Ouvrir le menu principal

Wikipédia β

Grégoire de Nysse

théologien et père de l’Église

Grégoire de Nysse
image illustrative de l’article Grégoire de Nysse
Grégoire de Nysse sur une fresque du XIVe siècle, église Saint-Sauveur-in-Chora, Istanbul
Saint, Père de l'Église
Naissance entre et
Néocésarée, Niksar Drapeau: Empire Romain
Décès après   (60° ans)
Nationalité Romaine
Vénéré par l'Église catholique
Église orthodoxe
Saint patron Père de l'Église

Grégoire de Nysse, né entre 331 et 341 à Néocésarée (actuelle Niksar en Turquie), dans la province du Pont-Euxin, mort après 394, est un théologien et un mystique de grande envergure ; comme Père de l'Église, il est fêté le .

Sommaire

BiographieModifier

Jeunesse et étudesModifier

Grégoire naît entre 331 et 341[1],[Note 1]. Il naît dans une famille chrétienne d'avocats et de rhéteurs de dix enfants[2],[3]. Sa grand-mère, Macrine l'Ancienne, avait suivi l'enseignement de Grégoire le Thaumaturge[2],[3], qu'elle transmit à ses enfants. Deux de ses frères, Basile de Césarée, son aîné de cinq ans[1]; et Pierre de Sébaste furent évêques comme lui. Sa mère Emmélie, une fois veuve, et sa sœur, Macrine la Jeune, devinrent religieuses[2]. Son père tenait une école de rhétorique à Néocésarée. Il bénéficie de la très forte influence de sa sœur Macrine et davantage encore de celle de son frère Basile, qu'il appellera « un maître et un père » et « la merveille de l'univers ».

Il n'a pas suivi des études aussi complètes que son frère Basile de Césarée[4]. Au sujet de ses études, Grégoire affirmera qu'il « n'a rien de sensationnel à en dire »[5]. On n'a aucune indication sur ses professeurs, mais il est probable que son frère Basile fut l'un d'eux[4],[Note 2].

Grégoire se destina à la vie religieuse, et fut ordonné lecteur, mais il ne se jugea pas pour autant lié au service de l'Église[4],[6]. Après le retrait de la loi scolaire de l'empereur Julien en 365, il devint maître de rhétorique.

Grégoire se maria avec Théosébia. Sa jeune femme mourut quelque temps plus tard[6]. Il déplorera plus tard de ne pas avoir choisi la virginité. Grégoire de Nazianze lui écrira[7] lui demandant d'avoir une vie plus fervente[4]. Grégoire de Nysse aura une vie plus chrétienne et ira vivre avec les moines : il fait de longs séjours au monastère de l'Iris de Basile[4].

ÉpiscopatModifier

 
Icône mosaïque de Grégoire de Nysse datant du XIe siècle.

En 371, Grégoire est nommé évêque de Nysse[1], contre son gré, par Basile de Césarée[4]. Lui qui n'aspirait qu'à la vie spirituelle et intellectuelle se montra inapte à toute politique ecclésiastique ; on lui reprocha son manque de fermeté et les inexactitudes de sa comptabilité[8]. Quelques années après sa nomination en 374, un synode d'évêques ariens, opposés à la doctrine de Nicée défendue par Grégoire et Basile de Césarée, le dépose[1],[4], en affirmant qu'il avait dilapidé les biens de l'évêché[6]. L'empereur Valens favorisant l'arianisme[1], Grégoire part alors en exil[6].

En 378, l'empereur Valens étant mort, on fête son retour triomphal dans son diocèse[1],[4]. De retour d'exil en 379, il est présent lors de la mort de sa sœur Macrine la Jeune[9]. Il écrit un dialogue développant, en s'inspirant du Phédon de Platon, ses conceptions de la vie après la mort et de l'âme[9],[10].

Il participe au Concile d'Antioche en 379, afin de mettre fin au schisme qui divisait la région d'Antioche. Il est alors chargé par des évêques du synode d'une mission en Arabie[1], il en profite pour voir les lieux saints[4].

En 380, nommé archevêque de Sébaste, il y fait nommer la même année son frère Pierre. Il est alors désigné comme évêque ordinaire de tout le diocèse du Pont.

ConstantinopleModifier

 
Représentation du premier Concile de Constantinople.

