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Nature

ensemble des systèmes et des phénomènes non modifiés par l'homme
(Redirigé depuis Naturel)
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Nature (homonymie).
Gold Creek en Alaska.
Voir la planète terre depuis l'espace (Apollo 17) a probablement contribué à une nouvelle perception de la nature, plus globale et holistique.
des grandes forces du monde physique ont habituellement été considérées comme « naturelles » ; l'Homme n'ayant pas ou très peu de prise sur elles.
Cellules cycloniques. Les phénomènes météorologiques et le climat, peuvent aujourd'hui être affectés par les activités humaines.
Pediastrum boryanum. Les processus naturels dépendent d'interactions complexes entre les espèces et les milieux, à toutes les échelles, de l'infiniment petit à la biosphère. Ainsi le plancton interfère-t-il avec le climat et réciproquement, via des processus naturels que l'Homme modifie par exemple via la surpêche, l'eutrophisation et les émissions de gaz à effet de serre.
Dans la Nature, le recyclage de la matière organique et de la nécromasse est un processus vital. Il est notamment assuré par les champignons et les bactéries ; la biodiversité en est une des conditions reconnue d'auto-entretien de ce processus.
L'un des enjeux du développement durable est la conservation des processus naturels vitaux pour le maintien de la vie sur la planète, autrement dit, il s'agit de résoudre les conflits entre nature et artificialisation, dans le domaine agricole et forestier notamment (ici en Pennsylvanie).
La nature sauvage est de plus en plus confinée par l'Homme sur des espaces réduits (parcs et réserves naturelles dont les limites sont en fait artificielles), ce qui pose des problèmes écologiques (dont génétiques, sanitaires) et éthiques.
L'urbanisation, la périurbanisation (ici de Chicago) et la fragmentation des milieux naturels par les réseaux de transport sont devenues une menace pour la nature et ses processus. Ce sont aussi des défis pour le développement durable.
Le saumon consommé est de plus en plus du saumon d'élevage, le saumon sauvage ne trouvant plus les conditions naturelles qui lui sont nécessaires, ou ayant localement disparu, à cause d'une surpêche. L'élevage (ici la pisciculture) cherche à se substituer à des processus naturels et à les maîtriser pour les utiliser au profit de l'Homme. La réintroduction est une stratégie complémentaire visant à restaurer les processus naturels.
Cathedral Canyon (Arizona), ensemble naturel formé par le temps.
L'univers profond vu par Hubble. L'Homme étudie les forces naturelles qui animent l'univers. Il y recherche notamment des indices d'existence d'autres formes de vie.

La nature, c'est l'ensemble des êtres et des choses parmi lesquels nous vivons en tant que nous le considérons comme doté d'un ordre qui lui est propre qu'on appelle généralement "les lois de la nature". La nature d'une chose, c'est l'expression qui désigne les caractères essentiels qui définissent un être comme par exemple la nature humaine; on parle aussi de l'état de nature d'un être pour indiquer son origine, son état primitif; c'est ainsi qu'on parle de l'état de nature de l'homme qui vit avant la civilisation.

  • Dans un sens courant, la nature c'est la campagne par opposition à la ville, et plus largement l'environnement biophysique de l'homme spécialement quand il a gardé un côté sauvage pour lequel on parle de forte naturalité .
  • On parle des forces de la nature pour nommer les principes agissants dans l'univers aussi bien dans les domaines physico-chimiques, que biologiques, par opposition aux forces divines qui constituent le surnaturel.
  • La nature, c'est l'inné, "tout ce qui est en nous par hérédité biologique"; par opposition à l'acquis culturel, "tout ce que nous tenons de la tradition externe"[1].

Face au constat des répercussions négatives des activités humaines sur l'environnement biophysique et la perte accélérée de naturalité et de biodiversité au cours des dernières décennies, la protection de la nature et des milieux naturels, la sauvegarde des habitats et des espèces, la mise en place d'un développement durable et raisonnable et l'éducation à l'environnement sont devenues des demandes pour une grande partie des citoyens de la plupart des pays industrialisés. Les principes de l'éthique environnementale, de nouvelles lois et des chartes de protection de l'environnement fondent le développement d'une idéologie culturelle humaine en relation avec la biosphère.

Sommaire

Étymologie et évolution du sensModifier

Comme le dit Merleau-Ponty[2], "le mot latin "nature" vient de "nascor, naître, vivre"; il évoque donc ce qui existe depuis la naissance, ce qui est dans son état natif, sans modifications. Ce mot est la traduction latine du mot grec "phusis", du verbe phuein, dérivé de la racine "phu" qui désigne la croissance végétale. Phuein, c'est l'éclosion, ce qui se manifeste en révélant ce qui était contenu dans la semence; ainsi, le phuein, c'est le propre de la plante qui croît à partir de soi-même, qui a son centre de changement à l'intérieur et non pas à l'extérieur, comme une pierre. Pour Merleau-Ponty, cette parenté de la phusis et du végétal fait que "est nature ce qui a un sens, sans que ce sens ait été posé par la pensée. C'est l'autoproduction d'un sens".

Cette étymologie indique que les anciens grecs et romains avaient une conception vitaliste de la nature, conception selon laquelle le vivant n'est pas réductible aux lois physico-chimiques de la matière[3]. Pour les grecs de l'antiquité, Aristote en particulier, la nature est une puissance d'engendrement des êtres, mais cette puissance n'est pas séparée des choses elles-mêmes, elle leur est "immanente" : "chaque être naturel a en soi-même un principe de mouvement et de repos".[4] Aristote oppose alors le naturel et l'artificiel, le naturel est ce qui est produit par la phusis, ce qui existe par soi-même, l'artificiel est ce qui est produit par la technè, par l'action et le travail humain.

