Mustela putorius putorius

Le putois (Mustela putorius putorius) est un animal de la famille des mustélidés voisin de la belette, du vison, de la loutre et de l'hermine. Le furet (Mustela putorius furo), forme domestique du putois est, comme lui, une sous-espèce du putois d'Europe (Mustela putorius). Ces animaux ont une glande qui libère une puanteur en cas de peur ou de menace.

Le putois d'Europe a une couleur proche du brun foncé avec une tête plus claire. Il est sensiblement plus grand que la belette et l'hermine, mesure 50 cm de long et pèse entre 0,7 kg pour les femelles et 1,7 kg pour les mâles.

Dans l'usage populaire, il est parfois confondu avec la mouffette qui, elle, est rayée de bandes blanches.

ComportementModifier

L'espérance de vie maximum connue dans la nature est de 3 à 5 ans et 14 ans en captivité. C'est un animal essentiellement nocturne, silencieux, furtif, et assez discret. Il se rencontre en forêt mais surtout dans les lieux humides : bordure d’étangs et marais. Il creuse souvent son terrier sous les racines des arbres.

Sa nourriture est principalement constituée de grenouilles et de campagnols, mais aussi parfois de rats ou d'autres petites proies[1]. C'est un des rares prédateurs à amasser des proies (principalement des grenouilles) dans des « réserves alimentaires » au printemps. On considère souvent que l'une de ses proies favorites est le lapin de garenne qu'il surprend dans son terrier, mais il n'incorpore le lapin que dans son régime d'été. Plus rarement, il peut s'en prendre au jeune lièvre dont il remonte la trace. Pour ces dernières proies qui le dépassent souvent en taille (tel le lapin sauvage), on dit[Qui ?] qu'il se contente le plus souvent de les saigner à mort et de dévorer ensuite les organes nobles (foie, cœur, poumons).[réf. nécessaire] Il est connu également comme prédateur des cailles et perdrix surprises au sol, de nuit, durant leur sommeil. Pour sa prédation importante exercée sur le petit gibier, il a longtemps fait l'objet d'un piégeage intensif.

Selon le professeur Thierry Lodé, spécialiste de l'espèce, son domaine vital s'étend sur un kilomètre carré et l'espèce est capable de s'hybrider avec le très rare vison d'Europe (Mustela lutreola)[2].

Il grimpe rarement mais plonge et nage très bien. S’il est en danger, il glousse, siffle et gronde. Sous l’effet de la frayeur ou de la douleur, il libère le contenu de ses glandes anales sous la forme d'un aérosol dont l’odeur désagréable lui a valu le nom de « puant ». Les vêtements qui en sont imprégnés sont rendus inutilisables pour au moins 24 heures tellement l'odeur en est insupportable.

Le putois est polygyne, le mâle fréquentant le domaine d'une à trois femelles[3]. L’accouplement a lieu en mars-avril. Le nid (amas d’herbes sèches, de plumes et de poils) est dissimulé dans une cavité d’arbre ou de mur, sous des fagots ou dans un terrier abandonné. La femelle met bas une fois par an, en juin-juillet, après une gestation de six semaines. Sa portée compte de trois à sept petits mesurant six à sept centimètres et couverts d'un duvet ras et blanchâtre. Ils tètent au moins un mois mais mangent de la viande apportée par la mère dès l'âge de trois semaines. À trois mois ils atteignent la taille des adultes qui vivent cinq à six ans et atteignent leur maturité sexuelle à 9 mois.

ConfusionModifier

Les amalgames faits notamment dans les bandes dessinées et les dessins animés (comme Belle Fleur dans Bambi et Bambi 2 de Walt Disney Pictures, Pépé le putois chez Warner Bros., dans Kirikou et la Sorcière, ou Stella dans Nos voisins, les hommes de DreamWorks) ont amené une confusion dans l'esprit de nombreuses personnes : l'animal noir et blanc à queue panachée émettant un parfum nauséabond qui peuple l'imaginaire collectif est en réalité la mouffette, espèce d'une famille différente des putois. Le putois émet certes la même[réf. souhaitée] odeur incommodante, mais est brun.

ÉcologieModifier

C'est un des rares prédateurs à s'attaquer au rat musqué (dont la taille est comparable à celle du lapin de garenne), mais aussi au surmulot. Ses proies principales figurent sur la liste des espèces classées « nuisibles » par arrêté préfectoral en France et cela lui confère donc un rôle positif, mais il est aussi prédateur du campagnol amphibie (vulnérable au niveau mondial)[4]. Quand il n'a pas de proies plus grandes à disposition, on estime à un millier le nombre de petits rongeurs tués chaque année par ce prédateur. D'ailleurs, depuis une vingtaine d'années, plusieurs pays européens protègent l'ensemble des mustélidés, à l'exception parfois de la fouine qui cause des ravages dans les poulaillers et les pigeonniers mal protégés.[réf. nécessaire]

Le putois ne provoque que rarement des dégâts dans des clapiers ou des poulaillers vétustes (planches disjointes, grillage troué, portes disloquées ou fermant mal…).

Pourtant, le piégeage ainsi que la disparition d'un grand nombre de lapins de garenne à cause de la myxomatose ont contribué à sa raréfaction. La modification des milieux humides ainsi que la pollution de l'eau sont aussi des éléments à ne pas négliger. La destruction des zones humides est la principale cause du recul de cette espèce en Suisse[5],[6].

