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Pays d'Yveline/Haute Vallée de Chevreuse

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Pays d'Yveline/Haute Vallée de Chevreuse
Pays France
Région française Île-de-France, Centre-Val-de-Loire
Département français Yvelines, Essonne, Eure-et-Loir
Villes principales Saint-Arnoult-en-Yvelines, Rambouillet, Montfort-l'Amaury, Maurepas, Chevreuse, Gif-sur-Yvette, Limours, Saint-Chéron, Dourdan, Epernon, Orsay
Siège du pays Montfort-l'Amaury, supplanté par Rambouillet à partir du XIXème siècle - au Moyen Age Montfort fut en lutte contre Chevreuse à plusieurs reprises pour la suprématie sur l'Yveline
Relief point culminant artificiel : colline d'Élancourt, sur le territoire d'Elancourt, 231 m

point culminant naturel : massif des Cinq Cents Arpents culminant à 195 m sur le territoire de Senlisse

point le plus bas : 51 m à Orsay

Cours d'eau Yvette, Orge, Rémarde, Drouette, Vesgre, Mauldre,Maltorne, Guesle, Guéville, Mérantaise, Prédecelle, Guyonne, Ru de Gally
Faune remarquable cerf élaphe, cerf sika (introduit), daim européen (réintroduit), chevreuil, aurochs (semi-liberté), sanglier, loup gris (recolonisateur) [1], wallaby à cou rouge (introduit) [2], cigogne blanche, cigogne noire, grande aigrette, héron cendré, aigle botté, vautour fauve (erratique), silure glane (introduit)
Production céréales, ovins, bois, autrefois pavés de grès
Régions naturelles
voisines
Mantois, Beauce, Hurepoix, Drouais
Régions et espaces connexes Forêt de Rambouillet, Forêt de Dourdan, Vallée de Chevreuse, Plaine de Montfort-l'Amaury, Plateau de Saclay, Plaine de Versailles, Forêt de Port-Royal, Forêt de la Roche Turpin


L'Yveline ou pays d'Yveline (parfois orthographié Iveline jusqu'au début du XXe siècle) est une région naturelle française, située à l'ouest de l'Île-de-France, principalement dans le département des Yvelines et une partie de l'Essonne. Le nom désigne une étendue boisée ainsi que les territoires qui y sont plus ou moins enclavés[3].

Le pays d'Yveline doit son nom à l'ancien massif forestier de l'Yveline dont la forêt de Rambouillet est le vestige principal. Le terme d'Yveline a continué à désigner un morceau de forêt situé entre Rambouillet et Saint-Arnoult.

Le nom de l'actuel département des Yvelines a été repris en 1968 de l'ancien nom de cette région, en le mettant au pluriel selon l'idée du poète Jehan Despert.

Sommaire

GéographieModifier

Les limites de l'ancienne forêt, puis du pays d'Yveline, varient au cours de l'Histoire. Dans son ouvrage consacré aux forêts de l'ancienne France, Alfred Maury, écrit que les documents historiques et l'inspection de la carte prouvent que la forêt englobait autrefois les actuelles forêts Saint-Germain-en-Laye et de Marly-le-Roi, au nord, et que celle-ci s'avançait certainement jusqu'à Montlhéry, à l'est. Plus au sud, la forêt d'Yveline devait s'étendre jusqu'au voisinage d'Étampes[4]. Maury ajoute que « cette grande forêt Yveline doit à une époque très reculée, s'être unie à l'est à la forêt de Bière ou de Fontainebleau, au sud à celle d'Orléans et de Montargis »[5].

En 1929, le géographe Pierre Monbeig propose une délimitation plus actuelle du pays d'Yveline. C'est le « pays compris entre la vallée de l'Orge, celle de l'Yvette, la petite ville de Montfort-l'Amaury et la plaine qui s'étend de Gambais à Épernon »[6].

L'hypothèse d'une couverture forestière extrêmement importante a été remise en question par les travaux de toponymie[7] et d'archéologie mettant en évidence que le défrichement était déjà très important à l'époque gauloise.

ToponymieModifier

Le nom Yveline est issu du latin Sylva Æquilina que les toponymistes traduisent par « forêt gorgée d’eau ». En effet, de nombreuses rivières prennent leur source dans l'actuel massif de Rambouillet ou ses environs[8]. Cependant, le latin aqua a un correspondant exact en langue gauloise dans des noms de lieux[9]. Au fil des siècles, aqua est devenu ewe en français au XIe siècle avant d'évoluer vers eve, aive dans l'ouest de la France[9]. Cette évolution donne successivement les noms Eulina, Evelina[10] puis Iveline.

Pour certains auteurs, le nom Aquilina ou Equilina aurait la même racine que le latin equus, cheval. L'Yveline serait alors une forêt frontière liée au culte des chevaux et notamment celui de saint Éloi[11].

