Bataille de Varna

Bataille de Varna
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La bataille de Varma
peinture de Jan Matejko.
Informations générales
Date
Lieu Varna en Bulgarie
Issue Victoire ottomane
Belligérants
Armoiries Hongrie ancien.svg Royaume de Hongrie
Herb Rzeczypospolitej Obojga Narodow.svg Union de Pologne-Lituanie
et autres
Fictitious Ottoman flag 1.svg Empire ottoman
Commandants
Ladislas
Jean Hunyadi
Julien Cesarini
Mourad II
Forces en présence
30 000 hommes (source chrétienne)25 000 hommes (source musulmane)60 000 hommes (source chrétienne)28 000 hommes (source musulmane)
Pertes
11 000 morts dont Ladislas et Cesarini (source chrétienne)21 000 morts dont Ladislas et Cesarini (source musulmane)4 000 morts ottomans (source musulmane)

Guerres entre Ottomans et le royaume de Hongrie

Coordonnées 43° 13′ 00″ nord, 27° 53′ 00″ est
Géolocalisation sur la carte : Bulgarie
(Voir situation sur carte : Bulgarie)
Bataille de Varna

La bataille de Varna a eu lieu le entre Varna et Kaliakra dans l'Est de ce qui est actuellement la Bulgarie. Elle oppose les forces du sultan Mourad II aux croisés commandés par Ladislas III Jagellon, roi de Pologne et de Hongrie. La bataille se solda par une victoire ottomane.

ContexteModifier

L'expansion ottomane dans les BalkansModifier

L'ouverture des portes de l'Europe aux Ottomans par les ByzantinsModifier

Au XIVe siècle, l’Empire byzantin est confronté à une multitude de catastrophes. Il est frappé par plusieurs épidémies de peste, des querelles religieuses, des rivalités dynastiques et des guerres civiles. En 1345, Jean VI Cantacuzène demande l’appui des Ottomans pour s’emparer du trône impérial. Les soldats turcs traversent les Dardanelles et soumettent la Thrace au nom de l’Empereur. Suite à cet épisode, les Ottomans ne cesseront d’intervenir dans les affaires de l’Empire byzantin.

Les Ottomans profitèrent ensuite des difficultés de l’Empire byzantin contre les Serbes et les Bulgares dans les Balkans pour se porter à la défense des intérêts du Basileus. Ils prennent Gallipoli en 1354, lieu stratégique indispensable pour permettre l’envoi des troupes pour les Balkans. Ils conquièrent ensuite Andrinople en 1363, devenant les maîtres de la Thrace. Ils rebaptisent la ville qui prend le nom d’Edirne et en font leur capitale, démonstration de leur volonté d’expansion et d’une implantation durable dans les Balkans.

L’Empire byzantin, désormais cerné de toutes parts, oblige le nouvel empereur, Jean V Paléologue, à se tourner vers l’occident pour obtenir de l’aide. Il se rend en Italie pour demander un soutien militaire qu’il n’obtient pas, car il n’a pas de quoi payer. Faisant escale à Venise sur le chemin du retour, il est fait prisonnier par le doge pour ne pas avoir rembourser ses dettes. Humilié, il se tourne vers les Ottomans et en 1372, L’Empire byzantin est désormais vassal de l’Empire ottoman[1].

La Serbie et la BulgarieModifier

Après les conquêtes rapides des possessions byzantines, les Ottomans avaient comme nouvel objectif, la conquête des pays slaves et de la péninsule balkanique. En 1371, ils remportent la bataille de Maritsa, aussi appelée « la déroute des Serbes. » Le sultan Mourad 1er est alors reconnu comme suzerain par de nombreuses principautés serbes.

Le prince Lazare décide de se proclamer roi de Serbie et de s’émanciper de la domination Ottomane. Avec une coalition de Chrétiens originaires de plusieurs États d’Europe de l’est, il affronte l’armée ottomane et ses vassaux, notamment l’Empire byzantin, à Kosovo Polje, le 28 juin 1389. La bataille est très serrée et l’issue semble incertain, jusqu’à ce que le sultan meurt poignardé. Les Chrétiens sont alors convaincus de leur victoire, mais les fils du sultan reprennent le dessus et remportent la victoire. Lazare est décapité, et la Serbie devient vassal de l’Empire ottoman. En 1393, c’est la Bulgarie qui tombe aux mains des Turcs, suivi par la Valachie en 1395[1].