Cette notion vitaliste s'est estompée au XVII° siècle où le mot devient synonyme d'univers matériel, réglé par des lois. C'est ainsi que Fontenelle, après Descartes, dira que "la nature est en grand ce qu'une montre est en petit".[5] Mais si cette vision mécaniste de la nature reste encore largement répandue, elle a été critiquée par Engels dans son Anti-Dühring[6] : pour lui il faut concevoir la nature, aussi bien sur terre que dans l'univers comme un processus évolutif, historique et dialectique : rien dans la nature ne reste identique à soi, tout change et se transforme en permanence (Voir Darwin et l'évolution des espèces; la théorie du Big Bang; Wegener et la dérive des continents etc...)

Philosophie antique et christianismeModifier

Existe-t-il un ordre dans la nature, et si oui, comment doit-on le concevoir : s'agit-il d'une finalité (selon Aristote par exemple, "la nature ne fait rien en vain", elle a toujours un but), ou bien s'agit-il d'un ordre purement mécanique (on parle alors de déterminisme de la nature pour désigner une causalité aveugle)? D'autre part, on se demandera si cet ordre est immanent à la nature ou bien si c'est le produit d'une volonté extérieure à elle, ce qui rejoint la question plus fondamentale de savoir si la nature a été créée par un Dieu transcendant ou bien si elle existe par elle-même de toute éternité?

La nature dans la philosophie grecque et romaineModifier

Selon Geoffrey E.R.Lloyd, ce sont les premiers philosophes grecs qui vivaient avant Socrate au 6°s. av. J.C. (qu'on nomme pour cette raison les présocratiques) qui ont inventé l'idée de nature, entendue comme une réalité explicable par des causes purement physiques, sans intervention d'agents divins.[7] Les premiers milésiens, Thales et Anaximandre, ont eu l'intuition que toutes les choses matérielles étaient composées d'une seule substance diversement transformée : pour Thales l'eau est le principe (arche) matériel explicatif de l'univers, d'où procèdent les autres éléments : air, feu et terre; la terre n'est que de l'eau condensée, l'air de l'eau raréfiée. Tel est le commencement de la science grecque.

Au IV°siecle av.J.C, Aristote a exposé dans sa Métaphysique les théories de Thales et des présocratiques pour leur rendre hommage mais aussi pour les critiquer.[8] En effet, ces philosophes ont découvert la cause matérielle des phénomènes naturels, mais selon lui, il existe quatre causes à prendre en compte pour décrire l'action de la nature[9]:

  • la cause matérielle qui est la composition matérielle (le bois dont est fait l'arbre)
  • la cause formelle qui est l'essence (la forme de l'arbre, ses caractéristiques)
  • la cause efficiente (ce qui a déposé la graine dans le sol)
  • la cause finale (le but de l'existence de l'arbre : se reproduire)

Cette analyse montre que pour Aristote, le mot nature désigne non seulement l'existence des choses du monde, mais encore le principe qui les produit : "car la nature est un principe et une cause de mouvement et de repos pour la chose en laquelle elle réside immédiatement".[10] Or l'action de ce principe est à concevoir comme dirigée vers un but. Par exemple, "Ce n'est pas parce qu'il a des mains que l'homme est le plus intelligent des êtres, mais parce qu'il est le plus intelligent des êtres qu'il a des mains"[11]: si la nature a donné des mains à l'homme c'est pour que son intelligence puisse en faire le meilleur usage. Et de même qu'il existe une finalité au niveau de chaque être ou de chaque évènement [12] (l'alternance des pluies a pour but de rendre possible la vie sur terre), "(...) il existe une finalité générale de la nature prise comme un tout (...) qui consiste dans la beauté même du plan du cosmos".[13] Le mouvement de la nature s'efforce de rejoindre une perfection qui n'existe que dans un Dieu transcendant, immobile et parfait, cause finale du mouvement mondain, moteur qui motive l'univers comme l'aimé motive l'amant.[14] Comme le dit Jacques Darriulat, "C'est toute la cosmologie aristotélicienne qui s'organise autour du principe de l'imitation"[15], puisque l'ordre de la nature imite l'immobilité du Premier Moteur.

La postérité de cette philosophie est double :

  • d'un côté, le thomisme en reprendra les grandes lignes en adaptant son contenu à la théologie chrétienne selon laquelle la nature a été créée par un Dieu dont la Providence conduit chaque créature à s'accomplir selon sa fin;
  • d'un autre côté cette physique et cosmologie finaliste sera radicalement mise en question par la philosophie épicurienne. Dans son poème scientifique "De rerum natura", Lucrèce se propose de donner une vision de la nature libérée des préjugés de la religion, qui constituent une source d'inquiétude pour les hommes. Il reprend donc la théorie d'Epicure qui trouvait sa base chez Démocrite et Leucippe selon laquelle "tout est entièrement constitué d'atomes et de vide"[16]. Ces atomes en nombre infini et constamment en mouvement, se combinent de toutes les façons possibles, engendrant donc des monstres et autres organismes non-viables, avant d'en arriver à produire les corps vivants que nous connaissons aujourd'hui après un long et complexe processus d'essais et d'erreurs, dus au hasard. Cette vision mécaniste de la nature est largement reprise par la biologie moderne, qui exclut la recherche des causes finales de sa méthode comme on le voit dans l'ouvrage de Jacques Monod "Le Hasard et la Nécessité" essai paru en 1970, dont le titre reprend une citation attribuée à Démocrite : "Tout ce qui existe dans l'univers est le fruit du hasard et de la nécessité". Il affirme que le hasard, "liberté absolue mais aveugle", est la notion centrale de la biologie moderne, "la seule compatible avec les faits d'observation et d'expérience"[17].