Après la mort de Basile en 379, Grégoire de Nysse voit son rôle augmenter et deviendra l'homme de confiance du régime impérial de Théodose le Grand.

Il joue un rôle de première importance au concile de Constantinople en 381, convoqué contre l'arianisme ; ce concile complète la profession de foi de Nicée[4]. C'est lui qui prononce l'éloge funèbre de Mélèce Ier d'Antioche mort durant le Concile[1]. Il rédige un traité Contre Eunome, dans lequel il défend la foi de Nicée, et la nature divine de l'Esprit-Saint[10]. Il est désigné par Théodose Ier comme l'un des prélats dont il faut partager la foi pour être orthodoxe[4].

En 385, il donne les honneurs de la sépulture à « sa sœur Théosébie ». Il prononce l'éloge funèbre de l'enfant unique de l'empereur Théodose Ier, la princesse Pulchérie morte à l'âge de 6 ans, et peu après, celui de l'impératrice Flacilla[1],[4].

En 386, l'empereur qui résidait à Constantinople se fixe à Milan, ville où Saint Ambroise est évêque. Grégoire se trouve ainsi libéré et rentre alors à Nysse. Ici se situe sa période de production littéraire.

Vers 394, il donne des instructions spirituelles aux moines. Il aurait participé en 394 à la dédicace de l'église de Rufin, à Constantinople, et meurt peu après. On fixe la date de sa mort vers 394[Note 3].

DoctrineModifier

 
Gravure médiévale représentant saint Grégoire de Nysse.

La pensée de Grégoire de Nysse est plus spéculative que celle de Basile de Césarée et de Grégoire de Nazianze. Les écrits de Grégoire, en grec, sont nombreux et variés. Le Discours catéchétique s'adresse aux catéchistes et traite de questions de la foi contestées par les hérétiques. La formulation de la foi, comme toujours, se précise dans la controverse. La Vie de Moïse constitue une première formulation de la doctrine spirituelle chrétienne, elle restera au long de tous les siècles qui suivront l'une des sources d'inspiration du christianisme intérieur, mystique.

Grégoire a en outre commenté dans des homélies divers passages bibliques, notamment l'Ecclésiaste, le Cantique des Cantiques et les Béatitudes. La datation des œuvres est extrêmement difficile, car on a trop peu de détails sur la vie de Grégoire. La plus grande partie de l’œuvre fut écrite après la mort de Basile (379).

Sources profanesModifier

Nous pouvons citer trois sources profanes qui eurent une certaine influence, au moins dans leur style, sur la doctrine de Grégoire de Nysse : ce sont Platon, Plotin et les stoïciens. Il faut faire une mention spéciale de Plotin (205-270), philosophe mystique néoplatonicien. La dépendance littéraire de Grégoire envers lui est évidente. Cependant, cette influence doit être mitigée : nous assistons dans son œuvre à une entière transformation du platonisme comme du néoplatonisme de Plotin. Nous pouvons suivre dans son jaillissement même et dans les difficultés qu'il rencontre le travail de transposition qui va permettre à la mystique chrétienne de se constituer. L'influence plotinienne, bien plus qu'une influence réelle dans la doctrine, consiste plutôt en « atavisme d'expression ». La nouveauté du christianisme, dans la recherche d'une formulation adéquate, se voit obligée d'acquérir la maîtrise de ce langage philosophique profane, mais en modifiant considérablement le sens[11].

Le corpusModifier

Les œuvres de Grégoire de Nysse sont dans le Clavis Patrum Græcorum 3135-3226.

Ouvrages dogmatiquesModifier

Depuis le De Principiis d'Origène, c'est le premier essai de théologie systématique, somme de doctrine chrétienne composée vers 386. Dans cette œuvre Grégoire fait la synthèse des principaux dogmes chrétiens: Trinité, Incarnation, Rédemption, Baptême, Eucharistie, et notamment sur la Transsubstantiation eucharistique[9]. Il développe en se fondant sur la métaphysique et non sur la seule autorité des Écritures[9].

  • Le Dialogue sur l'âme et la résurrection.

De retour d'exil, Grégoire visita en 379 sa sœur aînée Macrine qui était mourante[9]. Le livre est un dialogue entre Grégoire et sa sœur Macrine qui, nous dit Grégoire, mourut le lendemain. Elle se situe après la mort de Basile en 379. Grégoire imitant le Phédon de Platon, développe, à travers ces dialogues prêtés à sa sœur, les idées sur l'âme et la résurrection[9],[10].

