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Histoire de l'alphabet

Exemple d'alphabet latin moderne

L'histoire de l'alphabet remonte au système d'écriture consonantique par les langues sémitiques du levant, au deuxième millénaire avant notre ère. Plus ou moins toutes les écritures alphabétiques du monde sont issues du même pro-alphabet sémitique[1]. Ses propres origines proviennent d'une écriture dite protosinaïtique développée en Égypte ancienne pour transcrire la langue des travailleurs sémitiques en Égypte. Cette écriture a été influencée par l'écriture hiératique, une écriture cursive liée aux hiéroglyphes[2],[3].

Principalement par l'intermédiaire du phénicien et de l'araméen, deux langues en usage pendant le début du premier millénaire avant notre ère, l'alphabet sémitique a donné naissance à plusieurs systèmes d'écriture à travers le Moyen-Orient, l'Europe, l'Afrique du nord et l'Asie du Sud.

Certains auteurs modernes distinguent les écritures consonantiques de type sémitique, appelées « abjad », des « vrais alphabets », au sens strict du terme[4],[5]. La distinction réside dans le fait que les vrais alphabets attribuent indifféremment des lettres aux consonnes et aux voyelles, alors que dans un abjad, les lettres ne représentent que les consonnes. Dans ce sens strict, c'est l'alphabet grec, issu du phénicien, qui serait le premier alphabet. L'alphabet latin, le plus largement employé de nos jours[6], provient directement du grec (via Cumes et les étrusques).

PrédécesseursModifier

 
Clou de fondation portant une inscription commémorative du roi Gudea de Lagash, v. 2120 av. J.-C.). Musée des beaux-arts de Lyon.
 
Dernière inscription hiéroglyphique connue, porte d'Hadrien à Philæ.

Deux écritures antécédentes ont été découvertes et datées du quatrième millénaire avant notre ère. Il s'agit d'écritures pictogrammiques (qui utilisent essentiellement des dessins stylisées pour représenter une ou plusieurs syllabes), : l'écriture cunéiforme de Mésopotamie et l'écriture hiéroglyphique d'Égypte. Ces deux écritures contenaient également des phonogrammes (des symboles représentant des sons) qui étaient parfois combinés pour représenter des mots étrangers, lorsque aucun pictogramme n'était connu pour un mot donné. Ces phonogrammes ont été les précurseurs de ce qui allait être développé dans les alphabets phonogrammatiques.

Il existe des preuves archéologiques que ce sont ces phonogrammes qui ont évolué pour donner la plupart des caractères sémitiques. Ainsi le symbole pour aleph découle du hiéroglyphe signifiant « bœuf » (alep en sémitique) et qui représentait effectivement un bœuf, puis s'est simplifié jusqu'à devenir notre « A » moderne[7].

Les hiéroglyphes égyptiens étaient à employer de deux façons: le plus souvent, les hiéroglyphes étaient utilisés comme pictogrammes représentant des mots entiers, pouvant eux-mêmes être composés d'une ou de plusieurs syllabes ; occasionnellement cependant, certains hiéroglyphes étaient utilisés comme phonogrammes, représentant uniquement le son d'une syllabe incluant souvent une consonne et une voyelle combinés[8]. C'est à partir de ces phonogrammes qu'ont été élaborées ensuite les lettres de véritables alphabets[9].

Ces hiéroglyphes phonogrammatiques n'ont jamais été employés pour écrire la langue égyptienne, mais uniquement pour des langues ou termes étrangers ; on considère de fait qu'ils ont eu une influence considérable sur la création de l'alphabet sémitique[10]. Tous les alphabets du monde descendent soit directement de ce premier alphabet sémitique, soit de ses propres descendants (par « stimulus de diffusion »). Une exception possible serait l'alphabet méroïtique, du IIIe siècle avant notre ère, qui est aussi une adaptation des hiéroglyphes, mais en Nubie, située au sud de l'Égypte ; de nombreux chercheurs soupçonnent tout de même une influence du premier alphabet[11]. Le rongo-rongo, écriture de l'île de Pâques, pourrait peut-être aussi avoir été inventé de façon indépendante, mais l'on en sait trop peu pour en être certain.