Sous l'Ancien Régime, le nom de Pays d'Yveline est donné à une subdivision du Gouvernement général d'Île-de-France[12]. Il apparaît également dans plusieurs ouvrages de l'époque comme le Dictionnaire universel de la France ancienne & moderne, publié en 1726.


HistoireModifier

La forêt d'Yveline forme dans l'antiquité une frontière boisée faiblement peuplée entre le territoire des Gaulois Carnutes et celui des Parisii. Les Gaulois puis les Romains l'ont peu occupée et quasiment pas défrichée sauf dans sa périphérie où quelques cités apparaissent comme Ablis au sud, Septeuil et Houdan à l'ouest ou Jouars-Pontchartrain (Diodurum)[13], édifiée au cœur de l'Yveline antique grâce à sa situation au carrefour de deux importantes voies romaines. Les traces de plusieurs villae ont également été découvertes, notamment à Richebourg et aux Mesnuls où s'élevait au début du premier millénaire une résidence servant probablement de relais de chasse[14].

Le territoire est christianisé progressivement entre le IVe et le VIIIe siècle et saint Arnoult en devient le saint-patron.

On doit la première mention de la forêt d'Yveline à Grégoire de Tours alors que Clovis, roi des Francs, cède celle-ci à l’Église de Reims[15]. Au VIe siècle, Scariberge, nièce de Clovis, fonde un ermitage près de l'actuelle Clairefontaine-en-Yvelines. Elle était mariée à Arnoul qui fut assassiné le 18 juillet vers l'an 534 dans la forêt d'Iveline, enterré à Saint-Arnoult-en-Yvelines, et honoré du titre de martyr.

En 557, Childebert Ier, fils de Clovis, cède une grande portion de terre à Germain de Paris, fondateur de l'abbaye qui portera ensuite son nom, l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés, qui y fonde aussi plusieurs oratoires ou prieurés, dans les actuelles communes de Saint-Germain-en-Laye et de La Celle-les-Bordes).

En 679, sous le règne de Thierry Ier, Saint Léger, évêque d'Autun, qui s'était attiré la haine du maire du Palais Ebroïn, fut conduit et décapité dans la forêt d'Iveline.

En 768, le territoire est évoqué à nouveau dans un diplôme par lequel Pépin le Bref fait don de l'Yveline à plusieurs abbayes dont celle de Saint-Denis. Ce don est confirmé par Charlemagne en 774[16].

Au haut Moyen Âge, la forêt d'Yveline est partagée entre plusieurs pagi francs : Madrie, Pincerais, Étampois, Chartrain (divisions du pays des Carnutes) et le Parisis[17].

En 997, Robert le Pieux, fils d'Hugues Capet, donne à l'Abbaye Saint-Magloire de Paris la dîme de tous les troncs de la forêt d'Iveline[18]. À la même époque, il fait construire dans le pays d'Yveline un château à Saint-Léger-en-Yvelines pour son domaine de chasse ainsi que deux autres forteresses, l'une à Montfort l'Amaury sur la route de Paris, l'autre à Épernon sur la route de Chartres. Il confie la garde de celles-ci à un chevalier nommé Guillaume de Hainaut qui devient le premier seigneur de Montfort[19].

À partir du XIe siècle, de grands défrichements sont entrepris par des ordres monastiques ou des seigneurs. De nombreux établissements religieux voient le jour comme des abbayes: Neauphle-le-Château (1078), Clairefontaine (1100), Houdan (1105), les Hautes Bruyères (1115), les Vaux de Cernay (1150), Granchamp (vers 1150), Saint-Rémy-des-Landes (1160), Notre-Dame de l'Ouïe (1163), Notre-Dame de la Roche (1196), Port-Royal des Champs (1204). Plusieurs prieurés voient également le jour comme Saint Thomas d'Épernon (1053), Bazainville (1064), Saint Laurent de Montfort (1072), Maule (1076), Saint-Martin-de-Bréthencourt (1104), les Moulineaux (1166), le Planet (fin du XIIe siècle), etc.

Deux passages des Mémoire de l'abbé Suger sur son administration abbatiale témoignent de l'intérêt qu'il portait à la forêt. Entre 1122 et 1137, il passa une semaine dans la forêt d'Iveline en compagnie d'Amaury de Montfort, d'Evrard de Villepreux et de Simon de Nauphle pour visiter le domaine que possédait l'abbaye de Saint-Denis.