  • Contre Eunome

Ces quatre traités sont une réfutation de l'arianisme écrite entre 380 et 382[9], défendant la divinité de l'Esprit-Saint et du Christ[10]. Les deux premiers furent lus au concile de Constantinople, en 381, devant Grégoire de Nazianze et saint Jérôme. Grégoire de Nysse était en effet le chef théologique de l'assemblée. Basile de Césarée avait déjà écrit un ouvrage Contre Eunome[10]. Eunome avait répondu à Basile, Contre Eunome de Grégoire de Nysse sera une réponse à Eunome[4]. Grégoire est une défense de la pensée théologique de Basile[9],[10].

  • Les autres œuvres dogmatiques

Pour les autres œuvres dogmatiques, que nous ne citons pas toutes, voici un résumé des idées défendues :

Deux traités réfutent l'apollinarisme qui accusait l'Église de prétendre qu'il y avait deux Fils de Dieu. Grégoire insiste sur l'union des deux natures dans le Christ.

Quatre traités défendent la doctrine trinitaire : le Père, le Fils et l'Esprit sont trois modes d'être, trois relations d'un être un et identique.

Un de ces traités est la Lettre 189 de S. Basile de Césarée - donc faussement attribuée à Basile. Elle défend, comme une autre œuvre de Grégoire de Nysse (le Sermo de Spiritu Sancto), la divinité du Saint-Esprit.

Citons enfin un dialogue avec un philosophe païen contre le fatalisme astrologique : le Contra Fatum.

Ouvrages exégétiquesModifier

  • Deux ouvrages importants sur la Création : La Création de l'homme (De opificio hominis) et L'explication du récit des six jours (Explicatio apologetica in Hexameron) :

Le premier est un cadeau de Pâques à son frère Pierre dans lequel Grégoire complète l’Hexameron de Basile. « Que la gloire qui vient des disciples ne fasse pas défaut au maître », y dit Grégoire.

Le deuxième en est la suite directe. Comme Basile s'interdisait de s'écarter du sens littéral, Grégoire renonce ici à l'allégorie, présente partout ailleurs dans son œuvre.

Les autres œuvres sont toutes des œuvres ascétiques ou mystiques, sauf le petit écrit sur la sorcière d’Endor (De pythonissa) où Grégoire affirme que la sorcière ne vit pas Samuel lui-même mais un démon. il écrivit La Vie de Moïse, dans lequel Grégoire développe les vertus de Moïse et invite à les imiter[12].

  • Sur les Inscriptions des psaumes : les cinq livres des psaumes représentent autant de degrés sur l'échelle vers la perfection et leurs titres ont une signification allégorique destinée à notre profit spirituel.
  • Huit homélies sur l’Ecclésiaste : le renoncement conduit les sens à un monde de paix. Ce livre est destiné à élever l'esprit au-dessus des sens.
  • Quinze homélies sur le Cantique des Cantiques - éloge d'Origène et défense de son interprétation spirituelle. Le Cantique des cantiques figure l'union nuptiale entre Dieu et l'âme (Origène insistait davantage sur l'aspect ecclésial).
  • Sur l'oraison dominicale : cinq homélies. Le thème majeur est l'image divine dans l'âme humaine.
  • Sur les béatitudes : huit homélies sur les degrés ascendants des béatitudes.
  • Deux homélies sur la 1re Épître aux Corinthiens.

Ouvrages ascétiques ou monastiquesModifier

Nous sommes ici à la partie la plus importante, car elle est la plus personnelle de l’œuvre du grand mystique. Grégoire donne au monachisme une doctrine spirituelle, une profonde orientation religieuse. Grégoire est le « père du mysticisme » et en a forgé le vocabulaire chrétien.