La Bataille de Nicopolis (1396)Modifier

Suite aux conquêtes de la Serbie et de la Bulgarie par les Ottomans, la Hongrie est toute désignée pour être la prochaine victime des Ottomans. Son roi, Sigismond de Luxembourg, demande le soutien des princes chrétiens pour combattre les Turcs et défendre l’Europe centrale. Des combattants français, anglais, allemands, des chevaliers de Rhodes et des mercenaires répondent à l’appel en grands nombres, alors que Venise, Gênes et l’Empire byzantin fournissent les navires pour transporter les troupes. L’affrontement, considéré par certains comme une croisade, à lieu le 25 septembre 1396 à Nicopolis. Les Ottomans remportent une victoire importante sur les troupes chrétiennes et de nombreux nobles français trouvent la mort.

Les conséquences de cet affrontement ont une importance majeure. Les Ottomans consolident leurs territoires dans les Balkans, qui s’étendent désormais jusqu’au Danube. Elle constitue la dernière croisade pour l’Europe occidentale, les Balkans seront désormais seuls pour faire face aux Ottomans. De plus, cette bataille constitue le coup d’envoie des Guerres entre la Hongrie et les Ottomans, qui seront prolongés jusqu’au XVIIIe siècle avec l’Autriche[1].

Siège de Constantinople (1422) Thessalonique (1422-1430) et autres conquêtesModifier

En 1422, l’oncle du sultan Mourad II, Mustafa, revendique le trône. Les Byzantins, vassaux de l’Empire ottoman, se voient dans l’obligation de soutenir l’un des deux camps. Manuel II Paléologue, suite aux pressions de son fils et co-empereur Jean VIII Paléologue, décide d’appuyer Mustafa. Ce dernier est finalement vaincu et tué à Andrinople. Pour se venger, Mourad assiège Constantinople, mais échoue à prendre la ville. Il se tourne alors vers Thessalonique, que les Byzantins cèdent à Venise, car ils sont dans l’incapacité de défendre la ville.

En 1430, Les Ottomans réussissent finalement à prendre la ville. Si de par leurs intérêts commerciaux, la République de Venise avait toujours consenti à entretenir de bonnes relations avec les Ottomans, cet épisode, où des Vénitiens perdent la vie face aux Ottomans, constitue un tournant dans les relations entre les deux puissances. Dès lors, Venise rejoint la coalition anti-ottomane. Jusqu’en 1439, Les Ottomans multiplie les conquêtes dans les Balkans, annexant la Thessalie, l’Épire et l’Albanie.

La succession du royaume de HongrieModifier

En 1439, alors que la Hongrie est menacée par l’avancée turque, le roi Albert II décède sans héritier mâle. Son fils ne naîtra que l’année suivante. Une querelle de succession oppose alors la reine Élisabeth de Luxembourg, veuve d’Albert II, qui revendique le trône pour son fils, et plusieurs nobles, dont Jean Hunyadi, qui désirent faire de Ladislas III Jagellon, roi de Pologne, le souverain d’Hongrie. Le pape donne son soutien à Ladislas III, qui est sacré roi en 1440, en échange de la promesse de son appui dans une croisade pour chasser les Ottomans des Balkans[2].

Siège de Belgrade (1440) et pression des Karamanides en AnatolieModifier

En 1440, le sultan Mourad II, conscient de l’importance stratégique de Belgrade pour la conquête de l’Europe centrale, à la tête de plus de 100 000 soldats, mit une première fois le siège devant la cité mais la ville résista. L’historien Dušan T. Bataković commente ainsi la portée de cette période pour la ville : « La signification de Belgrade dans l’histoire serbe ne fit qu’augmenter à mesure que se rapprochait la chute du régime du despotat serbe. Belgrade devint le symbole des efforts conjugués afin d’empêcher les Turcs de pénétrer en Pannonie et jusqu’au centre du continent européen[3]

Au moment où les Ottomans sont repoussés à Belgrade par les Chrétiens, l’Émirat des Karamanides, dynastie turque rivale des Ottomans, se révolte et attaque les Ottomans en Anatolie. Mourad II est donc obligé de quitter les Balkans pour aller mater la rébellion.

