantzig, au Stutthof. Lieu d'extermination, il est utilisé, à partir de l'été 1944, comme lieu d'accueil des Juifs internés dans les camps de concentrations et d'extermination de l'Ostland, Kaiserwald, Kaunas et Vaivara[58] et de Pologne, menacés par les succès soviétiques de l'été 1944 : les Juives du ghetto de Kovno en [59], les habitants de Shavli le même mois[54]. Ces déportés sont gazés au Zyklon B en , dès leur arrivée au camp[58].

Cet accueil est néanmoins provisoire, puisque, dès la fin de l'été, les responsables du camp commencent à l'évacuer[60], selon des modalités juste définies[61], par train, à la fin de l'année 1944, puis à pied, vers Lauenbourg, en [58]. Évacués vers l'Est, en direction des ports, Pillau, Dantzig ou Gotenhafen[61], la majeure partie des détenus restant dans le camp sont exterminés dans les jours qui suivent l'abandon du camp dans les derniers jours de [62]. En , 3 000 détenus sont encore évacués par mer en direction de Lübeck, puis massacrés par les gardes SS et des soldats de la Kriegsmarine[63].

Le Reichsgau dans la guerreModifier

Mis en place au cours du mois d', le Gau connaît pendant le conflit une évolution particulière : Gau refuge pour les populations menacées par les bombardements alliés à partir de 1942, il est directement menacé par la conquête soviétique à partir de la seconde moitié du mois de , mais du fait de la résistance allemande, la conquête n'est pas totalement achevée lors de la capitulation. La stabilité politique dans le Gau rend possible la mise en coupe réglée de sa population polonaise et de ses richesses.

Exploitation économique du GauModifier

Rapidement, le Gau, à l'instar des autres territoires conquis, est mis en coupe réglée par le Reich. En dépit de la politique erratique des premiers mois, nécessitant l'intervention de Göring, le Reichsgau doit être exploité au profit du Reich et de son économie de guerre[49]. Ainsi, dès le29 février 1940, dans un contexte marqué par les frictions entre SS et armée autour de la politique d'occupation en Pologne, Göring convoque une réunion à laquelle sont conviés les responsables nazis des territoires orientaux contrôlés par le Reich, dont le Gauleiter Albert Forster, le Reichsführer Himmler et le ministre de l'économie, Lutz Schwerin von Krosigk, et rappelle les objectifs assignés aux territoires polonais occupés ou annexés par le Reich : renforcer le potentiel économique du Reich[48], y compris aux dépens de la politique raciale à court terme[64].

De plus, le décret d'annexion de 1939 fait du Reichsmark la monnaie légale en vigueur, obligeant les habitants du Gau à convertir leur Zlotys en Reichsmarks, la Reichsbank récupérant ainsi par ce biais, dans les territoires polonais annexés, la somme de 660 millions de Zlotys, utilisés pour financer les achats allemands dans le Gouvernement Général, où cette monnaie a cours légal[65].

Enfin, cette exploitation s'effectue dans un premier temps aussi en utilisant les ressources du système fiscal en vigueur dans le Reich, en étendant et en systématisant le système fiscal mis en place pour les Juifs dans le Reich. En effet, exclus du système social allemand, les Polonais du Gau doivent s'acquitter d'une taxe spéciale, la « taxe de compensation des prestations ». De plus, les Polonais sont systématiquement soumis aux tranches les plus défavorables du calcul de l'impôt sur le revenu[66].

Évolution du Gau durant le conflitModifier

Au cours de la seconde moitié de l'année 1944, le Gau est mis en défense, conformément aux consignes édictées par Guderian, nouveau chef d'état-major de Hitler, dans son décret du 27 juillet 1944, relatif à l'érection de fortifications dans les Gaue orientaux du Reich[67], ces fortifications s'appuyant pour parti sur les celles érigées dans les années 1930 par la Pologne[68].

Durant cette même période, le Gau semble globalement épargné par le conflit, le front en étant encore éloigné, contenu à proximité de Varsovie et sur les confins orientaux de la Prusse orientale[69] ; cependant, l'arrivée des premiers réfugiés de Prusse orientale, à partir du mois de , contribue à la décrédibilisation du NSDAP et de ses responsables territoriaux[70].

Dans le même temps, le port de Dantzig est utilisé comme base arrière pour les unités stationnées en Courlande et comme port de ralliement des unités de la Kriegsmarine dans la Baltique, contre laquelle la marine soviétique ne peut rivaliser au printemps 1945[71].

La volatilisation dans la tourmente de l'hiver et du printemps 1945Modifier

Les succès soviétiques de l'hiver 1945 menacent directement le territoire du Gau à partir du 20 janvier. À partir de ce moment, la ville de Dantzig et sa région deviennent le lieu de ralliement des Allemands fuyant la Prusse orientale et le Wartheland submergés par les unités soviétiques[72]. En effet, le secteur est bien défendu par des unités de l'armée, appuyées sur les fortifications du port de guerre de Dantzig[73].