 
De virginitate.
  • Le Traité sur la Virginité est la toute première œuvre de Grégoire, écrite peu après l'élection épiscopale de Basile (370) et avant la consécration épiscopale de Grégoire (371).
  • Du nom et de la profession des chrétiens : le christianisme est l'imitation de la nature divine, la restauration de l'image première.
  • Sur la perfection chrétienne : dédié au moine Olympius, ce traité est le commentaire des grands textes christologiques de saint Paul. La sainteté est l’œuvre du Christ dans l'âme. Les noms du Christ sont étudiés. La vraie perfection n'est jamais réalisée, mais elle est toujours en mouvement vers le mieux. La perfection n'est contenue par aucune limite. Telle est la conclusion de l'écrit.
  • La Vie de Macrine a été écrite à la requête du même moine Olympius, aussitôt après la mort de Macrine en décembre 379. Macrine y est présentée comme le modèle de la perfection chrétienne.
  • L'Hypotypose

Ce traité très important fut récemment découvert et édité par le grand érudit et helléniste Werner Jaeger qui le qualifie de « chef-d'œuvre caché pendant un millénaire à l'ombre des bibliothèques ». On n'en avait que de larges extraits sous le nom de De instituto christiano, Enseignements sur la vie chrétienne[13]. Le titre Hypotypose désigne au sens classique du grec ancien Ύποτύπωσις une ébauche. Suivant la coutume des Pères grecs qui protestent toujours avec humilité contre le trop grand honneur qu'on leur fait quand on leur demande un écrit, Grégoire répond par une modeste ébauche, en quelque sorte un « sous-écrit », le préfixe hypo- marquant la subordination et la diminution. Le livre est écrit vers la fin de la vie de Grégoire, après 390, et donne la synthèse de toutes ses idées maîtresses. Il y dit, dans ce traité, son dernier mot sur la nature de l'ascétisme, comme ce qui tend à favoriser le développement de la vie mystique. Grégoire se cite lui-même, empruntant de larges extraits au Traité sur la Virginité et à la Vie de Moïse. Nous sommes ici au sommet de la pensée spirituelle de Grégoire.

Quel est le sujet précis du livre ? Dès le début, pour répondre aux ascètes qui l'avaient interrogé, Grégoire définit l'objet de son ouvrage :

« Vous désirez de nous une parole qui vous guide et vous conduise sans détours dans le voyage de la vie, vous montrant avec précision quel est le but de cette vie pour ceux qui y participent, quelle est la volonté de Dieu, bonne favorable et parfaite, quelle est la voie vers ce but, et comment doivent se comporter les uns envers les autres ceux qui la parcourent, comment les supérieurs doivent diriger le “chœur philosophique”[Note 5], et quels labeurs doivent assumer ceux qui veulent parvenir au sommet de la vertu et préparer dignement leur âme à la venue de l'Esprit[14]. »

Écrit pour ceux « qui réalisent en commun la forme de vie apostolique », il cherche à dégager le but (en grec, le skopos) de la vie monastique et les moyens de l'atteindre. Le but de la vie monastique est de rendre l'homme spirituel adulte et cette croissance est l’œuvre commune de la grâce et de la liberté. La foi et le baptême ont rendu l'homme spirituel, ils sont principe d'une purification progressive par laquelle, libérée de la honte, l'âme accède à l'assurance confiante et est rendue capable de voir la lumière inintelligible. L'humilité seule l'assimile au Christ humble.

La seconde partie de l'ouvrage insiste sur la pratique de la vie commune où, dans le renoncement à soi-même et à toute volonté propre, chacun est au service de tous. Le cénobitisme est l'organisation même d'un service mutuel dans la joie et l'épanouissement de l'amour. On trouvera la route à suivre en prenant pour guide celui qui a mission de conduire la communauté des frères au port de la volonté divine.

La troisième partie est une défense ardente de la contemplation. Elle est l'apport le plus personnel de Grégoire. Parmi tous les « exercices d'ascèse » (en grec ancien, le ponos et le kopos) qui conduisent à la perfection, l'accent est mis sur la prière, sommet de l'échelle des vertus. Celui qui s'applique à la prière, ayant pris l'Esprit pour guide et soutien, brûle de l'amour du Seigneur et bouillonne de désir, ne trouvant pas de satiété à sa prière, mais s'enflammant toujours du désir du Bien. Les âmes d'oraison sont le fleuron du monastère, elles doivent être soutenues de toute manière. La prière donne la joie spirituelle, elle est le royaume de Dieu.

Le leitmotiv de toute l’œuvre est le texte de l'épître aux Philippiens 3,13 : « Je vais droit de l'avant, tendu de tout mon être, je cours vers le but ». Ce texte de saint Paul sert de base à la doctrine du progrès spirituel perpétuel ou épectase (ἐπέκτασις), idée centrale de Grégoire qui apparaît à de nombreuses reprises dans son œuvre (en particulier dans sa Contemplation sur la vie de Moïse ou traité de la perfection en matière de vertu et dans ses Homélies sur le Cantique des cantiques).

