Histoire de la Syrie

L'histoire de la Syrie est marquée par sa situation exceptionnelle. C'est un territoire de transition au carrefour de plusieurs mondes : la Méditerranée, la Mésopotamie, la Perse, l'Inde, l'Asie mineure, les terres du Caucase, et l'Égypte. La Syrie de l'antiquité s'étendait sur un territoire beaucoup plus vaste que le territoire syrien actuel. La Syrie était traversée par les plus importantes voies commerciales, entre l'Europe, la Chine (route de la soie) et l'Inde.

La Syrie et ses voisins au second millénaire avant notre ère

L'homme de la terre syrienne a peut-être découvert, pour la première fois de l'histoire de l'humanité, au Tell Abu Hureyra, l'art de cultiver, d'associer l'eau et le grain de blé, pour multiplier les épis et ce en parallèle au début des cultes modernes (vénération de morts) amenant la construction de temples ce qui pousse l'Homme à se sédentariser, à construire des maisons, à prendre conscience de son être, à invoquer le ciel avec les premières incantations mythologiques et religieuses, à s'essayer au dessin, à la sculpture et à la décoration.

C'est également en Syrie que l'homme découvrit comment utiliser le cuivre, comment le façonner et en réaliser un alliage : le bronze. Dès le IIIe millénaire av. J.-C. les Syriens construisaient des palais, créaient des fresques et connaissaient un essor culturel et commercial remarquable.

La Syrie a eu une part importante dans l'histoire du christianisme et dans ses débats. À travers ses routes sont passés les pèlerins vers les grands centres religieux, les croisés et les caravanes de la soie et des épices.

La Syrie de l'antiquité fut un champ de bataille entre les grands peuples voisins. Les habitants des nombreux petits royaumes qui se sont développés en Syrie descendaient de peuplades sémites venues, depuis les premiers temps, du sud de la péninsule arabique, et qui sont connus sous le nom d'Amorrites, de Cananéens, de Phéniciens (zone côtière), d'Araméens (hautes terres) de Ghassanides et de Nabatéens (au sud).

Préhistoire et protohistoireModifier

PaléolithiqueModifier

Les premières traces humaines (industrie lithique) en Syrie datent du Paléolithique inférieur (Acheuléen ancien - environ -800 000 ans) et ont été découvertes dans la vallée du Nahr el-Kebir[1].

En 1996, un fragment de crâne d'Homo erectus de 450 000 ans a été découvert à Nadaouiyeh Aïn Askar. Il a été décrit comme l'un des plus importants fragments de crâne du Moyen-Orient, montrant des caractéristiques de l'Extrême-Orient et nous donne de précieuses connaissances sur les premières migrations et origines humaines[1].

Un des sites clé du Paléolithique moyen est le site de Dederiyeh près de Afrine à 400 km au nord de Damas. Le 23 août 1993, une équipe d'archéologues Syriens et Japonais a trouvé des ossements humains fossilisés dans la grotte de Dederiyeh. Ces ossements étaient ceux d'un enfant Néandertalien, âgé approximativement de 2 ans, qui vivait au Paléolithique Moyen (entre −200 000 ans et −40 000 ans). Bien que beaucoup d'ossement de Néandertaliens avaient déjà été découverts, c'était la première fois qu'un squelette presque complet d'enfant était découvert dans l'état original dans lequel il était au moment de l'inhumation[2].

Le site de Umm el-Tlel dans le bassin d'El Kowm en Syrie centrale a livré un fragment de crâne probablement d’un Homo sapiens archaïque dans une couche du Paléolithique moyen[1]. La Syrie a donc dû voir la cohabitation de Néandertaliens et d'Homo sapiens.

Le Paléolithique supérieur est représenté lui aussi sur le site de Umm el-Tlel où des industries aurignaciennes datées de 30 000 BP ont été retrouvées[1].