Pendant ce temps, le roi Ladislas III, qui devait faire face à Elisabeth de Luxembourg et ses partisans qui refusaient de reconnaître son autorité, en profite pour mettre fin, en 1442, à la guerre civile qui divisait le pays depuis son couronnement. À partir de ce moment, il peut se consacrer pleinement à sa promesse de croisade faite au Pape Eugène IV en échange de son couronnement[2].

Conséquences et organisation de la croisadeModifier

Tentative d'unification des églises orthodoxe et catholique, puis l'appel à la croisade contre les Ottomans et pour la défense de l'Europe centraleModifier

Suite à la catastrophe de Nicopolis en 1396, le destin de l’Empire byzantin était plus qu’incertain. Isolé de toute part, et ne pouvant plus compter sur l’appui des occidentaux, la chute de Constantinople semble inéluctablement proche. Ce fut l’invasion mongole qui sauva la ville. Tamerlan écrasa, en 1402, l’armée ottomane de Bayezid à Ankara. Aux yeux des chrétiens, l’occasion à saisir était unique pour reprendre la lutte contre les Turcs dans l’espoir d’écarter pour longtemps leur menace sur Byzance, voire de les chasser des Balkans. Bayezid avait été fait prisonnier par Tamerlan et s’était donné la mort, ses quatre fils se disputaient sa succession. L’Empire ottoman se disloquait. Mais les relations tendues entre les différentes nations chrétiennes avaient fait en sorte qu’aucune action ne fût organiser pour contrer les Ottomans[1]. La guerre de Cent Ans (1347-1453) et le Grand Schisme (1378-1417) divisent alors la chrétienté occidentale. Mehmed Ier (1413-1421) a donc le temps de reconstituer ses forces et de réorganiser l’État[4].

Mais, en 1438, l’Empire Byzantin doit maintenant faire face à un Empire ottoman puissant gouverné par le sultan Mourad II, dont l’autorité n’est plus contestée. Conscient que la prise de la ville n’est plus qu’une question de temps, l’empereur Jean VIII sollicite l’aide des Occidentaux, ses seuls alliés potentiels. Sachant qu’il lui faudrait l’appui du Pape pour prêcher une croisade afin de protéger le foyer de la chrétienté orthodoxe, il s’accorde avec Eugène IV pour organiser un concile œcuménique à Ferrare afin d’entamer la réunification des Églises orthodoxe et catholique. L’entente est signée, mais ne sera finalement jamais appliquée. Toutefois, elle aura permis l’enclenchement des démarches pour lancer une éventuelle croisade contre les Ottomans[5].

C’est ainsi qu’au début de l’année 1442, le Pape Eugène IV publie une bulle appelant à la croisade[6].

La croisade de VarnaModifier

Le début, un triomphe pour les ChrétiensModifier

De 1442 à juin 1444, Jean Hunyadi, le voïvode de la Transylvanie hongroise, a stoppé un important raid turc et pris la contre-offensive jusqu’au Danube, tandis que Skanderbeg entraînait les tribus albanaises dans la révolte, que la guerre reprenait en Anatolie et que le despote de Mystra s’emparait d’Athènes puis de Thèbes (1443).

Une croisade redevenait-elle possible ? Hunyadi le croit, Rome aussi. En Anatolie, au printemps 1443, les Karamanides décide de se révolter. Face aux succès des Chrétiens dans les Balkans, Mourad II décide d’aller mater la rébellion et laisse les Balkans sous les ordres de ses généraux. Les Chrétiens profitent de cette situation pour déclarer la guerre aux Ottomans. Ils organisent alors ce qui portera le nom de la longue campagne. Mais, alors que les Chrétiens et les Karamanides étaient censés attaquer simultanément, les Latins sont encore en préparation lorsque les Karamanides décide de passer à l’action. Ils sont complètement anéantis par les Ottomans.

À l’automne 1443, sachant que le sultan ne pourra pas mobiliser ses troupes, occupés à la récolte, Hunyadi, les Serbes de Branković et des chevaliers occidentaux passent alors le Danube, s’emparent provisoirement de Niš le 3 novembre et de Sofia quelques semaines plus tard, où ils capturent le beau-frère du sultan et frère du grand vizir, Mahmud Bay. Ils semblent alors en mesure de menacer Andrinople. Une trêve de dix ans est conclue en juin 1444. Murad laisse le trône à son fils Mehmed II (1444-1446, 1451-1481) .