Dans le judéo-christianisme : la CréationModifier

Comme le dit Jean Ehrard[18] "l'idée de nature est une idée païenne : la nécessité naturelle exclut la Providence, la bonté de la nature ignore le péché". Cependant, dans la théologie chrétienne le péché n'a pas dévalorisé entièrement la Création qui "demeure l'œuvre d'un Etre infiniment sage, où il doit rester quelque trace de son origine". Il n'en reste pas moins vrai que le christianisme a opéré une rupture importante en affirmant que la nature était le résultat de la Création d'un Dieu tout-puissant, notion étrangère à la mentalité gréco-romaine. Il en est résulté une certaine dévalorisation et désacralisation de la nature, le Dieu transcendant étant absent de la nature qu'il a créé.

Dans la Genèse, la nature est présentée dans le récit de la Création, comme l'œuvre d'un Dieu créateur : « Au commencement, Dieu créa les cieux et la terre » (Gn 1. 1). La Création se poursuit tout au long de « six jours ». Le sixième jour, Dieu crée l'homme et la femme :

« Et Dieu les bénit, et il leur dit : "Soyez féconds, multipliez, remplissez la terre et soumettez-la, et dominez sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel et sur tout animal qui se meut sur la terre" » (Gn 1. 28)

Selon l'interprétation de l'historien médiéviste Lynn Townsend White, jr[19], ce texte apporte une vision du monde en rupture complète avec le paganisme qui intégrait l'homme dans une nature habitée par les dieux. C'est ce nouveau fond chrétien, désacralisant la nature, qui rend possible le développement d' une modernité déchaînée, prédatrice des ressources naturelles. Cette interprétation fut contestée par le pape François qui dans son encyclique Laudato si' en 2015, intitulée "la racine humaine de la crise écologique" incrimine le paradigme technocratique et anthropocentrique.

Selon Sandrine Petit[20], la question est donc de savoir comment on doit comprendre cette notion de domination:

  • soit "l'homme s'impose en toute bonne conscience comme puissance transformatrice d'une nature devenue simple matériau", ce qui rend possible le développement de la "civilisation technicienne";
  • soit on entend l'étymologie du verbe "dominer", qui renvoie à "dominus" : le maître, le seigneur, ce qui peut vouloir dire "un maître responsable, gérant la création qui lui a été confiée." C'est l'interprétation qui est privilégiée par les responsables des Eglises chrétiennes, en particulier celles de la Réforme, qui ont repris l'idée d'une nature confiée à l'homme, lors des rassemblements de Bâle et Séoul en 1989 et 1990, pour la justice, la paix et la sauvegarde de la Création (JPSC).

Pour Jean-Claude Lacaze,[21] "La civilisation judéo-chrétienne a oublié la nature"; une nouvelle éthique s'impose donc, dans la mouvance de François d'Assise, Pierre Teilhard de Chardin et Théodore Monod, mystiques chrétiens pro-nature, celle d'une éco-spiritualité qui intègre les acquis des grands courants religieux à l'écologie.

On constate une évolution dans ce sens depuis les années 1970[22] :

  • en 1970, le pape Paul VI écrit : "Il a fallu des millénaires à l'homme pour apprendre à dominer la nature, "à soumettre la terre" selon le mot inspiré du premier livre de la Bible. L'heure est maintenant venue pour lui de dominer sa domination" (discours à l'occasion du 25° anniversaire de la FAO);
  • en 1979, Jean-Paul II proclame François d'Assise patron des écologistes, qui dans le cantique du frère soleil (ou Cantique des créatures) en 1224, célébrait Dieu en sa création. De même, le nouveau pape a choisi le prénom "François" en hommage à Saint François d'Assise
  • en 2000, la Commission sociale des évêques de France publie l'opuscule "Le respect de la Création en 2000", qui constitue le virage écologique de l’Église catholique recommandant à chaque chrétien de "repenser fondamentalement ses habitudes de vie, pour valoriser frugalité et modération".

Avènement de la science moderneModifier

GaliléeModifier

La science moderne apparaît au début du XVII° siècle avec les travaux de Galilée qui affirme que "le livre de la nature est écrit en langage mathématique et ses caractères sont les triangles, les cercles et autres figures géométriques, sans lesquels il est absolument impossible d'en comprendre un mot."[23] Selon Francisco Marzoa, Galilée conçoit Dieu comme un géomètre omniscient qui a créé une nature où règne l'ordre et la mesure. C'est pourquoi la réalité doit être mathématique dans sa forme, ce qui implique que "cette physique mathématique vaut également sur Terre et dans les cieux", ce qui invalide la physique d'Aristote et sa cosmologie qui distinguait le monde sublunaire et le monde céleste.[24] Pour Alexandre Koyré, Galilée a fondé une nouvelle physique et unifié son champ d'application, car même s'il n'a pas explicitement formulé le principe d'inertie, il a décrit le mouvement inertiel et la loi mathématique du mouvement naturellement accéléré. [25] Pour Koyré, ce serait Descartes qui aurait formulé le mieux le principe d'inertie dans ses "Principes de la Philosophie", II° partie, §37.