En 1224, la famille des Montfort, qui a la charge de la garde héréditaire de l'Yveline, obtient que celle-ci soit érigée en comté d'Yveline. Le comté d'Yveline, qui prend rapidement celui de comté de Montfort, comprend alors les cantons de Montfort et de Rambouillet et la majeure partie de ceux de Houdan et Dourdan. À l'ouest, il s'étendait sur plusieurs communes du canton de Maintenon jusqu'à l'Eure ainsi que le fief de la Vieille-Cour à Auneau et plusieurs communes de ce canton[20]. En 1292, Yolande de Montfort, héritière des comtes de Montfort s'unit à Arthur II, duc de Bretagne. Le comté de Montfort devient ainsi une possession bretonne pendant près de deux siècles et demi jusqu'à l'union du duché de Bretagne avec le royaume de France en 1532.

Les rois de France investissent successivement plusieurs seigneurs engagistes portant le titre de comtes de Montfort[21].

Sous l'Ancien Régime, le nom de Pays d'Yveline est donné à une subdivision du Gouvernement général d'Île-de-France[12].

Après la Révolution, le nom d'Yveline est tombé en désuétude, son territoire est inclus dans le département de Seine-et-Oise, jusqu'à ce qu'en 1968, date où il est partagée entre les départements de l'Essonne et des Yvelines.

Aujourd'hui, l'ancien pays d'Yveline correspond approximativement aux limites du parc naturel régional de la Haute Vallée de Chevreuse.

Mouvement régionalisteModifier

En 1904, l'écrivain et journaliste Pierre Lelong lance un mouvement régionaliste en fondant la Société des amis de l'Yveline et en projetant la création d'un Musée populaire de l'Yveline. Ses livres ainsi que ses actions en faveur de la culture régionale et populaire locale font qu'il est comparé à Frédéric Mistral par son entourage[22].

Article connexeModifier

Liens externesModifier

Notes et référencesModifier

  1. Île-de-France : des loups aux portes de Paris ?, Le Parisien, 4/12/2016.[1]
  2. Des kangourous sauvages peuplent les Yvelines depuis 40 ans.[2]
  3. Lucien Gallois, Régions naturelles et noms de pays : étude sur la région parisienne, Paris, Armand Colin, 1908, p. 123.
  4. Les forêts de la Gaule et de l'ancienne France, Alfred Maury, Paris, 1867, p. 150.
  5. Les forêts de la Gaule et de l'ancienne France, Alfred Maury, Paris, 1867, p. 154.
  6. Le pays d'Yveline au Sud-Ouest de Paris. In Annales de Géographie, Monbeig Pierre, 1929, t. 38, n°214.
  7. "La toponymie de la Beauce", in Toponymie française, Paris, Payot, 1928.
  8. L'ancien français yvel désigne un réservoir d'eau d'après le Dictionnaire de l’ancienne langue française et de tous ses dialectes du IXème au XVème siècle, Frédéric Godefroy, Paris, 1881.
  9. a et b Dictionnaire historique de la langue française, Le Robert, 2006, t.1, p. 1151.
  10. Silva Eulina ou Evelina dans les anciens titres selon Le Grand Dictionnaire géographique historique et critique, Antoine-Augustin Bruzen de La Martinière, t.3, p. 611, Paris, 1768.
  11. La forêt frontière d'Yveline et les cultes de Saint Éloi et de St André, Raymond Delavigne, Bulletin de la Société de Mythologie Française, no 161, 1991.
  12. a et b Le Gouvernement de l'Isle de France par Damien de Templeux, 1663.[3]
  13. Service Archéologie Département des Yvelines.[4]
  14. La villa gallo-romaine de la Millière sur le site de la commune des Mesnuls. [5]
  15. Chronique d’une ancienne ville royale Dourdan, Joseph Guyot, 1869.
  16. Les Limites comparatives de l'ancienne forêt d'Yveline et de la forêt de Rambouillet d'aujourd'hui, A. Granger, 1927.
  17. Chroniques d'Yveline et du Hurepoix A. Granger, 1927.
  18. Tardif, Monuments historiques, n° 20
  19. Seigneuries des Ducs de Bretagne Hors de Bretagne, J. Trévédy, 1897.
  20. Mémoire de Monsieur Dion sur le pagus Madriacensis, Mémoires et procès-verbaux, Volume 36, p. 384.
  21. Précis sur la ville de Montfort-l'Amaury, M.-J. L'Hermitte, 1825.
  22. L'historien Louis-Joseph Guyot écrit : « Historien, poète ou polémiste, il en fait revivre toutes les traditions ancestrales. Amateur fanatique d'art, il recherche sans relâche les artistes du terroir. Il les découvre, il les provoque, il les convoque, il les expose. Au soir de ces fêtes brillantes qu'il a organisées, je salue cordialement mon ami Pierre Lelong. Que ce soit le jour de son baptême puisqu'il est convenu qu'on l'appellera désormais le Mistral de l'Yveline ». Revue L'Yvette et l'Yveline, numéro 1, 1912.