L'influence de ce traité sur saint Jean Cassien est certaine. La Grande lettre de Macaire (texte du Ve siècle) en est une paraphrase directe. Dom Adalbert de Vogüé a étudié son influence sur la Règle de saint Benoît.

Discours, Sermons et LettresModifier

Un sermon sur l'Ascension est le premier témoignage d'une fête de l'Ascension distincte de celle de la Pentecôte, il date de mai 388. Le panégyrique sur son frère Basile ne contient aucun thrène. Basile est comparé à Jean-Baptiste et à Paul et Grégoire se préoccupe de lui établir une fête dans le martyrologe.

Et enfin, mentionnons encore les Lettres : Trente lettres sont conservées. La Lettre 25 décrit en détail un martyrion, sanctuaire cruciforme, et présente un grand intérêt pour l'histoire de l'art chrétien. Les Lettres 2 et 3 sur le pèlerinage de Jérusalem sont célèbres et furent très discutées. Elles protestent contre l'excessive estime des pèlerinages.

Changer de lieu n'apporte aucun progrès vers Dieu, mais, où que vous soyez, Dieu viendra à vous, si les chambres de votre âme se trouvent telles qu'il puisse habiter en vous. Mais si vous gardez votre être intérieur plein de mauvaises pensées, fussiez-vous sur le Golgotha, sur le mont des Oliviers, sur le rocher mémorial de la Résurrection, vous serez aussi éloignés de recevoir le Christ en vous qu'on peut l'être lorsqu'on n'a même pas commencé de le confesser.

ÉcritsModifier

Grégoire de Nysse, moine et évêque, fut un théologien et un mystique, l'un des trois « pères cappadociens ».

« Il y a ici bien plus que Salomon »

« Le texte du Cantique des Cantiques de Salomon présente l'âme comme une fiancée, parée pour une union incorporelle, spirituelle et sans souillure avec Dieu. Celui qui « veut que tous les hommes soient sauvés et viennent à la connaissance de la vérité » (1Tm 2,4) expose là le moyen le plus achevé, le moyen bienheureux d'être sauvé, j'entends celui qui passe par l'amour. Certains peuvent aussi trouver le salut dans la crainte : à considérer les châtiments qui nous menacent dans la géhenne, nous nous gardons du mal. Il en est également qui mènent une vie de droiture et de vertu parce qu'ils espèrent le salaire réservé à ceux dont l'existence a été pieuse : ils agissent ainsi non par amour du bien, mais avec l'espoir d'être récompensés.
Or, pour s'élancer vers la perfection, on commence par chasser la crainte de son âme ; c'est éprouver un sentiment servile que de ne pas être attaché à son maître par amour... On aime « de tout son cœur, de toute son âme, de toutes ses forces » (Mc 12,30) non pas un des dons dont on est gratifié, mais celui-là même qui est la source de ces biens. Telle doit donc être l'âme d'après ce que dit Salomon...
Crois-tu que j'évoque Salomon, le fils de Bethsabée qui sur la montagne a offert mille bœufs et qui, sur les conseils de sa femme étrangère, a commis un péché ? Non. Je pense à un autre Salomon, qui est lui aussi né de la semence de David selon la chair ; il a pour nom « paix » (le nom de Salomon veut dire « homme de paix » (1 Ch 22,9)). Il est le vrai roi d'Israël, le bâtisseur du Temple de Dieu, le détenteur de la connaissance universelle. Sa sagesse est incommensurable ; mieux, il est par essence sagesse et vérité ; son nom et sa pensée sont parfaitement divins et sublimes. Il s'est servi de Salomon comme d'un instrument et, par sa voix, c'est lui qui s'adresse à nous, d'abord dans les Proverbes, ensuite dans l'Ecclésiaste, puis dans le Cantique des Cantiques. Il montre ainsi à notre réflexion, avec méthode et ordre, la façon de progresser vers la perfection »

— Homélie 1 sur le Cantique des Cantiques, trad. Migne, 1992, p. 40 rev.

