Consortium international des journalistes d'investigation

réseau international de journalistes d'investigation

Le Consortium international des journalistes d'investigation (ICIJ) (International Consortium of Investigative Journalists, en anglais) est une organisation à but non lucratif[1] basée à Washington D.C.

Consortium international des journalistes d'investigation
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Histoire
Fondation
Cadre
Type
Domaines d'activité
Siège
Pays
Organisation
Fondateur
Direction
Gerard Ryle (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Organisation mère
Dépenses
4 722 651 $ ()Voir et modifier les données sur Wikidata
Récompenses
Site web
Identifiants
OpenCorporates

HistoireModifier

Fondée en 1997 par Center for Public Integrity (CPI), l'ICIJ est devenue une organisation indépendante en février 2017[2].

Cette émanation permet de ne plus centrer les enquêtes uniquement sur les États-Unis.

En , le consortium comptait plus de 200 membres journalistes dans 70 pays[3],[4]. Cette année là, les Paradise Papers, une enquête internationale impliquant 95 médias partenaires et 381 journalistes, conduite durant un an sur 13,4 million documents fuités révèle les activités offshores de nombreuses personnalités et ainsi que des multinationales[5].

En 2018, une autre enquête de l'ICIJ, les Implant Files, médiatisée le , associant 250 journalistes issus de 59 médias internationaux, révèle un scandale sanitaire mondial : les dégâts causés par les prothèses et implants médicaux sont nombreux, souvent sous-estimés, difficiles à cartographier.

Les projets les plus récents concernent les Mauritius Leaks, enquête publiée en 2019 et les Pandora Papers, publiée en .


Les millions de données réunies dans les dossiers « Paradise Papers » et « Panama Papers » pour épingler certains paradis fiscaux, restent cependant encore des initiatives pionnières voire isolées, a tempéré Bruno Breton, PDG de Bloom, dans Les Echos[6]. Selon lui, la masse de données apportées par ce consortium, loin de minimiser le rôle du journaliste, renforce sa capacité d'analyse[6].

Offshore LeaksModifier

Le , cette organisation révèle le résultat de quinze mois d'enquêtes, rassemblant 260 gigaoctets de données concernant les propriétaires de comptes en banque offshore. L'ICIJ s'est associé avec The Guardian, la BBC, Le Monde, The Washington Post, SonntagsZeitung (de), Le Matin, Süddeutsche Zeitung et Norddeutscher Rundfunk afin de diffuser une série d'enquêtes sur les comptes dans des paradis fiscaux ((en)offshore). L'ICIJ et ses partenaires comptent révéler les phénomènes de corruption des gouvernements à travers le monde, les stratagèmes de fraude fiscale utilisés par les riches, l'utilisation des comptes secrets dans les systèmes de Ponzi, le rôle actif des grandes banques pour faciliter le secret de leurs clients ainsi que les stratégies et les acteurs qui rendent ces activités possibles.

En 2014, le Consortium international pour le journalisme d'investigation affirme que 20 000 Chinois seraient impliqués dans des compagnies offshore basées dans les paradis fiscaux. En particulier des princes rouges, membres des familles des dirigeants du parti communiste chinois. Le Consortium a enquêté sur près de 2,5 millions de dossiers financiers pendant deux ans. Les documents proviennent de deux entreprises basées aux îles Vierges britanniques[7].

Luxembourg LeaksModifier

Le , l'organisation révèle, en collaboration avec une quarantaine de journaux, dont Le Monde, The Guardian, la Süddeutsche Zeitung, l'Asahi Shimbun et Le Soir, le contenu de centaines d'accords fiscaux préalables très avantageux conclus avec le fisc luxembourgeois par le cabinet de conseil PricewaterhouseCoopers pour le compte de nombreux clients internationaux au nombre desquels sont cités Apple, Amazon, Heinz, Pepsi, Ikea et Deutsche Bank. Des copies de ces documents sont publiées sur un site web[8] librement accessible au public[9].