Le mécanisme cartésienModifier

Tout comme Galilée, Descartes ne veut voir dans la nature qu'une matière réduite à l'étendue géométrique et parfaitement compréhensible pour notre raison :

« Sachez donc, premièrement, que par la Nature je n'entends point ici quelque Déesse, ou quelque autre sorte de puissance imaginaire, mais que je me sers de ce mot pour signifier la Matière même en tant que je la considère avec toutes les qualités que je lui ai attribuées comprises toutes ensemble, et sous cette condition que Dieu continue ainsi de la conserver, il suit de nécessité qu'il doit y avoir plusieurs changements en ses parties, lesquels ne pouvant, ce me semble, être proprement attribués à l'action de Dieu, parce qu'elle ne change point, je les attribue à la Nature; et les règles suivant lesquelles se font ces changements, je les nomme les lois de la Nature"[26] »

Ferdinand Alquié commente ce texte[27] en disant que Descartes conçoit "cette nature comme une vaste mécanique" dans laquelle tout se passe selon la grandeur, la figure et le mouvement de ses parties. Le Monde devient donc "un espace homogène, offert à une science proprement géométrique".[28] Il n'y a plus dans la nature de puissances mystérieuses, incompréhensibles. L'action d'une "âme" ayant, selon Aristote, "des fonctions végétatives, sensitives ou motrices, disparaît de la biologie cartésienne". Fondamentalement, la distinction aristotélicienne "entre les êtres naturels qui possèdent en eux le principe de leur mouvement, et les êtres artificiels, fabriqués par l'homme et tenant par conséquent leur mouvement du dehors, est rejetée. Les êtres vivants ne sont rien d'autre que des machines, ayant seulement des ressorts si complexes et si petits que nous ne les apercevons pas facilement". Une telle nature s'offre alors entièrement à l'action technicienne de l'homme qui peut envisager de s'en rendre « comme maître et possesseur » :

« [...] au lieu de cette philosophie spéculative qu'on enseigne dans les écoles, on en peut trouver une pratique, par laquelle, connaissant la force et les actions du feu, de l'eau, de l'air, des astres, des cieux, et de tous les autres corps qui nous environnent, aussi distinctement que nous connaissons les divers métiers de nos artisans, nous les pourrions employer en même façon à tous les usages auxquels ils sont propres, et ainsi nous rendre comme maîtres et possesseurs de la nature.[29] »

  • Le vrai Maître et possesseur de la Nature, c'est bien sûr Dieu. Si l'homme peut se rendre "comme" le maître de la Nature, c'est parce que Dieu l'a créé à sa ressemblance, porteur d'une intelligence et d'une infinie liberté. L'homme appartient donc à la nature par son corps matériel, mais son âme immatérielle lui permet de se mettre face à la nature, pour la comprendre et la dominer[30];
  • Dans la lignée des penseurs de son temps, (Bacon[31], Galilée), Descartes renverse la définition traditionnelle de la philosophie : alors que Aristote voulait un "savoir pour le savoir", il propose un savoir pour le pouvoir, c'est-à-dire une science visant l'efficacité technique; Il s'agit d'"une nouvelle attitude de l'homme devant la Nature : il cesse de la regarder comme un enfant regarde sa mère, prend modèle sur elle".[32] Le but du sage n'est plus comme chez les philosophes stoïciens de "vivre en accord avec la nature" , conçue comme modèle et totalité harmonieuse, mais de connaître les lois qui gouvernent les forces de la nature, pour les utiliser à notre profit (éradiquer les maladies, jouir des biens de la terre)[33].

Selon Ernst Cassirer,[34] la connaissance des lois de la nature que Descartes et Galilée ont initiée dans des domaines particuliers (chute des corps, lois de l'optique...), a été étendue par Newton à l'ensemble de l'univers avec sa théorie de la gravitation : "C'était enfin le triomphe du savoir humain : la découverte d'un pouvoir de connaître égalant le pouvoir créateur de la nature".

La nature dans la science contemporaineModifier

Pour le physicien Werner Heisenberg la signification du terme "nature" dans la science contemporaine s'est transformée :"il devient le nom collectif de tous les domaines de l'expérience où l'homme peut accéder à l'aide de la science et de la technique"[35]. Il affirme que dans la physique quantique, le concept de "lois de la nature" est remplacé par celui de lois statistiques, ce qui amène une redéfinition de notre notion de la causalité. A ce propos, Franck Robert[36] explique que lorsque Einstein remet en cause la théorie ondulatoire de la lumière et découvre l'existence de corpuscules, les photons, dont le comportement relève cependant de certaines fréquences, la chose ne peut plus être pensée comme simple chose ayant une présence positive et localisée. De Broglie conclura que c'est le champ qui constitue la réalité naturelle fondamentale à laquelle appartient le corpuscule.

Le philosophe et phénoménologue Maurice Merleau-Ponty a donné des cours au Collège de France dans les années 1956-1957, consacrés à "l'histoire philosophique de l'idée de nature", après avoir lu les oeuvres d'Einstein, de Broglie et Whitehead. Selon lui, la science classique repose sur l'idée que la nature objective est "étalée devant la conscience"; au contraire, la science contemporaine "met en question son propre objet, et sa relation à l'objet".[37] Ainsi par exemple, un électron n'existe pas en un lieu et un temps déterminés, sa réalité est inséparable de la mesure que nous en faisons; de même, lorsqu'une étoile nous apparaît, "elle n'est plus là-bas, ni maintenant : sa présence n'est ni datable, ni localisable en un lieu unique".

Différentes visions de la natureModifier

L'évolution du concept de nature est liée à l'évolution de notre représentation de l'univers[38] :

  • Pour les grecs, l'univers est généralement conçu comme un "cosmos", un tout fini et bien ordonné, une sphère qui contient toute chose avec la terre au centre;
  • Copernic et Galilée défendent l'idée d'un univers héliocentrique et infini;
  • Newton établit la gravitation comme loi universelle, tout se meut dans un espace absolu et immuable :"L'étendue est éternelle, infinie, incréée, nullement mobile, ni capable de provoquer un changement de mouvement"[39] ;
  • L'univers du XX° siècle est celui du "Big Bang", qui est devenu notre nouvelle cosmologie[40]. En 1929, l'astronome américain Edwin Hubble a établit que nous vivons dans un univers en expansion, sans centre et illimité.
  • Albert Einstein a démontré qu'il faut substituer à la représentation de l'espace newtonien, la représentation d'un espace dynamique où la matière courbe l'espace, l'espace-temps n'est plus un contenant indépendant de son contenu; la matière est énergie.