PostéritéModifier

Notoriété ecclésialeModifier

Compté au nombre des Pères de l'Église, Grégoire de Nysse est vénéré comme saint par l'Église catholique, l'Église orthodoxe, l'Église copte orthodoxe, les églises orientales orthodoxes et l'Église anglicane.

Sa date de mort n'est pas précisément connue, mais Grégoire de Nysse est inscrit au martyrologe romain le , les orthodoxes l'honorent le [4].

Notoriété théologiqueModifier

Il est considéré avec Basile de Césarée et Grégoire de Nazianze comme l'un des trois « pères cappadociens ».

À l'occasion du deuxième concile de Nicée en 787, il est désigné comme « le Père des Pères ». « Docteur de l'univers » pour Maxime le Confesseur, il est parfois appelé « saint Grégoire le mystique » ou encore « le prince des mystiques ».

Sa pensée influença notamment Dominique de Guzmán (saint Dominique), fondateur de l'ordre des Prêcheurs (o.p.), et Thomas d'Aquin, o.p., dans leur lutte intellectuelle contre le catharisme qui, influencé par le manichéisme, avait tendance à établir une certaine symétrie entre un principe du bien et un principe du mal. Thomas d'Aquin développa beaucoup l'argument et lui donna une forme systématique : aucune espèce de symétrie entre l'être et le néant, entre Dieu et le diable, entre la bonne action et le péché.

Le futur cardinal Hans Urs von Balthasar, l'un des plus grands théologiens catholiques du XXe siècle, lui consacra Présence et pensée. Essai sur la philosophie religieuse de Grégoire de Nysse en 1942. Le père Louis Bouyer le considère comme « l'un des penseurs les plus puissants et les plus originaux que connaisse l'histoire de l'Église, un des rares écrivains dont on puisse être sûr qu'il a lu intégralement les anciens et qu'il les a parfaitement assimilés[15]. »

Le cardinal Jean Daniélou lui a aussi consacré son ouvrage Platonisme et théologie mystique : doctrine spirituelle de saint Grégoire de Nysse, dans lequel il commente abondamment la doctrine de l'épectase chez Grégoire de Nysse.

L'apocatastase grégorienneModifier

L'eschatologie de Grégoire de Nysse est l'objet de débats dans le cadre de l'apocatastase[Note 6]. Dieu sera restauré en tous à la suite du Jugement dernier. Certains y voient la possibilité d'un salut des damnés, d'autres (chrétiens catholiques comme chrétiens orthodoxes) estiment que cette restauration sera pour chacun selon son mode : la jouissance ou la souffrance suivant que les personnes aient fait le choix de l'amour ou de la haine durant leur existence terrestre.

Quelques textes donnent ainsi à penser que l'universalité du salut est pour Grégoire une certitude. Il semble que pour lui en effet, il ne puisse exister de « péché éternel » (Marc, III, 29) justifiant une peine éternelle :

« La force du mal n'est pas telle, qu'elle puisse l'emporter sur la puissance du bien ; l'inconstance de notre nature n'est pas d'une stabilité plus puissante que la sagesse de Dieu ... Ainsi, le dessein de Dieu garde toujours et partout son caractère immuable, tandis que notre nature changeante ne peut se fixer, même dans le mal.

S'agissant en effet de ce qui est dans un mouvement perpétuel, si ce mouvement va dans la direction du bien, il ne cessera jamais, la chose parcourue étant infinie, d'être emporté en avant, car jamais il ne trouvera la limite de l'objet de sa recherche, ce qui permettrait l'arrêt de ce mouvement.

Mais si le mouvement va dans la direction opposée, alors, une fois qu'il a effectué le parcours du mal, et qu'il est parvenu au point extrême du vice, cet élan entraîné dans un mouvement perpétuel ne pouvant par nature trouver un point d'arrêt, se tourne nécessairement, quand il a parcouru l'étendue du mal, en mouvement dirigé vers le bien. Car le mal ne progresse à l'infini, il est compris entre des limites fixées par la nécessité; il s'ensuit que la limite du mal est en continuité avec la succession du bien. Et ainsi, comme on l'a dit, notre nature, qui est toujours en mouvement, finit par revenir dans le chemin du bien, car le souvenir des anciens malheurs lui apprend à ne pas retomber dans des misères semblables » (La Création de l'homme, ch. 21).