Ainsi, les succès soviétiques de l'hiver 1945 non seulement isolent le Gau de tout contact terrestre avec le Reich, mais aussi rendent précaire la survie des populations, qui soumises à des nouvelles contradictoires, tentent d'échapper à l'Armée Rouge par la mer[74]. Pour faciliter leur évacuation, Forster et Himmler demandent, le 8 mars 1945, l'appui de Karl Kaufmann, Gauleiter de Hambourg, pour l'évacuation de la population rassemblée dans la région de Dantzig[75], tandis que Forster tente d'exposer la situation désespérée de la ville de Dantzig à Hitler, qui lui remonte le moral, selon Christa Schroeder[11]. L'accord avec Kaufmann rend possible la mobilisation de 1080 navires, dont les deux tiers de navires marchands, pour l'évacuation des réfugiés allemands originaires de régions plus à l'Est, ou la persistance d'une menace de la possibilité de transferts de grandes unités allemandes stationnées sur le pourtour de la Baltique[68].

Cependant, à la faveur du remplacement de Walther Weiss par Dietrich von Saucken le 8 mars 1945, le Gauleiter Forster, totalement démoralisé, est obligé de laisser la réalité du pouvoir aux militaires, qui tentent d'organiser la défense de manière à permettre l'évacuation d'un maximum de réfugiés civils[68].

Conquête par l'Armée RougeModifier

La conquête de la Prusse Occidentale constitue l'un des objectifs de l'Armée Rouge lors au début de 1945. En effet, théâtre de multiples contre-attaques allemandes, dont la dernière grande offensive sur cette partie du front, le territoire du Reichsgau est définitivement conquis durant les mois de février et de mars 1945, en dépit des nombreuses mesures de mise en défense des ports stratégiques de Dantzig et Gotenhafen et des capacités d’improvisation du commandant de la forteresse de Dantzig, puissamment fortifiée[76].

La ville de Bromberg est atteinte par les troupes soviétiques lors la phase d'exploitation de l'offensive d'hiver soviétique le , totalement libérée le 25[77]. Le sud du Gau est ainsi rapidement conquis par l'Armée rouge, qui marque cependant le pas et échoue, dans un premier temps, à atteindre la Baltique, lors d'une première tentative vaine au cours du mois de . Puis, après avoir tiré les conséquences de cet échec, une nouvelle offensive montée et exécutée dans la dernière semaine de aboutit à la rupture recherchée[78].

Le 10 mars, ce qui reste des territoires sous contrôle allemand est définitivement isolé du reste de la Prusse[74], constitue une poche de 150 km de périmètre autour des villes de Dantzig et Gotenhafen et se trouve défendu à la fois par les unités encore opérationnelles dans le secteur, par l'artillerie de marine et les gros calibres des bâtiments de guerre stationnés dans la baie de Dantzig et par les hommes raflés dans les services de l'arrière, les villes, les villages et parmi les colonnes de réfugiés[79] : cette concentration de moyens bricolés bloque les troupes soviétiques dans leur progression en direction de Dantzig en dépit de la rupture du front obtenue lors de la prise de Preussische Stargard le [80].

Dotées d'un bon moral, réorganisées sous la houlette de Weiss, puis de Saucken[68], soutenues par des unités de la marine de guerre, qui tirent des bordées à intervalles réguliers et par une puissante artillerie de marine positionnée sur la côte, les unités qui défendent les ports de Dantzig et Gotenhafen résistent efficacement jusqu'à la fin du mois de mars[74] : le , la poche constituée par les ports de Gotenhafen et Dantzig est sectionnée par l'investissement de Zoppot, définitivement conquise le [81]. Gotenhafen, directement menacée par la conquête de Putzig le , résiste jusqu'au , Dantzig jusqu'à son évacuation le lendemain[82].

Cependant, le jour de la capitulation, la totalité du territoire du Gau ne se trouve pas sous contrôle soviétique : en effet, la presqu'île de Hela demeure sous contrôle du Reich, et accueille près de 100 000 réfugiés[83] et ce qu'il reste du Groupe d'Armées Nord, 150 000 soldats évacués lors de la conquête de la Prusse Orientale[84].

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Forster les accuse d'être imperméable à sa politique raciale.

RéférencesModifier

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Voir aussiModifier

BibliographieModifier

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  • Saul Friedländer, Les Années d'extermination : L'Allemagne nazie et les Juifs. 1939-1945, Paris, Seuil, , 1032 p. (ISBN 978-2-7578-2630-0).  
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  • Ian Kershaw, Hitler : Essai sur le Charisme en politique, Paris, Gallimard (éd. utilisée Folio Histoire), 1991 (2001), 416 p. (ISBN 9782070419081).  
  • Ian Kershaw, La Fin : Allemagne, 1944-1945, Paris, Seuil, , 665 p. (ISBN 978-2-02-080301-4).  
  • Annie Lacroix-Riz, Le Vatican, l'Europe et le Reich. : De la Première Guerre mondiale à la guerre froide, Paris, Armand Colin, (ISBN 978-2-200-21641-2).  
  • Peter Longerich, Himmler : L'éclosion quotidienne d'un monstre ordinaire [« Heinrich Himmler. Biographie »], Paris, éditions Héloise d'Ormesson, , 917 p. (ISBN 978-2-35087-137-0).  
  • Jean Lopez, Berlin : Les offensives géantes de l'Armée Rouge. Vistule - Oder - Elbe (12 janvier-9 mai 1945), Paris, Economica, , 644 p. (ISBN 978-2-7178-5783-2).  

Articles connexesModifier

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