Nymphe

divinité subalterne grecque, esprit de la nature, de sexe féminin

Le mot nymphe est le terme générique pour désigner des divinités mineures dans la mythologie grecque et romaine. Les nymphes sont principalement représentées sous des traits féminins et sont associées aux différents aspects de la nature.

Nymphes et satyre, par William Bouguereau (1873).
Nymphes écoutant les chansons d'Orphée, par Charles François Jalabert.
Une nymphe et un satyre (toile de Nicolas Poussin).
Nymphes dans une grotte, par Gaston Bussière (1924).

ÉtymologieModifier

Leur nom vient du grec ancien νύμφη / nýmphē, signifiant généralement « jeune fille » et, selon les contextes, « jeune fille en âge d’être mariée », « fiancée » ou « vierge ». Les nymphes personnifient les activités créatives et productives de la nature. Elles sont quelquefois liées à un lieu ou un élément particulier, et pouvaient faire l’objet d’un culte local. Elles accompagnent parfois d’autres divinités, dont elles forment le cortège.

Le terme de « nymphe » est parfois utilisé, dans un sens plus large, pour désigner des divinités de la nature dans d’autres mythologies (ex. : les ondines et nixes de la mythologie germanique, les wilis de la mythologie slave, La Nymphe de la rivière Luo dans la mythologie chinoise, etc.).

Leur nom a donné naissance au terme « nymphomanie », car elles étaient réputées pour leurs nombreuses aventures sexuelles. De fait, les mythes les associent fréquemment aux satyres, d’où une tendance d’hypersexualité fantasmée.

MythesModifier

Les nymphes sont des divinités féminines de la nature, caractérisées par la beauté. Elles peuplent selon leurs affinités les forêts, vallées, bocages, sources, rivières, montagnes, grottes, etc. Elles sont souvent associées à des divinités supérieures, comme les Océanides ou les Néréides qui habitent le royaume de Poséidon.

Les nymphes sont souvent les progénitures de dieux, comme Calypso qui est la fille d'Atlas.

De leur union avec les mortels ou les dieux sont nés les héros, les demi-dieux; comme Achille, fils de la Néréide Thétis.

Pouvoirs des nymphes et ambiguïtésModifier

La nature divine des nymphes n'est pas limitée à leur beauté. Par exemple, on attribue à Circé des capacité magiques et à Calypso la possibilité de rendre les humains immortels.

Les capacités surnaturelles des nymphes laissent entendre une ambiguïté quant à leurs nature. Dans l’Odyssée d'Homère, Calypso est tantôt appelée "nymphe", tantôt appelée "déesse". Cette ambiguïté est accentuée quand elle offre à Ulysse l'immortalité, une capacité traditionnellement attribuée aux dieux. Cela ajoute la question de l'espérance de vie des nymphes: il est établi qu'elles vivent longtemps sans être immortelles. Dans le même chant, Homère parle de Calypso comme nymphe et déesse, mais décrit Pénélope comme une nymphe; ce qui suggère que le terme n'est pas réservé exclusivement à une créature mythologique mais aussi aux jeunes femmes[1].

L'attribution du terme "nymphe" à Pénélope, alors qu'elle est humaine, lui donne un pouvoir sur son entourage: en tant que jeune femme à marier, elle fait attendre les prétendants et maintient ainsi le foyer dans l'attente du retour d'Ulysse[2]. La capacité de figer l'environnement sous leur contrôle est un pouvoir que l'on retrouve chez d'autres nymphes précédemment citées, comme Calypso avec son pouvoir à rendre immortel[1].

Pour les chercheuses Vinciane Pirenne-Delforge et Gabriella Pironti, ce statut entre-deux des nymphes remet en question la nature même des dieux grecs, la rendant bien plus complexe[3].

TypologieModifier

Il y a différentes sortes de nymphes, selon le milieu naturel où elles vivent. On distingue notamment :

Nymphes célèbresModifier

Parmi les nymphes les plus célèbres sont comptées la néréide Amphitrite, l'épouse de Poséidon[4]. Daphné se transforma en arbre pour échapper à Apollon. Calypso, qui accueillit Ulysse après un naufrage. La nymphe Thétis trempa son fils Achille dans le Styx pour le rendre invulnérable. Il y a aussi l'oréade Echo qui utilisa son bavardage pour distraire Héra pendant que Zeus la trompe[5].

Influences dans la Culture occidentaleModifier

La figure des nymphes est très présente dans les arts.

Dans la littérature, on les retrouve en poésie (L'après-midi d'un faune, Mallarmé, 1876; Odyssée d'Homère, Métamorphoses d'Ovide) et dans la littérature romanesque notamment dans les genres de l'imaginaire (Le Sorceleur, Percy Jackson). Les nymphes font également partie des créatures présentes dans Le Monde de Narnia, l'univers imaginé par C.S. Lewis.