Les alphabets consonantiquesModifier

L'alphabet sémitiqueModifier

L'écriture protosinaïtique de l'Égypte n'a pas encore été entièrement déchiffrée. Toutefois, elle peut être alphabétique et est probablement écrite en langue cananéenne. Les exemples les plus anciens sont des graffitis trouvés dans le Wadi el-Hol et datant d'environ 1850 av. J-C[12]. Le tableau ci-dessous montre un prototype hiéroglyphique hypothétique de l'alphabet phénicien. Plusieurs correspondances ont été proposées avec les lettres de l'alphabet protosinaïtique.

Prototype égyptien possible
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
Phénicien                      
Acrophonie possible ʾalp bœuf bet maison gaml bâton digg poisson ou porte haw, hillul jubilation waw crochet zen, ziqq menottes ḥet cour ou mur ṭēt roue yad bras kap main
Prototype égyptien possible
 
 
 
 
 
 
 
 
Phénicien                      
Acrophonie possible lamd incitation mem eau nun serpent samek poisson ʿen œil piʾt courbe ṣad plante qup corde raʾs tête šananuma arc taw signature

Cette écriture sémitique adapte les hiéroglyphes égyptiens à l'écriture consonantique en utilisant seulement le premier son du nom sémitique de l'objet représenté par le hiéroglyphe (c'est le principe acrophonique)[13]. Ainsi, par exemple, le hiéroglyphe per (« maison »en égyptien) a été utilisé pour écrire le son [b] en sémitique, parce que [b] est le premier son dans le mot sémitique qui signifie « maison », bayt[14]. Cette écriture, utilisée uniquement de façon sporadique, conserva sa nature pictographique pendant un demi-millénaire jusqu'à son adoption par le gouvernement du pays de Canaan (mise en place d'une administration comptable). Les premiers états cananéens à faire un large usage de l'alphabet étaient les cités-état phéniciennes, c'est pourquoi le stade suivant de cet alphabet est appelé phénicien. Les cités phéniciennes étaient des États maritimes au cœur d'un vaste réseau commercial, et diffusèrent de fait leur alphabet à travers toute la Méditerranée. Deux variantes de cet alphabet eurent un impact majeur sur l'histoire de l'écriture : l'alphabet araméen et l'alphabet grec[15].

Les descendants de l'abjad araméenModifier

 
Graphique montrant les quatre alphabets descendant de l'abjad phénicien : de gauche à droite, le latin, le grec, le phénicien (origine), l'hébreu et l'arabe.

Les alphabets phénicien et araméen, comme leur prototype égyptien, représentaient seulement des consonnes (abjad). L'alphabet araméen a évolué à partir du phénicien au VIIe siècle av. J.-C., alors qu'il était l'écriture officielle de l'empire perse. Il semble être l'ancêtre de presque tous les alphabets modernes d'Asie :

Les alphabets avec des voyellesModifier

L'alphabet grecModifier

Adoption
 
L'alphabet grec sur une ancienne céramique à figure noire. On voit un digamma, mais pas de ksi ou de omega. La lettre phi n'a pas encore de barre et ressemble à l'omicron, mais sur l'autre face, c'est un plein Φ.
 
L'écriture étrusque, dernier maillion avant l'alphabet latin.

Avant le VIIIe siècle avant notre ère, les Grecs avaient emprunté l'alphabet phénicien et l'avaient adapté à leur propre langue[14], créant durant ce processus le premier « vrai »alphabet, qui incluait des voyelles à statut égal aux consonnes. Selon les légendes grecques transmises par Hérodote, l'alphabet a été introduit de la Phénicie à la Grèce par Cadmos. Les lettres de l'alphabet grec sont les mêmes que celle de l'alphabet phénicien, et les deux alphabets sont disposés dans le même ordre[14]. Cependant, alors que des lettres distinctes pour les voyelles ont entravé la lisibilité de l'égyptien, du phénicien ou de l'hébreu, leur absence était problématique pour le grec, où les voyelles avaient une plus grande importance[17]. Les Grecs utilisèrent pour les voyelles les lettres phéniciennes représentant des consonnes qui n'existaient pas en grec.

Du fait du principe acrophonique, les Grecs ne pouvant prononcer certaines consonnes débutant le nom des lettres, ils utilisèrent uniquement les voyelles initiales pour ces lettres. Comme le nom d'une lettre se devait être son son, ces lettres devinrent des voyelles en grec. Par exemple, les Grecs n'avaient pas de stop glottal, transcrit h, les lettres phénicienne ’alep et he devinrent le alpha et le e grec (plus tard rebaptisé epsilon) ; elles s'utilisaient donc pour représenter les voyelles /a/ et /e/ à la place des consonnes /ʔ/ et /h/. Ce développement révolutionnaire ne permit pourtant de représenter que cinq ou six (selon le dialecte) des douze voyelles grecques. Les Grecs inventèrent donc des bigrammes et d'autres modifications, telles que l'ie, ou, et o (qui devint l'omega) ; dans certains cas aussi, ils ignorèrent tout simplement le manque, comme pour les a, i et u longs[16].

Plusieurs variétés de l'alphabet grec ont été développées. L'un est appelé grec occiendental ou chalcidien, il a été utilisé à l'ouest d'Athènes et dans le sud de l'Italie. L'autre variation, connue comme grec oriental, a été utilisée en Asie Mineure (également appelée Grèce asiatique, c'est-à-dire l'actuelle Turquie sur son côté égéen). Les Athéniens (c. 400 av. J.-C.) avaient adopté cette dernière variation et le reste du monde grec les a peu à peu imités. Après avoir d'abord écrit de droite à gauche, les Grecs ont finalement choisi de changer le sens initial du phénicien. De nombreuses lettres grecques sont similaires à celles employées par les Phéniciens, mais certaines ont été inversée ou modifiées, à la suite de ces changements historiques d'écriture vers la forme de gauche à droite via le boustrophédon.

Héritage
 
Distribution mondiale de l'alphabet Cyrillique. Les zones vert sombre montrent les pays où cet alphabet est la seule écriture officielle. Les zones vert clair indiquent les pays où l'alphabet co-existe avec d'autres écritures.

L'alphabet grec est à son tour à l'origine de tous les scripts de l'Europe. L'alphabet des premiers dialectes grecs de l'ouest de la Méditerranée, où la lettre êta est restée un h, a évolué pour devenir l'ancien italique, dont dérive le vieil alphabet romain. Les dialectes grecs orientaux, qui n'ont pas de /h/ et où l'êta est devenu une voyelle, évoluèrent ensuite en plusieurs variantes : les alphabets glagolitique, cyrillique, arménien, gothique (qui se servait à la fois des lettres grecques et romaines), et peut-être l'alphabet géorgien[18].

Bien que cette description présente l'évolution des écritures de façon linéaire, il s'agit d'une simplification. Par exemple, l'alphabet mandchou est issu des abjads de l'Asie de l'Ouest, mais aussi du coréen (hangul), qui était indépendant (point de vue traditionnel), ou dérivé (point de vue discuté) de l'abugidas de l'Asie du Sud. L'alphabet géorgien dérive apparemment de la famille araméenne, mais il a été fortement influencé dans sa conception par le grec. Une version modifiée de l'alphabet grec, utilisant une demi-douzaine de hiéroglyphes démotiques, a été employée pour concevoir l'alphabet copte égyptien. Puis il y a le cree syllabique (un alphasyllabaire), qui est une fusion du devanagari et de la sténographie Pitman développée par le missionnaire James Evans[19].

L'alphabet latinModifier

 
La distribution mondiale de l'alphabet latin. En vert sombre les pays où cet alphabet est la seule écriture officielle. En vert clair, ceux où il co-existe avec d'autres écritures.

Une tribu connue sous le nom de Latins, qui prendra le nom de Romains, vivait aussi dans la péninsule italienne en même temps que les grecs de l'Ouest. À partir du VIIe siècle av. J.-C., les Latins adoptèrent les écritures des Étrusques, tribu vivant durant le premier millénaire avant notre ère dans le centre de l'Italie actuelle, et celle des Grecs de l'Ouest. En fusionnant ces deux écritures, les Latins firent quelques arrangements : ils supprimèrent quatre caractères de l'alphabet grec, adaptèrent le F étrusque (qui se prononçait alors /w/) en lui donnant le son /f/ et le S étrusque (qui était constitué de trois lignes en zigzag) en changeant légèrement sa graphie pour donner le S moderne. Pour représenter le G sonore en grec et le son K en étrusque, ils employèrent le gamma. Ces changements sont à l'origine de l'alphabet moderne, mais sans encore les lettres G, J, U, W, Y, et Z, ainsi que quelques autres détails.

C, K, et Q dans l'alphabet romain pouvaient être utilisées indifféremment pour écrire les sons /k/ et /a/ ; les Romains modifièrent donc la lettre C pour faire un G, et ils l'insérèrent à la septième place, où Z se trouvait, afin de maintenir la gematria (la séquence numérique de l'alphabet). Au cours des quelques siècles après qu'Alexandre le Grand eut conquis la Méditerranée orientale au IIIe siècle avant notre ère, les Romains commencèrent à emprunter des mots du grec, pour lesquels ils durent adapter leur alphabet. Ils empruntèrent le Y et Z à l'alphabet grec et les ajoutèrent à la fin de l'alphabet, car ils étaient uniquement utilisés pour écrire des mots grecs.

Le U se développa au début du Moyen Âge seulement, lorsque les gens commencèrent à distinguer la voyelle U de la consonne V, qui sont toujours liées en latin. Le même procédé opéra pour le J qui devint distinct du I à partir du XVe siècle, le J n'étant reconnu comme lettre qu'au XVIIe siècle.

 
Simplification des relations entre les différentes écritures, conduisant au développement des lettres minuscules de l'alphabet latin moderne standard et de ses variantes locales : l'alphabet fraktur, utilisé en Allemagne jusqu'à la seconde guerre mondiale, et l'alphabet gaélique (ou insulaire), toujours employé en Irlande. Plusieurs écritures ont coexisté, comme la demi-onciale et l'onciale, qui découlent de la cursive romaine et de l'onciale grecque ; et la wisigothique, la mérovingienne (Luxeuil ici) et la bénéventaine. La caroline a servi de base pour la linéale (humanist ici). Il convient de noter que l'écriture gothique (ici textualis quadrata) est complètement sans rapport avec l'écriture wisigothique. Certaines variantes disparues comme le r rotonde, les ligatures et les abréviation médiévales sont omises ; le long s (ſ) s'affiche lorsque aucun s terminal (variante survivante) n'est présente.

Noms et ordre des lettresModifier

L'ordre des lettres de l'alphabet est attesté depuis le XIVe siècle avant notre ère, dans la ville d'Ougarit, sur la côte nord de la Syrie[16]. Des tablettes portant plus d'un millier de signes cunéiformes y ont été découvertes, mais ils ne sont pas d'origine babylonienne et il n'y aurait que trente caractères distincts. Douze de ces tablettes ont des signes en ordre alphabétique. On trouve deux ordres différents : l'un est presque identique à l'ordre hébreu, grec et latin, et un deuxième est similaire à celui utilisé par les éthiopiens[20].

On ne sait pas combien de lettres avait l'alphabet protosinaïtique, ni quel était leur ordre. Parmi ses descendants, l'alphabet ougaritique a 27 consonnes, l'alphabet sudarabique en avait 29, et l'alphabet Phénicien 22. Ces écritures étaient organisées de deux façons : un ordre ABGDE phénicien et un ordre HMĦLQ dans le sud ; les ougaritiques conservèrent les deux ordres. Les deux séquences se sont avérées remarquablement stables parmi les écritures qui leur ont succédé.

Les noms des lettres ont aussi été très stables parmi les successeurs des Phéniciens, y compris le samaritain, l'araméen, le syriaque, l'arabe, l'hébreu, et l'alphabet grec. Cependant, ils ont été en grande partie abandonnés en tifinagh, en latin et en cyrillique. La séquence des lettres est restée plus ou moins intacte en latin, en arménien, en gothique et en cyrillique, mais a été abandonnée en brahmi, en runique et en arabe, bien qu'un traditionnel ordre abjadi demeure ou a été ré-introduit comme une alternative à ce dernier.

Le tableau ci-dessous est une représentation schématique de l'alphabet phénicien et de ses descendants.

Reconstruction API Nombre Ougaritique Phénicien Hebreu Arabe Grec Latin Cyrillique Runique
1 ʾalpu "bœuf" /ʔ/ 1 𐎀   ʾālep א ʾālef ﺍ‎ ʾalif Α alpha A А azŭ *ansuz
2 baytu "maison" /b/ 2 𐎁   bēt ב bēṯ ﺏ‎ bāʾ Β bēta B В vĕdĕ, Б buky *berkanan
3 gamlu "baton" /a/ 3 𐎂   gīmel ג gīmel ﺝ‎ jīm Γ gamma C, G Г glagoli *kaunan
4 daltu "porte" / diggu "poisson" /d/, /ð/ 4 𐎄   dālet ד dāleṯ ﺩ‎ dāl, ذ‎ ḏāl Δ delta D Д dobro
5 haw "fenetre" / hallu "jubilation" /h/ 5 𐎅   ה hē ﻫ‎ hāʾ Ε epsilon E Е ye, Є estĭ
6 wāwu "crochet" /β/ or /w/ 6 𐎆   wāw ו vāv و‎ wāw Ϝ digamma, Υ upsilon F, V, Y Ѹ / Ꙋ ukŭ → У *ûruz / *ûram
7 zaynu "arme" / ziqqu "menottes" /z/ 7 𐎇   zayin ז zayin ز‎ zayn or zāy Ζ zēta Z Ꙁ / З zemlya
8 ḥaytu "menace" / "barrière"? /ħ/, /x/ 8 𐎈   ḥēt ח ḥēṯ ح‎ ḥāʾ, خ‎ ḫāʾ Η ēta H И iže ᚺ *haglaz
9 ṭaytu "roue" /tˤ/, /θˤ/ 9 𐎉   ṭēt ט ṭēṯ ط‎ ṭāʾ, ظ‎ ẓāʾ Θ thēta Ѳ fita
10 yadu "bras" /j/ 10 𐎊   yōd י yōḏ ي‎ yāʾ Ι iota I І ižei ᛁ *isaz
11 kapu "main" /k/ 20 𐎋   kap כ ך kāf ك‎ kāf Κ kappa K К kako
12 lamdu "motivation" /l/ 30 𐎍   lāmed ל lāmeḏ ل‎ lām Λ lambda L Л lyudiye ᛚ *laguz / *laukaz
13 mayim "eau" /m/ 40 𐎎   mēm מ ם mēm م‎ mīm Μ mu M М myslite
14 naḥšu "serpent" / nunu "poisson" /n/ 50 𐎐   nun נ ן nun ن‎ nūn Ν nu N Н našĭ
15 samku "support" /s/ 60 𐎒   sāmek ס sāmeḵ Ξ ksi, (Χ ksi) (X) Ѯ ksi, (Х xĕrŭ)
16 ʿaynu "œil" /ʕ/, /ɣ/ 70 𐎓   ʿayin ע ʿayin ع‎ ʿayn, غ‎ ġayn Ο omikron O О onŭ
17 pu "bouche" / piʾtu "coin" /p/ 80 𐎔   פ ף pē ف‎ fāʾ Π pi P П pokoi
18 ṣadu "plante" /sˤ/, /ɬˤ/ 90 𐎕   ṣādē צ ץ ṣāḏi ص‎ ṣād, ض‎ ḍād Ϻ san, (Ϡ sampi) Ц tsi, Ч črvĭ
19 qupu "cuivre"? /kˤ/ or /q/ 100 𐎖   qōp ק qōf ق‎ qāf Ϙ koppa Q Ҁ koppa
20 raʾsu "tête" /r/ or /ɾ/ 200 𐎗   rēš ר rēš ر‎ rāʾ Ρ rho R Р rĭtsi ᚱ *raidô
21 šinnu "dent" / šimš "soleil" /ʃ/, /l/ 300 𐎌   šin ש šin/śin س‎ sīn, ش‎ šīn Σ sigma, ϛ stigma S С slovo, Ш ša, Щ šta, Ꙃ / Ѕ dzĕlo ᛊ *sowilô
22 tawu "marque" /t/, /θ/ 400 𐎚   tāw ת tāv ت‎ tāʾ, ث‎ ṯāʾ Τ tau T Т tvrdo ᛏ *tîwaz