La paix d'Edirne et de SzegedModifier

En juin 1444, alors que les Chrétiens sont sur une excellente lancée, une rencontre est organisée afin de signer un traité de paix. La majorité des Chrétiens s’oppose à celle-ci, en particulier le cardinal Cesarini et ses croisés.

Excités par leurs victoires, ils sont confiants de pouvoir repousser les Ottomans hors des Balkans et même, de libéré Constantinople du joug ottoman. Malgré les succès de ce début de campagne, les objectifs initiaux n’ont pas encore été accomplis. Malgré les réticences des Chrétiens, le traité est achevé et signé le 13 juin 1444. L’accord est extrêmement favorable pour les Chrétiens. En échange de la fin de la croisade et de la libération de son beau-frère, le sultan s’engage à rester au sud du Danube pour les dix prochaines années, restitue 24 villes et places fortes serbes, et rend les fils de Dracu et de Brankovich[7]. Après avoir signé le traité, Mourad prend la décision de se retirer et laisse le pouvoir à son fils Mehmet II alors âgé de 14 ans.

Reprise de la croisade, en route vers VarnaModifier

Pourtant, l’insatisfaction est à son comble dans le camp chrétien et l’accession au trône du jeune sultan inexpérimenté de 14 ans, Mehmet II, ne fait qu’amplifier la volonté des Chrétiens à reprendre les hostilités. Le Pape, la République de Venise, la noblesse hongroise ainsi que le cardinal Césarini et ses croisés font pression sur le roi de Pologne et d’Hongrie pour le renouvellement de la guerre. Césarini, légat du Pape auprès de Vladislas III, le délie du serment qui selle la paix récemment signée .

Le 4 aout 1444, Vladislas cède aux pressions et déclenche à nouveau la guerre. Le but de la campagne est d’atteindre Orsova en septembre pour de conduire les troupes en Roumanie et en Grèce et de chasser les Ottomans des Balkans.

Cette occasion constituait enfin la revanche tant attendu sur le désastre de Nicopolis. Les armées chrétiennes empruntèrent à nouveau la route du Danube, pillant tout sur leur passage, pour rejoindre en mer Noire la flotte vénitienne qui les conduiraient ensuite à Constantinople. En longeant la côte, les coalisés déboucheraient dans la plaine de Thrace, profitant de l’absence du sultan occupé en Asie Mineure à châtier un rival musulman.

La Bataille de Varna n’aurait jamais due avoir lieu. Mais l’une des principales faiblesses des croisades sont les rivalités opposants les différents acteurs des coalitions chrétiennes. Elles affaiblissent considérablement la coordination des actions commune et le fait que chacun tente de servir ses intérêts avant ceux de la coalition ne permet pas d’établir un climat de confiance. Les décisions personnelles, imprévisibles, peuvent mettre en péril toute une opération et diminuer les chances de succès.

Le sultan, conscient de cela, utilisera cet atout à son avantage. Les territoires autrefois occupés par l’Empire byzantin et maintenant sous le contrôle de l’Empire ottoman sont crucial pour le commerce maritime de Venise et Gênes. Ainsi, lorsque Venise envoya sa flotte vers le détroit du Bosphore pour empêcher que l’armée de Mourad puisse traverser dans les Balkans, Mourad signe un accord commercial avec les Génois, rivaux des Vénitiens. En contrepartie, les Génois assureront le transport des troupes ottomanes de l’autre côté du Bosphore. Les Vénitiens, ralentis par la flotte génoise, n’auront pas le temps de rejoindre l’armée chrétienne, qui se retrouvera coincée à Varna.

La bataille de VarnaModifier

DéroulementModifier

Après leur défaite à Belgrade en 1440, les Ottomans ont signé une trêve de dix ans avec la Hongrie que cette dernière ne respectait pas, puisqu'elle s'est entendue avec la république de Venise et le pape Eugène IV pour organiser une nouvelle croisade. Mourad II, rappelé au pouvoir par le Grand Vizir Çandarlı Halil Hayreddin Pacha, décida donc de mener son armée sur les terres occidentales. Des bateaux français et italiens firent traverser le Bosphore à son armée.

