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Étendue approximative de la culture v. 3200-2300 av. J.-C.
La culture Yamna au IVe millénaire av. J.-C. en Europe.

La culture Yamna (en russe et ukrainien : Ямная культура, « culture des tombes en fosse », du russe et de l’ukrainien яма, « fosse ») est une culture de l’Âge du cuivre final/ bronze ancien de la région du Boug/Dniestr/Oural (la steppe pontique), qui remonte à une période qui s'étend de XXXVIe siècle au XXIIIe siècle av. J.-C.. Cette culture est aussi connue en français sous les noms de culture pontique des tombes à fosses ou à puits ou encore culture des tombes à ocre.

Cette culture correspond à des populations essentiellement nomades, des peuples cavaliers pratiquant un peu d'agriculture le long des fleuves et construisant quelques castros[1].

Depuis l'hypothèse kourgane de Marija Gimbutas en 1956, la culture Yamna a été associée aux Proto-Indo-Européens tardifs (PIE) et proposée comme le plus solide « candidat » pour être le foyer de l'indo-européen commun. Depuis les années 2000, diverses études génétiques ont montré qu'une migration très importante s'est produite dès le Ve millénaire av. J.-C. depuis les steppes pontiques vers le centre de l'Europe puis les autres parties de l'Europe, ainsi que vers l'Asie centrale puis l'Asie du Sud.

CaractéristiquesModifier

Une caractéristique de cette culture est l'inhumation dans des kourganes (tumuli) recouvrant des fosses à tombes où le mort est placé en décubitus dorsal avec les genoux repliés. Les corps étaient recouverts d'ocre. Des tombes multiples ont été découvertes dans ces kourganes, souvent après des insertions postérieures.

Des sacrifices d'animaux étaient pratiqués (bovins, cochons, moutons, chèvres et chevaux) : une caractéristique associée aussi bien aux Proto-Indo-Européens qu'aux « Proto-Indo-Iraniens »[2].

Les plus anciens restes d'un char à roues, en Europe de l'Est, ont été découverts dans le kourgane, associé à la culture Yamna, de « Storojova mohyla » (Dnipro, Ukraine) dont la fouille fut dirigée par A.I. Trénojkine.

Le site sacrificiel de Louhansk, découvert en 2014, a été décrit[Par qui ?] comme un sanctuaire de colline où ont eu lieu des sacrifices humains.

Influence de la culture de MaïkopModifier

Il existe un consensus général selon lequel l'apparition de la culture hiérarchique de Maikop vers 3 600 av. J.-C. eut de profonds effets sur les cultures des steppes antérieures à Yamna et au début de Yamna. La métallurgie de Yamna a emprunté à la culture de Maikop des moules à deux faces, des dagues à dents, des haches avec une seule lame avec des trous de fonte et du cuivre arsenical. Des véhicules à roues auraient pu pénétrer dans les steppes via la culture de Maïkop, révolutionnant ainsi l'économie des steppes et rendant possible le nomadisme pastoral de Yamna après 3 300 ans av. J.-C.[3].

Origine, expansion et études génétiquesModifier

D’après l’hypothèse kourgane de Marija Gimbutas (1956), la culture Yamna serait associée aux Proto-Indo-Européens tardifs (PIE). Selon cette hypothèse, elle est le plus solide « candidat » pour être le foyer de l’indo-européen commun, avec la culture de Sredny Stog qui la précède, mais la corrélation entre les preuves archéologiques de la culture et de ses migrations avec les indices linguistiques[4] est discutée, par exemple par Pavel Doloukhanov en 1996, qui avance que l’émergence de la culture des tombes en fosse représente un développement social de diverses cultures locales de l’Âge du bronze, exprimant une stratification sociale et permettant l’émergence de structures sociales nomades soumises à un chef, qui à leur tour intensifièrent les contacts entre divers groupes sociaux hétérogènes[5].

Selon Doloukhanov, elle aurait son origine entre le cours moyen de la Volga, dans la culture de Khvalynsk et le cours moyen du Dniepr, dans la culture de Sredny Stog. Pour David Anthony également, les preuves génétiques concordent avec les origines de Yamna dans les steppes de la Volga jusqu'au nord Caucase du fait de ses deux composantes principales d'ascendance de chasseurs-cueilleurs est-européens (EHG) et de chasseurs-cueilleurs caucasiens (CHG). Si de plus, le contact avec la culture de Maïkop a été une cause fondamentale des innovations en matière de transport et de métallurgie qui définissent la culture Yamna, alors les steppes du Don inférieur, du nord Caucase et de la la basse Volga, situées le plus près du Caucase du Nord, correspondraient à la phase la plus ancienne de cette culture[3].

Dans son domaine occidental, la culture Yamna est suivie par la culture des catacombes ; à l’est, par la culture de Poltavka et la culture de Srubna.

En 2015, une étude d'ADN fossile étaya l'idée que les cavaliers Yamna s’étaient répandus en Europe au Ve millénaire av. J.-C. et qu'ils seraient à l'origine des peuples dits de la céramique cordée[6],[7],[8].