Robert Lenoble[41] indique que notre vision de la nature a changé au cours des âges : "Dans la nature, les primitifs cherchaient à comprendre la volonté des dieux; Aristote, une hiérarchie de formes organisées; Descartes les leviers d'une machine." Après Descartes, Spinoza a affirmé qu'il n'existe rien d'autre que la nature; mais pour lui, la nature n'est pas la matière "car elle comprend en plus de l'étendue, une infinité d'autres genres d'être" (les "attributs ").[42] La Nature est la "Substance" infinie qui se produit constamment elle-même ("causa sui"), en un mot, c'est Dieu : "Toute la Nature est en Dieu tout comme Dieu est dans toute la Nature".[43] Selon François Doyon, cette thèse du panthéisme spinoziste ressemble beaucoup à un athéisme : "Si Dieu est la nature, alors il n'y a pas de création ni de créateur; si tout est absolument déterminé, alors il n'y a pas de Providence; si le libre arbitre n'existe pas, alors il ne peut pas y avoir de péché donc aucune rédemption n'est possible." C'est cet athéisme supposé qui a provoqué au siècle suivant la Querelle du Panthéisme. C'est dans ce contexte que s'est développée la Naturphilosophie, un courant de pensée allemand dominé par la figure de Schelling qui a voulu créer au XIX° siècle une physique spéculative pour dépasser le mécanisme rigide de la physique mathématique d'Isaac Newton en prenant en considération la question du vivant, de l'organique. En termes spinozistes, il s'agit de remonter de la natura naturata à la natura naturans, c'est-à-dire de la chose finie à l'activité productive infinie. Goethe, précurseur de cette approche, affirmait que la nature est travaillée par une force vivifiante et rajeunissante dans laquelle se retrempent tous les êtres.

Composantes de la natureModifier

Selon le philosophe britannique Whitehead, "on peut diviser grossièrement les occurrences de la nature en six types :

  • le premier type est l'existence humaine, corps et esprit;
  • le second type inclut toutes les espèces de la vie animale, les insectes, les vertébrés, et les autres genres;
  • le troisième type inclut toute la vie végétale;
  • le quatrième type comprend toutes les cellules vivantes singulières (les organismes unicellulaires);
  • le cinquième type comprend tous les vastes agrégats inorganiques (planètes, galaxies...);
  • le sixième type est composé des occurrences à une échelle infinitésimale, dévoilées par la physique moderne."[44]

Hypothèse GaïaModifier

L'hypothèse Gaïa est la théorie initialement avancée par James Lovelock en 1969, mais également évoquée par Johannes Kepler dès le XVIIe siècle, selon laquelle l'ensemble des êtres vivants sur Terre (ou sur toute planète sur laquelle la vie s'est développée) serait comme un vaste organisme (appelé Gaïa, d'après le nom de la déesse grecque ; voir aussi Théories Gaïa), réalisant l'autorégulation de ses divers éléments (par exemple, la composition chimique de l'atmosphère) en faveur des conditions de la vie.

La notion de biosphère énoncée par Vernadsky en 1924 allait déjà dans ce sens.

Homme et nature : l'environnementModifier

Une relation ambiguëModifier

Le caractère imprécis de la définition même de Nature entretient une ambiguïté dans la relation entre Homme et Nature.

La biosphère terrestre étant de plus en plus marquée par l'empreinte de l'Homme, il devient de plus en plus difficile d'y trouver des espaces purement naturels. La nature au sens le plus strict est refoulée d'une part vers le bas, dans le sous-sol lointain et les grands fonds océaniques, et d'autre part vers le haut, dans l'espace intersidéral. Les phénomènes climatiques eux-mêmes ne sont plus considérés comme indépendants de l'activité humaine.

D'un autre côté, le concept est souvent employé dans un sens dérivé pour désigner des espaces aménagés par l'homme mais dans lesquels une large place est réservée à des peuplements végétaux et animaux ; c'est ainsi qu'on peut parler de nature à propos d'une forêt, même si elle est cultivée et exploitée depuis des siècles, et qu'on qualifie même de parcs naturels des territoires où s'exercent des activités agricoles intensives dotées de moyens mécaniques et chimiques modernes. Dans ce cas, le qualificatif naturel désigne certaines caractéristiques paysagères (variables selon le lieu et sans définition universelle) et n'implique pas l'absence d'artifice humain. Il fait référence à un mode de gestion de l'espace par l'Homme, plutôt qu'à une absence d'intervention humaine.

Le mot naturel a également été employé à l'époque coloniale dans un sens équivalent à celui du mot anglais native, c'est-à-dire au sens étymologique, pour désigner les habitants natifs des pays colonisés. Cette appellation, qui ne se voulait pas injurieuse, avait cependant une connotation raciste dans la mesure où elle suggérait que ces hommes vivaient dans des conditions plus « proches de la nature » que les autres. Dans le même ordre d'idées, l'imagination populaire représente souvent les hommes de la Préhistoire comme plus naturels que les hommes d'aujourd'hui, suggérant que la nature correspond à un état primitif dont le progrès amène inéluctablement à s'éloigner.

