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Camps de rééducation du Xinjiang

bâtiment de Camps de rééducation du Xinjiang, en Chine

Les camps de rééducation du Xinjiang sont des camps d'internement construits à partir de 2014, dans la province chinoise du Xinjiang, dans le but rééduquer et de maîtriser des centaines de milliers de musulmans pratiquants ouïghours et kazakhs.

La Chine reconnait officiellement l'existence de ces camps en octobre 2018. Elle les décrit comme des centres de formation professionnelle, avec pour objectif de lutter contre le terrorisme et l’extrémisme musulmans.

Sommaire

ContexteModifier

La Chine a longtemps utilisé des systèmes pénaux sévères pour les dissidents et les prisonniers politiques. Une branche, connue sous le nom de laojiao, ou rééducation par le travail, existait en dehors du système pénitentiaire ordinaire. Les personnes ont été envoyées pour être rééduquées par des organismes de sécurité publique sans procès ou procédure judiciaire. Ce dispositif a été largement utilisé pour les dissidents et les petits criminels, selon Adrian Zenz, un conférencier en méthodes de recherche sociale à l'école européenne de culture et de théologie, à Korntal, en Allemagne. En 2013, le gouvernement chinois a fermé ce système, le voyant comme une relique du passé. À l'époque, Adrian Zenz estime qu'il disposait de 350 installations avec environ 160 000 personnes[1].

HistoriqueModifier

La campagne Frapper fort contre l’extrémisme violent (Strike Hard) a commencé en 2014. Selon Human Rights Watch : « Le degré de répression a nettement augmenté après que Chen Quanguo, secrétaire du Parti communiste, a quitté son poste dans la région autonome du Tibet pour prendre la tête de la région du Xinjiang, fin 2016 »[2].

À partir de 2017, les autorités chinoises commencent à ériger rapidement un système de « rééducation » destiné à la population ouïghours et à d'autres minorités musulmanes, y compris les Kazakhs. Comme la version antérieure du laojiao, le nouveau système d'incarcération devait être extrajudiciaire: aucune procédure régulière, aucune règle de droit. Selon Adrian Zenz, spécialiste allemand du Xinjiang, l'échelle est énorme; Il y a maintenant plus de 1 million Uighurs et d'autres incarcérés, soit 11,5% de la population ouïghoure du Xinjiang. Il peut y avoir près de 1 200 installations. Dans une récente conférence à l'Université de « Harvard Fairbank Center for Chinese Studies », Adrian Zenz les a décrits comme lugubres, avec des planchers rustiques, tours de guet, pas d'arbres, des clôtures et des heures sans fin de « rééducation » pour faire que les prisonniers pensent comme la majorité Han Chinois. Il souligne que l'intention n'est pas de tuer les personnes, mais de tuer la mémoire de qui ils sont, d'anéantir leur identité distincte, la langue et l'histoire[1]. L'idéologie communiste est inculquée aux détenus qui subissent des tortures et sont forcés à manger du porc et à boire de l'alcool[3],[4].

Les camps regroupent de façon séparée les hommes et les femmes. Pour Rebiya Kadeer, « c’est un système arbitraire total, une sorte de détention préventive, basés sur la détention administrative, c’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire d’avoir été condamné pour y être emprisonné. Nulle procédure, nulle possibilité de recourir à un avocat et même nul chef d’inculpation. On peut rester dans ces camps très longtemps, certains à perpétuité »[5].

Nombre de détenusModifier

En 2018, le nombre des détenus est estimé à un million par Amnesty International[6] et par l'Organisation des Nations unies[7]. Selon Adrian Zenz les enfermements de Ouïghours, mais aussi des membres des minorités kazakhes et kirghizes se sont intensifiés en 2018, un musulman sur six serait concerné [8].

Présentation par les autorités chinoisesModifier

La Chine reconnait officiellement l'existence de ces camps le 9 octobre 2018[9]. Les camps sont décrits comme des centres de formation professionnelle spécifiques aux musulmans[10].

Pour Shohrat Zakir, le numéro deux du Parti communiste chinois dans la province « l'objectif de ce programme était de se débarrasser de l'environnement et du terreau qui nourrissent le terrorisme et l'extrémisme religieux »[11].

Pour Chen Quanguo, chef du Parti communiste de la région, les camps doivent : « enseigner comme des écoles, être gérés comme à l'armée et défendus comme des prisons »[12]. Selon une directive de 2017 : les participants aux camps passent le temps « à crier des slogans, chanter des chants révolutionnaires et apprendre par coeur le Classique des Trois Caractères »[10].

La télévision d'État explique que l'admission dans les camps est facultative. Elle montre des images d’étudiants apprenant le chinois et des métiers dans l’alimentation et le textile[10]. La Chine présente donc les champs comme des écoles. En 2018, le magasin Bitter Winter a toutefois publié des vidéos qui auraient été tournés à l’intérieur des camps, qui y apparaissent plutôt comme des prisons[13]. Pour le sociologue Massimo Introvigne, les raisons ultimes de l'internement d'un grand nombre d'ouïghours sont aussi controversées. D’après la Chine, certaines mesures de « rééducation » s'imposent pour prévenir la radicalisation et le terrorisme. Des chercheurs occidentaux pensent que le gouvernement craint plutôt une renaissance religieuse à laquelle il ne s’attendait pas[14].

RéférencesModifier

  1. a et b (en)China finally admits it is building a new archipelago of concentration camps. Will the world respond? The Washington Post, 11 octobre 2018
  2. La Chine réprime en masse les Ouïgours du Xinjiang La Croix, 11 septembre 2018
  3. Du porc et de l'alcool pour punir les détenus : le scandale des « camps de rééducation » pour musulmans en Chine, Gentside, 19 mai 2018.
  4. D'ex-détenus témoignent des conditions atroces de « camp de rééducation » en Chine, RTBF.be, 17 mai 2018.
  5. Ouïgours. « Un système de détention préventive » des musulmans chinois Orient XXI, 11 octobre 2018
  6. Chine. Les familles d’un million de personnes détenues dans le cadre d’une campagne massive de « rééducation » demandent des réponses, Amnesty International, 24 septembre 2018.
  7. Liselotte Mas ONG et ONU dénoncent les camps d’internement pour Ouïghours en Chine France 24, 17 août 2018
  8. Chine: «Au Xinjiang, un musulman sur six serait en détention» Libération
  9. Stéphane Lagarde, Ouïghours : la Chine reconnaît le recours à des camps de rééducation au Xinjiang, RFI, 10 octobre 2018.
  10. a b et c «Chaise tigre», «dents de loup», matraques électriques... : L’inquiétant arsenal des centres éducatifs pour musulmans en ChineCnews, 24 octobre 2018
  11. La Chine défend son programme d'internement de musulmans Le Figaro, 17 octobre 2018
  12. Chine: l'étrange arsenal des centres éducatifs pour musulmans La Croix, 24 octobre 2018
  13. "Les camps de Ouïghours, « écoles » ou prisons ?", Bitter Winter, 14 novembre 2018; "Nouvelle vidéo exclusive : un nouveau camp de « rééducation » pour les Ouïghours découvert au Xinjiang", Bitter Winter, 26 novembre 2018.
  14. Massimo Introvigne, "Pourquoi les Ouïghours sont-ils persécutés ?", Bitter Winter, 22 novembre 2018.

À voirModifier