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La Crucifixion

Par Hieronymus Bosch, composition avec la présence d'un donateur.
par Mariano di ser Austerio, avec sainte Anne.
par Lorenzo Monaco, avec saint François.

La Crucifixion est le titre donné à plusieurs œuvres de la représentation artistique de Jésus-Christ, en peinture[1] suivant les données précises de l'iconographie chrétienne de la Crucifixion.

Sommaire

HistoriqueModifier

Il n'est donc pas surprenant que le graffiti d'Alexamenos, peut-être le plus ancien dessin de la Crucifixion de Jésus, daté entre le Ier et IIIe siècles, soit une caricature païenne qui illustre que les chrétiens étaient l'objet de dérision. Il existe quelques gemmes avec l’image gravée du Christ en croix des IIe et IIIe siècles[2]. Un bas-relief en bois de cyprès sur la grande porte de l'église Sainte-Sabine de Rome et qui date des années 420, est la première crucifixion à figurer dans une église[3]. Avec l'Évangéliaire de Rabula du VIe siècle, premier manuscrit avec une enluminure présentant l'image complète de la Crucifixion, se fixent les ressorts de l'iconographie de la crucifixion : au centre, le Christ en croix, surélevé par rapport à celles des deux larrons ; en contre-bas, les saintes Maries, dont Marie-Madeleine et l'apôtre saint Jean ; en face les pleureuses[4] ; au pied de la croix, les soldats qui jouent aux dés la tunique du Christ, le centurion saint Longin qui transperce le flanc de Jésus de sa lance et Stephaton (en), nom dont l'origine n'est toujours pas éclaircie, qui lui tend une éponge imbibée de « vinaigre » (probablement la posca)[5].

L'interprétation de la crucifixion est jugée parfois scandaleuse, comme le Christ nu de Michel-Ange ou le Christ couvert de pustules du retable d'Issenheim mais, malgré les styles différents au cours des siècles, elle présente plusieurs traits communs, conformes à l'iconographie traditionnelle, jusqu'à la fin du XIXe siècle. C'est avec La Tentation de saint Antoine, œuvre érotique de Félicien Rops en 1878 que la transgression du sacré est franchie[6]. Dès lors, les artistes ultérieurs laissent cours à leur imagination pour interpréter le thème du Christ en croix de manières très diverses : scène humoristique de Brian Cohen chantant sur sa croix dans Monty Python : La Vie de Brian en 1979 ; Piss Christ d'Andres Serrano en 1987, Christ et la chaise électrique de Paul Fryer en 2007[7] ou cérémoniels sanglants d'Hermann Nitsch[8], jugés blasphématoires.

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ThèmeModifier

L'épisode du Christ sur la croix est rapporté par les Évangiles comme une étape importante de sa Passion, sa mort comme être humain incarné, un épisode qui termine le processus de sa condamnation, et qui précède sa Résurrection.

La scène étendue aux larrons également sur leur croix, et la vue élargie du Golgotha prend le nom, elle, du « Lieu du Calvaire » ou de calvaire par simplification (Andrea Mantegna[9]).

IconographieModifier

Il faut attendre le IIe siècle pour que le Christ soit représenté dans la position du condamné mourant du supplice infamant de la croix. Au Ve siècle, il est représenté triomphant (Christus triumphans) « droit, majestueux, vêtu d'un long manteau royal, les yeux ouverts, bien vivant et vainqueur de la mort »[10]. Au Xe siècle, il apparaît en homme résigné (Christus patiens), puis en homme souffrant (Christus dolens) arqué sur la croix, couvert du simple périzonium sur le bassin, les yeux clos, le visage marqué, les côtes saillantes, les plaies sanguinolentes. Au XVIe siècle, la Contre-Réforme catholique incite fortement les artistes du maniérisme à représenter le Christ en croix dans une posture plus pathétique encore pour plus de dévotion.

Dans les premières représentations, le Christ est percé de quatre clous (deux aux pieds et deux aux mains), puis l'iconographie des trois clous, pourtant sans aucune historicité et anatomiquement peu plausible (le maintien du crucifié sur le poteau étant rendu impossible en raison des métatarses brisés) s'impose, généralement le pied droit surimposé sur le gauche (la droite est le symbole du bien, de la justice dans l'antiquité[11] et les trois clous sont peut-être une allusion à la Trinité[12]), les deux étant transpercés par un clou unique[13].

A contrario des crucifix où le Christ est représenté seul sur la croix de son supplice, isolé dans un cadre rectangulaire (peinture ou fresque), ou réduit au contour d'un crucifix chantourné, « La Crucifixion » le représente dans la scène complète de cet épisode de sa Passion, avec la présence des témoins et acteurs ; c'est aussi une station du chemin de Croix.

On pourra y trouver les saintes Maries, dont Marie-Madeleine, d'autres membres de la famille sainte (sainte Anne), l'apôtre saint Jean, le soldat, devenu saint Longin, qui lui a transpercé le flanc de sa lance.

La présence de commanditaires ou de donateurs, ou de saints non contemporains du Christ pourra également se révéler sur les œuvres de dévotion privées (Hieronymus Bosch).

La scène s'insérant dans la suite des épisodes de la vie du Christ, se retrouve dans les représentations annexes et complémentaires des panneaux de prédelles des polyptyques, qui souvent démembrés, ont dispersé les scènes devenus tableaux à part entière.

ŒuvresModifier

Cette seule scène dans les musées français (base Joconde) 

Notes et référencesModifier

  1. La sculpture, à part de rares exemples, se limitant souvent à une scène resserrée en calvaire ou au crucifix seul.
  2. Exemples de gemmes au British Museum [1], [2], sur britishmuseum.org
  3. Jacques de Landsberg, L'art en croix. Le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Renaissance Du Livre, , p. 51
  4. Dans cette composition symétrique, le Christ a à sa gauche les pleureuses, à sa droite (en référence à la place des élus lors du Jugement dernier) les figures les plus marquantes .
  5. Yvonne Labande-Mailfert, Études d'iconographie romane et d'histoire de l'art, Société d'études médiévales, , p. 185
  6. Jacques de Landsberg, L'art en croix. Le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Renaissance Du Livre, , p. 142
  7. Photographie de l'œuvre
  8. Vidéo : Hermann Nitsch's AKTION 135 at the 2012 Havana Biennial
  9. Notice no 000PE025681, base Joconde, ministère français de la Culture
  10. Jacques de Landsberg,
  11. Cf Mt 25. 33.
  12. Eliane Burnet, Régis Burnet, Pour décoder un tableau religieux, Les Editions Fides, , p. 79
  13. (en) J. W. hewitt, « The Use of Nails in Crucifixion », Harvard Theological Review, no 25,‎ , p. 29–45

BibliographieModifier

  • Jacques de Landsberg, L'art en croix : le thème de la crucifixion dans l'histoire de l'art, Renaissance Du Livre, 2001

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Liens externesModifier