EpipaléolithiqueModifier

De 12 000 à 8 000 av. J.-C. le Levant voit l'avènement de nouvelles civilisations qui représentent la première étape de la vie sédentaire. Il s'agit d'abord du Kébarien présent à Yabroud et ensuite du Natoufien qui voit l'apparition d'installations sédentaires qui sont de véritables villages et qui comprennent des maisons, des silos, des foyers et des tombes. On connaît aussi avec le Natoufien les premières manifestations artistiques et religieuses. Le Natoufien a été identifié à Yabroud et Mureybet[3].

NéolithiqueModifier

La Syrie fait partie du croissant fertile et il y a approximativement 10 000 ans, elle est l'une des régions qui a vu l'agriculture et l'élevage apparaître dans le monde pour la première fois. En particulier, le site archéologique de Mureybet comprend les couches suivantes: la culture Natoufia (pre-Néolithique), la culture Néolithique précéramique A et la culture Néolithique précéramique B (invention de l'agriculture et de l'élevage mais absence de céramique). Des restes d'outils en obsidienne venant d'Anatolie montrent le développement des premières relations commerciales.

Le début du VIe millénaire voit la généralisation de la céramique. Un des sites remarquables de cette période se trouve dans la plaine d'Amouq, en Syrie littorale[3].

Le Néolithique tardif et l'âge du Bronze voit apparaître la ville de Emar dans laquelle ont été découvertes des tablettes d'argile d'écriture cunéiforme principalement écrites en Akkadien.

Civilisations chalcolithiquesModifier

La Culture de Halaf (6000 à 4500 av. J.-C.) et la Culture d'Obeïd (4500 à 3500 av. J.-C.) développent la céramique peinte et fabriquent les premiers objets en cuivre[3].

L'époque proto-urbaineModifier

La deuxième moitié du IVe millénaire voit le développement dans le sud Mésopotamien de la première ville du monde: la ville d'Uruk. Cette ville a influencé la Syrie mésopotamienne. Des fouilles ont permis la découverte de villes influencées par Uruk : Hamoukar, Habuba Kebira et Jabal Aruda[3]. Ces sites ont montré les premières tentatives d'écriture.

AntiquitéModifier

Haute AntiquitéModifier

Les ruines d'Ebla, proche d'Idleb dans le nord de la Syrie ont été découvertes en 1975. Ebla a été une cité-état parlant une langue sémitique et fondée environ 3000 AEC. À son apogée, de 2500 à 2400 AEC, elle a pu contrôler un empire allant du nord de l'Anatolie, à l'est de la Mésopotamie et au sud de Damas. Ebla commerçait avec les villes mésopotamiennes de Sumer et Akkad, avec l'Assyrie aussi bien que les peuples du nord-ouest. Des cadeaux envoyés par les pharaons trouvés pendant les fouilles montrent qu'Ebla était aussi en contact avec l'Égypte. Les chercheurs pensent que la langue parlée à Ebla était proche de la langue sémitique akkadienne de Mésopotamie et est une des plus vielles langues écrites connues.

 
Stèle funéraire du prêtre assyrien Si`Gabbor, VIIe siècle av. J.-C.

Époque achéménideModifier

  • Perses : 538 à 333 av. J.-C.
    • En 539 av. J.-C., Cyrus le Grand est accueilli en libérateur par les peuples syriens sous le joug babylonien, il dévaste l’empire chaldéen, et la Syrie passe administration des satrapes des Grands Rois pendant deux siècles.

Époque hellénistiqueModifier

Alexandre le Grand annexe la Syrie à son empire en (333-332 av. J.-C.). Après la mort du grand conquérant, le pouvoir échoit à Séleucos Ier Nicator, l’un de ses généraux qui fonde la dynastie des Séleucides et la civilisation grecque va se diffuser dans le pays. ce roi créera de nouvelles villes comme Antioche, dont il fait sa capitale, Laodicée (Lattaquié) et Doura Europos.