SwissLeaksModifier

En , l'organisation révèle, en collaboration avec 154 journalistes de 47 pays et d'une soixantaine de médias internationaux, un système international de fraude fiscale et de blanchiment d'argent qui aurait été mis en place par la banque britannique HSBC à partir de la Suisse. Selon les journalistes, entre novembre 2006 et mars 2007, plus de 180 milliards d’euros ont transité, à Genève, sur les comptes de 100 000 clients et de 20 000 sociétés offshore, concernant 188 pays différents. Des chefs d’État, des personnalités médiatiques du monde des affaires, de la politique, du sport, ainsi que des artistes, mais également des financiers du terrorisme, des trafiquants de drogue et des trafiquants d'armes figurent sur la liste des clients[10],[11].

Panama PapersModifier

En , 109 rédactions membres de l'ICIJ dans 79 pays révèlent simultanément ce que l'ICIJ qualifie de « plus gros scandale d'évasion fiscale »[12]. Plusieurs millions de documents du cabinet panaméen Mossack Fonseca constituent une source d'information sur les activités des clients de ce cabinet, impliquant des personnalités de premier plan dans une quarantaine de pays.

Paradise PapersModifier

Le , à l’issue d’un an d’enquête collaborative menée par 381 journalistes de 67 pays, 95 médias partenaires coordonnés par le Consortium ont publié les premières révélations des « Paradise Papers », une fuite massive de documents issus notamment du cabinet d’avocats Appleby, spécialisé dans les activités offshore[13], mais aussi de documents issus des registres confidentiels des sociétés de dix-neuf paradis fiscaux.

Des chefs d’État, des personnalités médiatiques du monde des affaires, de la politique, du sport, ainsi que des artistes figurent sur la liste des clients d'Appleby[14],[15],[16],[17].

Implant FilesModifier

Le , une enquête coordonnée par le Consortium international des journalistes d’investigation, associant 250 journalistes issus de 59 médias internationaux, révèle un scandale sanitaire mondial : les dégâts causés par les prothèses et implants médicaux sont nombreux, souvent sous-estimés, difficiles à cartographier. La réglementation en la matière est insuffisante[18],[19]. L'opacité des autorités de santé en France, et de l'ANSM est spécifiquement pointée[20].

China CablesModifier

Dix-sept médias de différents pays révèlent le l'enquête du Consortium international des journalistes d’investigation sur la politique de répression et de détention menée par l'État chinois au Xinjiang envers la population ouighoure[21].

FinCEN FilesModifier

Le , ICIJ a révélé FinCEN Files, à propos de l'implication d'environ 2 milliards de dollars de transactions par certaines des plus grandes banques du monde.[22] Les FinCEN files ont également révélé que Gunes General Trading, basé à Dubaï, avait acheminé l'argent de l'État iranien via le système bancaire central des Émirats arabes unis et traité 142 millions de dollars en 2011 et 2012.

Pandora PapersModifier

Le , le consortium révèle un nouveau scandale : les Pandora Papers, qui concernent les paradis fiscaux[23]. Les Pandora Papers représentent l’enquête la plus importante menée par l'ICIJ et ses partenaires: elle a mobilisé 600 journalistes de 150 médias répartis dans 117 pays ont étudié 11,9 millions de documents issus de 14 cabinets spécialisés dans la création de sociétés offshore.

Journalistes françaisModifier

Certains journalistes français sont membres de l'ICIJ : Fabrice Arfi[24], Karl Laske[25] (des journalistes d'investigation de Mediapart), Édouard Perrin[26] (journaliste d'investigation aux productions Premières Lignes), Aurore Gorius[27] (journaliste d'investigation pour le site Les Jours) et Cécile Prieur (directrice de la rédaction de L'Obs)[28].

Ces nouveaux matériaux disponibles, pour les journalistes français, arrivent dans un contexte de nouveaux secteurs et de crédibilité supplémentaire au journalisme d'enquête[29], car la donnée devient « le terreau et le fondement de l’enquête » pour aller plus loin dans la connaissance[29] selon Sylvain Lapoix, partisan d'une convergence entre journalisme d'enquête et de données.