En 2016, le déclin de l'espèce en France est confirmé par l'Office français de la biodiversité (ex-ONCFS) sur la base de différentes études[7]. Depuis 2017, l'UICN le classe « espèce quasi menacée » sur la liste rouge des mammifères menacés en France[8]. En 2019, la Société française pour l'étude et la protection des mammifères (SFEPM) s'alarme toujours du déclin de la population de putois en France, au point d'en faire espèce menacée. La SFEPM demande (sans succès à ce jour) au ministère de l'Écologie de placer l'espèce sur la liste des « mammifères protégés » (statut impliquant une non-chasse, mais aussi qu'il soit pris en compte par divers programmes de conservation, et dans les études d'impacts et autres évaluation environnementale des projets d'aménagement du territoire)[9],[10].
Pourtant le putois reste inscrit en France sur la liste d'espèces susceptibles d'être classés nuisibles par arrêté ministériel en date du ). Plusieurs associations naturalistes demandent son inscription en espèce protégée et pas uniquement comme « quasi menacé » ; deux préfets (Loire-Atlantique et Pas-de-Calais) l'inscrivent même parmi les espèces susceptibles d'occasionner des dégâts (Esod, autrefois « nuisibles »), permettant que son piégeage perdure jusqu'à ce que des associations de protection de l'environnement fasse (après 2 ans de procédures) annuler ces exceptions par le Conseil d'État[11]. En juillet 2021, l'espèce n'est plus classée Esod, mais n'est pas pour autant protégée puisque persiste sur la liste des quatre-vingt-dix « espèces gibiers » (selon l'OFB, au moins 2 942 putois ont été tués à la chasse pendant la saison 2013-2014)[8].

Notes et référencesModifier

  1. (en) Thierry Lodé, « Functional response and area-restricted search in a predator: seasonal exploitation of anurans by the European polecat, Mustela putorius », Austral Ecology, vol. 25, no 3,‎ , p. 223-231 (ISSN 1442-9985, e-ISSN 1442-9993, DOI 10.1046/j.1442-9993.2000.01024.x, lire en ligne).
  2. (en) Thierry Lodé, G. Guiral et Didier Peltier, « European mink-polecat hybridization events : hazards from natural process? », Journal of Heredity, vol. 96, no 2,‎ , p. 89-96 (ISSN 0022-1503, e-ISSN 1465-7333, PMID 15653561, DOI 10.1093/jhered/esi021, HAL hal-02671470).
  3. (en) Thierry Lodé, « Mating system and genetic variance in a polygynous mustelid, the European polecat », Genes & Genetic Systems, vol. 76, no 4,‎ , p. 221-227 (ISSN 1341-7568, e-ISSN 1880-5779, OCLC 210773869, PMID 11732630, DOI 10.1266/ggs.76.221, lire en ligne).
  4. (en) Référence UICN : espèce Arvicola sapidus
  5. Weber D. (1987). Zur biologie des Iltisses (Mustela putorius L.) und den Ursachen seines Bestandsrückganges in der Schweiz. Diss., Univ. Basel : 194 pp.
  6. Marchesi P. & C. Neet (2002). Analyse de la situation du putois dans le canton de Vaud et sa périphérie. Bull. Soc. Vaud. Sc. Nat. 88 (1) :31 – 40
  7. Office français de la biodiversité (ex-ONCFS)Revue Faune sauvage, Connaissance & gestion des espèces ; Premières cartes d'abondance relative de six mustélidés en France |p. 17 |URL=https://professionnels.ofb.fr/sites/default/files/pdf/RevueFS/FauneSauvage310_2016_complet.pdf
  8. a et b Reporterre, « Le putois d’Europe n’est plus nuisible, mais toujours pas protégé », sur Reporterre, le quotidien de l'écologie (consulté le )
  9. « Le putois : la préservation de cette espèce menacée d'extinction est primordiale | n-3DS.com », sur www.n-3ds.com (consulté le )
  10. « Le Putois d'Europe », sur www.sfepm.org (consulté le )
  11. « Saisi par la LPO, le Conseil d'Etat annule partiellement l'arrêté ministériel classant les espèces "nuisibles" », sur Faune Sauvage, (consulté le )

Voir aussiModifier

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BibliographieModifier

  • Lodé T. (1988). Écologie d'un petit carnivore dans les bocages de France. Bull SSNOFF.
  • Lodé T. (1997) Trophic status and feeding habits of the European polecat. Mammal Rev, 27: 177-184
  • Lodé T. Thierry Lodé (2000) Le Putois et l'Hermine. Le courrier de la Nature, 187.
  • Mermod C. & P. Marchesi (1988). Les petits carnivores. Atlas visuel. Ed. Payot, Lausanne, 64 pp.
  • Weber D. (1995). le Putois, Mustela putorius (L., 1758). In Hausser J. Mammifères de la Suisse. Répartition. Biologie. Écologie. Société Suisse de Biologie de la Faune, Mémoires de l'Académie Suisse des Sciences naturelles, Vol. 103. Bikhäuser Verlag, Basel: 501 pp.

Articles connexesModifier

Liens externesModifier