L'armée chrétienne commandée par les voïvodes de Transylvanie et de Valachie, Jean Hunyadi et Vlad Dracul, était principalement formée de Hongrois, de Roumains et de Polonais, mais comptait aussi des détachements tchèques, croates, serbes, bulgares et russes, ainsi qu'un détachement français commandé par le légat papal Julien Cesarini.

La flotte vénitienne ne pouvait pas empêcher le transport des renforts turcs en provenance d'Asie Mineure. À cause de cela, Venise a été accusée de trahison et d'avoir laissé traverser le Bosphore aux Turcs, chose qu'elle niera toujours.

 
Chronique Wszystkiego Swiata de Bielski, Marcin, publiée en 1564.

Le , les chrétiens sont alertés de la présence d'une énorme armée turque autour de Kaliakra, Jean Hunyadi va en reconnaissance l'examiner. Réalisant que les forces turques surpassent largement en nombre celles des chrétiens, il convoque immédiatement un conseil de guerre. Cesarini est favorable à un retrait, les Turcs ayant l'avantage du terrain. Mais la fuite aurait laissé la possibilité aux Turcs de harceler sans relâche les chrétiens, de plus la fierté du roi Ladislas et de Hunyadi leur interdisait la fuite. Cesarini propose alors de camper sur une position défensive et d'attendre des renforts moldaves, génois et grecs par la mer Noire, de manière à prendre les Turcs à revers. Tous approuvent sauf Hunyadi qui préfère une attaque frontale pour paniquer l'ennemi. « S'échapper est impossible, se rendre est impensable. Battons-nous avec courage et honorons nos armes », dit-il.

Le 10 novembre 1444, la bataille de Varna commence. Du côté des Chrétiens, Jean Hunyadi couvrit les arrières de l’armée par des voitures et des machines. L’aile gauche, composée majoritairement de cavaliers polonais, s’appuie sur le lac Varna pour protéger son flanc gauche. L’aile droite, qui constituait la principale force des Hongrois, s’installe entre le lac et les côtes de la mer. Hunyadi place le roi Ladislas III à l’arrière, où il ne court pas de danger, et lui demande de rester en position tant qu’on ne l’appelait pas. Hunyadi quant à lui, garde les Valaques près de lui et se tient prêt à appuyer la première ligne. Du côté des Ottomans, Mourad s’installe au centre avec ses Janissaires, derrière un fossé garni de pieux. La cavalerie est répartie équitablement sur les ailes gauche et droite et les bagages et chameaux sont laissés derrière[7].

La bataille commence, quinze mille cavaliers d’Asie chargent en premiers, Hunyadi va à leurs rencontres avec les Valaques. Ils les repoussent et les poursuivent et pénètrent jusqu’à la tente du sultan qui veut prendre la fuite. Vers le début de l’après-midi, après l’anéantissement et la mise en déroute des flancs du dispositif ottoman, la partie était pratiquement gagnée pour l’armée commandée par Jean Hunyadi. Les Valaques continuent leurs courses jusqu’aux bagages où ils pillent les chameaux et les charriots ennemis pendant que les Hongrois et les Roumains de Transylvanie semaient la mort sur l’aile gauche parmi les Ruméliotes en fuite. La victoire était à portée de mains pour les Chrétiens. Selon le plan de Hunyadi, les escadrons du roi devaient rester encore immobiles pour fixer la garde de Murâd et l’empêcher d’intervenir dans la bataille. Une fois la droite ottomane anéantie, la totalité des forces chrétiennes pouvaient converger vers le centre turc pour engager dans un combat décisif ce dernier corps de l’armée ennemie. Mais Ladislas III, voyant que les Valaques avaient réussi à percer les lignes ennemis, ne suit pas les conseils d’Hunyadi et fonce tête baissée vers Mourad avec sa garde personnelle de 500 cavaliers, alors que Mourad est défendu par 5000 janissaires. Obligée de traverser le fossé de pieux et exposée aux volées de flèches ennemies, la garde du roi subit de nombreuses pertes[2].

Lorsque Mourad aperçoit Ladislas, il perce son cheval avec un javelot. Le roi tombe au sol et se fait trancher la tête par un des janissaires de Mourad, qui la planta ensuite sur une lance afin de la dévoiler aux chrétiens en criant « voici la tête de votre roi ! » Les Chrétiens, dans un mouvement de panique général, commencent tous à s’enfuir. Mais le lendemain, Mourad attaqua le reste des Hongrois et réussit à les faire presque tous prisonniers[7].