  • Sous la domination grecque, la Syrie connaît une grande période de prospérité économique et culturelle.
  • Tétrapole syrienne hellénistique
  • Nabatéens : 159 av. J.-C. à 106 apr. J.-C.

Époque romaineModifier

  • Période romaine : 64 av. J.-C. à 330 apr. J.-C.
    • Pompée venu en Orient vaincre les Parthes fait la conquête de la Syrie, qui devient une province romaine en 64 av. J.-C.
    • Sous la domination romaine, la Syrie continue à connaître une grande période de prospérité économique et culturelle.
    • de 266 à 272, Zénobie, reine de Palmyre, tente de libérer son pays du joug romain, elle y parvient, mais est finalement vaincue par Aurélien, en 272, et emmenée à Rome pour orner le triomphe de son vainqueur. (Palmyréniens : 600 av. J.-C. à 272 apr. J.-C.)

Syriens célèbres de cette époque :

Époque byzantineModifier

Après la division de l'Empire romain, la Syrie est rattachée à l'empire byzantin en 395. Elle continue à connaître la prospérité économique, mais elle est traversée par les débats théologiques qui se déroulent dans l'Église d’Antioche, et devient le terreau d’hérésies comme le nestorianisme et le monophysisme.

Syriens célèbres de cette époque :

Moyen ÂgeModifier

Conquête arabo-musulmaneModifier

La Syrie est conquise par le calife Omar au VIIe siècle. La Syrie est le théâtre des guerres arabo-byzantines.

Des Omeyyades aux AbbassidesModifier

FatimidesModifier

Seldjoukides, Croisés, AyyoubidesModifier

MamelouksModifier

Histoire moderne et contemporaineModifier

La Syrie ottomaneModifier

La Syrie est conquise par le sultan ottoman Sélim Ier en 1516. Elle sera d'abord divisée en pachaliks.

À partir des années 1832 à 1840, Méhémet Ali tenta de secouer le joug de l'Empire ottoman.

En 1840 a lieu l'affaire de Damas contre les populations juives à la suite de la disparition d'un moine capucin. Au cours de cette période, les firmans (décrets) de la Sublime Porte de 1839 et, de manière plus décisive, de 1856 - égalisent le statut des sujets musulmans et non musulmans. Les premiers, ressentant cette perte de supériorité, ont régulièrement agressé et massacré les communautés chrétiennes - à Alep en 1850, à Naplouse en 1856, à Damas et au Liban en 1860. Parmi les conséquences à long terme de ces conflits internes seront l’émergence d’un Liban dominé par les chrétiens dans les années 1920 et 1940 et la profonde scission entre les Arabes palestiniens chrétiens et musulmans face à l’afflux sioniste après la Première Guerre mondiale[6].

Le massacre de milliers de civils chrétiens lors du conflit au Liban en 1860 entraîne l'envoi d'un corps expéditionnaire par les puissances européennes. Sous une pression européenne croissante, principalement de la France, un décret ottoman de 1861 transforme "Al Kaimaqumyateen", l'ancien régime fondé sur un régime religieux qui a conduit à la guerre civile, en un Moutassarifat du Mont-Liban, gouverné par un mutasarıf qui, selon la loi, devait être un chrétien non libanais. Il a pour conséquence l'autonomie du Liban vis-a-vis de Damas.

Dès 1860, l'ouverture vers l'Occident entraîna un renouveau culturel et la prise de conscience d'une identité et le développement d'un nationalisme arabe.

Cherchant des appuis pendant la Première Guerre mondiale, les Britanniques promirent l’indépendance du pays en cas de victoire sur l’Empire ottoman. Cependant, le 16 mai 1916, le Royaume-Uni et la France conclurent des accords secrets, les accords Sykes-Picot, par lesquels elles se partageaient les terres arabes sous domination ottomane. Cet accord résulte d'un long échange de lettres entre Paul Cambon, ambassadeur de France à Londres, et Sir Edward Grey, secrétaire d'État au Foreign Office. Par la suite, un accord ultra-secret fut conclu à Downing Street entre Sir Mark Sykes pour le Royaume-Uni et François Georges-Picot pour la France portant sur le partage de l'espace compris entre la mer Noire, la Méditerranée, la mer Rouge, l'océan Indien et la mer Caspienne (Accords Sykes-Picot).

Britanniques et Arabes participèrent à la prise de Damas en 1918. L’année suivante, les forces britanniques se retirèrent de la zone, cédant son contrôle aux troupes françaises.

La tentative d'indépendanceModifier

Toutefois, les nationalistes syriens, organisés depuis la fin du XIXe siècle, espéraient la création d’une Syrie indépendante, incluant la Palestine et le Liban. En 7 mars 1920, le Congrès national syrien (en) (élu en 1919) proclama unilatéralement l’indépendance du pays. Celui-ci devint une monarchie constitutionnelle dirigée par le fils de Hussein, le prince Fayçal.

En avril 1920 pourtant, la Conférence de San Remo confirma les accords Sykes-Picot et le contrôle français de la Syrie et le Liban, et décida de les transformer aux mandats plus tard, lesquels devaient rapidement aboutir, du moins en théorie, à l’indépendance des deux territoires.

Fayçal décide de collaborer avec les Français, mais son ministre de la guerre Youssef al-Azmeh refuse de se soumettre, il décide de mener une ultime bataille avec ses hommes face aux troupes du général Gouraud. Ils sont battus en une journée à la bataille de Maysaloun le 24 juillet, et les Français entrent à Damas le lendemain. Fayçal est alors contraint à l’exil, trouvant refuge en Irak, où il sera couronné en 1921. Ce fut alors l'effondrement du «grand projet arabe» qui devait rassembler autour de Damas les terres arabes autrefois placées sous contrôle ottoman.

Le Mandat françaisModifier

 
Rapport de la commission chargée par le Conseil de l'étude de la frontière entre la Syrie et l'Irak, 1932

Alors qu'elle avait été hostile envers les Turcs, la population syrienne développa rapidement un sentiment antifrançais.

Le mandat français sur la Syrie fut organisé en un «Grand Liban» composé de quatre provinces: les sandjaks de Damas et d'Alep, l'État alaouite (1920), et l'État du djebel druze (1921), auxquels s'ajouta, en mars 1923, le sandjak d'Alexandrette (au nord) détaché d'Alep et peuplé en partie d'une minorité turque. La même année, le général Gouraud créa la Fédération syrienne, qui regroupait Damas, Alep et l'État alaouite, sans le Djebel druze, ni Alexandrette. En 1924, l'État alaouite en fut également séparé. De 1925 à 1927, le Djebel druze entra en état d'insurrection, dirigée par le sultan el-Atrache. Le général Sarrail y fut chargé de rétablir l'ordre.

Soutenus par la France, les Maronites bénéficièrent en 1926 de la création de la République libanaise en lieu et place du « Grand Liban ».

Sachant la fin du mandat proche, la Turquie indiqua dès 1936 qu'elle n'accepterait pas que la minorité turque du Sandjak d'Alexandrette passe sous autorité syrienne. Pour ménager la Turquie en cas de guerre avec l'Allemagne et protéger ses intérêts dans la région, la France céda le Sandjak d'Alexandrette qui devint la province du Hatay.

Toujours rattachée à la France, la Syrie passa sous contrôle du gouvernement de Vichy en juillet 1940. En 1941, les forces françaises libres et les Britanniques chassèrent le général Dentz, haut-commissaire du Levant. Le général Catroux, au nom de la France libre, reconnut officiellement l’indépendance de la Syrie, mais les troupes franco-britanniques demeurèrent sur le sol syrien. En mai 1945, pour réprimer le mouvement indépendantiste, de Gaulle envoie des troupes et donne l'ordre à l'aviation française de bombarder Damas le 29 mai. Mais les Britanniques s'opposent à ces opérations. Les Français ne se retirèrent totalement du Liban et de la Syrie qu’en 1946[7]. Cette même année, la Syrie devint membre des Nations unies.

La République syrienne indépendanteModifier

À l'indépendance, en 1943, Choukri al-Kouatli est élu comme premier président de la république. Il obtient le retrait définitif des troupes françaises en avril 1946. Sous sa direction, le pays prend part à la première guerre contre l'établissement de l'État d'Israël en 1948.

La défaite subie engendre l'instabilité politique. Shukri al-Kuwatli est renversé par un coup d'État militaire de Housni al-Zaïm, en mars 1949. Ce coup d'État est suivi par d'autres, alimentés par l'opposition entre une faction pro-irakienne de l'armée et une autre faction pro-égyptienne.

En 1955, après le retour de la démocratie, Choukri al-Kouatli est de nouveau élu président, un poste à l'époque largement honorifique. Sous l'influence des pro-égyptiens, il signe en février 1958 l'union avec l'Égypte de Nasser, qui dure de 1958 à 1961 (R.A.U.: République arabe unie).

Rapidement, les espoirs suscités par Nasser en Syrie sont déçus. En effet, la « province du nord » est rapidement dominée par des officiers égyptiens, qui y imposent leur mode de gouvernement, transformant la Syrie en région périphérique du Caire. Cette période reste fondamentale pour la suite de l'histoire syrienne car le maréchal Abdel Hakim Amer, gouverneur de la province, installe durant ce cours laps de temps un appareil sécuritaire et répressif redoutablement puissant et efficace, dont les mécaniques seront réutilisés par la suite par les officiers baasistes[8].

De plus, c'est pendant cette période que se forme un groupe d'officiers baasistes exilés au Caire, comprenant parmi ses membres fondateurs Salah Jedid et Hafez el Assad, qui joueront dans les années post-RAU un rôle déterminant[9].

Cette tentative de communauté des États arabes échoue, et les conservateurs reprennent le pouvoir jusqu'au coup d'État de 1963, à partir duquel le Parti Baas syrien s'est assuré le gouvernement du pays, en s'adaptant aux évolutions politiques.

La Syrie baassisteModifier

Ainsi un premier gouvernement « modéré » est renversé en 1966 par une faction du parti Baas pro-soviétique et extrémiste. La faction alors au pouvoir, menée par des personnalités comme Salah Jedid ou Hafez el-Assad, organise l'éviction des responsables civils historiques du Baas et radicalise le gouvernement, entrainant une escalade verbale antisioniste avec l'Égypte[8], qui conduit à la guerre désastreuse contre Israël en 1967, la guerre des Six Jours.

Le régime issu du coup d'état de 1966 est tiraillé entre deux factions : les partisans de Salah Jedid et ceux de Hafez el Assad. Salah Jedid est alors « l'homme fort » du régime, alors qu'Assad est ministre de la Défense. Après la guerre de 1967, la tension monte entre les deux camps. La crise ouverte éclate lors des événements de septembre noir en Jordanie. Salah Jedid, fervent partisan des fedayins, ordonne l'envoi d'un soutien militaire aux forces de l'OLP, alors que Hafez refuse de leur apporter un soutien aérien, ce qui force les troupes syriennes à faire marche arrière. Il est porté responsable de l'échec de l'opération en Jordanie lors d'un congrès extraordinaire du Baas en novembre 1970. Le 13 novembre, immédiatement après la clôture du congrès qui l'avait démis de ses fonctions, Hafez el Assad utilise ses appuis dans l'armée pour organiser un coup d'État et s'emparer du pouvoir, écartant définitivement Salah Jedid[9].

La libéralisation progressive de l’économie est engagée, tandis que le nouveau régime, consacré par la Constitution de 1973, tente de rompre l’isolement diplomatique du pays. Mais en 1973, une nouvelle guerre contre Israël - la guerre du Kippour - et la conquête et le contrôle du massif du Golan par les Israéliens plonge la Syrie dans de nouvelles difficultés politiques et financières, aggravées par l'intervention dans la guerre civile libanaise à partir de 1975.

En 1974, des tensions apparaissent entre la Syrie et l'Irak, à la suite de la construction du barrage de Tabqa sur l'Euphrate et aux reproches faits à la Syrie sur sa stratégie militaire dans la guerre du Kippour. Très vite, le conflit dégénère, et des troupes sont massées près des frontières. Une médiation soviétique et saoudienne empêche la guerre en 1975. Les relations entre la Syrie et l'Irak restent toutefois exécrables.

Dans les années 1980, le gouvernement syrien signe un traité d'amitié avec l'URSS, soutient l'Iran lors de son conflit contre l'Irak, et subit une forte opposition des mouvements de musulmans intégristes. Du fait du positionnement pro-soviétique du président Hafez el-Assad et de ses problèmes de santé, les États-Unis et la France croient, à cette époque, en une alternative possible avec le frère cadet d'Hafez, Rifaat el-Assad, lui-même vice-président de la République et patron des « Brigades de Défense », jugé pro-occidental. Il est depuis tombé en disgrâce et vit souvent en France.

En 1985, la Syrie obtient le retrait israélien de la plus grande partie du Liban. En février 1987, elle dépêche 7 000 hommes en renfort dans le secteur musulman de Beyrouth pour rétablir l’ordre, et opère la réunification de la capitale libanaise. L'accord de Taef, en 1989, consacrent la tutelle exercée de fait par la Syrie au Liban. En mai 1991, le gouvernement syrien et le gouvernement libanais signent un traité d’amitié et de coopération précisant que leurs deux pays appartiennent à une «même nation». La présence militaire syrienne se poursuit au Liban.

Sur le plan interne, la Syrie doit faire face aux conséquences de sa politique régionale et internationale. En 1980-1982, le pays est la place de multiples affrontements entre les Frères musulmans qui veulent instaurer un régime politique islamique et les forces du régime de Hafez el-Assad. En 1982, ce dernier a pu écraser l'insurrection des Frères musulmans dans la ville de Hama. On déplore alors des milliers des victimes, notamment civiles lors du massacre de Hama. Par la suite le régime devient stable, mais au détriment du développement économique et social. En effet, le général Assad gère le pays avec des membres de sa famille et des proches de l'armée et du parti Baas, et la corruption est monnaie courante.

L'alliance déclarée du régime syrien avec le camp occidental contre Saddam Hussein lui vaut une sortie "honorable" de l'isolement sur la scène internationale. Grâce à cette alliance, Hafez el-Assad peut garantir la mainmise sur le Liban (neutralisation de la révolte de Michel Aoun en 1991), la consolidation de son régime, et même l'assurance de sa propre succession par son fils aîné Bassel el-Assad. Ironie du sort, celui-ci trouve la mort en 1994 lors d'un accident de voiture sur la route de l'aéroport de Damas. Il faut alors que le vieux général prépare son deuxième fils Bachar, alors ophtalmologiste en formation à Londres, pour l'accession au pouvoir.

En juillet 2000, après le décès de son père, Bachar el-Assad accède à la présidence comme prévu. Les observateurs remarquent alors qu'un vent de liberté politique commence à souffler sur le pays. Espoir vain. La vieille garde, représentée notamment par l'appareil sécuritaire du clan alaouite (d'obédience chiite) et quelques politiciens, comme le vice-président Abdel Halim Khaddam et le ministre des affaires étrangères Farouk el-Chareh, exercent des pressions considérables sur le jeune président pour mettre fin à cette liberté. Le printemps de Damas, dit-on, n'a duré que 8 mois. Les opposants pacifiques sont mis en prison. Et l'espoir du peuple de retrouver sa liberté est anéanti.

Après les attentats du 11 septembre 2001, la politique américaine change d'orientation, en commençant par la guerre contre le régime des Talibans en Afghanistan. Mais l'occupation américaine de l'Irak constitue la menace la plus grave pour la Syrie accusée par les Américains de fournir une aide aux insurgés irakiens. La Syrie est maintenant dans le collimateur des États-Unis. En outre, avec l'aggravation de la guerre en Irak, le pays doit faire face à une vague de réfugiés venus d'Irak.

Le , le premier ministre libanais Rafiq Hariri est assassiné lors d'un attentat. La Syrie est soupçonnée d'être à l'origine de cet assassinat. Une fois plus, le régime de Bachar el-Assad doit faire face aux pressions internationales : arrêt des relations avec les États-Unis, refroidissement important avec la France, ralentissement des rapports avec l'Arabie saoudite et le reste des pays arabes. Les forces syriennes doivent quitter le Liban un mois après cet attentat. Une commission d'enquête de l'ONU est formée sous la présidence du juge allemand Mehlis. Le rapport de ce dernier ne peut, selon les observateurs, présenter des preuves indiscutables montrant l'implication de la Syrie : deux témoins présentés par la justice libanaise s'avèrent non crédibles. L'année 2005 est l'année la plus difficile pour le régime syrien qui doit désormais rendre compte à la communauté internationale de sa politique libanaise. Enfin, en décembre 2005, le vice-président syrien Abdel Halim Khaddam déclare à la presse ses convictions de l'implication du régime de Damas dans l'assassinat de Rafik Hariri, un régime dont Khaddam a été l'un des piliers durant 40 ans.

La guerre civile syrienneModifier

La guerre civile syrienne — ou révolution syrienne — débute dans le contexte du Printemps arabe par des manifestations majoritairement pacifiques en faveur de la démocratie contre le régime syrien. Réprimé brutalement par le régime, le mouvement de contestation se transforme peu à peu en une rébellion armée.

De nombreux belligérants participent au conflit qui connaît plusieurs phases. La majeure partie des premiers groupes insurgés se structurent autour de l'Armée syrienne libre (ASL), qui est fondée en juillet 2011. L'opposition politique en exil forme quant à elle le Conseil national syrien (CNS) en septembre 2011 puis la Coalition nationale des forces de l'opposition et de la révolution (CNFOR) en . En 2012 et 2013, les rebelles s'emparent de la majeure partie du nord et de l'est de la Syrie, mais le régime de Bachar el-Assad résiste dans le sud et l'ouest du pays. L'opposition obtient des financements et des armes de la part de la Turquie, de l'Arabie saoudite, du Qatar, de la Jordanie, des États-Unis et de la France. Mais l'ASL est progressivement supplantée dans plusieurs régions par des groupes islamistes sunnites ou salafistes, comme Ahrar al-Cham ou Jaych al-Islam, ou encore par des groupes salafistes djihadistes, comme le Front al-Nosra, reconnu en 2013 comme la branche syrienne d'al-Qaïda. Le régime syrien est quant à lui soutenu indéfectiblement par l'Iran, qui lui fournit des financements pour contourner les sanctions internationales et qui dépêche dès le début du conflit des officiers du Corps des Gardiens de la révolution islamique et des dizaines de milices islamistes chiites venues du Liban, d'Irak ou d'Afghanistan, comme le Hezbollah, l'Organisation Badr ou la Division des Fatimides. En 2012 un autre acteur, le Parti de l'union démocratique (PYD), aile syrienne du Parti des travailleurs du Kurdistan (PKK), prend avec sa branche armée, les Unités de protection du peuple (YPG), le contrôle des régions kurdes, au nord de la Syrie.

Le rapport des forces en présence est bouleversé par l'apparition en Syrie de l'organisation salafiste djihadiste État islamique en Irak et au Levant (EIIL) — rebaptisé ensuite État islamique (EI) — qui en 2014 entre en conflit contre tous les autres belligérants, s'empare de l'est de la Syrie, ainsi que du nord-ouest de l'Irak, et proclame la restauration du califat. En septembre 2014, menée par les États-Unis, une coalition internationale formée contre l'État islamique commence à mener des bombardements en Syrie et décide d'appuyer les YPG. Forts du soutien américain, les Kurdes remportent une première victoire à Kobané en janvier 2015, forment en octobre 2015 une alliance avec des groupes arabes qui prend le nom de Forces démocratiques syriennes (FDS), et lancent une campagne contre les djihadistes qui aboutit en octobre 2017 à la chute de Raqqa, la « capitale » syrienne de l'EI. La Turquie intervient également militairement en Syrie : d'abord contre l'État islamique en 2016 et 2017, avant d'attaquer les FDS en 2018 en raison de leurs liens avec le PKK.

De son côté, la Russie entre dans le conflit syrien en septembre 2015 en intervenant militairement pour soutenir le régime syrien. Cette intervention redonne l'avantage au camp loyaliste : l'armée syrienne et ses alliés remportent des victoires décisives à Alep en décembre 2016, à Homs en mai 2017, à Deir ez-Zor en novembre 2017, dans la Ghouta en mai 2018 et à Deraa en juillet 2018.

En se prolongeant dans le temps, le conflit syrien est devenu à la fois une guerre civile, une guerre confessionnelle et une guerre par procuration. Depuis , le conflit a fait autour de 500 000 morts d'après les estimations de diverses ONG. Des attaques à l'arme chimique et de nombreux massacres, crimes de guerre et crimes contre l'humanité ont été commis, principalement par le régime syrien et par l'État islamique. Le camp loyaliste syrien est responsable de la grande majorité des victimes civiles de la guerre par ses bombardements aériens massifs et par la répression exercée contre l'opposition, qualifiée de politique d'« extermination » par l'ONU : entre 70 000 et 200 000 personnes ont disparu dans les prisons du régime, au moins 17 000 d'entre elles y ont été torturées à mort et plus de 5 000 à 13 000 autres ont été exécutées par pendaison, principalement dans la prison de Saidnaya.

La moitié de la population est déplacée pendant le conflit, et cinq à six millions de Syriens ont fui le pays, soit le quart de la population.

Voir aussiModifier

BibliographieModifier

  • Pierre-Emmanuel Barral et Olivier Hanne, La Grande Syrie, des premiers empires aux révoltes arabes, Ed. du Grenadier, 2016
  • Xavier Baron, Histoire de la Syrie, 1918 à nos jours, Tallandier, Paris, 2014 (ISBN 979-10-210-0723-9)
  • (en) David Commins, Historical Dictionary of Syria, Scarecrow Press, Lanham Md, 2004 (2e éd.), 376 p. (ISBN 978-0-8108-4934-1)
  • Jean Yanoski et Jules David, Syrie ancienne et moderne, Paris, Firmin Didot Frères, coll. « L'univers,histoire et description de tous les peuples », (lire en ligne)

Articles connexesModifier

Lien externeModifier

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Les villages oubliés de la Syrie du Nord par Georges Tate, Professeur à l’université de Versailles-Saint-Quentin en Yvelines.

RéférencesModifier

  1. a b c et d Sultan Muhesen, « Aperçu sur le Paléolithique de Syrie », Syria. Archéologie, art et histoire, no 89,‎ , p. 7–30 (ISSN 0039-7946, DOI 10.4000/syria.1476, lire en ligne, consulté le 24 décembre 2019)
  2. http://www.kochi-tech.ac.jp/akazawa/english/body.html
  3. a b c et d Muhesen Sultan, « BILAN SUR LA PRÉHISTOIRE DE LA SYRIE », sur www.persee.fr, (consulté le 27 décembre 2019)
  4. La ville de Beyrouth sous la Domination Mamelouke (1291-1516) et son Commerce avec L’Europe sur Upa.edu.lb.
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