Ailleurs il déclare plus précisément que la Sagesse divine laisse l'homme libre, « après avoir goûté aux actions mauvaises qu'il désirait et après avoir appris par l'expérience ce qu'il avait échangé à leur place, de rebrousser chemin volontairement en direction de la première béatitude. Il le fera, ou en cette vie, déjà purifié par la prière et la philosophie, ou après son départ d'ici bas, au creuset du feu purificateur » (A ceux qui pleurent sur les morts, PG 46, 524-525).

L'éternité des châtiments qu'il évoque parfois signifierait alors pour lui seulement les « longs siècles » nécessaires pour que la nature des pécheurs « soit rendue à Dieu pure et intacte » (Discours catéchétique, XXXV, 15).

C'est Maxime le Confesseur (580-662) qui, le premier, a donné de ces textes une interprétation conforme à l'orthodoxie. Dans ses Questions et difficultés notamment, il affirme que la restauration visée par Grégoire est celle « des puissances de l'âme, tombées sous le coup du péché, en l'état où elles avaient été créées autrefois » (Question 19). Cela signifie que « leurs facultés ayant rejeté le souvenir du mal, les âmes pourront d'une part constater que Dieu n'est pas la cause de leur errance si elles ont péché, et donc de mesurer leur propre responsabilité, et d'autre part obtenir la connaissance des biens divins, mais pas pour autant la participation à ces biens ... les pécheurs qui ne se seront pas repentis souffriront [donc] - c'est cela l'enfer - de les connaître sans pouvoir les recevoir en partage, de voir Dieu mais d'être par leur propre faute éloignés de Lui »[16]. Cette interprétation sera reprise par Théodore le Studite (759-826).

De nos jours, Hiérothée Vlachos estime que si Grégoire de Nysse devait être interprété dans le sens d'Origène en ce qui concerne son eschatologie, il n'aurait pas bénéficié de cette vénération constante puisque la doctrine d'Origène a été clairement condamnée par l'Église[17].

Œuvres de Grégoire de Nysse en traduction françaiseModifier

  • Le but divin, Paris, Librairie Pierre Tequi, coll. « Les Maîtres de vie spirituelle », , 78 p. (ISBN 2-85244-802-5)  
  • Les Béatitudes, Migne, 1990.
  • Contre Eunome (379-383), Cerf, 2010
  • La Création de l'homme (379-394), trad. J.-Y. Guillaumin, Desclée de Brouwer, 1982. [misericor.free.fr/gregoire_nysse.php]
  • Discours catéchétique (381), Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2000. Trad. L. Méridier 1908.
  • Écrits spirituels, Migne, 1990.
  • Éloge de Grégoire le Thaumaturge. Éloge de Basile, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2014.
  • Homélies, in C. Bouchet et M. Canévet, Grégoire de Nysse, Cinq homélies pascales, Homélie sur l'Ascension, traité 'Quand le fils aura tout soumis' , Migne, Brepols, 1994.
  • Homélies pascales, trad. G. Bouchet in Le Christ pascal, Les Pères dans la foi, 1994
  • Homélies sur le 'Cantique des cantiques' , trad. Jean Daniélou : La colombe et la ténèbre, Cerf, coll. "Trésors du christianisme", 2009.
  • Homélies sur l'Ecclésiaste, trad. Françoise Vinel, Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 1996.
  • Homélies sur les Béatitudes, trad. J.-Y. Guillaumin et G. Parent, Les Pères dans la foi, 1979.
  • Homélies sur le Notre Père, éd. et trad. Ch. Boudignon, M. Cassin et J. Seguin (†), Cerf, coll. "Sources chrétiennes" 596, Paris, 2018. (ISBN 9782204129718)
  • Lettres (380-385), trad. P. Maraval, Cerf, 1990.
  • Sur les titres des Psaumes (372-381), trad., Cerf, coll. "Sources chrétiennes", 2002.
  • Traité sur l'âme et la résurrection (383), trad. J. Terrieux, Cerf, 1995.
  • Traité de la virginité (370), trad. M. Aubineau, Cerf, 1966.
  • Vie de Grégoire le Thaumaturge (372-394), trad. Pierre Maraval, Cerf, 2014 [1]
  • Vie de Moïse (391-394), in Jean Daniélou, Vie de Moïse de Grégoire de Nysse, ou L'être de désir, Albin Michel, 1993 ; Cerf, 1942.
  • Vie de sainte Macrine (379-381), Cerf, 1971.