Ces 22 consonnes représentent la phonologie sémitique du nord-ouest. Des 29 phonèmes consonantiques issus du protosémitique, sept sont manquants : les interdentaires fricatives ḏ, ṯ, ṱ ; les consonnes latérales fricatives ś, ṣ ; la fricative ġ ; et les fricatives sourdes ḫ, ḥ, des les[pas clair] cananéens ont fusionné en ḥet. Les six variantes des lettres ajoutées dans l'alphabet arabe les incluent (sauf pour les ś, qui survivent dans un phonème distinct en guèze ): ḏ → ḏāl; ṯ → ṯāʾ; ṱ → ḍād; ġ → ġayn; ṣ → ẓāʾ; ḫ → ḫāʾ.

Alphabets graphiquement indépendantsModifier

 
L'ogam airenach, extrait du Livre de Ballymote.
 
L'alphabet Osmanya

Un exemple d'alphabet national moderne qui n'a pas d'origine graphiquement traçable de l'alphabet cananéen : l'alphabet des maldivies, qui est unique en son genre car bien qu'il soit clairement modélisé d'après l'arabe et peut-être d'autres alphabets, ses lettres dérivent des chiffres. Un autre est le hangul coréen, qui a été créé de façon indépendante en 1443. L'alphabet osmanya a été conçu pour le somali dans les années 1920 par Yusuf Osman Kenadid, et les formes de ses consonnes semblent être des innovations complètes.

Parmi les alphabets qui ne sont pas utilisés comme écriture nationale de nos jours, quelques-uns sont clairement indépendants dans leur forme. L'alphabet bopomofo dérive des caractères Chinois. L'alphabet santali de l'est de l'Inde semble être basé sur des symboles traditionnels tels que « danger » ou« lieu de rencontre », ainsi que sur des pictogrammes inventés par son créateur (les noms des lettres santali sont liées au son qu'elles représentent – principe acrophonique – comme dans l'alphabet d'origine, mais le son final du mot, et non son début).

En Irlande médiévale ancienne, l'alphabet oghamique se composait de marques, et les inscriptions monumentales de l'empire perse antique ont été écrites dans un alphabet essentiellement cunéiforme, dont la forme des lettres semble avoir été créée pour l'occasion.

Les alphabets d'autres médiasModifier

 
L'alphabet final de Louis Braille, selon Pierre Henri (1952).

Les changements de support ont parfois entraîné une rupture dans la forme graphique, ou rendent la relation difficile à retracer. Il n'est pas immédiatement évident que l'écriture cunéiforme de l'alphabet ougaritique dérive d'un abjad sémitique embryonnaire, par exemple, bien que cela semble être le cas.

Et tandis que les alphabets dactylologiques sont une continuation directe de l'alphabet écrit (à la fois celui anglais bimanuel et celui français/américain à une seule main) et qu'ils conservent les formes de l'alphabet latin, les alphabets braille, sémaphore, maritime et morse ont des formes totalement arbitraires. Les formes du braille et du sémaphore, par exemple, sont dérivées de l'ordre alphabétique de l'alphabet latin, mais pas de la forme graphique des lettres elles-mêmes.

Les abréviations sténographiques semblent également être sans rapport graphique avec l'alphabet latin, ce n'est pourtant probablement pas le cas : la connexion a simplement été perdue dans le temps.

Voir aussiModifier

RéférencesModifier

  1. (en) Geoffrey Sampson, Writing systems: a linguistic introduction, Stanford University Press, (ISBN 0-8047-1254-9, lire en ligne), p. 77
  2. Himelfarb, Elizabeth J. "First Alphabet Found in Egypt", Archaeology 53, Issue 1 (Jan.
  3. Orly Goldwasser, « How the Alphabet Was Born from Hieroglyphs », Biblical Archaeology Society, Washington, DC, vol. 36, no 1,‎ mar–apr 2010 (ISSN 0098-9444, lire en ligne)
  4. (en) Florian Coulmas, The Blackwell Encyclopedia of Writing Systems, Oxford, Blackwell Publishers Ltd., (ISBN 0-631-21481-X)
  5. (en) Peter T Daniels et William Bright, The World's Writing Systems, Oxford University Press,
  6. Haarmann 2004, p. 96
  7. « BBC News - Middle East - Oldest alphabet found in Egypt », bbc.co.uk
  8. « hieroglyphics »
  9. Reading Hieroglyphs, Transliteration, Phonograms.
  10. Ancient History of the Alphabet Ancient.eu website, by Jan van der Crabben, April 28, 2011,
  11. Writing- Meroitic Ancientsudan.org website, by Ibrahim Omer, Feb. 2009
  12. J. C. Darnell, F. W. Dobbs-Allsopp, Marilyn J. Lundberg, P. Kyle McCarter, and Bruce Zuckermanet, “Two early alphabetic inscriptions from the Wadi el-Hol: new evidence for the origin of the alphabet from the western desert of Egypt.”
  13. a et b Hooker, J. T., C. B. F. Walker, W. V. Davies, John Chadwick, John F. Healey, B. F. Cook, and Larissa Bonfante, (1990).
  14. a b et c McCarter, P. Kyle.
  15. [1]
  16. a b et c Robinson, Andrew, (1995).
  17. "there are languages for which an alphabet is not an ideal writing system.
  18. Robinson, Andrew.
  19. Andrew Dalby (2004:139) Dictionary of Languages
  20. Millard, A.R. "The Infancy of the Alphabet", World Archaeology 17, No. 3, Early Writing Systems (Feb., 1986): 390-398. page 395.

BibliographieModifier

  • (en) Brian E. Colless, "The Origin of the Alphabet", Antiguo Oriente 12 (2014) 71-104.
  • (en) Peter T. Daniels, William Bright (eds.), 1996. The World's Writing Systems, (ISBN 0-19-507993-0).
  • (en) David Diringer, History of the Alphabet, 1977, (ISBN 0-905418-12-3).
  • (en) Stephen R. Fischer, A History of Writing 2005 Reaktion Books CN 136481
  • (de) Harald Haarmann, Geschichte der Schrift, München, C. H. Beck, (ISBN 3-406-47998-7)
  • (en) Joel M. Hoffman, In the Beginning: A Short History of the Hebrew Language, 2004, (ISBN 0-8147-3654-8).
  • (en) Robert K. Logan, The Alphabet Effect: The Impact of the Phonetic Alphabet on the Development of Western Civilization, New York: William Morrow and Company, Inc., 1986.
  • (en) A. R. Millard, The Infancy of the Alphabet, vol. 17, , 390–398 p. (DOI 10.1080/00438243.1986.9979978), chap. 3
  • (en) Joseph Naveh, Early History of the Alphabet: an Introduction to West Semitic Epigraphy and Palaeography (Magnes Press – Hebrew University, Jerusalem, 1982)
  • (en) Barry B. Powell, Homer and Origin of the Greek Alphabet, Cambridge: Cambridge University Press, 1991.
  • (en) B.L. Ullman, "The Origin and Development of the Alphabet," American Journal of Archaeology 31, No. 3 (Jul., 1927): 311-328.

Liens externesModifier