L'idée de nature a été remaniée par la culture urbaine à travers la notion mythique de sauvagerie désignant de manière générale ce qui est extérieur à la civilisation. Le fait que le même mot sauvage soit utilisé d'une part comme un synonyme de naturel et d'autre part pour qualifier des actes particulièrement violents ou cruels (même s'ils sont commis dans des sociétés urbaines avec des moyens techniques sophistiqués) met bien en évidence une certaine tradition idéologique qui place plus ou moins consciemment du côté de la nature ce qui est étranger à la culture dominante et/ou mauvais. Paradoxalement, il se trouve aussi que, dans d'autres contextes, le mot naturel est employé dans la langue populaire comme un synonyme de normal, légitime ou logique ; la Nature, lieu de la sauvagerie, est donc aussi celui du bon sens fondamental et, par voie de conséquence, elle est la source des principes les plus légitimes de l'Homme civilisé.

Le développement des sciences et des techniques au cours des deux derniers siècles a été, de son côté, largement accompagné par une idéologie d'opposition entre l'Homme et la Nature, la connaissance étant généralement perçue comme un instrument de domination de la Nature plutôt que comme un moyen de vivre en harmonie avec elle. Cette époque a vu aussi se développer la philosophie du droit naturel, dont découlent notamment les droits de l'homme et selon laquelle l'Homme se verrait attribuer par nature des prérogatives immuables ; mais ici le paradoxe n'est qu'apparent, car dans ce contexte la notion de nature est employée dans le sens de nature humaine, et n'implique aucune espèce de « réconciliation » avec la Nature (la promotion des droits de l'homme est d'ailleurs, jusqu'à présent, indépendante de toute préoccupation environnementale).

En fait, la distinction entre l'humain et le naturel repose essentiellement sur des notions historiques et subjectives, voire contradictoires. La question de son bien-fondé universel reste ouverte. La distinction (parfois conçue comme une opposition) a été inspirée et justifiée par le besoin, d'origine religieuse ou découlant de certaines formes d'humanisme, de représenter l'Homme comme un être en-dehors ou au-dessus de la Nature même si par ailleurs l'Homme n'est pas séparable de son environnement naturel avec lequel il est en interaction permanente et dont il ne peut pas plus s'affranchir que n'importe quelle autre espèce vivante.

Destruction de la natureModifier

Voir les thèmes suivants :

Protection de la natureModifier

Les associations d'étude et de protection de la nature sont des acteurs majeurs dans le domaine de la protection de la nature. En France, près de 3000 associations locales se regroupent au sein de la fédération nationale France Nature Environnement. Un certain nombre d'association d'envergure départementale ou régionale déclinent cette appellation nationale en fonction des territoires concernés (ex : Mayenne Nature Environnement ou Sologne Nature Environnement). En France, la protection de la nature a sa place dans l'enseignement agricole : il existe un BTSA GPN (Gestion et Protection de la Nature). Des professions tels que les gardes particuliers des bois et forêts bénévoles ou professionnels, assurent aussi la surveillance des espaces naturels. La formation est dispensée par des organismes tels que l'EPSECO devenu Talis Business School (source SIGP31).

Voir :

La Nature dans le droit et la jurisprudenceModifier

La forêt, stratégiquement importante pour la fourniture du bois, a fait l'objet d'une protection foncière particulière, renforcée en France depuis Colbert au XVIIe siècle. Récemment, le génome des espèces sauvages ou domestiques a pris une valeur juridique particulière avec une privatisation permise par « marques » de propriété d'hybrides et variétés végétales « créées » (ou isolées) par les semenciers puis les premières autorisations de brevetage du vivant. Mais la faune, la flore, la fonge et les organismes vivant sont encore en France et dans de nombreux pays considéré par le législateur comme res nullius (chose sans propriétaire).

Depuis peu, et au niveau international, ils tendent cependant à être identifiés comme une partie du bien commun, qu'est la biodiversité, source de services écosystémiques ; ce qui donne une « valeur » nouvelle à la nature, notamment marquée en Europe par les directives Habitat ou Oiseaux.

La « Nature » a récemment dans plusieurs pays, dont en France acquis un droit de protection, puis de représentation, assimilable dans une certaine mesure et dans certains cas à celui des droits des « victimes ». Ainsi, les aménageurs doivent prospectivement appliquer le principe « éviter > réduire > compenser » les impacts écologiques lors des grands projets[45]. Et, en cas de pollution ou de catastrophe, le pollueur doit maintenant prendre en charge des compensations et/ou réparations. Théoriquement, cela se fait selon le principe pollueur-payeur, qui reste cependant difficile à appliquer quand la pollution est ancienne ou diffuse.

Le principe de « préjudice écologique » a été en France, en 2012, confirmé par la Cour de Cassation lors du procès de l'Erika.

Articles détaillés : Préjudice écologique et droits de la nature.

Nature dans l'art et la cultureModifier

Interaction des communautés humaines avec la natureModifier

La notion de nature renvoie a priori à l’idée d’un domaine ayant ses propres principes de développement, qui serait hors de l’action de l’homme. Or, on réalise aujourd'hui que le changement climatique a une origine anthropique. L’idée de nature n’est donc pas suffisante. Il y a une complémentarité et une interaction entre la nature et les communautés humaines. L’esquisse de cette complémentarité réciproque peut s'éclairer avec la notion de culture écologique.

On constate par exemple que les notions de patrimoine naturel et de patrimoine culturel sont intimement liées, en observant le patrimoine mondial de l'UNESCO qui dresse une liste de sites naturels et culturels.

La convention de 2007 de l'UNESCO souligne l'interaction des communautés humaines avec la nature, dans la définition qui a été donnée du patrimoine culturel immatériel :

« Ce patrimoine culturel immatériel, transmis de génération en génération, est recréé en permanence par les communautés et groupes en fonction de leur milieu, de leur interaction avec la nature et de leur histoire, et leur procure un sentiment d'identité et de continuité, contribuant ainsi à promouvoir le respect de la diversité culturelle et la créativité humaine ».

Voir aussi : Culture et nature

Les deux sens du mot culture en françaisModifier

La notion de culture recouvre deux sens :

Le premier correspond à l’idée de civilisation. Cette idée est aussi ancienne que l'histoire de l'humanité, mais a trouvé une nouvelle signification avec la Philosophie des Lumières. Dans ce sens, la culture est le trait distinctif de l’espèce humaine, associé à ses savoirs et savoir-faire. Cette conception française de la culture serait plutôt individualiste.

Le second est le sens allemand, émergeant sous l’influence du romantisme. La culture est la configuration particulière de croyances coutumières, traits matériels, organisations sociales… elle est une totalité singulière, une sphère autonome incommensurables avec d’autres totalités. Cette conception plus collective s'oppose à la conception française.

Dans Les Mots et les Choses, Michel Foucault définit l’anthropologie comme l’étude des rapports entre la nature et la culture. Globalement on peut appréhender cette question en distinguant les anthropologies matérialistes et les anthropologies symbolistes.

Les anthropologies matérialistes s’intéressent aux fonctions structurantes de la vie matérielle. L’idée sous-jacente est que la nature est un déterminant de base : elle y est définie en termes ethnocentrique, comme étant le moteur de la vie sociale. On y trouve l’anthropologie marxiste des années 1970 en France, pour laquelle la nature est une donnée brute qui peut être appropriée ou transformée, et l’environnement naturel est une précondition de l’environnement économique. On trouve aussi la sociobiologie et l’écologie culturelle, entre lesquelles on souligne un certain parallèle puisque pour les deux, la cause ultime des comportements revient au champ de la nature. Dans tous les cas, pour les anthropologies matérialistes, la culture est une forme particulière d’adaptation à une nature qui serait partout un élément déterminant et conditionnant.

Les anthropologies symbolistes s’intéressent aux caractères symboliques de la vie sociale. Elles mettent l’accent sur les aptitudes des hommes à créer un monde de signification et d’intentionnalités dépendant des déterminations brutes de la nature.

Dans Anthropologie Structurale 2, Lévi-Strauss dit que l’anthropologie est la discipline qui pense la relation entre la nature et la culture. La dichotomie nature / culture soulevée, l’opposition nature / culture suggère deux possibilités. Soit la culture est ce qui donne un sens à nature (la culture impose sa signification à la nature). Soit la nature détermine les rapports sociaux (la nature donne forme à la culture).

L’opposition nature/culture comme outil analytiqueModifier

La dichotomie nature / culture utilisée comme outil analytique est en partie dérivée de Claude Lévi-Strauss. Il l’a notamment utilisée comme opérateur central pour décoder les mythologies. Celui-ci a été reconnu pertinent par les ethnologues de ces sociétés amérindiennes. La mythologie retrace la construction de la nature sur un fond initial d’indifférenciation culturelle (ainsi, dans les mythes amérindiens, au début les animaux et les hommes avaient la même apparence). Chez Lévi-Strauss, l’opposition, là où elle est pertinente, c’est-à-dire dans les mythes, n’est qu’une façon de mettre une étiquette sur des contrastes.

L’écologie culturelle donne un crédit illimité à la nature. L’anthropologie structurale, à ce propos, n’oppose pas une forme d’idéalisme mais aussi un naturalisme, mais un naturalisme de principe. Lévi-Strauss n’a jamais varié dans l’idée que la nature conditionne les opérations intellectuelles, la nature devenant donc une construction empirique. L’étude naturaliste doit permettre de comprendre la structure des groupes culturels. Ce qui intéresse Lévi-Strauss est de rendre compte de la manière dont l’esprit opère dans des contextes culturels et géographiques distincts (ex : les Mythologiques). La mythologie révèle dans une forme épurée les opérations d’un esprit qui n’est plus condamné à mettre en ordre, mais qui peut « jouer » avec les règles de fonctionnement de la pensée.

Remise en cause de cette dichotomieModifier

La dichotomie nature / culture est une spécificité culturelle occidentale développée en Europe à partir de la Renaissance puis en Occident moderne de Descartes à Darwin, qui s’est répandue dans le monde entier, en même temps que s’accroissait l’influence politique, culturelle et commerciale de l’Occident (Grandes découvertes, colonisation, science occidentale), mais qui n'est pas partagée universellement[46]. Ce paradigme n’est pas simplement un outil analytique parmi d’autres, il est aussi la clef de voûte de l’épistémologie moderne. Ainsi, Philippe Descola dans Par-delà nature et culture (2005) distingue quatre « modes d’identification » qui sont le totémisme, l’animisme, l'analogisme et le naturalisme. Seule la société naturaliste (occidentale) produit cette frontière entre soi et autrui à travers l’idée de « nature ». La nature serait ce qui ne relève pas de la culture, ce qui ne relève pas des traits distinctifs de l’espèce humaine, et des savoirs et savoir-faire humains.

Article détaillé : droits de la nature.

Son usage comme outil analytique en ethnologie a parfois été fécond. Toutefois, et Descola l’a montré dans Par-delà nature et culture, l’idée de nature est étrangère à de nombreuses sociétés.

BibliographieModifier

  • François Couplan, La nature nous sauvera : Réponses préhistoriques aux problèmes d'aujourd'hui, Albin Michel, 2008.
  • Gérard Naddaf, L'origine et l'évolution du concept grec de phusis, Lewiston, Edwin Mellen Press, 1993.
  • André Pellicer, Natura. Étude sémantique et historique du mot latin, Paris, PUF, 1966.
  • Élisabeth Dufourcq, L'Invention de la loi naturelle. Des itinéraires grecs, latins, juifs, chrétiens et musulmans, Paris, Bayard, 2012, 742 p., Prix Saintour de l'Académie des sciences morales et politiques
  • Jean Ehrard, L'Idée de nature en France dans la première moitié du XVIIIe siècle, Paris, SEVPEN, 1963, 2 vol., 861 p.