Elles sont aussi très présentes dans les arts, autant en sculpture (Apollon et Daphné, Le Bernin, 1622-1625), qu'en peinture (Circé offrant la coupe à Ulysse, Waterhouse, 1891).

En musique, on retrouve souvent le mythe d'Eurydice aussi bien dans des œuvres classiques (Gluck, Orphée et Eurydice, 1762) que dans des œuvres contemporaines (Anaïs Mitchell, Hadestown, 2006[6]).

L'univers des jeux s'inspire souvent de la mythologie, si bien que la présence des nymphes y est fréquente. On parle ici des jeux vidéo (Age of Mythology (2002), Naiad Game (2021)[7]), comme des jeux sur table les mettent aussi en scène (Critical Role, campagne 1, scène où une nymphe donne son cœur à Grog).

Dans l'industrie du cinéma, les nymphes sont présentes dans les films d'animation comme Hercule (Disney, 1997) et Fantasia 2000, les films comme La Belle et la Bête (Gans, 2014) et les séries télévisées (Charmed, saison 5, épisode 19: Nymph just wanna have fun, 2003).

La Nymphe d'Or est un prix du festival de télévision de Monte-Carlo.

Le monde de la mode s'empare aussi des mythes des nymphes pour nommer des parfums, comme le A Chant for the Nymph de Gucci[8]; ou sont intégrés dans la joaillerie, comme dans les travaux de Marc Auclert[9].

Notes et RéférencesModifier

NotesModifier

Le mot nymphe est l'un des noms donnés aux petites lèvres de la vulve.

La grande beauté de nymphe a donné le terme de nymphomane, qui désigne un comportement de hypersexualité (appelé aussi sexualité compulsive).

Le mot nymphe est par ailleurs utilisé pour désigner un type de nénuphar, Nymphaea, qui inspira à partir des années 1900 le peintre français Claude Monet pour sa série nommée Les Nymphéas ou "paysages d'eau"[10]. Ces œuvres exposées au Musée de l'Orangerie continues d'inspirés les artistes contemporain, comme le vidéaste Ange Leccia[11].

Le mot nymphe est aussi le nom d'une famille d'insectes, les Nymphidae, qui comporte un élément nommé Nymphes. En biologie, on appelle aussi la nymphe un stade de développement des insectes.

RéférencesModifier

  1. a et b Irad Malkin, « The Odyssey and the Nymphs », GAIA. Revue interdisciplinaire sur la Grèce ancienne, vol. 5, no 1,‎ , p. 11–27 (DOI 10.3406/gaia.2001.1359, lire en ligne, consulté le )
  2. François Dingremont, « Pénélope, la meilleure des Achéennes », GAIA. Revue interdisciplinaire sur la Grèce ancienne, vol. 15, no 1,‎ , p. 11–40 (DOI 10.3406/gaia.2012.1581, lire en ligne, consulté le )
  3. Merryl Moneghetti, Laure-Hélène Planchet et Margaux Viel, « Convoquer les nymphes, partie 1 ou le statut d’entre-deux des nymphes », sur France Culture, (consulté le )
  4. Encyclopædia Universalis, « NÉRÉIDES », sur Encyclopædia Universalis (consulté le )
  5. Ovide, Métamorphoses : Livre III - Légendes thébaines : Narcisse et Echo
  6. (en-US) Condé Nast, « Hadestown Will Be Your Next Musical Theater Obsession », sur Vogue, (consulté le )
  7. (en-US) Ana Diaz, « Summer lives on in this game inspired by a Greek water nymph », sur Polygon, (consulté le )
  8. (en-US) Condé Nast, « The Best Perfume for Women: All the Great Scents Come With a Story », sur Vogue, (consulté le )
  9. (en-US) Condé Nast, « Dior, Louis Vuitton, De Beers, and More—A Virtual Tour Through the Fall 2017 High Jewelry Collections », sur Vogue, (consulté le )
  10. Matthieu Garrigou-Lagrange, « Les Nymphéas ou la jeunesse retrouvée de Monet », sur France Culture, (consulté le )
  11. Roxana Azimi, « Les nymphéas d’Ange Leccia au Musée de l’Orangerie, à Paris », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )

Voir aussiModifier

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Articles connexesModifier

BibliographieModifier

  • Paracelse, Le Livre des nymphes, des sylphes, des pygmées, des salamandres et de tous les autres esprits (Liber de Nymphis, sylphis, pygmaeis et salamandris et de caeteris spiritibus), trad. de l'all., Nîmes, Lacour, 1998, 308 p.