RéférencesModifier

  1. (en-US) « About the ICIJ - International Consortium of Investigative Journalists », ICIJ,‎ (lire en ligne, consulté le )
  2. (en-US) « After Panama Papers success, ICIJ goes independent - ICIJ », ICIJ,‎ (lire en ligne, consulté le )
  3. Jérémie Baruch, Maxime Vaudano, Jean-Baptiste Chastand et Anne Michel, « Un an d’enquête, 96 médias : qu’est-ce que les « Paradise Papers » ? », Le Monde.fr,‎ (ISSN 1950-6244, lire en ligne, consulté le )
  4. (en) « ICIJ Journalists », sur https://www.icij.org, (consulté le )
  5. (en-US) « ICIJ releases new investigation: the Paradise Papers », ICIJ,‎ (lire en ligne, consulté le )
  6. a et b "Le data journalisme, une chance pour la presse" par Bruno Breton, PDG de Bloom, dans Les Echos le 24 mai 2018 [1]
  7. Sources dans l'article détaillé Offshore Leaks
  8. (en) « explore-documents-luxembourg-leaks-database »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur http://www.icij.org, (consulté le )
  9. Evasion fiscale : tout sur les secrets du Luxembourg, Anne Michel, Le Monde, 5 novembre 2014
  10. Fabrice Lhomme et Gérard Davet, « SwissLeaks : révélations sur un système international de fraude fiscale », Le Monde, (consulté le )
  11. Serge Michel, « SwissLeaks : Les coulisses d’une investigation mondiale », Le Monde, 9 février 2015 (consulté le 9 février 2015)
  12. « "Panama Papers" : l'ICIJ, c'est quoi ? », sur www.europe1.fr (consulté le )
  13. Jérémie Baruch, Jean-Baptiste Chastand, Anne Michel et Maxime Vaudano, « Les “Paradise Papers”, nouvelles révélations sur les milliards cachés de l’évasion fiscale : 13,5 millions de documents, dont une bonne part issus d’un cabinet d’avocats spécialisé dans la finance offshore, ont été analysés par « Le Monde », associé au Consortium international des journalistes d’investigation et à 95 médias partenaires. », Le Monde,‎ (lire en ligne)
  14. (de) « Das sind die Paradise Papers », Süddeutsche Zeitung,‎ (lire en ligne)
  15. (en) « Paradise Papers: Tax haven secrets of ultra-rich exposed », BBC,‎ (lire en ligne)
  16. (en) Mike McIntire, Sasha Chavkin et Martha M. Hamilton, « Commerce Secretary’s Offshore Ties to Putin ‘Cronies’ : Wilbur Ross, the commerce secretary, retained investments in a shipping firm with business ties to Russian President Vladimir V. Putin’s inner circle. », New York Times,‎ (lire en ligne)
  17. (sv) Ola Westerberg, « Jätteläcka visar hur rika undviker skatt. », Göteborgs-Posten,‎ (lire en ligne)
  18. Jérôme Fenoglio, « Les « Implant Files », une enquête exceptionnelle sur l’aveuglement du système de contrôle des implants médicaux », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  19. Chloé Hecketsweiler et Stéphane Horel, « « Implant Files » : un scandale sanitaire mondial sur les implants médicaux », Le Monde.fr,‎ (lire en ligne, consulté le )
  20. Certification défectueuse : Radio france Novembre 2018
  21. Harold Thibault et Brice Pedroletti, « « China Cables » : révélations sur le fonctionnement des camps d’internement des Ouïgours », Le Monde,‎ (lire en ligne, consulté le )
  22. (en) « FinCEN Files: UAE central bank failed to prevent Iran sanctions evasion », sur BBC (consulté le )
  23. Jérémie Baruch , Anne Michel et Maxime Vaudano, « Pandora Papers » : plongée mondiale dans les secrets de la finance offshore, LeMonde.fr, 3 octobre 2021
  24. « Fiche de Fabrice Arfi sur le site de l'ICIJ »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le ).
  25. « Fiche de Karl Laske sur le site de l'ICIJ »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le ).
  26. « Fiche d'Édouard Perrin sur le site de l'ICIJ »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le )
  27. « Fiche d'Aurore Gorius sur le site de l'ICIJ »(Archive.orgWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?) (consulté le ).
  28. (en-US) « ICIJ Journalists » (consulté le )
  29. a et b « Le data journalisme : entre retour du journalisme d'investigation et fétichisation de la donnée », sur www.cairn.info, (consulté en ).

Voir aussiModifier

Articles connexesModifier

AudioModifier

Liens externesModifier