Haak et al. (2015) ont réalisé une large étude du génome de 94 anciens squelettes d'Europe et de Russie. Ils ont conclu que les caractéristiques autosomiques des personnes de la culture Yamna sont très proches de celles des gens de la culture de la céramique cordée, avec une estimation de la contribution ancestrale de 73 % de l'ADN Yamna dans l'ADN des squelettes de la céramique cordée d'Allemagne. La même étude a estimé une contribution ancestrale de 40-54 % de la culture Yamna dans l'ADN des Européens modernes du Nord et du centre de l'Europe et une contribution de 20-32 % pour les Européens modernes du Sud, à l'exclusion des Sardes (7,1 % ou moins), et dans une moindre mesure pour les Siciliens (11,6 % ou moins)[9][10],[11]. Haak et al. ont également imputé l'introduction en Europe des haplogroupes R1b et R1a, les plus courants haplogroupes Y-ADN en Europe occidentale et orientale respectivement, aux populations des steppes de l'âge du bronze, y compris la culture Yamna.

Des tests autosomiques indiquent également que le peuple de la culture Yamna est le vecteur le plus probable pour l'ajout « ancien nord eurasien » en Europe[9]. « Ancien nord eurasien » est le nom donné dans la littérature pour la composante génétique qui représente la descendance du peuple de la culture Mal'ta-Buret' (en), ou d'autres personnes étroitement liées à celle-ci. Cette composante génétique est visible dans les tests du peuple Yamna ainsi que dans ceux des Européens des temps modernes, mais n'est pas présente chez les Européens antérieurs à l'âge du bronze[12].

En accord avec les études précédentes, une large étude génétique portant sur la formation génomique de l'Asie du Sud et centrale parue en 2018 avance qu'« il est frappant de constater que la grande majorité des locuteurs indo-européens vivant à la fois en Europe et en Asie du Sud recèlent de nombreuses fractions d'ascendance liées aux pasteurs de la steppe de Yamna, suggérant que le « proto-indo-européen tardif », la langue ancestrale de tous les peuples modernes indo-européens, était la langue de Yamna. Des études anciennes sur l’ADN ont documenté des mouvements de populations de la steppe vers l'ouest qui propageaient vraisemblablement cette ascendance, mais il n’existait pas de preuves anciennes d'ADN de la chaîne de transmission à l'Asie du Sud. Notre documentation sur la pression génétique à grande échelle exercée par les groupes de la steppe au deuxième millénaire avant notre ère fournit un candidat de choix, une constatation cohérente avec les preuves archéologiques de liens entre la culture matérielle dans la steppe kazakhe de l'âge du bronze moyen à tardif et la culture védique précoce en Inde. »[13]

Objets manufacturésModifier

D'après les collections du Musée de l'Ermitage

BibliographieModifier

  • W. Haak, I. Lazaridis, N. Patterson, N. Rohland, S. Mallick, B. Llamas, G. Brandt, S. Nordenfelt, E. Harney, K. Stewardson, Q. Fu, A. Mittnik, E. Bánffy, C. Economou, M. Francken, S. Friederich, R. G. Pena, F. Hallgren, V. Khartanovich, A. Khokhlov, M. Kunst, P. Kuznetsov, H. Meller, O. Mochalov, V. Moiseyev, N. Nicklisch, S. L. Pichler, R. Risch, M. A. Rojo Guerra et C. Roth, « Massive migration from the steppe was a source for Indo-European languages in Europe », Nature,‎ (DOI 10.1038/nature14317, lire en ligne)
  • Eppie R. Jones, « Upper Palaeolithic genomes reveal deep roots of modern Eurasians », Nature (revue),‎ (DOI 10.1038/ncomms9912, lire en ligne)
  • Iosif Lazaridis, « Ancient human genomes suggest three ancestral populations for present-day Europeans », Nature (revue), vol. 513,‎ , p. 409–413 (DOI 10.1038/nature13673, lire en ligne)
  • Karl Zimmer, « DNA Deciphers Roots of Modern Europeans », New York Times,‎ (lire en ligne)

Articles connexesModifier

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SourcesModifier

RéférencesModifier

  1. (en) J. P. Mallory, « Yamna Culture », Encyclopedia of Indo-European Culture, Fitzroy Dearborn, 1997.
  2. (en) Benjamin W. Fortson, Indo-European Language and Culture: An Introduction (Blackwell Publishing, 2004), p. 43.
  3. a et b (en) David W. Anthony, Archaeology, Genetics, and Language in the Steppes: A Comment on Bomhard, Journal of Indo-European Studies, Volume 47, Numéro 1 & 2, Printemps/Été 2019
  4. (en) David W. Anthony, The Horse, The Wheel and Language: How Bronze-Age Riders from the Eurasian Steppes Shaped the Modern World (2007).
  5. (en) Pavel M. Doloukhanov, The Early Slavs. Eastern Europe from the Initial Settlement to the Kievan Rus, Longman, , p. 94
  6. D’après (en) Ann Gibbons, « Revolution in human evolution », Science, vol. 349, no 6246,‎ , p. 362-366
  7. L’ADN de l’Âge du bronze, sciencepresse.qc.ca, 12 juin 2015
  8. Le mystère de l’origine des Européens est levé, space-news.be, 30 juin 2015
  9. a et b Haak et al. 2015.
  10. Zimmer 2015.
  11. Ann Gibbons (10 June 2015), Nomadic herders left a strong genetic mark on Europeans and Asians, Science (AAAS)
  12. Lazaridis 2014.
  13. (en) Narasimhan, Vagheesh M.; Patterson, Nick J.; Moorjani, Priya; [...], « The Genomic Formation of South and Central Asia », bioRxiv: 292581., mars 2018