NotesModifier

  1. Claude Levi-Strauss, "Entretiens avec G.Charbonnier"
  2. Maurice Merleau-Ponty, "La Nature Notes, Cours du Collège de France, Paris, Seuil, 1995, établi et annoté par D.Séglard,p.19
  3. "Les mots de Phusis et de natura impliquent une idée de spontaneïté créatrice, de naissance ou de développement harmonieux." Jean Ehrard, "L'idée de nature en France à l'aube des Lumières", 1970, Flammarion, p.12-13
  4. Aristote, Physique, II,1,192b 8-31
  5. Fontenelle, "Entretiens sur la pluralité des mondes"Entretiens sur la pluralité des mondes. Nouvelle édition augmentée de pièces diverses (1724)
  6. Texte de l'Anti-Dühring, p.28 [lire en ligne].
  7. Amouretti Marie-Claire. Lloyd(Geoffrey E.R.).- La science grecque après Aristote. Traduit de l'anglais par Jacques Brunschwig, 1990. In :Revue des études anciennes.Tome93,1991,n°1-2.pp.154-155
  8. Aristote, Métaphysique, A,III, 983;Victor Cousin, 1838.
  9. Aristote, "Physique" II,3 et 7
  10. Aristote, Physique, II,1,192b 8-31
  11. Aristote, "Des parties des animaux"
  12. "La nature ne fait rien en vain" célèbre formule d'Aristote notamment "Traité de l'âme" III,12
  13. Jacques Follon, "Réflexions sur la théorie aristotélicienne des quatre causes, Revue philosophique de Louvain/année 1988/71 pp.317-353[1] (lire en ligne)
  14. Aristote, Physique, VIII et Métaphysique,L,7
  15. [2], Antiquité, Aristote, la théorie de la mimésis
  16. [3]
  17. Jacques Monod, "Le hasard et la nécessité", Essai sur la philosophie naturelle de la biologie moderne editions du Seuil, ch.1
  18. Jean Ehrard, "L'idée de nature en France à l'aube des Lumières", 1970, Flammarion
  19. Lynn White, "The historical roots of our Ecological Crisis", article publié dans la Revue "Science" en 1967
  20. Sandrine Petit, "Christianisme et nature, une histoire ambigüe", Courrier de l'environnement de L'INRA, aout 1997 (lire en ligne)
  21. Jean-Claude Lacaze, "Le christianisme face à la crise écologique mondiale", 2009, Paris ed. L'Harmattan
  22. E.Gresillon et B. Sajaloli, "Fait religieux et construction de l'espace", "L'eglise catholique, l'écologie et la protection de l'environnement, chronique d'une conversion théologique et politique", [4]
  23. Galileo Galilei, "L'Essayeur" (il saggiatore), octobre 1623, traduction par Christiane Chauviré, Les Belles Lettres, Paris 1980
  24. Francisco Marzoa, "Le concept de Nature à travers les âges", Université de Genève [5]
  25. Alexandre Koyré "Etudes galiléennes" Hermann, Paris, 2001
  26. René Descartes, "Le monde ou Traité de la lumière" (1633) [6]
  27. Philosophie-Site de philosophie de l'académie de Grenoble[7] pdf "Descartes par Ferdinand Alquié
  28. Ferdinand Alquié, "Descartes"[8]
  29. Discours de la méthode, sixième partie [9]
  30. Georges Chapouthier, "L'homme, un pont entre deux mondes : nature et culture" in "Le philosophoire" 2004/2 (n°23)[10]
  31. F.Bacon, "on ne triomphe de la Nature qu'en lui obéissant", "Novum Organum, introduction, traduction et notes par Malherbe et Pousseur Paris PUF, 1986
  32. Robert Lenoble, "Esquisse d'une histoire de l'idée de Nature", 1969, Albin-Michel,pp.310-312
  33. Elie Denissoff, "La nature du savoir scientifique selon Descartes", Revue philosophique de Louvain, [11]
  34. Ernst Cassirer, "La philosophie des Lumières", 1932, tr. Pierre Quillet, Fayard, 1983, pp.72-75
  35. Werner Heisenberg, "La nature dans la physique contemporaine", conférences prononcées de 1949 à 1953, traduction Karvelis et Leroy, Gallimard, 1962
  36. Franck Robert, "Science et ontologie pour un concept renouvelé de nature" Archives de philosophie [12]
  37. Maurice Merleau-Ponty, "La Nature", Notes, Cours du Collège de France, Paris, Seuil, 1995, établi et annoté par D.Séglard
  38. Alexandre Koyré "Du monde clos à l'univers infini", 1973, collection Tel, Gallimard
  39. Newton, "Principes mathématiques de la philosophie naturelle"
  40. Trinh Xuan Thuan, "La mélodie secrète", Fayard, 2014
  41. Robert Lenoble, "Esquisse d'une histoire de l'idée de Nature", Albin-Michel, 1969, p.27-32
  42. Martial Gueroult, "Spinoza"t.I : Dieu (Ethique,1) Aubier-Montaigne,p.220-224
  43. Spinoza et la querelle du pantheisme
  44. Alfred Whitehead, Modes of Thought, 1938, New York, The free Press, 1968, tr. fr. Henri Vaillant, Paris, Vrin, 2004
  45. Ministère de l'environnement (2014) Éviter, réduire et compenser les impacts sur le milieu naturel], 16 janvier 2014
  46. Nicolas Journet, La culture. De l'universel au particulier : la recherche des origines, la nature de la culture, la construction des identités, Sciences humaines éditions, , p. 156.

AnnexesModifier