Mourad II et ses généraux avaient appris à leurs dépens qu'ils ne pourraient vaincre qu'en poussant leur ennemi à quitter ses retranchements : leurs attaques de cavalerie sur les deux ailes ennemies s'étaient heurtées à une efficace résistance. Alors ils entreprirent une retraite précipitée qui acheva de décider Hunyadi à attaquer au centre. Ladislas menait l'attaque, qui s'écrasa contre les rangs des janissaires, défendus de fossés et de pieux fichés vers l'avant. Au terme d'un rude affrontement, les janissaires parvinrent à encercler la garde du roi Ladislas, qu'ils tuèrent. La mort du roi, conjuguée à la charge de la cavalerie ottomane qu'ils croyaient en déroute, provoqua la panique des combattants hongrois. Hunyadi parvint à s'échapper grâce au sacrifice de ses compagnons[8]. La tête du roi Ladislas fut exposée à Andrinople.

ConséquencesModifier

Après cet épisode désastreux, les chrétiens sont démoralisés, d'autant plus qu'une tempête empêche la venue de la flotte des Byzantins, des Moldaves et des Génois. L'armée chrétienne se dégage de la nasse de Kaliakra et fuit devant les musulmans. Autant d'hommes périrent au cours de la bataille que lors de la fuite. Toutefois les pertes sévères infligées aux forces du sultan par les croisés retardèrent son avancée en Europe.

En 1448, Jean Hunyadi tente une dernière fois de mener une campagne répressive contre les Ottomans, mais il est défait lors de la seconde bataille de Kosovo. Cette défaite et celle de Varna sonnent le glas des croisades et les Occidentaux cesseront d’envoyer de l’aide à Constantinople, qui tombe aux mains des Ottomans cinq ans plus tard[5]. De plus, suite à ces deux défaites, la totalité des Balkans au sud du Danube passent définitivement sous le contrôle des Ottomans[4].

Notes et référencesModifier

  1. a b c et d Jean-François Solnon, L’Empire ottoman et L’Europe, Paris, Perrin, , 832 p. (ISBN 978-2-262-07216-2), p. 27-30, 33-36, 39-42, 44
  2. a b et c Emmanuel Antoche, « Les expéditions de Nicopolis (1396) et de Varna (1444) : Une comparaison, Partie II », sur www.academia.edu
  3. Bataković, Dušan T., 1957- ... et Mihailovic, Ljubomir, 19..- ..., Histoire du peuple serbe, L'Age d'homme, (ISBN 2-8251-1958-X et 978-2-8251-1958-7, OCLC 420118941, lire en ligne), p.83
  4. a et b Delorme, Olivier, (1958- ...).,, La Grèce et les Balkans : du Ve siècle à nos jours. I, Gallimard, impr. 2013, cop. 2013 (ISBN 978-2-07-039606-1 et 2-07-039606-1, OCLC 863155908, lire en ligne), p. 73, 76-77
  5. a et b Cheynet, Jean-Claude., Byzance : l'empire romain d'Orient, A. Colin, (ISBN 978-2-200-62285-5 et 2-200-62285-6, OCLC 1089140662, lire en ligne), p. 192
  6. Paul Rousset, Histoire d'une idéologie : La croisade, Lausanne, L'Âge d'homme, , 218 p. (ISBN 9782825130230), p. 139
  7. a b et c Mihail Kogălniceanu, Histoire de la Valachie, de la Moldavie et des Valaques Transdanubiens, Volume 1, Londres, Forgotten Books, , 490 p. (ISBN 978-1390641394), p. 81-86
  8. D'après George Dodd, Pictorial History of the Russian War 1854-56, W. & R. Chambers, p. 51–55 ; W.E.D. Allen et Paul Muratoff, Caucasian Battlefields, Cambridge University Press, , 690 p. (ISBN 110801335X), p. 69–71. Cités par Mesut Uyar et Edward J. Erickson, A Military History of the Ottomans from Osman to Ataturk, Praeger Security Int. (ABC-CLIO, LLC), (ISBN 9780275988760), p. 28-30

Liens externesModifier