Études sur Grégoire de NysseModifier

  • (de) Margarete Altenburger und Friedhelm Mann, Bibliographie zu Gregor von Nyssa, Leyde, Brill, 1987, XXIII-363 p. (ISBN 90 04 07286 1)
  • Dr Wetzer et Dr Welte, Traduit de l'Allemand par I. Goschler, Dictionnaire encyclopédique de la Théologie Catholique, Paris, Gaume Frères et J. Duprey Éditeurs, coll. « Tome X », (réimpr. Troisième édition)  
  • J. Bricout, Dictionnaire pratique des connaissances religieuses, Paris, Librairie Letouzey et Ané, , 1250 p.  
  • Jean-Rémy Palanque, Gustave Bardy et Pierre de Labriolle, De la paix constantinienne à la mort de Théodose, Paris, Librairie Bloud & Gay, coll. « Histoire de l'Église depuis les origines jusqu'à nos jours », , 536 p.  
  • Mgr Hilarion Alfeyev, Traduit du Russe par Alexandre Siniakov, Le chantre de la Lumière : Introduction à la spiritualité de saint Grégoire de Nazianze, Paris, Édition du Cerf, coll. « Théologies », , 416 p. (ISBN 978-2-204-08031-6)  
  • Alain Durel et Gérard Bensussan, Eros transfiguré : Variations sur Grégoire de Nysse, Cerf, coll. « Nuit Surveillée », (ISBN 978-2204083645)

Liens externesModifier

Textes de St Grégoire de Nysse

Textes sur St Grégoire de Nysse

Notes et référencesModifier

NotesModifier

  1. Sa date de naissance est située entre 331 et 341. La connaissance de Grégoire de Nysse ne peut être faite que par ses écrits. Or, non seulement Grégoire n'a commencé sa carrière d'écrivain que tardivement, mais en outre, il nous a laissé peu d'informations intimes sur sa vie.
  2. Il le nomme « son père, son instructeur et son guide ».
  3. Aujourd'hui, la dernière date à laquelle l'on sait Grégoire de Nysse vivant est 394.
  4. (la) Oratio catechetica magna.
  5. Cette expression désigne les monastères.
  6. Si, à partir du septième siècle, l'authenticité des passages de Grégoire traitant de l'apocastase a pu être mise en doute, il ne fait aujourd'hui pratiquement aucun doute qu'ils appartiennent bien aux textes originaux (voir Jean Daniélou, « L'Apocatastase chez saint Grégoire de Nysse », RSR 1940, p. 328-347.).

RéférencesModifier

  1. a, b, c, d, e, f, g, h et i Wetzer et Welte 1870, p. 120.
  2. a, b et c Bricout 1926, p. 663.
  3. a et b Alfeyev 2006, p. 361.
  4. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m et n Bricout 1926, p. 589.
  5. Lettre 13 de Grégoire de Nysse.
  6. a, b, c et d Palanque, Bardy, de Labriolle 1950, p. 425.
  7. Grégoire de Nazianze, Lettre 11.
  8. Voir les Lettres mécontentes de Basile de Césarée : 58, 59, 60 et 100.
  9. a, b, c, d, e, f, g et h Bricourt 1926, p. 590.
  10. a, b, c, d, e et f Wetzer et Welte 1870, p. 122.
  11. Alain Durel, Eros transfiguré. Variations sur Grégoire de Nysse, préface de Gérard Bensussan, éditions du Cerf, coll. La nuit surveillée, 2007.
  12. Wetzer et Welte 1870, p. 121.
  13. Grégoire de Nysse, Le but divin, Collection Les Maîtres de vie spirituelle, Éditions Pierre Téqui, 1986, p. 8.
  14. Grégoire de Nysse, Le but divin, Collection Les Maîtres de vie spirituelle, Éditions Pierre Téqui, 1986, p. 14-15.
  15. Louis Bouyer, La spiritualité du Nouveau Testament et des Pères, éditions Aubier, 1960.
  16. Jean-Claude Larchet (Introduction), Questions et difficultés, Cerf, , p. 19-20
  17. Hiérothée Vlachos, La Vie éternelle, Éditions L'Âge d'Homme, Paris. Voir aussi Jean-Claude Larchet, La Divinisation selon Maxime le Confesseur, Éditions du Cerf, Paris.

Voir aussiModifier

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexesModifier